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Victorina, souveraine des Gaules
inspiratrice des empereurs Postume, Victorinus et Tetricus,
anticipatrice, avec Zénobie de Palmyre, de la tétrarchie

Les empereurs des Gaules et Bagaudes

La Gaule sous domination romaine

Généalogie - Histoire - Bande dessinée

Qui connaît l'empire des Gaules et ses empereurs Postume et Tetricus qui régnèrent au IIIème siècle après J.-C ?

Pourquoi en cet empire, qui dura une quinzaine d'années, douter de l'existence d'une noble dame qui refusa le titre d'impératrice et se comporta en souveraine ?

L'existence de sa stèle funéraire (photographie ci-contre), va-t-elle enfin permettre que soit reconnue Victorina comme une personnalité essentielle de l'histoire d'un pays qui, bien plus tard, deviendra en partie la France ?
Et pourquoi certains historiens assument-ils difficilement l'existence de cet empire des Gaules ? Il a coexisté avec l'empire Romain et cela aurait pu durer en ce qui se serait appelé la triarchie...

Au-delà, cet empire est-il un reflet de la permanence du pays de Gaule ? Victorina est-elle, avec Vercingétorix, la figure la plus emblématique des Gaulois et Gauloises ?

La résistance à l'oppression romaine s'est poursuivie avec les révoltes bagaudes. Que sont-elles devenues face aux Huns d'Attila puis les Francs de Clovis ?

Sommaire
  1. Préambule : notre ancêtre Postume, empereur des Gaules
  2. La Gaule : soixante peuples, une langue et une religion, celle des druides
  3. 21 La révolte de Sacrovir et la prise d'Autun
  4. 67-69 L'Aquitain Vindex et le Boïen Mariccus ébranlent l'empire romain
  5. 69-70 Le Batave Civilis et le Lingon Sabinus ébauchent un empire gaulois
  6. 70 La brève république gauloise et les retrouvailles de Sabinus et Eponine
  7. 96-180 Un siècle de paix et d'imprégnation romaine
  8. 180-187 Maternus, le Gaulois qui veut être empereur à la place de l'empereur romain
  9. 194-197 Albinus, césar des Gaules, échoue à devenir empereur
  10. 250 Les chrétiens victimes des émeutes de Toulouse et ailleurs étaient-ils anti-Romains ?
  11. 260 L'empire romain au bord de l'effondrement
  12. 260-269 Postume l'empereur restaurateur des Gaules
  13. 269-273 Victorinus puis Tetricus empereurs des Gaules
  14. 260-273 Victorina cousine de Postume et Tetricus, mère de Victorinus
  15. 267-273 Victorina et Zénobie de Palmyre, une vision néo-romaine commune
  16. Certitudes puis doutes sur l'existence de Victorina
  17. La dissipation des doutes sur l'existence de Victorina
  18. 260-273 La triarchie des empires de Trèves (Gaules), Rome et Palmyre
  19. 270-448 Les bagaudes ou la résistance gauloise face à l'impérialisme romain
  20. 280-281 Proculus et Bonosus, éphémères candidats empereurs des Gaules
  21. 285 Amandus le premier empereur de Bagaudes
  22. 286-293 Carausius relance l'empire des Gaules et devient empereur de la Manche
  23. 293-306 La tétrarchie, Constance Chlore empereur des Gaules de facto
  24. 307-355 En Gaule Constantin Ier instaure l'ordre, ses fils le désordre
  25. 355-361 Julien césar des Gaules, avant de devenir l'empereur Julien l'Apostat
  26. 375-388 Gratien puis Maxime empereurs des Gaules sous une nouvelle triarchie
  27. 371-397 Martin de Tours, apôtre bagaude saccageur du patrimoine gaulois
  28. 395 Extension des bagaudes, Rotrou dans le Perche et Arnac dans le Limousin
  29. 407-422 Constantin III l'usurpateur et Maxime le Tyran derniers empereurs des Gaules
  30. 410-416 Les Wisigoths mettent Rome à sac puis s'installent en Aquitaine et en Hispanie
  31. 410-460 Les Bretons insulaires s'installent en Armorique et attaquent le val de Loire
  32. 435-437 Tibatto le dernier empereur de Bagaudes
  33. 443-534 Le royaume rhodanien des Burgondes
  34. 449-451 Les Huns et la confiance trahie d'Attila en Eudoxe et les bagaudes
  35. 406-455 Les Vandales dévastent la Gaule, s'installent à Carthage, pillent Rome...
  36. 455-500 Autres royaumes de nos ancêtres Barbares (Alains, Saxons, Alamans, Ostrogoths)
  37. 455-456 Les Gaulois font élire l'un des leurs, Avitus, comme empereur romain
  38. 461-486 D'Egidius à Syagrius, l'état gaulois de Soissons
  39. 486-511 Fin de la Gaule, régénération des bagaudes en Clovis et ses Francs victorieux
  40. 493-541 Clotilde réussit là où Victorina avait échoué
  41. 550 Ansbert le sénateur, les évêques et la survivance de l'aristocratie gauloise
  42. Les souverains gaulois symboles de fidélité ou séparatisme ?
  43. Romains, Chrétiens et Francs face à la permanence de la Gaule
  44. Fin de la Gaule, passages des Gaulois aux Francs puis aux Français
  45. Début de la Gaule, passages des Celtes aux Gaulois
  46. Bilan : souverains des Gaules, bagaudes, Francs, même combat contre l'oppression romaine
  47. Bibliographie des empires des Gaules et de Bagaudes et des royaumes barbares en Gaule
  

Postume ou Postumus, Victorine ou Victorina ou Victoria, Victorin ou Victorinus, quels noms choisir ?
L'orthographe ici utilisée s'aligne sur celle des livres d'Anne de Leseleuc,
qui apparaît être l'historienne de référence ayant traité la période 260-273 et ces personnages.
Les arbres généalogiques ici présentés peuvent contenir des erreurs.


  1. Préambule : notre ancêtre Postume, empereur des Gaules

    A supposer, comme il est communément admis, que neuf Français sur dix descendent de Charlemagne, il y en a davantage qui descendent de Postume, empereur des Gaules de 260 à 269 après Jésus Christ, pour la simple raison qu'il vivait bien avant Charlemagne.

    Il est très probable que Charlemagne lui-même descende de Postume. Cela n'a toutefois pas été démontré ni même étayé par quelques éléments précis (selon Généanet 2019).
    Des généalogistes montrent l'existence probable (à défaut d'être certaine) d'une descendance de Postume jusqu'à Sainte Sigarde de Dijon (600-678), qui eut au moins trois enfants, respectivement ascendants de Bernard de Septimanie, Rorgon Ier du Maine et Girard de Paris, trois personnes de l'époque de Charlemagne présentes dans de nombreuses généalogies.

    Sur une page de son site, Guy de Rambaud présente les premiers descendants de Postume, à qui il dédie une autre page.

    Les schémas généalogiques ci-dessus et ceux qui suivront sur cette page sont extraits de ma généalogie elastoc sur Généanet, avec notamment, ici, les liens vers Postume, Sigegarde de Dijon, Bernard de Septimanie, Rorgon Ier du Maine (si vous en descendez vous pouvez vous considérer comme Rorgonide, ce qui est aussi peu signifiant qu'être descendant de Charlemagne...), Girard de Paris.

    Alethius (428-512) témoin de la chute de l'empire romain
    Dans les premiers descendants de Postume, remarquons Alethius, arrière petit-fils d'un petit-fils. Il était un personnage de haut rang, sénateur consulaire de la province Lyonnaise dont la vie est décrite en cette page du Wiki Guy de Rambaud. Son sarcophage est mis à l'honneur sous le perron de l'hôtel de ville de Charmes sur Rhône (flèche rouge sur la photo Wikipédia ci-contre), comme expliqué en cette page de Wikipedia. Alethius avait presque 50 ans quand Romulus Augustule, dernier empereur romain d'Occident, abdiqua. Alethius est autant notre ancêtre que Postume...


    Cette ascendance très commune est évidemment une invitation à en savoir plus sur cet empire. C'est le point de départ de l'étude qui suit. Elle m'a mené d'abord à Victorina, au hallo qui entoure son existence, et à la découverte de sa stèle funéraire. Sa méconnaissance m'est apparue incompréhensible et m'a amené à créer cette page. De fil en aiguille, le sujet s'est étendu à une étude illustrée de la Gaule sous la domination romaine. Finalement, plus que Postume, la figure la plus représentative, celle qui incarne l'identité gauloise sans rejeter les meilleurs apports romains, m'apparaît être Victorina, portant à la fois le torque gaulois et le diadème romain.



    La Gaule dans le monde romain. Les provinces sont numérotées dans l'ordre de leur conquête.
    [Bordas Encyclopédie, tome "93 - Histoire ancienne", page 81, Roger Caratini (1924-2009), éditions Bordas 1968]



  2. La Gaule : soixante peuples, une langue et une religion, celle des druides

    Faut-il parler de la Gaule ou des Gaules ? La Gaule n'est-elle que l'union d'une soixantaine de peuples ? Malgré les apparences, entretenue pas les écrivains romains, l'unité existe avec pour ciment la langue et la religion.

    60 peuples gaulois, 60 territoires
    La Gaule est composé d'une soixantaine de peuples. Chacun occupe un territoire appelé civitas (civitates au pluriel), sachant que ce mot a aussi la signification de citoyenneté ou de communauté de citoyens, voire de ville. Ci-contre carte du début du Ier siècle après J.-C. extraite du livre "Les peuples gaulois" de Stephan Fichtl (éd. Errances 2004)
    Jean-Louis Brunaux [Dossier pour la Science n°61 page 50, 2008] : "Le territoire d'un peuple est divisé en pagi, terme latin signifiant pays, jusqu'à cinq par peuple. Ces pagi, qui ont une certaine indépendance, possèdent leurs propres assemblées et leurs propres instances militaires. Ils servent de relais à la vie politique. "
    Ci-dessous, correspondance entre les lieux d'implantation des peuples gaulois et des départements français [page du site Lexilogos]


    Les Germains sont pour Jules César les voisins d'outre-Rhin. Ils deviendront plus tard les Saxons, les Suèves, les Alamans, les Goths etc.

    La langue gauloise a existé jusqu'au Vème siècle et nous en connaissons de nombreux mots. La
    page Wikipédia titrée "Gaulois (langue) présente l'état actuel de nos connaissances. Son origine est celtique, elle est d'une "grande homogénéité de l'Angleterre jusqu'à l'Italie du nord", même si des dialectes sont décelables.

    Quant à la religion, elle est celle des druides, dont le rôle, on va le voir, va bien au delà de celui de prêtres de la religion gauloise. Commençons par l'image traditionnelle qui a traversé les siècles, symbolisée par cette illustration.

    Les druides d'aujourd'hui ne sont plus ceux d'hier
    Notre vision des druides a changé...
    A gauche, légende de l'image de gauche, de 1910 environ
    [Vignette du chocolat Cardon, Cambrai] : "Une fois par an,
    la première nuit de l'année celtique appelée "Nuit Mère"
    (6ème nuit du solstice d'hiver), les druides coupent
    avec une serpe d'or le gui sacré, celui d'un chêne.
    " (lien)
    A droite case de 1991 (Secher / Le Honzec,
    ["Histoire de la Bretagne" tome 1])
    Sur les druides, on pourra aussi consulter cette page
    du site e-story ou la page Wikipédia.

    L'autorité des druides. Dans son livre "Les empereurs Gaulois" [01 page 54 et suivantes], Maurice Bouvier-Ajam nous présente le rôle politique des druides, limité, mais d'une ampleur certaine. "A cette hétérogénéité politique des conseils de notables, l'homogénéité religieuse fait contraste. S'il se trouve qu'ici ou là la participation des druides à la vie politique est plus nette, il n'en demeure pas moins que l'Eglise druidique est la même partout et qu'elle constitue finalement une institution commune à tous les pays gaulois, ayant sa hiérarchie dont on ne sait pas grand chose et tenant ses conciles régionaux et - on peut le dire - nationaux. Les druides - dru-uid-es - ce sont les "très savants". L'accès à l'Eglise druidique semble fondé sur l'intelligence et la vertu plus que sur l'origine sociale. [...] Aux temps lointains, les druides se sont opposés, au nom des dieux, aux luttes de famille à famille, et ont imposé, faute de pouvoir mieux faire, des règles aux combats de tribu à tribu : tenant leur assemblée plénière au pays des Carnutes, sans doute à Chartres, ils essaient d'arbitrer les litiges entre états et d'éviter les guerres ; ils essaient de trouver le compromis acceptable en cas de lutte déclarée ; ils essaient de dresser les conditions justes de la paix en cas de victoire aux conclusions imprécises. Il leur arrive d'être saisis par les belligérants eux-mêmes d'une demande d'arbitrage. [...] Il est important de constater - et cela a frappé César lui-même - que, malgré l'intensité des particularismes locaux, les druides sont arrivés à être partout juges de droit privé et de droit pénal.". Sans écriture, c'est à croire que le premier critère pour devenir druide devait être d'avoir une mémoire d'éléphant !...

    Car "Voilà le hic !, les Gaulois n'ont pas de langue écrite." Ils transcrivaient tout de même leur langue parlée en s'appuyant sur les alphabets étrangers, grec, étrusque ou latin. Cela servait notamment dans les échanges internationaux. "Il est très probable, et non démontré, que nombre de druides, surtout de haut grade, connaissaient grec ou latin, voire grec et latin, et en enseignaient l'écriture à ceux qui en avaient besoin". Le site mnamon, en cette page, montre plusieurs exemples d'écritures gauloises.

    Les mots et l'écriture de la langue gauloise
    Ci-contre quelques mots ["Histoire de la Bretagne", scénario de Reynald Secher, dessin de René le Honzec, tome 1, éditions Reynald Secher 1991]

    Ici une inscription qui "indique clairement que le gaulois est parlé couramment au IIIème siècle" + la page "Prononcer le gaulois ["Merde à César - Les Gaulois - leurs écrits retrouvés, rassemblés, traduits et commentés" par Jean-Paul Savignac, éd. de la Différence] Du même auteur, publié en 2014, un dictionnaire français-gaulois. Extrait de la présentation : "Le livre de Jean-Paul Savignac montre à quel point la langue française s'est structurée sur un fond gaulois à qui elle doit peut-être une bonne part de son originalité".

    Ci-dessous un exemple d'écriture du gaulois avec l'alphabet latin [19, "Les Cahiers de Science et Vie" 2011, commenté par Lionel Crooson]


    Ce sont les druides qui ont interdit l'écriture, hormis le cas exceptionnel indiqué précédemment. Jules César y voit deux raisons : "D'une part parce qu'ils ne veulent pas que leur doctrine soit divulguée, d'autre part pour éviter que leurs élèves, se fiant à l'écriture, négligent leur mémoire".

    Une hypothèse de Maurice Bouvier-Ajam sur le pouvoir des druides est étonnante. Il aborde [01 page 71] l'exemple portant sur un "mystère", celui de "la discipline, assurément étonnante, des Gaulois en matière monétaire." : "Ce qui peut surprendre, c'est que les diverses pièces alliées ou fourrées des diverses contrées de la Gaule ont toutes, au même moment, les mêmes caractères, les même degrés d'alliage et de fourrage. Il fallait donc qu'une autorité supérieure, acceptée par tous, exerçant un contrôle non contesté, puisse imposer sa discipline en la matière, au nom de l'intérêt commun, au nom de ce qui est donc l'intérêt national. Il serait vain de supposer que cette discipline ait pu être le fruit d'une conférence entre chefs ; leurs divisions et les particularismes locaux ne le permettaient pas ; ils ne pouvaient même pas s'accorder unanimement et durablement sur l'organisation de la défense. Dès lors, on est fortement enclin à penser que l'autorité reconnue en la matière était celle des druides, de l'Eglise druidique."

    Encore faudrait-il qu'il existe une seule église druidique quand certains chercheurs, comme Christian Goudineau, estiment qu'il y en aurait eu plusieurs, selon les peuples. Dans le même sens rassembleur que Bouvier-Ajam, Jean-Louis Brunaux leur attribue un rôle de ciment entre peuples : "Des régions instables ont peut-être connu des tyrans, avant que des intellectuels comme les druides ne poussent à l'adoption de lois" [Dossier pour la Science n°61, 2008].Malgré des progrès, les druides restent très mystérieux...

    "Les druides", scénario Jean-Luc Istin, dessin Jacques Lamontagne, tome 1 page 38.

    Les derniers druides enseignaient-ils la philosophie ?

    Cette bande dessinée fait vivre les druides très longtemps en des pays bretons. Une étude de Numa-Denis Fustel de Coulanges en 1879 (sur cette page du site mediterranee-antique.fr), effectuée seulement à partir des écrits romains, conclut à une disparition rapide du druidisme après l'occupation romaine, avant le IIIème siècle. Un écrit d'Ausone (309-394) [15 chapitre 30] repousse cette date au IVème siècle en ce qui concerne l'enseignement. Les druides avaient encore le prestige des philosophes. Jean-Louis Brunaux va en ce sens, dans son livre "Les druides" (Le Seuil 2006). La page du site e-stoire.net) date leur disparition au cours du IIIème siècle en Gaule. En ajoutant un siècle de plus pour la grande île britannique ?

    Une civilisation gauloise ? Il existe une véritable civilisation gauloise" titre un article du Figaro Magazine de 2006. Un numéro des Cahiers de Science et Vie 2011 [19] va en ce sens, parlant de l'invention d'une nouvelle forme de ville (l'oppidum), du modelage des campagnes et d'un savoir-faire de premier ordre en matière de métallurgie, de tonnellerie et boissellerie.
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    Moissonneuse à roues (ci-contre) [La vie privée des hommes, "Au temps des Gaulois", dessin de Pierre Brochard, Hachette 1981]. Les Romains prendront modèle sur les charrons gaulois, qui savaient fabriquer toutes sortes de chars, de combat ou de transport.

    Un case de BD d'époque ? Presque, c'est un panneau peint d'un calendrier pour le mois d'août [Revue archéologique du Centre de la France, Tome 50 (2011), Alain Ferdière, "Voyage à travers la Gaule profonde", reconstitution retouchée]

    Il reste l'interrogation sur la différenciation entre civilisation celto-gauloise et civilisation gallo-romaine ou plus généralement méditerranéenne, en prenant en compte les frontières de l'Empire. La spécificité de la civilisation gauloise tient-elle dans le mélange évolutif des civilisations celtique et méditerranéenne ? Qui sera bousculé par l'arrivée des civilisations dites barbares...

      
    D'avant-hier à aujourd'hui Si les druides ont disparu en ne nous laissant presque rien, de nombreux vestiges nous sont parvenus. Gaulois vêtu d'une tunique (environs d'Auxerre, Ier siècle) (Photo Maurice Pons - Labor), reproduction de la page Larousse dédiée à la Gaule. Statue d'un jeune Gaulois (entre 140 et 155) (marbre de Carrare, Reims), témoignage d'une influence grecque, reproduction de la page Wikipédia sur la Gaule romaine. L'amphithéâtre de Nîmes, construit en 90-120, le mieux conservé de Gaule, témoin de la romanisation des Gaules, accueillant encore de grands spectacles. Pouvant contenir 24.000 spectateurs, il était moins grand que l'amphithéâtre de Tours / Caesarodunum. d'une capacité de 34.000 places (fin IIème siècle), un des plus vastes de l'empire Romain. Cette taille, démesurée pour la modeste cité des Turons, montre que les Gaulois, semblables à ces deux statues, venaient de toutes les campagnes environnantes pour assister aux spectacles.



  3. 21 La révolte de Sacrovir et la prise d'Autun


    Bataille entre Romains et Gaulois. Arc de triomphe d'Orange, monument bâti en 20/25 sous l'empereur Tibère, qui régna de 14 à 37 [page Wikipédia]

    Les révoltes de -39 à -27. La défaite gauloise de Vercingétorix en -52 face aux troupes romaines de Jules César fut suivie par une série de révoltes. Maurice Bouvier-Ajam [01 page 40] les décrit ainsi : "Dès -39, les Aquitains se soulèvent à nouveau. Les populations gauloises de la Seine au Rhin prennent aussitôt les armes. Rome envoie son vaillant général Marcus Vipsanius Agrippa, le gendre d'Octave, qui bat les Aquitains en -38 et les peuples de Gaule belgique en -37. En -33, les Aquitains se soulèvent à nouveau et les Morins reprennent bataille. En -29, les Trévires, installés des deux côtés de la Moselle, égorgent les garnisaires et proclament leur indépendance. Une expédition punitive les réduit pour un temps au silence, mais les Aquitains ont profité de ces troubles à l'est pour déclencher une nouvelle offensive : il faudra deux ans au proconsul Valérius Messala Corvinus, le capitaine le plus réputé de l'époque avec Agrippa, pour rétablir l'ordre romain jusqu'aux Pyrénées. Terrible campagne. En -27, il aura droit aux honneurs du triomphe, tout comme César en -46. Mais où est donc la "paix romaine" que tant d'historiens font commencer à la reddition de Vercingétorix ?".

    Auguste soucieux de la paix gauloise. En -44, huit ans après la mort du chef gaulois, son vainqueur Jules César est assassiné. Son petit-neveu Caïus Octavius, d'abord un des trois consuls, devient en -27, à 44 ans, seul maître de l'empire romain, sous le nom d'Auguste. Joël Schmidt [18 page 185] souligne les prévenances qu'eut le premier empereur romain, décédé en 14 à l'âge de 76 ans. Il se rendit quatre fois en Gaule et put ainsi désamorcer des velléités belliqueuses. Ses successeurs, à part Claude de 41 à 54, ne furent pas aussi soucieux de maintenir la paix.

    A partir de l'an 12, deux avant le décès d'Auguste, Lyon accueille un sanctuaire fédéral des trois Gaules où se réunissent tous les ans des délégués des soixante peuples. Ce "conseil des Gaules" avait un rôle religieux, administratif et politique, communiquant directement avec l'empereur romain. Il a eu un rôle consultatif, parfois de contre-pouvoir, certes limité. Dans ce cadre, l'amphithéâtre des trois Gaules y est inauguré en 19. L'empereur Claude, qui règne de 41 à 54 y est né, les habitants en sont fiers (ils gravent une table claudienne).

    "Les Aigles de Rome" est une série en 5 albums scénarisée et dessinée par Enrico Marini, qui se déroule en l'an 9, à la fin du règne d'Auguste (ci-dessus case du tome 2) alors âgé de 71 ans. L'action se déroule à Rome et en Germanie. Edité par Dargaud de 2007 à 2016. + les trois pages de la rencontre du héros, Falco, avec Auguste : 1 2 3


    Lyon, ce qu'il reste de l'amphithéâtre des trois Gaules

    Une paix intérieure s'installe sur fond de progression de la culture et de l'économie romaine, n'effaçant toutefois pas un mécontentement qui fait dire à Bouvier-Ajam [01 page 42] que : "Malgré les diversités entre peuples gaulois que le colonialisme romain a soigneusement entretenues et même soulignées, l'idée d'unité nationale a fait encore du chemin depuis Vercingétorix".

    L'insurrection de l'an 21. C'est alors qu'arrive la grande révolte de l'an 21. Estimant qu'il n'y a pas là "une tentative de création d'un empire gaulois", Bouvier-Ajam l'explique par la conjonction de trois facteurs : "un complot militaire, l'irrédentisme des Trévires, l'excès de mécontentement des régions agricoles".


    ["Histoire de la Touraine, des origines à la Renaissance", scénario de Georges Couillard, dessin de Joël Tanter, 1986]

    Légende : Plusieurs peuples prirent les armes dont les Andécaves et les Turons. Un Eduen, Julius Sacrovir, jeune noble romanisé, souleva les auxiliaires qu'il commandait et ameuta les paysans du Nivernais [14 page 27, R. Marcello]

    Poursuivons avec Jérôme France [12 page 91] : "Les deux personnages qui prirent la tête du mouvement étaient un Eduen (cité fédérée), Julius Sacrovir et un Trévire (cité libre), Julius Florus. Ils appartenaient à ces familles nobles, précocement ralliées, qui avaient reçu très tôt la citoyenneté romaine et avaient ensuite loyalement servi Rome et ses intérêts. Mais ils avaient été, avec leurs cités respectives directement touchées par les mesures fiscales de Tibère et c'est contre celles-ci et non contre la puissance romaine elle-même qu'ils de révoltaient". Entre puissance romaine et pression fiscale, il y a tout de même un lien de cause à effet... La vigueur plus ou moins forte de cette pression explique en bonne partie la succession des périodes de calme et de révolte durant cinq siècles. Comme pour un volcan entre périodes de tranquillité et d'irruption, la lave de l'unité nationale dont parle Bouvier-Ajam, ou de la permanence de le Gaule, a continué à bouillonner.

    Jérôme France : "Quoiqu'il en soit, l'insurrection fut rapidement maîtrisée par la cohorte de Lyon et des détachements des légions de Germanie. Les cités révoltées furent vaincues les unes après les autres et Sacrovir massacré avec ses partisans, non loin d'Autun dont il s'était emparé". Et de conclure : "Florus et Sacrovir au premier rang, ils ont refusé de s'adapter à ce nouvel ordre des choses. Leur révolte peut donc être interprétée comme un mouvement de dépit, presque amoureux, dans lequel ils entraînèrent leurs clients et dépendants, assortis d'une foule de mécontents, de déclassés et d'amateurs de troubles. Leur échec était inévitable. il marquait la fin d'une époque". Et les prémices d'une autre ? Quand la "foule" des mécontents en tous genres prendra le nom de bagaude...

    Autun / Augustudunum, capitale des Eduens était alors une cité très importante, symbole de la puissance romaine (ci-contre les murailles encore dressées). En chasser les Romains fut à l'inverse un symbole très fort d'une puissance gauloise toujours présente. Remplacer Bibracte, l'ancienne capitale, en fondant cette nouvelle ville n'avait pas été suffisant pour maîtriser les Eduens, pourtant parmi les plus forts soutiens gaulois à Rome puisque dès -124, ils avaient été proclamés "frères et consanguins du peuple romain" [01 page 54]. Une si vieille amitié...


    [Augustudunum (Autun) en 68, dessiné par Christophe Ansar, extrait du tome 1 de "L'année des quatre empereurs", éditions Gallia Vetus 2019]
    Autun, la prestigieuse université gauloise Capitale des Eduens, créée, semble-t-il, sous l'empereur Auguste pour remplacer l'oppidum de Bibracte, cette cité avait une renommée dans toute la Gaule à cause de ce qu'on peut appeler une université, prisée par la noblesse gauloise. "Sacrovir s'empara d'Autun  il arma tous les jeunes gens qui y séjournaient pour faire leurs études et en forma une nombreuse armée  des troupes aussi peu aguerries n'étaient pas en état de lutter contre le discipline romaine ; plus faite pour manier les armes de l'éloquence que celles des combats, elles plièrent bientôt." ["Histoire des Gaulois" page 201, Jean Picot 1804]. Deux siècles plus tard, Ausone (309-394) se fit l'écho du prestige toujours grand de l'enseignement à Autun. Le théâtre de 14.000 places était le plus grand de la Gaule.

    En complément, on pourra consulter cette page Wikipédia, et celle-ci du site arbre-celtique, qui, s'appuyant sur des citations de Tacite, se décompose en sept pages présentant l'évolution de cette révolte : Révolte des Andécaves et des Turons, Julius Florus soulève les Trévires, Julius Indus vainc ses compatriotes dans les Ardennes, Julius Sacrovir soulève les Eduens, Des Gaulois de diverses cités apportent leur soutien aux Eduens, Caius Silius ravage le territoire des Séquanes, La bataille d'Augustodunum. De l'Anjou aux Ardennes, la Gaule occupée fut donc secouée par une sévère rébellion, qui va bien au-delà de celle de deux nobles déçus par une amitié romaine déficiente.



  4. 67-69 L'Aquitain Vindex et le Boïen Mariccus ébranlent l'empire romain

    Lyon / Lugdunum capitale des Gaules

    Lugdunum (Lyon), dessiné par Christophe Ansar, extrait du tome 1 de "L'année des quatre empereurs", éditions Gallia Vetus 2019

    Lugdunum est alors la capitale des Gaules depuis -27, quand la capitale de la Gaule Lyonnaise est devenue le siège du pouvoir impérial pour les trois provinces gauloises, avant que ne soit institué le Conseil des Gaules sous Auguste, on l'a vu. Tite-Live (-64 - 17) écrit : "Lyon commandait les Gaules, comme l'acropole domine une cité".

    Une exaspération générale dont Vindex prend le flambeau

    Les sites arbre-celtique.com, pas cette page et cosmovisions.com, par cette page résument la révolte de Gaius Julius Vindex en commençant par le présenter comme un général romain, fils de sénateur, d'origine gauloise. gouverneur de la Gaule lyonnaise avec le titre de légat propréteur. Il est exaspéré des excès en tous genre de l'empereur Néron et de la pression fiscale qui en résulte. Réunissant en janvier 68 les plus grands notables Gaulois, il est soutenu par les Séquanes, les Arvernes, les Eduens, puis les Viennois et il appelle toutes les villes de Gaule au soulèvement pour renverser Néron (restituer Rome). Il réussit à convaincre les consuls Galba et Othon, aussitôt révoqués par Néron.
    "Celtil" par Philippe Masson (Bédéscope 1986) + les trois dernières pagea présentant la mort de Néron : 1 2 3

     
    "
    Histoire de Lyon" scénario d'André Pelletier et Françoise Bayard, dessin de Jean Prost, éditions Horvath 1979. A droite, une monnaie émise par Vindex [illustration Gallica]. Vindex n'est jamais représenté sur une telle monnaie, imitant une pièce de Néron. Ici, c'est "Roma restitua", "Rome restituée", tout un programme politique, montrant que le but est de renverser Néron. Voir les précisions apportées en cette page du site antiquitebnf.hypotheses

    Mais le légat de la Germanie supérieure, Verginius Rufus, resta fidèle à Néron et marcha contre Vindex. Vindex et Rufus se rencontrèrent sous les murs de Vesontio (Besançon). Avant d'engager la lutte, ils eurent une conférence, qui fut plutôt amicale, et ils se séparèrent en très bons termes. Mais l'armée de Vindex se crut menacée par les légions et les soldats en vinrent aux mains. Les Gaulois furent vaincus par les troupes de Verginius Rufus. Vindex désespéra alors de sa cause et se tua.

    Vindex, un an avant l'année des quatre empereurs

    Vindex est le héros en couverture du tome 1 "Mai 68" de la série "L'année des quatre empereurs", paru aux éditions Gallia Vetus en 2019. Le scénariste est Silvio Luccisano (aussi pour Postume [05]), le dessinateur est Christophe Ansar. L'album comporte 50 page et un complément de 15 pages. Voici deux pages sur le dernier combat et la mort de Vindex : 1 2.

    Extrait de la documentation de cet album, réalisée par Silvio Luccisano : "Les sources historiques sont confuses et ne permettent pas de comprendre pourquoi, dans l'hypothèse d'un pacte secret conclu entre Rufus et Vindex, les légions ont massacré les rebelles gaulois. Si l'on retient l'existence de cette alliance, la bataille de Besançon, dont la réalité est incontestable, ne peut alors s'expliquer que par une initiative des légionnaires débordant leur commandant en chef. Il est possible également que Rufus, dont les agissements pouvaient être connus rapidement à Rome, ait joué double jeu avec Vindex. Toujours est-il qu'après la bataille son armée le proclame "imperator", honneur qu'il déclina."

    La victoire de Néron fut de courte durée. Il fut renversé, déclaré ennemi public par le Sénat. Il se suicida le 8 juin 68.

    D'après cette page du site arbre-celtique, les premières mesures du nouvel empereur Galba peuvent être considérées comme un remerciement posthume à Vindex. L'atelier monétaire de Lyon, fidèle à Néron, est fermé, les Trévires et les Lingons, également fidèles, sont persécutés tandis que les Séquanes, Arvernes et Eduens, alliés de Vindex, se voient diminuer leur tribut.


    Denier de C. Julius Vindex. A l'avers "Roma restituta" (Rome restituée), au revers "Jupiter liberator" [cgb.fr]

    Néron, empereur romain
    du 13 octobre 54 au 8 juin 68

    Galba, empereur romain
    du 8 juin 68 au 15 janvier 69

    Othon, empereur romain
    du 15 janvier 69 au 16 avril 69

    Mariccus un illuminé à la tête d'une révolte paysanne
    Une autre page du site arbre-celtique relate une nouvelle révolte en cette année 69 dite des quatre empereurs. Peu après la mort de Néron, alors que Vitellius était à Lyon, un paysan gaulois du nom de Mariccus ou Marricus ou Maric souleva les Boïens (région de Sancerre, Allier) contre Rome. A la tête d'une armée de 8000 paysans, il s'empare de villages éduens. Prétendant être le libérateur des Gaules (adsertor Galliarum), il se fait passer pour un dieu. Pris par Vitellius, il est livré aux bêtes sauvages du grand amphithéâtre de Lyon. Contre toute attente, ces dernières ne le dévorent pas et, de peur que les Gaulois ne le croient invulnérable, Vitellius le fait tuer sous leurs yeux.

    Bouvier-Ajam [01 page51] : "La révolte du paysan mystique n'en revêt pas moins cet intérêt historique d'être un signe caractéristique du désarroi de la population gauloise, du dégoût gaulois à l'endroit des aventures romaines, d'un élan vers l'indépendance."

    Illustration anonyme trouvée sur la page titrée "Mariccus the god"

     
    Mariccus (nommé Maric) dans "Histoire de Lyon" scénario A. Pelletier et F. Bayard, dessin de Jean Prost, 1979, ici la page entière
    A droite, Vespasien est un ascendant de Charlemagne.



    Vitellius, empereur romain
    du 19 avril au 22 décembre 69
     
    Vitellius et Vespasien dessinés par Christian Denayer dans le journal Tintin belge n°5 de 1969 (scénario Yves Duval), extrait du récit "La guerre des IV empereurs" + les quatre pages de ce récit : 1 2 3 4

    Vespasien, empereur romain
    du 22 décembre 69 au 23 juin 79

    Ce sont donc les troubles en Gaule qui ont amené la destitution de Néron et l'arrivée au pouvoir de nouveaux empereurs qui ne réussirent pas à calmer l'agitation et eurent une fin tragique. Cinq empereurs se sont succédés en une année et demi. L'Etat romain mit plus de deux ans à maîtriser la situation. Les Romains ont-ils eu peur d'un nouveau sac de Rome, comme celui de Brennus vers -387 ? Même si les révoltés sont loin, même s'ils n'ont nullement l'intention de marcher sur Rome, ils ont déclenché des secousses sismiques qui firent vaciller le pouvoir impérial. Mais si en 70, l'agitation se calme à Rome, elle se transforme en révolte dans le nord de la Gaule...



  5. 69-70 Le Batave Civilis et le Lingon Sabinus ébauchent un empire gaulois

    Civilis, un chef allié qui se rebelle. Les Bataves occupent l'espace encadré par les bras du Rhin et son embouchure, à l"extrémité nord de la Gaule. Ils sont traditionnellement alliés aux Romains. Sous Néron, soupçonnés d'entente avec les Germains, deux de leurs chefs, Caius Julius Civilis et son frère Julius Paulus, sont capturés. Tous deux sont issus de race royale, citoyens romains, citoyenneté sans doute octroyée à ses ancêtres par César ou Auguste. Paulus est tué, Civilis est emmené enchaîné à la cour de Néron. Mais, en juin 68, Galba prend le pouvoir et Civilis est relâché. Galba est à son tour renversé et, après l'intermède Othon, le nouvel empereur Romain, Vitellius, en avril 69, considère à nouveau le chef batave comme un traitre.

    Avec en arrière plan la confrontation des Romains Vitellius et Vespasien, qui tournera à l'avantage de ce dernier, empereur en décembre 69, une période trouble et agitée s'ensuit, l'attitude changeante et trop attentiste des autorités romaines devient incompréhensible, la mutinerie est un peu partout. Bouvier-Ajam raconte [01 page 84] : "Civilis sent bien que les chefs molestés, notamment les Trévires et les Lingons, partagent plus ou moins ses vues. Mais au lieu de les solliciter, il préfère les laisser venir. Et il décide de passer à l'action. Dans son esprit, il n'est pas question d'éterniser une guerre avec Rome : il faut simplement lui faire reconnaître que le temps de l'impérialisme oecuménique est terminé et que des peuples, par leur union, sont capables de parvenir à un équilibre et une prospérité qu'elle leur refuse. Sécession ? Peut-être, mais qui serait sûrement suivie d'une proposition d'alliance. Sécession ? peut-être pas si l'Empire, devant l'ampleur de l'action militaire des révoltés, se décide enfin à comprendre."

    Pages Wikipédia sur Civilis et la révolte des Bataves : "Les auteurs et artistes hollandais en firent un symbole de leur identité nationale notamment dans le contexte de la guerre d'indépendance menée par Guillaume Ier d'Orange-Nassau contre les Habsbourg. Les écrits de cette époque présentent Civilis comme un défenseur des libertés publiques et le transforment en véritable héros."

    La révolte de Civilis vue en 1662 par Rembrandt (qui prénomma le chef batave Claudius)

    "Le Vercingétorix hollandais", récit de l'Oncle Paul dans le journal Spirou n°1470, dessin de Malois (éditions Dupuis 1966), en 5 pages de BD 1 2 3 4 5 et une planche didactique. Comme sur ces pages, et comme le raconte Tacite, Civilis a pour soutien la prophétesse Velléda (voir ci-dessous).


    La révolte de Civilis vue par Otto Van Veen (1556-1629) en 1612 [Wikipédia]

    Bouvier-Ajal suite : "Comme Civilis l'avait prévu, trois hauts chefs gaulois demandent à le voir: le Lingon Julius Sabinus, les Trévires Julius Classicus et Julius Tutor. L'entrevue de Cologne a lieu en plein hiver 69-70."

    Trois femmes chefs de guerre se sont distinguées autour de cette année 69 :
    • Velléda, prophétesse germanique était un soutien à la révolte de Civilis [illustration de la BD "Vercingérorix hollandais" présentée ci-dessus]. Elle a été célébrée par des écrivains, peintres, sculpteurs et musiciens. Ci-contre "Aviorix", frère fictif de Velléda, présentée comme druidesse de la Meuse, est le héros d'une série réalisée par Marcel Moniquet, éditée dans le journal belge Héroïc-albums en 1955 et 1956. + Une planche.
    • Boudicca (ou Boadicée, Boudica, Boadicea), née vers 30 décédée en 61 est, en [Grande-]Bretagne une figure de la révolte bretonne / celtique contre les Romains. L'un d'entre eux, Dion Cassius la décrit ainsi : "grande, terrible à voir et dotée d'une voix puissante. Des cheveux roux flamboyants lui tombaient jusqu'aux genoux, et elle portait un torque d'or décoré, une tunique multicolore et un épais manteau retenu par une broche. Elle était armée d'une longue lance et inspirait la terreur à ceux qui l'apercevaient". Voir cette page ou celle-ci. ["Breizh Histoire de la Bretagne", tome 1, par Nicolas Jarry et Thierry Jigourel au scénario, Erwan Seure - Le Bihan au dessin, éditions Soleil 2017] + trois pages : 1 2 3 + ici autre image d'origine indéterminée.
    • Cartimandua était reine vers 50-70 du peuple des Brigantes, au nord-est de l'actuelle Angleterre. Contrairement aux deux guerrières précédentes, elle a combattu pour les Romains.

    Sabinus et la volonté de créer un empire gaulois. Le Lingon Sabinus, sans doute né à Langres. "est beau, majestueux, aussi fier d'être général romain que roi lingon. Il se veut d'ailleurs et d'origine lingonne et d'origine romaine." Alors que Civilis "rêve d'une union batavo-germano-gauloise au fond susceptible de devenir un empire, à tout le moins un sous-empire au sein de l'empire romain", Sabinus a "l'espoir d'un accord gallo-romain vite obtenu d'une Rome assagie entre l'Empire romain et un Empire gaulois, uniquement gaulois". A l'issue de l'entrevue de Cologne : "Il est hors de doute que Civilis, qui est pourtant l'instigateur du mouvement et la force la plus solide, se soit incliné devant les résolutions de ses interlocuteirs : il admet sans réserve la création d'un Empire gaulois autonome, allié fraternel de l'Empire batavo-germanique qu'il entend, lui, réaliser".

    Et Maurice Bouvier-Ajam enchaîne les sous-chapitres [01 pages 88 à 110]: "Naissance de l'empire des Gaules", "Un empire sans empereur", "La brève république aristocratique des Gaules", "La vaine tentative de maintien de l'Empire Gaulois", "L'injustice des Dieux".

    "Le coup monté par Civilis et ces trois chefs gaulois [Tutor, Classicus, Sabinus] à Cologne fut joué d'extraordinaire façon". Après une première victoire, les vaincus jurant fidélité à "l'Empire des Gaules", celui qui, pour tous, a la dignité pour porter le titre d'empereur, Sabinus, "a subi les pires déboires quand ses compagnons remportaient leurs plus grands succès".

    Sabinus avait pourtant bien commencé. "Peu après la conférence de Cologne, il brise solennellement, devant ses Lingons, les tables où étaient gravées les clauses des accords autrefois conclus entre les Lingons et Rome. Puis il se fait proclamer non pas empereur, mais "César" ; il sera le "César des Gaules", délivrant les Gaules de toute colonisation ou contrôle extérieur, fédérant les populations gauloises en une nation gauloise, préparant ainsi la constitution d'un empire qui ne peut résulter que d'un consensus réel, et prêt alors à être le premier des empereurs gaulois".
    Histoire de France Larousse, Castex et Marcello 1976 [14]. Récit en sept pages : 1 2 3 4 5 6 7

    "Sabinus, qui est sans grand doute un pur, fait comprendre ses intentions profondes aux druides, et ce César gaulois obtient d'eux cet appui considérable qui, bien à tort, surprend les historiens romains. [...] L'adhésion populaire, grâce à cette action, se fait beaucoup plus forte et l'enthousiasme pour le nouvel empire est vif dans la plupart des régions. Il ne parvient pas à la généralité indispensable ; l'instinct gaulois, une fois encore, s'y oppose".

    La défaite de Sabinus C'est chez les Séquanes que l'opposition est la plus forte. "Aux avances de Sabinus, ils répondent en se proclamant Etat indépendant, affirmant qu'ils n'en démordront pas". L'affrontement a lieu aux environs de Vesoul, la bataille est rude. "L'opiniâtreté et la stratégie habile des Séquanes contraignent les arrivants à l'arrêt, puis au recul, puis à la débandade. Sabinus s'enfuit avec une poignée d'hommes, met le feu à une demeure dans la campagne de Luxeuil ou de Bourbonne, donne ordre à ses soldats de le quitter avant qu'il ne se jette dans le brasier comme autrefois Sacrovir."



  6. 70 La brève république gauloise et les retrouvailles de Sabinus et Eponine

    Après l'échec de Sabinus, l'émergence d'une république gauloise La nouvelle se répand vite, les légions de Civilis, Tutor et Classicus Maurice Bouvier-Ajam : "En sorte que deux tendances s'affrontent en Gaule. On ne peut sans doute pas parler d'un "parti de la paix" et d'un "parti de la guerre", mais d'un espoir dans la négociation et d'un rejet de toute idée de négociation". Une conférence a lieu, sans doute en août 70, à Reims (Durocortorum). "C'est vraiment une assemblée nationale des Gaules. Les représentants des civitates sont soit des "rois" ou des membres de familles royales, soit des "sénateurs" délégués par des sénats de notables, soit des "principaux" (principes) détenant dans leur Etat d'importantes fonctions publiques ou militaires, soit des élus des "chevaliers" ou des "officiers" de garnison. [...) Après la conférence et jusqu'à la reprise de la domination romaine, ladite assemblée tiendra des réunions plus ou moins fréquentes et suivies et assurera plus ou moins vaguement le gouvrenement provisoire des Gaules : l'empire gaulois, pas encore officiellement aboli, est devenu une république aristocratique, pratiquement présidée par Aupex". Caius Julius Aupex est le premier magistrat des Rèmes, dont la capitale est Reims


    Les démocraties gauloises. En chaque territoire, des assemblées de citoyens aisés (payant l'impôt) et disponibles se réunissaient en de grands enclos pouvant réunir plusieurs milliers de personnes. Des décisions étaient prises, des chefs (vergobrets) ou des représentants étaient élus, généralement pour une durée d'un an. Sur ce thème, voir aussi un article dans "Dossier Pour la Science" 2008. Rappel : les conseil des Gaules qui se tenait à Lyon, ci-avant.
    [illustrations Cléo Germain, album didactique "Les Gaulois" de Stéphanie Ledu, Milan jeunesse 2010]

    Reims capitale des Gaules. En cette année 70, le lieu de réunion de l'assemblée nationale des peuples gaulois, la ville de Reims / Durocortorum, peut être considérée comme la capitale de la Gaule. [Illustration Jean-Claude Golvin (lien)]

    Par ailleurs, des dissensions de plus en plus graves se constatent en Germanie et en Batavie, "Civilis étant débordé par l'afflux grandissant des peuplades germaniques les plus sauvages, ne rêvant qu'incendies et massacres et n'obéissant pas à ses ordres. Oui, le péril germanique existait toujours.. Aupex finit par proposer de déposer les armes. "Aupex fut écouté mais ne fut pas acclamé ; au contraire il semble que la discussion fut vive, d'illusoires solutions intermédiaires étant proposées". Finalement "la quasi-unanimité des délégués se rallia à l'avis d'Aupex".

    Parallèlement a lieu une sévère bataille où les Trévires de Civilis sont vaincus par les troupes romaines, sous les ordres de Quintus Petillius Ceréalis (ou Cerialis), sénateur et chef de guerre. Ensuite "la guerre se poursuit sauvagement entre les légions de Céréalis et les armées de Civilis, Classicus et Tutor". Puis, "Décembre 70 : Rome redevenait maîtresse de la Gaule, de la Batavie, des Germanies supérieure et inférieure et toute idée d'un maintien de l'empire gaulois était abandonnée".

    "La légende veut - et elle est vraisemblable - que Civilis, ayant rejoint Classicus et Tutor, se soit enfoncé en Germanie intérieure et soit allé jusqu'aux environs de Cobourg et que, vivant en simple propriétaire rural, tous trois ayant renoncé à l'action politique et militaire, comme ils l'avaient promis, finalement réfugiés dans l'oubli et l'anonymat, ils y aient paisiblement achevé leur turbulente existence."

    Ainsi, si l'année 69 avait été celle des quatre empereurs romains, l'année 70 fut celle des trois régimes gaulois, deux d'entre eux restant fugitifs : l'occupation romaine, l'empire gaulois et la république gauloise.

    >>>Repris (en redondance) dans la sous-page La brève république gauloise.

    Sabinus toujours là.... Bouvier-Ajam : "Sabinus, contrairement à ce que croient Gaulois et Romains, n'est pas mort. Il a feint de se suicider mais, ayant éloigné ses compagnons, sauf un, après leur avoir dit qu'il se jetterait dans les flammes, il s'est enfui et réfugié dans une caverne du plateau de Langres avec le seul soldat qu'il ait gardé avec lui. Ce dernier se fait passer pour un forestier et parvient à avoir quelques contacts avec l'extérieur. Il apprend que l'épouse de Sabinus, Eponine, se laisse mourir de faim. Il arrive à la joindre et elle se rend avec lui à la cachette de Sabinus. Continuant à jouer les veuves inconsolables, elle va périodiquement le voir et, sous prétexte de voyage, passe parfois d'assez longs séjours en sa compagnie."

    [14 page 34]


    "Pendant neuf ans, cette vie extraordinaire se poursuit. Mais le compagnon de Sabinus meurt, des curieux s'efforcent de retrouver sa demeure, finissent par aboutir à la grotte et, se doutant que l'habitant caché est un otage de prix, livrent Sabinus et son épouse à des soldats rimains. Sabinus est reconnu et l'affaire aussitôt contée à l'Empereur. Neuf ans après la défaite du César gaulois !"

    "Vespasien fait comparaître devant lui le prisonnier. Nul ne doute qu'il gracie. Ne serait-ce - au bout de neuf années - que pour démontrer que les temps de la révolte sont dûment révolus et qu'aujourd'hui la pax romana est solide. Mais César, après lui avoir infligé une longue captivité, a tué ignoblement Vercingétorix. Vespasien tuera Sabinus. Il "gracie" Eponine... Et l'épouse de celui qui fut si peu de temps l'empereur désigné des Gaules clame publiquement son dégoût de la barbarie romaine, injurie le despote, requiert le suplice au côté de son époux. Ce sont là les grâces qu'un Vespasien accorde toujours. Sabinus et Eponine sont mis à mort, seuls leurs enfants sont épargnés.".


    Eponine et Sabinus, le couple gaulois emblématique Un ouvrage de 2011 (couverture au centre, présentation ici) et le site "Les misérables 62, avec cette page, présentent une documentation fournie sur Eponine et Sabinus, montrant à quel point une aura a accompagné l'amour de ce couple, à commencer par les récits des trois Romains Plutarque, Tacite et Dion Cassius. Diderot louait "la beauté, la tendresse, la fidélité et l'amour" d'Eponine, "un des plus beaux morceaux de l'histoire des Gaules, par les exemples de vertus qu'elle présente et par la singularité des événements". On connaîtrait même la grotte de Sabrinus. Plutarque attribue à la sévérité du châtiment les malheurs dont Vespasien fut ensuite accablé. [A gauche peinture de Nicolas-André Monsiau (1754-1837), puis dessin de Jean-Marie Delaperche et, à droite, le tableau "Eponine et Sabinus condamnés par Vespasien" par Antoine-François Callet (1741-1823)]



  7. 96-180 Un siècle de paix et d'imprégnation romaine

    Jérôme France [124 page 101] : Après 70, les Gaules quittent le premier plan de l'histoire politique de l'Empire romain, autant parce qu'elles n'y jouent pas de rôle important que parce que Rome ne leur accorde pas le même intérêt qu'auparavant. Ce n'est toutefois pas un déclin et les Trois Provinces poursuivirent et amplifièrent leur développement économique et social. D'une certaine manière on a même l'impression qu'elles ne se sont rangées que pour mieux bénéficier des bénéfices matériels de la paix romaine, revenue avec les Flaviens [...] Le fait déterminant fut pour les provinces gauloises la stabilisation de la frontière germanique et l'établissement d'un système de défense linéaire et fortifié, les limes"."

    Calgacos empêcha les Romains de conquérir l'Ecosse [dessin du XIXème siècle]

    Agricola, né à Forum Julii / Fréjus, ayant fait ses études à Marseille / Massilia [statue des thermes de Bath]

    Les calédoniens de Calgacos vaincus par les Romains d'Agricola. Durant le règne de Domitien, fils de Vespasien, de 81 à 96, c'est surtout dans la grande île de Bretagne que se manifeste une lutte armée contre l'occupant romain. Tacite en fait un récit détaillé avec Calgacos (ou Calgacus), celte de Calédonie (Ecosse) à la tête des révoltés en 83, qui sera défait par le formidable pacificateur Cnaeus Julius Agricola. Davantage que d'habitude, les superlatifs des écrivains romains peuvent être subjectifs, car Tacite est le gendre d'Agricola...

    La situation s'éclaircit vraiment en 96 quand les Flaviens, qui n'aiment guère les Gaulois, sont remplacés par les Antonins. Jusqu'en 180, ceux qui seront ensuite surnommés "les cinq bons empereurs", Nerva, Trajan, Hadrien, Antonin le pieux et Marc-Aurèle, vont amener à son apogée l'empire romain qui ne sera jamais plus riche et pacifié qu'à cette époque.

       Les empereurs de la pax romana en Gaule Ci-contre, trois empereurs Antonins : Trajan, de 98 à 117, Hadrien, de 117 à 138, Marc-Aurèle, de 161 à 180 [Wikipédia]
    La paix romaine, pax romana, est présentée sur cette page Wikipédia comme "la longue période de paix (du Ier siècle au IIe siècle apr. J.-C.) imposée par l'Empire romain aux régions conquises". Plus précisément : "Cette période est généralement considérée comme ayant duré de -27, quand l'empereur Auguste déclara la fin des grandes guerres civiles du Ier siècle, jusqu'en 180 à l'annonce de la mort de l'empereur Marc Aurèle". Pour la Gaule, cette période a été beaucoup plus courte, surtout pour les habitants d'Autun et de Lyon...

    Trajan mène l'empire romain à son extension maximum

    A son avènement, l'empereur Trajan avait annoncé sa volonté de conquérir le royaume des Parthes. Il y arrive à la fin de son règne d'une manière que Gilles Chaillet a romancé sur des dessins de Christian Gine dans les trois albums de la série "Les boucliers de Mars" (2011 / 2013). Ci-contre Trajan dans la dernière planche (ici + la postface de Gilles Chaillet).

    Hadrien privilégie la paix

    En 117, le successeur de Trajan est Hadrien / Adrien, son petit-neveu et fils adoptif. Il ne poursuit pas la politique expansionniste de son prédécesseur. Il renonce à tous les territoires nouvellement conquis sur les Parthes et réoriente la politique, pacifiant et à structurant administrativement l'Empire, tout en confortant des frontières qui restent fragiles.

    Une paix romaine enfin bienvenue. Maurice Bouvier-Ajam [01 page 116] : "Il y a vraiment osmose ; le cadre romain est accepté dès lors qu'il n'est plus un instrument de vassalisation mais devient une structure institutionnelle à la fois logique et souple, organisant la relation entre la délibération, l'exécution et le contrôle ; la mentalité gauloise, trouvant ainsi le moyen de se manifester, donne à ces institutions un caractère différent de celui des autres provinces : la délibération s'y fait avec une discussion plus vive, les prises de position s'y font plus nombreuses, l'exécution est l'objet d'observations vigilantes et d'analyses critiques. une jurisprudence administrative et judiciaire se précise progressivement, qui a sa spécificité : la coutume s'associe au droit romain, le pénêtre, utilise son formalisme à ses propres fins et le gouverneur, juge d'appel, en contact constant avec des décurions et autres notables, l'admet parfaitement."

    Voies routières en Gaule A tort nommées voies romaines, elles sont d'abord gauloises [ci-dessous en Meurthe et Moselle - Wikipédia]. Ci-contre, carte de la Gaule au IIème siècle. Elle est découpée en quatre grandes provinces, Narbonnaise, Aquitaine, Lyonnaise et Belgique, et les principales voies routières. [carte du site assistance scolaire, rue des écoles). La Germanie inférieure (avec Cologne /Colonia Agrippina et Mayence / Mogontiacum) et la Germanie supérieure (avec Besançon / Vesontio) n'y sont pas incluses.
    La carte ci-dessous, datant de Gallien (vers 265), est plus précise (cliquez sur la miniature), incluant dans la Belgique la partie de la Germanie inférieure à l'Ouest du Rhin (avec Besançon, la Séquanie, l'Helvétie), habituellement incluses dans la Gaule (carte de Gustav Droysen, 1886, sous Gallien 260 + ici sous Gratien 380]. La .Gaule chevelue exclut la Narbonnaise.
    Déjà des embouteillages et déjà on roulait à droite (voir cette page) [dessin J.-M. Woerhel [05]]
    Les cartes routières d'alors ressemblaient à la table de Peutinger, ici anotée autour de la ville de Dreux / Durocassio (lien). Datation : fin du Ier siècle avec des mises à jour au IVème et Vème siècle pour le document d'origine (inconnu), XIIIème siècle pour la seule copie connue.

    Romain et Gaulois, chacun son caractère. "Osmose" est un mot qui paraît fort quand, quelques pages avant, Maurice Bouvier-Ajam [01 page 73] montrait au contraire les différences de mentalités : "Il faut évoquer la différence profonde de mentalité entre Gaulois et Romains : même si l'Histoire devait démontrer plus tard des conciliabilités fécondes, il y avait au départ des inconciliabilités affirmées. Le Romain est juriste, le Gaulois ne l'est pas. Le Romain établit sa hiérarchie sociale sur le critère de la fortune, le Gaulois sur celle de la tradition tribale. Le Romain méprise le travail manuel, le Gaulois l'honore. Le Romain aspire à la domination du monde, le Gaulois répugne à l'unité nationale. Le Romain croit à l'uniformité des institutions publiques, le Gaulois à leur diversité. Le Romain croit en son universalisme, les Gaulois chérissent leurs particularismes. Le Gaulois est, de ce fait, un barbare aux yeux du Romain, qui est, lui aussi, un barbare aux yeux du Gaulois. Mais c'est le Romain qui a écrit l'Histoire.". L'état de grâce de la période des Antonins allait ensuite progressivement s'assombrir avant la catastrophe de l'an 260.

    C'est dans les villes que l'"osmose" s'accomplit au mieux. Alain Ferdière [16 page 44] : "En divisant l'ancien territoire de la Gaule indépendante en une soixantaine de civitates, ou "cités", qui correspondent d'ailleurs grosso modo aux territoires des anciennes tribus gauloises, et en réunissant ces cités pour former trois grandes provinces, l'Aquitaine, la Lyonnaise et la Belgique, les Romains entendent d'abord, encore une fois, faciliter et systématiser la perception de l'impôt. [...] Dans tous les cas, la ville romaine représente une incontestable nouveauté dans le monde gaulois. Pour la première fois sont concentrés dans un même lieu tous les pouvoirs, politique et économique notamment. Ce qui n'était pas nécessairement le cas dans les oppida. En ce sens, on peut dire que, d'une certaine manière, les Romains ont appris aux Gaulois la centralisation".



    De l'oppidum d'avant la conquête romaine, à l'accès difficile, à la civitas au carrefour des routes et aux rues quadrillées (ici Trèves, Augusta Treverorum)

    Tome 3, "Pax romana" de "Histoire dessinée de la France", textes de Blaise Pichon, dessins de Jeff Pourquié, 2018.


    La présence romaine fait évoluer les Gaulois, mais de façon progressive, comme l'indique Alain Ferdière en son entretien "La conquête n'est pas une invasion" [16 page 40] avec cette présentation : "L'archéologie a mis en évidence une tendance assez inattendue : les conquérants romains ont moins bouleversé la Gaule qu'on ne le pensait. Car si les Gallo-Romains se convertissent sur bien des points à la romanité, ils ne renient pas pour autant l'héritage de leurs ancêtres".

    Une influence romaine ancestrale. L'imprégnation des moeurs et coutumes romaines a d'ailleurs débuté plus tôt, et, avant encore, par une autre influence, grecque. Notamment par la présence de Massalia et de ses commerçants. "Cent ans avant la conquête de César, des bâtiments "à la Romaine" apparaissent dans certaines villes gauloises comme Lyon et Bibracte : les tuiles remplacent le chaume du toit, les murs sont construits avec de la pierre, et non plus avec la terre et le bois traditionnellement utilisés jusque là en Gaule du nord. Dans la Gaule d'avant la conquête romaine, la demande en produits italiens est telle que des commerçants romains sont venus s'établir dans certaines villes, comme Châlon sur Saône ou Orléans, ainsi que le signale César".

    "On peut établir une assez nette distinction sociale. Les élites gallo-romaines [pourquoi ne pas dire "les élites gauloises" ?], que nous connaissons le moins mal, se sont sans doute senties assez vite romaines, notamment parce qu'elles ont pu avoir accès à la citoyenneté romaine, voire à la prestigieuse classe sénatoriale. Ces notables se considèrent comme des Romains habitant en Gaule et parlent latin couramment. Il est bien plus difficile de savoir ce qu'il en est pour les classes plus modestes et les populations rurales.". Et de conclure : "Je crois donc qu'il est préférable de parler d'une pluralité de cultures et de mondes gallo-romains".


    Cordonnier dans une ruelle, auberge, boutiques au marché [images extraites de la page "Scènes de la vie quotidienne" du site de Jean-Claude Golvin]

    Alain Ferdière [16] poursuit : "Si la Gaule était déjà riche avant la conquête, ce qui a d'ailleurs en partie motivé le projet impérialiste de César, elle devient particulièrement prospère sous l'Empire. C'est même pour les Romains "la perle" de leur Empire occidental, qui rapporte énormément d'argent au pouvoir impérial par l'intermédiaire d'impôts très lourds".

    Scènes citadines à Arles
    La série "Arelate réalisée par Laurent Seuriac, en 6 volumes (2 cycles de 3 tomes), publiés de 2009 à 2017 chez Idées+ puis Cleopas puis 100Bulles, se déroule à Arles à la fin du Ier siècle et présente de nombreuses scènes de la vie quotidienne. + quatre pages : 1 (tome 1, construction de l'amphithéâtre) 2 3 4 (tome 3 : voyage, arrivée dans une villa, repas). Chaque volume se termine par un dossier documentaire, ici une de ces pages (du tome 1), sur le pont de bateau d'Arles. La vie y est très romanisée. En cette période de paix, la violence se canalise dans les combats de gladiateurs.

    Des esclaves de l'antiquité aux serfs du Moyen-âge. Comme dans les pays méditerranéens de l'époque, la population est divisée en noblesse, plèbe et esclaves. Dans quelles conditions vivaient ces derniers ? Maurice Bouvier-Ajam [01 page 58] : "L'esclave gaulois n'est pas l'animal parlant qu'est l'esclave romain, c'est seulement un homme de condition très inférieure". "Le commerce des esclaves paraît avoir été, en Gaule, très réduit, au moins jusqu'à la conquête romaine". "Vite, l'esclave devient assez proche de la plèbe ; il y pénètre par affranchissement ou simplement par négligence, par confusion.".

    Poursuivant l'analyse sociale, Bouvier-Ajam en arrive à cette conclusion [01 page 125] : "On le voit : un régime pré-féodal s'esquisse en Gaule à tout le moins dès le début du IIème siècle. La préfiguration de la place forte du chevalier médiéval est donnée par la villa fortifiée du chevalier gallo-romain ; la préfiguration de la hiérarchie de fiefs est donnée par la hiérarchie des collectivités territoriales de la Gaule romaine  la préfiguration des villes libres, des villes franches du Moyen Age est donnée par l'organisation municipale des vici ; et, ce qui est assurément le plus important, les rapports entre serfs, vilains, bourgeois, seigneurs, qui caractérisent la féodalité et tout l'Ancien Régime, se dessinent dès le règne de Trajan."



  8. 180-187 Maternus, le Gaulois qui veut être empereur à la place de l'empereur romain

    Cet épisode n'est souvent traité que de façon très brève. Ainsi Wikipédia mentionne en l'année 186 : "Soulèvement d'une armée de déserteurs, sous la conduite de Maternus. La révolte est étouffée en Germanie supérieure durant l'été. Maternus ravage la Gaule et l'Espagne, puis passe en Italie où il projette de tuer Commode, peut-être à la faveur des fêtes données en l'honneur de Cybèle à Rome en mars 187. Le complot échoue et Maternus est exécuté."


    Case recadrée du tome 7 de la série Murena, scénario de Jean Dufaux et dessin de Philippe Delaby (éditions Dargaud 2009). L'action se déroule sous Néron peu avant son décès en 59. Comme la révolte de Maternus, cette scène est une préfiguration des futures bagaudes qui débuteront deux siècles plus tard et dureront deux autres siècles avec une ampleur variable.

    Pour Maurice Bouvier-Ajam [01 page 140] : "Marc-Aurèle meurt de la peste dans la place-forte danubienne qu'est Vienne, en 180 : qu'elles qu'aient été ses vertus, c'est sous son règne que ce situe le "commencement de la fin de l'âge d'or de la paix romaine. Son fils et successeur, Commode, livrera l'empire à l'anarchie.". [à droite Commode, illustration Wikipédia]

    L'accentuation du joug romain. Il décrit alors une dégradation générale de la situation en Gaule : "Les troubles caractérisés sont apparus en Gaule dès 166, succédant à des incidents mineurs peu de temps après la mort d'Antonin. Leurs causes sont diverses et il ne s'agit pas d'un mouvement d'ensemble : désillusion devant les guerres recommencées  ; reprise des réquisitions massives et souvent excessives ; tentatives de Rome pour faire passer à nouveau le Gaule de la participation à la subordination et, de fait, absence de toute attention de Rome aux avis des assemblées locales ; perturbation du commerce et, par là, de l'économie toute entière ; paupérisation grandissante de la plèbe inférieure des villes, des travailleurs agricoles et des petits colons ; fréquence des soulèvements d'esclaves et de miséreux  etc. Les notables se prennent à penser que l'administration romaine est un joug peu tolérable et qu'une administration gauloise, prête à faire ce qu'il faut pour la défense commune de l'Empire, n'aurait ni les mêmes exigences ni la même brutalité et ménagerait, elle, les intérêts vitaux du pays." C'est ainsi qu'est née l'idée de l'empire des Gaules qui vit le jour le siècle suivant.

    Développement du brigandage et de l'insécurité. Dans un article de 1987, Gilbert Picard apporte des précisions sur cette peu connue "révolte de Maternus" : "C'est l'existence de cette vaste zone, mal contrôlée par les autorités et dont les habitants ne devaient éprouver que des sentiments peu amicaux à l'égard des gens du Haut Poitou, qui a permis le regroupement de déserteurs dont certains en étaient peut-être originaires ; située à la limite des provinces d'Aquitaine et de Lyonnaise, elle leur permettait, en passant la Loire, de se soustraire facilement à d'éventuelles poursuites. Ce n'est pas d'ailleurs sans raison que se développera là la révolte des Bagaudes, sans parler de jacqueries et soulèvements plus récents. Il fallut évidemment beaucoup de temps à Maternus pour devenir de petit chef de brigands un véritable général insurgé. Cette lente maturation de la révolte nous paraît avoir été très bien décrite par Hérodien. [...] Simultanément des troubles éclatent dans le nord et l'est ; vers la fin du règne de Marc Aurèle, l'insécurité est générale dans toute la Gaule Chevelue et menace même de gagner l'Espagne."
    "Combat de Romains et de Gaulois" par Evariste-Vital Luminais (1821-1896)

    Maternus s'empare de la ville de Poitiers. Gilbert Picard suite : "En 179 ou 180, Maternus se décide à un gros coup sur Limonum capitale de l'Aquitaine [au IIème siècle, Poitiers / Limonum était capitale de l'Aquitaine] ; il se rend maître du centre de la ville, incendie un certain nombre de bâtiments et se retire, après avoir libéré les détenus de la prison qu'il incorpore. Commode alors se fâche, et s'en prend aux magistrats de la cité. [...] Plutôt que de prélever les troupes nécessaires sur le Rhin, il préfère faire appel à l'armée de Bretagne."

    C'est alors qu'intervient un personnage prénommé Arthur / Artorius : "Un officier sorti du rang, Artorius Castus, est chargé d'un commandement extraordinaire. Son armée, groupant presque deux légions, est facilement victorieuse, sans doute près de l'estuaire de la Loire. Mais les clarissimes protestent violemment contre une innovation qui les déposède d'une de leurs prérogatives essentielles. D'autre part les barbares d'Écosse profitent du départ d'une partie des troupes pour faire tomber le mur d'Antonin ; les troupes britanniques transportées en Gaule manifestent leur mécontentement et n'hésitent pas à marcher sur Rome, où Perennis est destitué et mis à mort."

    Est-ce le roi Arthur ?

    Lucius Artorius Castus, vainqueur de Maternus, a-t-il inspiré au Moyen-âge le personnage légendaire du roi Arthur ? Que ce soit dans la page Wikipédia (encore plus longue dans sa version anglaise) ou d'autres pages comme celle-ci, les arguments pour et contre se répondent sans fin et sans conclusion claire...

    Quant à Merlin l'enchanteur, il pourrait être un ancien druide (lien Wikipédia ou celtique).

    La preuve la plus tangible est cette inscription funéraire...

    A gauche, illustration d'origine indéterminée, trouvée sur la Toile, associée à Artorius

    L'insensé coup de main de Maternus sur Rome. Gilbert Picard suite : "Cependant la défaite a dissous l'armée de Maternus ; lui-même avec quelques fidèles va tenter un coup désespéré sur Rome, pendant que d'autres révoltés essayent de gagner la Germanie, attaquant au passage Argentoratum [Strasbourg] où la VIIIe Augusta résiste victorieusement. Finalement Cléandre, nouveau préfet du prétoire, confie à Pescennius Niger un commandement extraordinaire ; en liaison avec des légats provinciaux énergiques, il parvient à pacifier les Gaules."

    En un autre article de 1952 titré "Les révoltes paysannes dans la Gaule romaine tardive et l'Espagne", Edward Thompson apporte des précisions sur le passage de Maternus en Italie : "Quoi qu'il en soit, lorsque l'armée du gouvernement central a été envoyée à Lugdunensis, les hommes de Maternus, ou certains d'entre eux, se sont retirés de la scène de leurs activités, mais seulement pour accomplir ce qui était à la fois l'entreprise la plus dramatique et la cause immédiate de leur chute. En petits groupes, ils se sont infiltrés en Italie et à Rome, comme Romulus et ses bergers longtemps auparavant, déterminés à assassiner l'Empereur Commodus en participant à un festival dédié à la Mère des Dieux et à remplacer l'Empereur par Maternus. Ils ne se voulaient pas les représentants ou les précurseurs de toute forme de société future. Leur but était simplement de remplacer un Empereur par un autre. " Un tel coup de main audacieux pouvait-il avoir la moindre chance de succès ?

    Argentoratum / Strasbourg, un camp fortifié devenu une ville

    Continuons : "Des méthodes «anarchistes» de terrorisme personnel ainsi que des ambitions personnelles fortes ont ainsi émergé et, comme cela s'est produit souvent dans des circonstances similaires, la désintégration du groupe n'était pas loin. Les succès et les ambitions de Maternus l'ont amené à perdre le contact avec les sentiments de ses disciples, et il a été trahi par certains de ses compagnons qui se contentaient d'être dirigés par un brigand mais pas par un «maître et un empereur». Maternus a été capturé et décapité; mais le mouvement qu'il avait mené n'était pas fini. Près d'une vingtaine d'années plus tard, un général était obligé d'opérer en Gaule avec des détachements d'au moins quatre légions contre «dissidents et rebelles», sans doute beaucoup du même type de personne qui avait été actif sous Maternus lui-même; et on ne prétend pas que les forces gouvernementales ont remporté des victoires éclatantes..."

    Poitiers, Strasbourg, Rome, le parcours du brigand Maternus n'est pas anodin. Nous ne connaissons de cette aventure que la version romaine. "Pour Herodian, Maternus était un simple déserteur, bien que gênant, et ses partisans, une bande de voyous et de terroristes. En fait, ils ressemblent plus à une armée puissante, une combinaison de soldats, de paysans et d'autres, dont l'histoire était le premier acte dans le long conte des Bagaudes. Le caractère de leur mouvement doit se distinguer nettement du simple brigandage de routine qui pourrait être trouvé dans tous les coins de l'Empire à cette époque et dont la suppression faisait partie des tâches quotidiennes des forces armées du gouvernement".

    Après la montée de fièvre de Maternus et ses troupes (de Poitiers à Rome en passant par Stasbourg !), l'apaisement revient en Gaule. Sévère Alexandre est tué en 235 et tout est déjà prêt pour un basculement d'époque. Christine Delaplace [12 page 185] : "Le vrai temps de la crise ne commença en réalité qu'en 235 et s'acheva cinquante ans plus tard en 284, lorsque Dioclétien amorça une grande politique de réformes structurelles qui jetèrent les fondations d'un nouvel empire, la tétrarchie."



  9. 194-197 Albinus, césar des Gaules, échoue à devenir empereur

    Jérôme France [20 page 109] : "A la mort de Commode, l'Empire fut précipité dans une crise de succession, rappelant celle qui avait suivi l'assassinat de Néron. Cependant, si la Gaule en fut l'un des théâtres d'opérations, ce fut de manière passive et sans que rien ne puisse être comparé avec ce qu'avait pu être, en 69-70, la tentative sans lendemain de l'Empire des Gaules. Après l'assassinat de Pertinax qui avait succédé à Commode (mars 193), la compétition pour l'Empire opposa Didius Julianus, l'ancien vainqueur des Chattes, qui devait le pourpre à la corruption des prétoriens, Septime Sévère, proclamé par les légions de Pannonie, et Pescennius Niger par celles de Syrie. Sévère sortit vainqueur de cet affrontement, en décembre 195."

    Albinus prône la création d'un empire des Gaules. C'est alors qu'arrive Clodius Albinus, né en Afrique en 147, à la tête de la province de [Grande-]Bretagne [illustration ci-contre]. Bouvier-Ajam [01 page 145] : "Septime Sévère marche sur Rome et se fait reconnaître par le sénat, dès juin 193. Il sent qu'il ne faut pas mécontenter la Gaule : il offre à Albinus [en avril 194] le titre de César, d'héritier présomptif de l'Empire et s'engage à l'associer à son pouvoir en lui donnant autorité particulière sur la Gaule, la Grande-Bretagne et l'Espagne. Albinus accepte, la Gaule s'incline. [...] L'expédition [de Septime Sévère contre Pescennius Niger] a duré plus de deux ans. A Rome, malgré sa logique requête, nul n'a fait appel au César Albinus pour assurer l'intérim de l'Auguste Septime Sévère, et Albinus comprend qu'on l'a dupé. A la demande de civitates gauloises et plus spécialement des décurions de la Lugdunaise, il se laisse proclamer "Empereur et Auguste" [en janvier 197]. Il s'installe à Lyon, faisant savoir à Septime Sévère qu'il demeure disposé à l'entente et au partage du pouvoir : l'éventualité d'un empire de Gaule / Espagne / Grande-Bretagne, associé à un empire romain qui engloberait tous les autres territoires. Lyon serait capitale du premier et Rome du second, Rome étant en outre capitale fédérale. [...] Mais la suggestion d'Albinus est rejetée par Sévère sitôt qu'elle est émise : l'antagonisme entre fédéralisme impérial et despotisme romain demeure absolu. Et meurtrier."




    Pertinax (portrait supposé), Didius Julianus, Pescennius Niger et Septime Sévère. Pire que l'année 70 des quatre empereurs, arrive en 193 les six mois des quatre empereurs et d'un usurpateur et demi. Le premier empereur est Commode, déjà vu au chapitre précédent, assassiné le 31 décembre 192. Lui succède Publius Helvius Pertinax du 1er janvier 193 au 28 mars 193, puis Didius Julianus du 28 mars 193 au 1er juin 193, puis Septime Sévère du 1er juin 193 au 4 février 211. Pescennius Niger est lui un usurpateur d'avril 193 à 194. Quant à Clodius Albinus, il peut être considéré comme un demi-usurpateur en 193 puisqu'il refusa le titre d'Auguste en début d'année, avant de se ranger quand Septime Sévère le nomme César en avril 194 et de devenir un usurpateur plus tard, de janvier 197, quand il est proclamé Auguste, à sa mort le 19 février 197.

    Le sac de Lugdunum / Lyon reste une étape marquante de ce conflit. Jérôme France : " Le choc décisif eut lieu au nord de Lyon le 19 février 197 et tourna finalement au désavantage d'Albinus qui se donna la mort. La capitale des Gaules fut pillée et incendiée par l'armée victorieuse et les provinces gauloises se virent soumises à la loi du vainqueur. C'est ainsi que la XIIIème cohorte urbaine de Lyon fut dissoute et remplacée par des détachements de la légion du Rhin. Quant à ceux qui, par conviction ou par crainte, avaient soutenu Albinus, ils furent frappés par des proscriptions et des confiscations. Enfin, on procéda en Lyonnaise à un nouveau cens qui toucha probablement aussi les autres provinces de Gaule."


    "Histoire de Lyon" scénario A. Pelletier et F. Bayard, dessin de Jean Prost, 1979 + les deux pages sur l'insurrection d'Albinus : 1 2

    Joël Schmidt [18 page 350] indique des retombées en Hispanie : "L'Espagne a subi la contagion de la révolte dans les Gaules en suivant l'envoyé d'Albinus, un certain L. Novius Rufus, chargé de les soulever. Septime Sévère y dépêche un de ses plus sûrs lieutenant, un certain Candidus, qui disperse les restes de l'armée d'Albinus qui ont pensé trouver l'impunité dans la péninsule ibérique."

    Les liens de confiance établis entre Rome et la Gaule vont ensuite progressivement se détériorer, avec des règnes tumultueux, surtout celui de Caracalla, de 211 à 217. Bouvier-Ajam [01 page 148] : "Ses abominations l'ont rendu détestable. [...] Tout ce qui est marqué du sceau impérial est suspect ; dans tous les domaines le prestige de Rome a disparu. L'éloignement, l'indifférence sont tels que l'assassinat de Caracalla ne soulève même pas en Gaule la joie qu'il soulève dans quasi tout l'Empire."

    Caracalla voulait-il se venger des Gaulois ? Pour Joël Schmidt [18 page 354], l'empereur Caracalla, né à Lyon, fils de Septime Sévère, nourrissait une solide rancune à l'encontre des Gaulois : "Il part en campagne contre les Germains, en faisant un détour par la Gaule narbonnaise. En effet, il a un compte à régler avec le proconsul de cette province qui a montré peu d'empressement à se rallier à lui. Il le fait donc assassiner et, dit L'Histoire Auguste, "il bouleversa tout dans cette province et se fit haïr comme un tyran tout en feignant d'être un homme bon, alors qu'il était méchant de nature. Il persécuta les hommes et viola les droits des cités" [...] On s'étonne qu'un homme qui était né dans la capitale des Gaules et passait même dans son enfance pour un vrai petit Gaulois se soit acharné sur son pays d'adoption avec tant de rage. Sans doute faisait-il encore payer aux Gaules leur choix d'Albinus comme empereur.".
    Ci-contre, présentée comme"La première BD de Jean-Claude Golvin, le maître de la reconstitution antique", Quadratura est une bande dessinée scénarisée par Chantal Alibert et dessinée par Jean-Claude Golvin, 1er tome en 2018 aux éditions Passé simple. L'action, une tentative d'assassinat de Caracalla, se déroule en 215 à Narbonne / Narbo Martius. + pages 1 et 4 de couverture + 1 autre page..

    Le grand-père maternel de Caracalla est un ancêtre de Charlemagne, d'après la généalogie elastoc et d'après bien d'autres généalogies.

    Les certitudes douteuses des généalogies
    Il est statistiquement sûr que nous, les Européens, sommes des descendants d'un nombre très important de ceux qui peuplaient le pourtour de la Méditerranée, et au delà, il y a vingt siècles. Plus précisément, de tous ceux qui ont eu une descendance jusqu'à nos jours. Sur plus de soixante générations, chacun de nous est relié à chacun d'entre eux de milliers et même de millions de façons différentes. Il est toutefois difficile de déterminer précisément un de ces liens d'une façon documentée. Si on veut remonter le temps, on est amené à remplacer les certitudes par des quasi ou presque certitudes, qui provoquent des divergences selon les généalogistes. De plus, les erreurs prouvées du passé ne sont pas toujours corrigées au présent et continuent à se propager... Christian Settipani, un des généalogistes historiens les plus réputés, est ainsi remonté jusqu'à Ramsès II (voir ici) et une vingtaine de générations au-delà.

    Jules César est-il un de nos ancêtres ? Il n'est pas présent actuellement dans la génalogie elastoc. Il devrait y apparaître, mais pas comme ascendant direct. Peut-être comme Caracalla, un petit-fils d'un ancêtre, donc un très lointain cousin...

    La fin de la romanisation ? Maurice Bouvier-Ajam [01 page 150] : "Il y a eu, c'est indiscutable une romanisation de la Gaule ; si elle est plus limitée qu'on ne l'a cru autrefois, elle n'en est pas moins certaine. Et, maintenant, l'acquis étant acquis, on constate un arrêt, une volonté de ne pas aller plus loin, par crainte de l'aventure et de dépersonnalisation ; il se produit, en somme, une gallicisation de tout ce que la Gaule compte de Romains et de romanisés ; la confiance dans la Gaule se substitue pour eux à celle de l'Empire, et, par là, le profil d'un Empire gaulois à nouveau se dessine." Quelques dizaines d'années plus tard, la situation va devenir beaucoup plus critique et la solution de création d'un empire des Gaules sera effectivement mise en oeuvre...



  10. 250 Les chrétiens victimes des émeutes de Toulouse et ailleurs étaient-ils anti-Romains ?

    Cette page devait initialement être uniquement consacrée à Victorina et aux empereurs des Gaules. Puis les bagaudes, puis... Elle s'est développée sur toute la domination romaine de la Gaule et les révoltes internes qui l'ont secouée. La christianisation du pays en fait partie intégrante, nous y reviendrons notamment dans le chapitre sur saint Martin qui sut s'associer aux révoltés Gaulois des bagaudes. Mais quelles sont les racines de ce mouvement religieux quand il rencontrait une vive opposition dans quelques villes, sans qu'il n'atteigne encore les campagnes ? Deux exemples marquèrent les imaginations, Blandine à Lyon en 177, et Saturnin à Toulouse vers 250.


    Blandine [lien] et Saturnin [lien] ont maintenant l'auréole des saints. Dans l'amphithéâtre de Lyon et sur le Capitole de Toulouse, la foule demandait leur mort.

    Blandine à Lyon et la suppression d'une avant-garde chrétienne. Sophie Laurent sur une page du "monde de la bible" : "La première référence de l’existence d’une communauté chrétienne est une lettre des chrétiens de Lyon et de Vienne qui raconte la persécution de l’empereur Marc-Aurèle à leur égard en 177. Il est possible, d’après les noms cités dans la lettre, qu’une partie de cette communauté soit originaire de Grèce orientale et que ces chrétiens se soient établis à Lyon en arrivant directement par la route des Alpes.". Blandine, l'évêque Pothin et une quarantaine de chrétiens constituant cette communauté sont exécutés ou livrés aux jeux du cirque pour amuser le peuple. C'est un cas exceptionnel et isolé (au regard des sources écrites) dans une Gaule qui n'est pas encore préoccupée par la nouvelle secte. Après cet épisode, "il faut attendre le milieu du IIIe siècle pour trouver trace d'autres communautés chrétiennes en Gaule" (page Wikipédia sur "L'histoire du christianisme en France").

    Saturnin à Toulouse symbole de la répression contre les premiers chrétiens. Le cas de Saturnin en 249 ou 250 est représentatif du début de la montée généralisée du christianisme dans le pays. Voici la récit qu'en fait Brigitte Beaujard sur cette page du site cairn.info : "Si le récit du martyre de Saturnin de Toulouse est bien inspiré de faits historiques, la mort de Saturnin, en 249, serait aussi le fruit d’une émotion locale. En effet, à Toulouse, où une communauté chrétienne se développait sous la houlette de Saturnin, son premier évêque, les païens se plaignaient que leurs dieux soient devenus insensibles et muets du fait des chrétiens. Pour remédier à cette situation, les prêtres de la cité organisèrent un sacrifice qui devait avoir lieu devant le Capitole en présence d’une foule considérable. Or, Saturnin vint à passer par là. La foule le saisit; « traîné, vers le Capitole, [il] refuse de participer au sacrifice » . La foule s’excite. Le taureau destiné au sacrifice est maintenu. Les prêtres « passent une corde autour de ses flancs et la laissent pendre par derrière pour y attacher les pieds du saint homme; puis on pique le taureau qui s’élance du haut du Capitole vers le bas. Dès les premières marches, la tête se brise, laissant échapper la cervelle... »"

    Les chrétiens victimes de foules excitées. Et il y eut d'autres émeutes de ce genre. Brigitte Beaujard : "A Lyon, à Alexandrie, à Toulouse et en bien d’autres lieux, des chrétiens furent donc les victimes de violences commises par une foule païenne excitée contre eux par peur qu’ils menacent la puissance et la protection de leurs dieux. Toutefois, leurs coreligionnaires les considérèrent comme des vainqueurs de la violence. En effet, par la fermeté de leur confession, par leur acceptation de la souffrance et de la mort pour leur foi, ils étaient devenus des témoins du Christ, des martyrs au sens étymologique du terme. En conséquence, la mort leur ouvrait les portes de l’éternité : elle marquait leur triomphe."


    L'entrée de Tolosa / Toulouse vue par Jean-Claude Golvin, le poisson signe épuré de reconnaissance des premiers Chrétiens et une pièce de monnaie à l'effigie de Dèce. + planche présentant Tolosa plus tard, en 419, dessin de Claire Chicault, tome 1 de "La saga de Wotila", Delcourt 2011.
    La faillite de l'interdiction L'empereur Dèce règne de 249 à sa mort en 251, en combattant les Goths. Il interdit la religion chrétienne, alors impopulaire et considérée comme potentiellement dangereuse. Il s'ensuit des émeutes antichrétiennes et des persécutions comme celle de Saturnin, dont l'ampleur doit être relativisée. Les victimes étant érigées en martyrs, la clandestinité, avec le poisson pour signe de reconnaissance, resserrant les liens, la communauté chrétienne s'en est trouvée renforcée.



    Le christianisme se propage d'abord dans les grandes villes. Un article du site e-stoire, présente "Les débuts du christianisme en L'histoire du Christianisme en Gaule commence dès le second siècle et, chose curieuse, ce sont dans les centres officiels du culte païen de l'Etat que se propage la nouvelle religion : Lyon en particulier, Autun, Bordeaux, etc. C'est à Lyon que périssent les premiers martyrs : l'évêque saint Pothin et la jeune esclave Blandine. Il est prouvé que dès 177, une communauté chrétienne existait à Autun. [...] L'évangélisation proprement dite de la Gaule commence entre 236 et 250, lorsque le pape Fabien y délègue sept missionnaires : Paul à Narbonne, Trophime à Arles, Saturnin à Toulouse, Martial à Limoges, Gatien à Tours, Stremonius (Austremoine) à Clermont, Denis à Paris. Plusieurs de ces noms sont d'origine grecque, ce qui explique pourquoi la liturgie grecque a été, à Paris notamment, utilisée pendant les premiers siècles."

    Il convient d'être prudent par rapport à un tel récit qui ne prend forme que tardivement. Par exemple, il est pratiquement certain que Saint Gatien, présenté comme le premier évêque de Tours n'a pas existé [23 pages 31 à 33]. Wikipédia, sur la page de Martial, indique "Grégoire de Tours a amalgamé des récits d'origines, de dates et de valeurs différentes, pour raconter l'histoire légendaire de ces sept missionnaires. La fondation des premiers évêchés n'est en effet connue le plus souvent que par des traditions locales tardives et légendaires qui visent à prouver l'antériorité d'un siège par rapport à un autre."

    Sur cette page, Enrico Riboni, athée et libre-penseur, écrit : "L'intolérance religieuse des chrétiens, qui vise ouvertement, dès le début, à imposer une interdiction des cultes des autres dieux que le leur, qui, insistent-ils, est le "seul Dieu", leur attire bientôt les foudres de la justice romaine, qui défend la liberté de culte, laquelle est l'un des piliers de cette société complexe et multiculturelle qu'est l'empire romain des premiers siècles de notre ère. La propagande chrétienne retourne habilement la situation. Ceux qui sont condamnés par la justice romaine sont proclamés "martyrs", leurs restes sont vénérés dans les églises, on invente la légende comme quoi ils ont étés exécutés pour avoir "refusé de renier leur foi", ce qui bien sûr est mieux que la vérité nue, qui est qu'ils ont étés condamnés pour avoir été des fauteurs de troubles voulant imposer l'intolérance religieuse dans une société multiculturelle. "

    Des chrétiens prolétaires et vulgaires. Joël Schmidt [18 page 357] s'interroge sur les émeutiers qui s'en prennent aux chrétiens : "Il serait bon, à la lumière de ces émeutes qui se produisent souvent au moment des persécutions de chrétiens, d'écrire un jour l'histoire, si possible, de la composition sociologique et des émeutiers et de ceux, chrétiens, qui en sont les victimes. Il ne m'étonnerait pas, alors que les émeutiers si attachés au culte de l'empereur et de Rome se soient révoltés contre les chrétiens dont les origines sociales étaient beaucoup plus humbles et qui étaient recrutés parmi la population peut-être la moins assimilée à la civilisation romaine. Une autre manière de perpétrer le conflit séculaire entre Romains et Gaulois, qui prenait la forme en Gaule romaine d'une hostilité entre nantis et profiteurs de la romanité et ceux qui en étaient, de par leur origine paysanne, prolétaire ou servile, exclus. La bagauderie, d'une certaine manière, donnerait raison à cette hypothèse."

    Marcel Simon, dans "La civilisation de l'antiquité et le christianisme" (page 191, Arthaud 1972), ajoute les gnostiques aux croyants des anciennes religions : "En dépit de l'énergique réaction de défense de l'orthodoxie, le gnosticisme sous toutes ses formes continue d'exercer une réelle séduction parmi les intellectuels. Gnostiques et païens se rejoignent dans un même mépris vis-à-vis du christianisme commun, considéré comme la religion du vulgaire, des illettrés et des femmelettes, indigne de séduire l'élite cultivée et pensante. A l'inverse, et précisément parce que les gnostiques exaltent aux dépens de la foi, impartie à la masse des fidèles, cette connaissance supérieure qui est leur propre apanage, il se trouve dans l'Eglise nombre de bons chrétiens pour affirmer que la foi - ce que nous appellerions la foi du charbonnier - est suffisante, et pour jeter le discrédit sur tout ce qui va au-delà des rudiments de l'instruction catéchitique. Toute démarche intellectuelle, tout recours à la raison, tout effort pour donner une structure logique au message chrétien et pour l'approfondir leur apparaissent comme une trahison. Sous couleur de simplicité évangélique, ce courant obscurantiste, dont nous avons vu un Tertullien se faire l'interprète, apporte de l'eau au moulin des adversaires païens et gnostiques de l'Eglise." La gnose, subversion ou accomplissement du christianisme "En dépit des persécutions ayant frappé les grandes poussées gnostiques, la gnose va poursuivre subrepticement son chemin dans la chrétienté médiévale et moderne, et jusqu'à notre époque. Elle a parasité la religion chrétienne, se coulant dans son vocabulaire et dans ses schémas théologiques, mais leur donnant insidieusement un sens entièrement différent, conforme aux croyances gnostiques. La gnose a ainsi travaillé à subvertir le christianisme de l'intérieur en affectant d'en être la forme spirituellement la plus élevée." [extrait de la page du site taigong788 titrée "Les gnostiques, un mouvement religieux aux multiples influences"]

    Suite de l'article du site e-stoire : "Peu de temps après, ce sont les première persécution qui allaient se multiplier à l'époque de Dioclétien, soit à la fin du IIIè et dans les premières années du IVè siècle : en particulier sainte Foy à Agen, saint Vincent non loin d'Agen, saint Genest à Arles, saint Denis à Paris, saint Lucien à Beauvais, saint Quentin à Vermand, dans l'Aine (qui par la suite allait prendre le nom de son premier martyr) et surtout saint Maurice et la légion Thébaine, entièrement composée de chrétiens, à Agaune, dans le Valais, en Helvétie. [...] Pendant toute cette période clandestine, la vie chrétienne s'est limitée aux villes. Lorsque paraît en 313 l'édit de Constantin qui renversaient la situation et faisait du christianisme la religion officielle de l'empire, les basiliques ne tardent pas à s'élever dans les cités gauloises. Mais les campagnes ne devaient commencer à être atteintes que par les grandes missions d'évangélisation de saint Martin dans le courant du IVè siècle."

        Le christianisme en Gaule en 325, en 400, en 500 et en 600 [page du blog de Lutèce, manuel de Seconde JM Lambin (Hachette 2006), page Gaule du site Soutien67 et page du magazine "L'Histoire"]



  11. 260 L'empire romain au bord de l'effondrement

    L'empire romain va connaître à partir de 238 de graves difficultés, à la fois internes (conflits pour prendre le pouvoir) et externes (incursions barbares). Elles ne s'atténueront vraiment qu'à partir de 285, et un peu plus tard en Gaule en 296, avec l'arrivée au pouvoir de l'empereur Aurélien et l'avènement d'un système de gouvernance plus efficace, la tétrarchie.

    Bouvier-Ajam [01 page 151] : "238 est l'année record du massacre impérial : un mort au combat, un suicidé, trois assassinés. [...] Les assauts barbares à l'est se font de plus en plus fréquents [...] La vraie menace n'est plus seulement alamique : elle est franque. Par une vicissitude de l'Histoire à laquelle les temps ultérieurs donneront une certaine allure de paradoxe, ce sont les Francs qui entraîneront la provisoire fraternisation de la Gaule et de Rome et, par là, donneront la brève illusion que l'Empire romain peur continuer à présider aux destinées gallo-romaines."

    Extrait de la page 238 de Wikipédia (+ page sur la "Crise du troisième siècle").

    Pour les Romains, la pire année du siècle est 260. Dans un combat en Mésopotamie, l'empereur Valérien est fait prisonnier par le Roi des rois perse Shapur Ier (ou Chapour Ier) avec tout son état-major et 70.000 soldats. Il est ensuite mis à mort. L'empire romain est prêt à s'effondrer. Son fils Gallien le remplace mais a fort à faire en Occident où déferlent des hordes barbares...


    Valérien est fait prisonnier par Shapur Ier. Dessin de Jean-Marie Woehrel [05, page 6] et le bas-relief l'ayant inspiré [Wikipedia]

    Notre ancêtre perse vainqueur des Romains
    Valérien et Shapur Ier sont probablement nos ancêtres (ou frères de nos ancêtres...). Si l'ascendance vers Valérien est difficile à obtenir, celle vers Shapur Ier est davantage établie, même s'il reste des points d'interrogation marqués ci-contre par le prénom "XXX". Ce lien n'est pas établi avec Charlemagne, mais avec un de ses contemporains, Angilbert de Ponthieu.
    Cela montre que nous descendons des Perses. Et aussi de nombreux autres peuples. Y compris les Gaulois...


    Gilles Chaillet, "La légion des damnés" (1975) paru dans "Les mémoires secrets de Vasco" (Lombard 2011) + la page

    Des déplacements de population de l'océan Pacifique à l'océan Atlantique. Les raids barbares vont désormais se succéder et requérir de gros efforts militaires pour les contenir, certaines percées provoquant de graves remous et des divisions internes. Mais pourquoi ces raids ? Il faut aller en Chine pour en trouver la cause première. Après avoir inquiété pendant plus d'un siècle l'empire chinois des Han, les peuples cavaliers des steppes Xiongnu (ou Hiong-Nou) subirent de graves revers. Une sévère défaite en 91 amena un reflux vers l'Est qui se répercuta durant plusieurs siècles. Les Xiongnu septentrionaux repoussèrent les Xiongnu occidentaux, qui repoussèrent les Huns, qui repoussèrent les peuples Germains qui attaquèrent l'empire romain en une suite de raids dévastateurs, là aussi durant plusieurs siècles. En Gaule, seule les derniers venus, les Francs, purent stabiliser les frontières vers l'an 500, l'empire romain d'occident ayant trépassé 25 ans plus tôt.

     
    [L'atlas des empires, Le Monde / La Vie Hors-série, édition 2019, page 17] A droite, le volume 3 "Des Gallo-Romains aux Barbares 212-481" d'une "Histoire de France" en BD débutée en 2004, sur scénario de Reynald Secher et dessin par divers dessinateurs, ici Serge Fino. + une planche de ce volume expliquant la poussée chinoise et ses répercussions sur les frontières de l'empire romain.
    >
    Christine Delaplace [12 page 187] : "La capture de l'empereur Valérien en 260 et la fragilité de la défense orientale de l'Empire favorisèrent les desseins des peuples barbares qui exerçaient depuis le début du siècle une pression de plus en plus constante sur le "limes" danubien et rhénan. La même année, de nouveaux migrants plus septentrionaux (Vandales, Hérules, Gépides) poussèrent en avant les Goths qui s'installèrent en Bithynie, en mer Egée, et dévastèrent les provinces d'Asie. De la même manière, ils contraignirent les peuples germains Alamans et Francs à passer en Gaule."

    Les raids barbares sur la Gaule de 250 à 271 [05, page 55]
    Combat entre Romains et Barbares vers 260
    [page Wikipedia "Grand sarcophage Ludivisi"]

    Olac n°69 en 1966 (éditions SFPI), dessin de Pierre Dupuis. Les Champs Décumates en 259 sont attaqués par les Alamans.
    Les onze pages du héros (inventé) Olac dans cette bataille : 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11

    Même si l'année 260 fut particulièrement critique, les fondamentaux de l'empire romain restaient bons. Il convient donc de relativiser ces difficultés, comme l'écrit Benoît Rossignol [20 page 31] : "L'Empire reste très puissant. Ces crises passagères sont vites résolues. [...] De fait les difficultés rencontrées par l'Empire dans cette seconde moitié du IIIème siècle ne sont pas annonciatrices de la future chute de Rome". Au contraire même, ajoute Pierre Cosme, rappelant l'édit de Caracalla en 212 élargissant la citoyenneté romaine à tout homme libre de l'Empire : "L'essor du commerce autour de la méditerranée fait communiquer les différentes provinces et les unifient." En colmatant les divisions, et il y en eut une sévère en Gaule durant cette fameuse année 260...



  12. 260-269 Postume l'empereur restaurateur des Gaules

    En 260, après la capture de Valérien, son fils Gallien, 42 ans prend les rênes de l'empire Romain. En Gaule, Valentinien avait confié la défense contre les barbares à un général expérimenté de confiance, Marcus Cassianius Latinius Postumus, ou Posthumus ou Postume, originaire de l'Aquitaine, portant ce nom pour être né après la mort de son père. Alors que les Francs réalisent une percée spectaculaire, allant jusqu'en Espagne, Gallien entend faire intervenir sur le front du Rhin son jeune fils Salonin (ou Saloninus), assisté par le général Silvanus. D'importantes divergences tactiques apparaissent et Salonin est nommé césar. André Chastagnol [08 page 840] : "Postume entra en conflit avec Silvanus pour une sombre histoire de partage de butin et assiégea son rival et le César avec son armée. Le jeune prince prit alors le titre d'Auguste, mais la garnison de Cologne elle-même se rallia à Postumus et lui livra Silvanus et Salonin, qui furent alors mis à mort."

    Postume empereur malgré lui. Maurice Bouvier-Ajam [01 page 160] : "Le désaveu par Postume du meurtre du César Valerianus Saloninus et du lieutenant général Sylvanus est formel. Il va jusqu'à prendre des sanctions. [...] Et voici que vient jusqu'à son état-major l'annonce de la réaction de Gallien : l'Empereur condamne Postume par contumace, comme assassin du César et se son tuteur ! C'est est trop : ses plus fidèles lieutenant demandent à Postume de faire sécession et de se laisser proclamer empereur. Il refuse. Mais bientôt, l'ensemble de ses officiers et de ses légionnaires, y compris les repentants qu'il a punis, l'acclament, criant que son acceptation est une question de devoir, que c'est le sort de l'armée, ainsi que le sort de la Gaule entière qui est en jeu. Alors, sans doute en décembre 257, après avoir clairement exposé qu'il n'entend en rien devenir le maître de l'Empire romain - ce que toute son attitude confirmera - il accepte d'être proclamé empereur."


    [05 page 8] scénario Silvio Luccisano, dessin Jean-Marie Woehrel + trois pages (7, 8, 10), avant la nomination et le refus de marcher sur Rome : 1 2 3
    A droite, "Histoire de la Bretagne", scénario de Reynald Secher, dessin de René le Honzec, tome 1, éditions Reynald Secher 1991 (ici la page entière).

    André Chastagnol poursuit : "Le nouvel empereur fut bientôt reconnu dans toute la Gaule, sauf les régions du sud-est situées à l'est du Rhône, puis en Bretagne (Angleterre actuelle) et dans une large partie de la péninsule ibérique. Gallien essaya en vain, à deux reprises, de rentrer en possession du terrain perdu et Pöstumus sut protéger la Gaule en montant vaillamment et avec succès la garde du Rhin."


    Gallien empereur romain de 260 à 268 [Wikipédia]

    Postume rassembleur des provinces gauloises [05 page 17]

    Joël Schmidt [18 page 362] : "En 262, Postumus, célébrant son "quinquenalia", c'est-à-dire ses cinq années de règne, est l'objet de l'hommage unanime des Trois Gaules, ce qui est plus que ne peut en supporter Gallien qui envoie une armée commandée par Manius Acilius Aureolus contre celui qu'il considère toujours comme un ursupateur. Cette armée commet de telles horreurs et pratique une répression si impitoyable qu'elle soude davantage les Gaulois autour de leur empereur Postumus."



    Revers d'une pièce de monnaie rendant hommage au restaurateur de la Gaule [06, verso de la page 1 de couverture] et avers d'une autre pièce, avec le portrait de Postume
    L'empire des Gaules sous Postume 260-269
    [d'aprèsWikipédia].

    La mort de Postume. Chastagnol : "Le règne dura un peu plus de neuf ans puisque "Le premier empereur gaulois" célébra sa fête décennale à l'été 269 ; il fut tué un peu plus tard, en juillet, août 269 par ses propres soldats pour leur avoir refusé le pillage de Mayence après la défaite de Lollianus [Lelianus / Lelien] dont il sera question plus loin. Gallien était mort avant lui et avait eu pour successeur Claude [Claude II / Claude le Gothique], au centre de l'Empire, en septembre 268."

    Quelle est l'année de début de règne de Postume ? Bouvier-Ajam [01 page 160] dit décembre 257, Postume étant tué en juin 267, Delaplace [12 page 388], Luccisano [05 page 7] et Wikipédia disent l'été 260, Schmidt dit fin de l'année 258 [18 page 361], avec un quinquennat célébré en 262. Etant donné que Chastagnol, qui lui aussi donne la date de "Juin-juillet 260" [08 page 840] parle de la célébration de la fête décennale en l'été 269, la date décembre 258 pourrait être vraisemblable et, pour simplifier l'année 259. Or, même si Bouvier-Ajam et Schmidt se gardent de le prétendre, la capture de Valérien en 260 est habituellement présentée comme antérieure à l'avènement de Postume. Notamment Aurélius Victor présente la capture de Valérien [07 page 88] avant la proclamation de Postume [07 page 90]. C'est à croire que la fête décennale aurait célébré le début de la dixième année... La date 260 est donc ici retenue. L'analyse numismatique de Jean Lafaurie [11 page 99] va en ce sens, avec le meurtre de Postume confirmé en 269.

    Qu'en est-il de Postume le jeune, fils de Postume ? D'après l'Histoire Auguste [08 page 867], Postume aurait désigné césar son fils, aussi nommé Postume, présenté comme un "rhétoricien". Commentaire d'André Chastagnol [08 page 841] : "Ce fils de Postumus est absolument inconnu par ailleurs ; en tout cas, même s'il a existé, il n'a jamais été proclamé César, et encore moins Auguste ; ni inscriptions ni monnaies ne le mentionnent."

     
    Trèves capitale des Gaules. Reconstitution de Trèves /Augusta Treverorum / Treveris (au premier plan la porta nigra), capitale de l'empire des Gaules, et d'un bureau impérial (avec les casiers pour ranger les papyrus), dessins de Jean-Marie Woehrel [05 page 45]

    Pourquoi l'empire des Gaules a-t-il duré si longtemps ? L'empire romain a mis plus de dix ans à attaquer la sécession de l'empire des Gaules. Certes les Gaulois, surtout au début du règne de Postume, avaient les moyens militaires de contrer l'armée romaine, et nous verrons que, une vingtaine d'années plus tard, un de ses successeurs, Carausius, y réussira alors qu'il était moins fort. Toutefois, ce n'était pas une évidence tant l'empire aparaissait encore redoutable. Claire Sotinel, dans le livre "Rome, la fin d'un empire" paru chez Belin en 2019 dans la collection "Monde anciens" apporte cette explication : "Les historiens classiques ont beaucoup reproché à Gallien de n'avoir cherché à venger, ni son fils, exécuté par Postume, ni son père, peut-être toujours vivant, captif des Perses. Ses choix politiques étaient le fruit d'un réalisme militaire et financier : privé des ressources minières et des ateliers monétaires d'Occident, Gallien n'avait pas les moyens de payer de fortes armées ; les défaites orientales pouvaient aussi menacer la solidité de sa position à Rome même, et il ne pouvait savoir si Postume allait revendiquer le totalité du pouvoir impérial. Il lui fallait donc assurer les fondements de son pouvoir avant tout, ce qu'il fit dans un esprit de réforme remarquable."



  13. 269-273 Victorinus puis Tetricus empereurs des Gaules

    Joël Schmidt [18 page 362], après avoir présenté la riposte sanglante de Gallien et son général Auréolus, présente la première apparition de
    Victorinus / Victorin / Victorien : "Un des lieutenants d'Auréolus, un certain Pius Avonius Victorinus, qui plus est cousin de Postumus, est tellement outré par le spectacle des massacres perpétrés par l'armée romaine qu'il fait défection et que Postumus l'associe à l'empire en lui donnant la dignité d'Auguste."

    Mort de Postume, Lélien moins de six mois. Cette nomination de Victorinus ne plaît pas à tous les généraux gaulois. Bouvier-Ajam [01 page 167] : "La commandant de la place de Mayence, Caius Ulpius Cornelius Laelianus (Lélien) s'insurge et exhorte ses soldats qui le proclament Auguste. Postume accourt. Lélien, lorsqu'il arrive, a quitté Mayence pour se faire reconnaître par les places voisines et chercher des renforts. Postume attaque la ville, qui se rend.". C'est alors que des soldats veulent piller et tuent leur empereur qui veut les en empêcher. Alors que Victorinus est du côté d'Autun, attendant que les choses s'éclaircissent, Lélien est proclamé empereur des Gaules par ses troupes en remplacement de Postume. Mais il se fâche avec ses officiers qui l'assassinent. Son règne a été très court, moins de six mois d'après Bouvier-Ajam.

       Monnaies représentant Lélien, Marius et Victorinus.

    Sur les monnaies de l'empire des Gaules, on pourra consulter cette page.

    Marius moins de trois mois. Lélien disparu, Victorinus pourrait réapparaître. C'est encore trop dangereux, pour sa mère Victorina, cousine de Postume. Elle préfère donner son appui à un certain Marc-Aurèle Marius, affirmant la grande estime dans laquelle le tenait Postume. Bouvier-Ajam suggère que cet ancien forgeron, à la stature herculéenne, devenu directeur des services des arsenaux, ayant pris un commandement militaire, serait un ancien amant de Victorina. Marius est acclamé empereur. mais comme Lélien, il se fâche avec ses officiers, qui l'assassinent. Son règne aurait duré moins de trois mois, d'après Bouvier-Ajam.

    Victorinus, le retour. Bouvier-Ajam [01 page 187] : "Sur les conseils de sa mère, qui estime que les temps en sont maintenant venus, il se présente aux légions rhénanes : sa reconnaissance par les armées se fait d'autant plus aisément qu'il n'y a aucun candidat sérieux à la succession de Marius.".

    Lélien et Marius seulement quelques semaines ? La chronologie est, là encore, difficile à suivre, car l'analyse numismatique de Jean Lafaurie [08 page 104] conclut que le règne de Victorinus commence "au début de l'année 269". Cela signifie que les assassinats de Postume, Lélien et Marius se succèdent en très peu de mois, au début de l'année 269. André Chastagnol estime même [08 pages 841 et 842] : Lélien serait tué avant Postume, dont il estime la mort en juin-juillet 269, "Marius a pu gouverner l'Empire pendant deux ou trois mois entre septembre et décembre 269" et enfin "Victorinus n'a été proclamé que peu avant le 10 décembre 269". L'estimation la plus brève est celle de l'Histoire Auguste [08 page 871] pour Marius : trois jours, "un premier jour il fut nommé empereur, le lendemain il assuma l'empire aux yeux de tous et le troisième jour il fut assassiné". Il vaut donc mieux oublier les très courts épisodes Lélien et Marius...

    La mort sordide de Victorinus. Le nouvel empereur règnera environ deux ans, jusqu'en 271 (novembre selon Jean Lafaurie). Il aura lui aussi une fin tragique, mais pour une autre raison que celle de ses prédécesseurs. Aurélius Victor et l'Histoire Auguste le présentent comme un débauché. Victor [07 page 39] : "Au début de son règne, il se contint, mais deux ans plus tard, après avoir violenté bien des femmes, quand il eut porté ses désirs sur l'épouse d'Attitianus et que celle-ci eut révélé le forfait à son mari, les soldats, secrètement incités à la rébellion, tuent Victorinus à Cologne au cours d'une sédition." L'Histoire Auguste [08 page 869] estime que "Victorinus était très valeureux et, mis à part sa lubricité, fut un excellent empereur".

    La mort dramatique de Victorinus. Maurice Bouvier-Ajam, présentant le meurtre simultané d'un jeune fils de Victorinus (dont André Chastagnol ne croit pas à l'existence [08 page 871]), livre un récit plus tragique et marquant, repris par Joël Schmidt [02 page 140] et Anne de Leseleuc [03 page 120] en un mélodrame plus démonstratif, tout de même plus sobre que la version d'Eugène Sue en 1850 : "On sait que Victorien est égorgé à Cologne au cours d'une émeute soulevée par un officier dont il a violé l'épouse. Victorina sortait de sa résidence, tenant son petit-fils dans ses bras et accompagnée de Victorien lorsque des soldats se précipitent sur eux, arrachent l'enfant des bras de sa grand-mère, tranchent la gorge de l'empereur et du bébé qu'il avait fait César dès sa naissance. Victorina, à genoux, supplie les soldats de faire grâce ; ils ont déjà tué. Elle s'évanouit et on la dépose sur son lit."

    Victorinus et son fils assassinés, Victorina alitée
    Illustration du roman d'Eugène Sue "L'alouette du casque ou Victoria, la mère des camps" (voir plus loin) [Gallica, dessin Horace Castelli]

    Victorina prend les choses en main Le suspense est à son comble, Bouvier-Ajam reprend son souffle et nous révèle la suite (qui n'est ni dans Aurélius Victor [07], ni dans l'Histoire Auguste [08]) : "A sa profonde stupeur, des officiers supérieurs, quelques heures après, lui demandent audience : ils lui exposent que les assassins ont cru faire oeuvre de justice, qu'ils déplorent l'égarement qui a coûté la vie au jeune César et que l'armée entière l'implore d'accepter, elle, le pourpre impérial ! Elle diffère sa réponse mais accepte d'exercer provisoirement, sans autre titre que celui d'Augusta, le pouvoir. Sans doute tire-t-elle des tragiques expériences du passé récent qu'un empereur militaire ne convenait plus, pour le présent, à la Gaule, qu'il fallait maintenant un empereur civil, un politique, un administrateur capable aussi de se faire écouter des légions. Mais comment l'imposer ? Il faut qu'il soit de sa famille et qu'elle se porte garant de lui. Elle fera acclamer son cousin Tetricus.".

       Monnaies représentant Tetricus Ier et Tetricus II.

    Carte de l'empire des Gaules au temps de Tetricus, 271-273 [d'après Wikipédia].

    Le bordelais Tetricus empereur des Gaules. C'est ainsi que Caius Pius Esuvius
    Tetricus prend le pouvoir et revêt le pourpre dans la ville qu'il gouverne, Burdigala, aujourd'hui Bordeaux, en septembre 268 d'après Bouvier-Ajam, plus sûrement en début 271 d'après le numismate Jean Lafaurie : "C'est le début de l'année 271 qui doit être reconnu pour la fin du règne de Victorin" [08 page 104]. Tetricus est soutenu par l'ensemble des armées, des peuples des Trois Gaules et la la Bretagne insulaire. Sans l'Hispanie, l'empire gaulois s'est donc retréci depuis Postume. Tetricus a nommé césar, pour le seconder, son fils également nommé Tetricus. Il est Tetricus II. Quelques mois plus tard, ayant fait ses preuves, il est nommé auguste, empereur associé.

      
    Prosper Mérimée abusé par une supercherie sur Tetricus !
    Sensation dans le monde de l'archéologie en 1833 ! Dans la ville de Nérac, Maximilien-Théodore Chrétin (1797-1865), travaillant sur un chantier archéologique, découvre un bas-relief présentant Tetricus et son fils Tetricus II ! Et un autre les représentant sur un quadrige triomphal aux portes de Bordeaux. Des articles sont publiés, l'Institut de France remet des récompenses au découvreur. Prosper Mérimée (1803-1870), en quelque sorte ministre de la culture de l'époque, s'enthousiasme lui aussi. Surtout pour l’inscription “SPRGQ.”, “Senatus populus romanus gallicusque”, remplaçant l'habituel “SPQR” (Senatus Populusque Romanus). Une autre inscription, MTCNDP, plonge les érudits dans de complexes hypothèses. Puis le doute, puis les critiques de plus en plus sévères, Mérimée en tête. Chrétin reconnut volontiers la supercherie. Ce qu'il présenta alors comme un canular ne fut finalement pas considéré comme une escroquerie. MTCNDP signifiait Maximilien Théodore Chrétin Natif De Paris. Les bas-reliefs sont précieusement conservés au Musée Saint Raymond de Toulouse. Informations plus précises sur cette page du site de Jean-François Bradu. En 2006, Hubert Delpont a raconté tout cela et la vie de Chrétin qui se disait neveu de Robespierre (ce qui apparaît inexact sur les bases Roglo et Généanet), dans le livre "Histoire d'une arnaque : Maximilien-Théodore Chrétin et l'empire de Tetricus".

    Guerre civile à Autun. Joël Schmidt [18 page 364] : "Tetricus ne manifesta jamais le désir de supplanter les empereurs romains et ne s'opposa par à l'intronisation de Claude II. [...] Il dut s'opposer à une révolte des Eduens d'Autun qui, à la mort de Postume, s'étaient ralliés à Claude II. Mais celui-ci n'avait pas cherché à secourir la cité toujours fidèle aux Romains depuis les campagnes de César, et Tetricus s'en était emparé au bout de sept mois de siège." Les Eduens avaient pourtant soutenu Postume... Il y a donc eu, durant quelques mois une guère de Gaulois contre Gaulois... C'est là que Tetricus II fit ses preuves.

    La fin du règne de Tetricus L'empereur romain Claude II le Gothique meurt de la peste en août 270, son successeur Quintillus n'aurait régné que 17 jours, il meurt suicidé ou assassiné. Il est remplacé par Aurélien en septembre 270, qui régnera cinq ans. Il est un ami de jeunesse de Tetricus, si bien qu'il préfère, dans un premier temps mater la rébellion de la reine de Palmyre, Zénobie. Puis il se tourne vers la Gaule avec la même volonté de rétablir la puissance romaine. Tetricus est moins va-t-en-guerre que son armée, il se met d'accord avec Aurélien pour se faire capturer, avec son fils Tetricus II, sans trop de casse. La bataille Gaulois - Romains eut quand même lieu, mais les quelques généraux Gaulois réfractaires avaient trop peu de troupes. Aurélien en tira parti pour se présenter à Rome pour un triomphe mémorable, présentant enchaînés les Tetricus et Zénobie. Puis, discrètement, il les libéra, leur fournit de belles villas à Rome. Tetricus, qui avait gardé ses possessions bordelaises, finit sa vie quelques années plus tard dans le sud de l'Italie, en Lucanie, province où il avait été nommé gouverneur par son ami Aurélien.

    Cette version, reprise par Bouvier-Ajam [1], Schmidt [2], de Leseleuc [3, 4] est vue sous un autre angle par l'historien américain Edward Gibbon (1737-1794), en son ouvrage "Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain" de 1788 : "Si les légions de la Gaule eussent été informées de cette correspondance secrète [entre Tetricus et Aurélien] , elles auraient probablement immolé leur général. Il ne pouvait abandonner le sceptre de l'Occident sans avoir recours à un acte de trahison contre lui-même. Il affecta les apparences d'une guerre civile, s'avança dans la plaine à la tête de ses troupes, les posta de la manière la plus désavantageuse, instruisit Aurélien de toutes ses résolutions, et passa de son côté, au commencement de l'action, avec un petit nombre d'amis choisis. Les soldats rebelles, quoiqu'en désordre et consternés de la désertion inattendue de leur chef, se défendirent longtemps avec le courage du désespoir. Ils furent enfin taillés en pièces, presque jusqu'au dernier, dans cette bataille sanglante et mémorable qui se donna près de Châlons en Champagne.".

    Jean Lafaurie, dans son étude numismatique [11 page 113], date de 273 la fin du règne de Tetricus, alors que la date de 274 est souvent citée. Le résumé chronologique de cet épisode d'empire gaulois se décompose donc ainsi : Postume 260-269, Victorinus 269-271, Tetricus 271-273.

     
    Tetricus héros de jeu vidéo. Le jeu "Total war Rome II, L'empire divisé", sorti en novembre 2017, fait intervenir Tetricus, Aurélien et Zénobie. Lien avec vidéos.



  14. 260-273 Victorina cousine de Postume et Tetricus, mère de Victorinus

    Victorina populaire dans l'armée. Aurelia Victorina Pia, désignée comme "mère des camps", "mater castrorum", apparaît être une femme de combat, une cousine de Postume qui l'associe à son triomphe. Anne de Leseleuc l'introduit ainsi [03 page de présentation] : "En l'associant à son triomphe, Postume propulse Victorina sur le devant de la scène. A vingt-sept ans, la jeune femme passe les légions en revue. Bientôt elle incarne l'espoir de tout un peuple, qui l'a rebaptisée Victoria". Joël Schmidt souligne le désintéressement de son action [02 page 119] : "La Gaule doit à cette femme d'avoir pu conserver sa liberté et son honneur. Victorina aura préparé les membres les plus éminents de sa famille à recevoir la pourpre impériale, non point par vanité personnelle, mais par ambition pour nos soixante cités menacées de mort par les Barbares et abandonnées en ces temps-là par l'empereur qui se trouvait sur d'autres théâtres d'opérations militaires".

    Burdigala, la ville de Tetricus

    Burdigala (Bordeaux), capitale des Bituriges et, plus largement, de la Gaule Aquitaine est une ville prospère sous la direction de Tetricus, quand Victorina lui demande de devenir empereur des Gaules. [illustration d'après la page très documentée du site monumerique.aquitaine, dessin de Jean-Claude Golvin, 1999].

    Victorina impératrice transitoire des Gaules. A la mort de son fils, Victorina devient de facto impératrice des Gaules puisque l'armée lui remet le pouvoir. Durant quelques semaines, elle est considéree comme telle, jusqu'à ce qu'elle présente son cousin Tetricus pour succéder à Victorinus (et l'éphémère Marius). Les raisons de son refus sont expliquées par Anne de Leseleuc en ce monologue [03 page 127] : "J'admets que la proposition m'avait flattée. Quel chemin avais-je parcouru pour en arriver là... Mais pour moi la cause était entendue. Il ne pouvait être question de répondre favorablement à leur demande. Cependant, pour assurer la continuité de l'empire des Gaules, j'étais persuadée que je devais assumer les fonctions qui avaient toujours été les miennes. Pour cela, il fallait que la responsabilité du gouvernement restât dans la famille. Tetricus en était le seul représentant mâle encore en vie. Et bien vivant ! Sa province d'Aquitaine était en pleine prospérité. On ne pouvait rêver administrateur plus compétent. [...] Je savais que le choix de Tetricus serait approuvé par les provinces. Il restait à convaincre l'armée, et l'intéressé lui-même, qui ne se doutait pas de ce qui allait lui arriver".


    Un exemple de ce que pourrait être le cousinage entre Postume, Tetricus (et son fils Tetricus II) et Victorina (et son fils Victorinus / Victorin).

    Qu'en est-il de la différence de nom Victoria-Victorina ? Le rapprochement Victorina - Victorinus apparaît être naturel. Peut-être Victorina s'appelait-elle d'abord Victoria avant que son fils prenne du galon et qu'elle veuille rapprocher son nom de celui de son fils ? Ou, comme le suggère Anne de Leseleuc [03 page 47], est-ce parce qu'on la comparait à la Victoria des revers de monnaie, que son nom Victorina devint aussi Victoria ? ("Au revers était figurée la Victoria Augusta. Tous voulurent m'y reconnaître, moi la cousine de l'empereur qui, pendant toutes cette année de tumulte n'avait pas ménagé ma peine pour courir de ville en ville et soutenir le courage des populations. Je crois que c'est après notre grande victoire, quand la paix fut revenue en Gaule, que Postume le premier, et les autres après lui, changèrent mon nom de Victorina en celui de Victoria"). Joël Schmidt a un avis voisin [02 page 147] : "[Après l'élection de Tetricus,] Victorina, qui n'avait jamais perdu la foi en son destin fut saluée du titre de Victoria, de Victoire, comme si elle était habitée par le génie de cette divinité".

    Femme gauloise (avec torque), ex-voto en chêne, Chamallières, la Source des Roches [musée de Clermond-Ferrand, JF Bradu]
    Le statut valorisé de la femme gauloise. Extraits de la page du site anti-mythes titrée "La femme gauloise (celte)" : La femme celte n'était ni effacée ni passive, elle ne jouait pas un rôle secondaire, comme à Rome ou en Grèce. Cet aspect des choses est inhérent à la nature de la culture celtique : dans la spiritualité qui servait jadis de ciment à celle-ci, le principe divin supérieur n'était pas masculin mais féminin. La femme gauloise jouit d'un statut particulier, exceptionnel même si l'on le compare à celui de la femme romaine dont la dépendance à l'égard du mari est non seulement morale mais aussi économique. La Gauloise, au contraire, dispose d'une certaine indépendance financière et assume une part de son destin à la mort de son mari. Ce privilège, qu'il faut malgré tout relativiser, a un prix : cette place dans la société et dans l'économie de la maison a été acquise par des générations de femmes qui, d'une manière générale, ont travaillé plus que les hommes. D'après Plutarque, les femmes peuvent jouer un rôle imminent dans les assemblées confédérales, celles communes à plusieurs peuples et qui traitent des alliances ou des conflits. La qualité de leur bon jugement et de leur impartialité y est reconnue. C'est pourquoi on leur confie la tâche d'arbitrer entre les deux parties.

    C'est dans un tel contexte que Victorina a joué un rôle éminent. Son influence dans la désignation des empereurs et ses relations diplomatiques avec Zénobie, dont certains historiens doutent, apparaissent très probables. Ici, autre page sur la femme gauloise.
    Stèle funéraire d'un couple gaulois, IIème siècle, environs de Dijon [Musée de St Germain en Laye]

       
    Les hypothèses d'Emile Mourey. Emile Mourey est un chercheur hors du commun, souvent fustigé par les historiens qui se penchent sur ses écrits, "officiellement recadré par le ministère de la culture", ce qui semble le gratifier. Dans ses articles du site Agoravox, il n'est pas facile de distinguer ce qui est avéré et ce qui est suputation. Mais c'est troublant, des hypothèses apparaissent... Dans un article du 18 janvier 2017, titré "Après l’erreur de localisation du site de Bibracte, le malentendu d'Autun", Victorina, Postume et Victorinus sont présentés.
    A gauche, Victorina remet à Postume / Hercule "le sarment davidique" dans une médaille présente en illustration mais absente du texte. Au centre un médaillon du IIème siècle sur marbre et son interprétation schématique, avec à droite, accrochés à un saule, l'empereur Postume / Hercule et son césar Victorinus. Avec en arrière plan la forteresse de Taisey, dominant Chalon dur Saône. L'article conteste aussi la date de fondation de l'actuel Autun. Toujours est-il qu'Emile Mourey apparaît certain de l'existence de Victorina et que, sur ce point, il a raison. Mais a-t-elle vraiment été "Augusta" ?
      
    Dans quatre autres articles d'Agoravox, l'un du 12 mars, le second du 17 mars, un autre du 24 avril et le dernier du 23 août 2019, Emile Mourey revient sur le sujet, présentant les illustrations ci-dessus. Il estime que la cathédrale de Chalon-sur-Saöne a été créée par Victorinus et Postume. C'était alors un temple judaïque, représenté sur le dessin de gauche. Les deux fondateurs auraient été représentés, bien plus tard, sur une sculpture, au centre, et sur une peinture, à droite, Victorinus étant à chaque fois à gauche et Postume à droite.



  15. 267-273 Victorina et Zénobie de Palmyre, une vision néo-romaine commune

    La rencontre de deux femmes de pouvoir. Sous le règne de Gallien, de 260 à 268, Zénobie (240-275) avait épousé Odenath (220-267), prince de Palmyre qui, sénateur sous Valérien, acquit, de fait, le pouvoir quasi absolu sur les provinces d'Orient, à l'exception du Pont-Euxin. Arrêtant les invasions perses, il devient "protecteur de tout Orient" puis "Roi des rois". Assassiné en 267, son épouse prend le pouvoir comme tutrice d'un héritier encore enfant.

      
    A gauche : Zénobie est en haut sur l'avers d'une pièce de monnaie, puis au centre Zénobie imaginée par Michel-Ange (fusain). Artistes et écrivains ont souvent considéré que Zénobie avait été une nouvelle Cléôpatre, dont Michel-Ange a aussi dessiné au fusain (ici). Sur Zénobie, on pourra consulter cette page du site antikforever ou celle-ci du site latogeetleglaive.
    Victorina a-t-elle visité le temple de Bel à Palmyre ? A droite : illustration de Jean-Claude Golvin. Son site présente de nombreuses illustrations des villes et monuments de l'antiquité, notamment en Gaule. Il est l'auteur, avec Gérard Coulon, du livre d'illustrations Voyage en Gaule romaine paru aux éditions Actes Sud (réédition en 2016) : pages 1 et 4 de couverture + double page dans une villa.

    De fait, l'empire romain se trouve divisé en trois, Postume règne en Gaule élargie depuis Trèves, Zénobie règne sur le Proche-Orient depuis Palmyre, aujourd'hui en Syrie, et Gallien règne depuis Rome sur le reste de l'empire romain.

    C'est alors que, d'après Maurice Bouvier-Ajam [01 page 191], Victorina parvient à entrer en relations avec Zénobie : "Les deux femmes ont une grande admiration l'une pour l'autre (on ne sait pas laquelle des deux prit l'initiative d'envoi d'émissaires à l'autre) ; Zénobie entend étendre son pouvoir en Egypte, Victorina entend consolider l'Empire gaulois : elles se prêteront assistance le moment venu, en suscitant en même temps des ennuis à cet empereur romain qui se refuse à satisfaire leurs souhaits. En vérité, l'heure des femmes chefs d'état a-t-elle sonné ?".

      
    "Victorina mère des camps" ou "Zénobie harraguant ses troupes" : quel est le titre de ce tableau de Giovanni Battista Tiepolo réalisé en 1725-1730 (Washington National Gallery, lien) ? C'est le second mais le premier reste vraisemblable, et même meilleur car on voit les tentes du camp en arrière plan (comme dans la gravure de Victorina présentée dans le chapitre suivant). Comme si Zénobie et Victorina étaient interchangeables. D'ailleurs les soldats (plusieurs blonds ou roux avec des braies) ne sont-ils pas Gaulois ? Et si c'était bien Victorina, si on avait perdu le titre original de l'oeuvre... Cela apparaît très probable !

    Anne de Leseleuc va jusqu'à imaginer une visite de Victorina à Zénobie [03, pages 134 et suivantes], peu après l'avènement de Tetricus. Elles se lient d'amitié et s'entendent sur des échanges commerciaux : "J'avais beaucoup appris de Zénobie. Je m'apprêtais à reprendre la route pour la Gaule avec des accords commerciaux qui nous permettaient de réaliser de nouveaux débouchés pour nos exportations et des économies sur les produits importés." [03 page 147]. C'est plausible, mais nous n'en avons aucune preuve et aucun témoignage...

    C'est cohérent avec l'Histoire Auguste [08 page 909], qui fait dire à Zénobie cette phrase : "C'est Victoria, qui, je crois, me ressemble, avec laquelle j'aurais souhaité partager l'empire si les distances l'avaient permis". Pourquoi un tel propos aurait-il été inventé ?


    Aurélien
    [illustration Wikipédia]
    Remplacer la domination romaine par une coopération. C'est donc une véritable expérience de coopération politique et économique qu'aurait menée les deux souveraines. Mais il manque le soutien de l'empereur de Rome, Aurélien que, d'après Joël Schmidt, Tetricus, son ami de jeunesse, avait en vain tenté de convaincre : "Aurélien était décidé à mettre un terme à l'expérience d'un gouvernement à trois têtes que Zénobie en Orient et moi-même en Occident, avions tenté d'instituer" [02 p 158].

    Aurélien l'empereur romain qui régna de 270 à 275, mit fin à la fois à l'empire de Palmyre et à l'empire des Gaules, restaurant l'intégrité de l'empire romain sous son autorité et sa capitale Rome. Né vers 215 en Panonnie (aux alentours de l'Autriche, Hongrie, Slovénie), il est de la même génération que Postume, Tetricus, Victorina et Zénobie, il est censé être un ami de jeunesse de Tetricus. Bien qu'inflexible pour reconstituer l'empire romain, il laissa la vie sauve à Zénobie, Tetricus et son fils Tetricus II.

    Ouvrage de Gilles Chaillet
    présentant le plan 3D de Rome

        
    Le triomphe d'Aurélien à Rome en 274, avec Zénobie enchaînée, Tetricus aussi. Images trouvées sur Internet, d'origine indéterminée,
    sauf celle de droite due à Giovanni Battista Tiepolo (1696-1770). Victorina était décédée depuis un an, victime de la peste.

    C'est pour tout cela que Camille Jullian, le grand spécialiste de la Gaule au début du XXème siècle, évoquant Victorina et Zénobie [10 tome 4 chap. XV] estima que : "Jamais, dans les temps de culture classique, la souveraineté de la femme ne montera plus haut". Mais nous allons voir que ce jugement du début du XXème siècle fut effacé par d'autres historiens qui doutèrent de l'existence même de Victorina. Maintenant que ces doutes se dissipent, Victorina va-t-elle retrouver son aura ? Un reflet de ce qu'elle fut à son époque ?



  16. Certitudes puis doutes sur l'existence de Victorina

    Jusqu'au début du XXème siècle, il n'y avait aucun doute sur l'existence de Victorina. En 1676, Jacques Audigier (1619-1698) dans son ouvrage "L'origine des Français et de leur empire" écrivait : "Aurélie Victorine fut en si grande vénération parmi les Gaulois et les étrangers qu'en Gaule les soldats l'appelaient la mère des camps et des armées, comme on avait autrefois appelé Faustine, femme de Marc-Aurèle Auguste, et Agrippine, femme de Germanicus César ; au dehors Zenobia impératrice d'Orient et veuve d'Odenate, ne souhaitait rien si passionnément que de joindre ses légions à celles de Victorine, à dessein de partager l'univers entre elles."

    En 1821, le "Dictionnaire historique, critique et bibliographique" de Louis-Mayeul Chaudon et Antoine François Delandine avait une entrée "Victorine" : "Mère du tyran Victorin, fut l’héroïne de l’Occident. S’étant mise à la tête d’un certain nombre de légions, elle leur inspira tant de confiance qu’elles lui donnèrent le titre de Mère des armées. Elle les conduisait elle-même avec cette fierté tranquille qui annonce autant de courage que d’intelligence. Gallien n’eut point d’ennemi plus redoutable. Après avoir vu périr son fils et son petit-fils Victorin, elle fit donner la pourpre impériale à Marius, et ensuite au sénateur Tetricus qu’elle fit élire à Bordeaux, l’an 268. Victorine ne survécut que quelques mois à la nomination de ce prince. On a prétendu que Tetricus, jaloux de sa trop grande autorité, lui avait ôté la vie ; mais plusieurs auteurs assurent que sa mort fut naturelle.".

    Aussi célèbre que Zénobie au XIXème siècle. En 1847, Joséphine Amory dans sa "Galerie des femmes célèbres" consacre quatre pages à "Victorine" (ici). Extraits : "Aussi courageuse que belle, Victorine avait le génie d'un homme supérieur, l'habileté et la prudence du capitaine, la bravoure du guerrier, et toutes les graves qualités qui font le chef intrépide. [...] L'impératrice avait par son influence conquis le droit d'élire des empereurs, et l'aveugle confiance de ses peuples admettait ses décisions sans examen." Avec en note :"Zénobie voulait attaquer les Romains par l'Orient et l'Occident. L'histoire a comparé Zénobie et Victorine et elles ont laissé aussi des réputations égales. Elle eurent le même rang, la même puissance, les mêmes vertus, et, chose extraordinaire, elles vécurent dans le même siècle. Cette coïncidence remarquable donna lieu à un parallèle. (Biographes, Crevier, Hist. des emp.)"

    Dans le "Journal des demoiselles" d'octobre 1846, dans la série "Les femmes illustres", Pauline Roland en un article de quatre pages titré "Victorina" (ici) a été jusqu'à comparer la mère des camps et Zénobie : "Le caractère oriental de Zénobie, ses malheurs, sont entourés d'un prestige que nous n'essayerons pas de détruire, et son nom est resté populaire jusqu'à nos jours ; cependant nous ne craignons pas de l'affirmer, Victorina fut plus réellement grande". La démonstration se termine ainsi : "En considérant enfin que Victorina ne se fit pas impératrice elle-même, mais, ce qui était plus difficile, fit attacher successivement à l'épaule de trois hommes la pourpre impériale qu'elle dédaignait, nous n'hésitons pas à placer l'austère Gauloise au-dessus de la reine de Palmyre.". Du même auteur, l'article de 22 pages de "La revue indépendante" en 1846, titré "Etudes sur l'histoire des femmes en France", en comporte 6 sur Victorina (ici). De façon étonnante, Pauline Roland y décrit avec détails des funétailles grandioses, car "Le sénat gaulois décréta l'apothéose de Victorina" à Trèves. Ce qui n'est attesté par aucune source d'époque romaine...

    En 1876, dans le "Dictionnaire classique d'Histoire et de Géographie" der Louis Grégoire : "Victorina ou Victoria (Aurélia), soeur de Postumus, dit-on, lui fit adopter son fils Victorinus ; surnommée "mère des camps", elle fit donner le pourpre à l'armurier Marius, et à son gendre, le sénateur Tetricus. Elle mourut en 268." En 1833, l'ouvrage collectif "Biographie universelle" avait déjà une notice du même type (ici) sous l'entrée "Victorine". Elle avait sa statue dans les célébrités du parc de Fontainebleau. Eugène Sue lui a consacré un roman "L'alouette du casque". Mais depuis les textes romains d'origine ont été soumis à une analyse critique très poussée, qui a amené une bonne partie des historiens à douter de l'existence même de Victorina. En ce début du XXIème siècle, elle est même censée ne plus exister. Notamment dans Wikipédia.

    Wikipédia meilleur en anglais qu'en français. Montrant l'illustration ci-contre, l'article de Wikipédia sur Victorine se termine ainsi, en 2019 : "Le rédacteur de l'Histoire Auguste affirme qu'elle aurait émis des monnaies et aurait été proclamée "mère des camps" à l'instar d'une impératrice. Toutefois, nous ne possédons ni monnaie ni inscription de Victorine, aussi André Chastagnol et Jean Lafaurie ont-ils émis l'hypothèse que l'un et l'autre auteur se sont trompés à cause de revers de monnaies des empereurs gaulois célébrant la "Victoria Augusti" ou la "Victoria Augusta", allégorie de la Victoire."

    Cette illustration sans légende de l'article de Wikipédia de début août 2019 (copie) (légende ajoutée depuis), laissant croire qu'une monnaie gauloise ait eu ce portrait au revers (L'inscription "Victoria Avg(usti)" était effectivement utilisée), est, pour le moins, une maladresse, ce qui est gênant quand on veut dénoncer une tromperie ! L'article anglais correspondant est beaucoup plus prudent, disant seulement qu'il y a des doutes et expliquant que cette effigie de Victoria est une image de Guillaume Rouillé datant du XVIème siècle...

    André Chastagnol, correcteur de l'Histoire
    André Chastagnol (1920-1996) a eu un rôle essentiel dans l'analyse des textes hustoriques romains, en particulier le gros ouvrage "Histoire Auguste" [08]. Il a permis, avec d'autres, d'étonnantes découvertes. En premier lieu, cet ouvrage n'est pas écrit par six auteurs mais par un seul et il comporte de nombreuses erreurs et inventions qui ont été précisément dépistées et ont permis d'avoir un autre regard sur des données historiques qui semblaient acquises. Toutefois, à vouloir chercher partout la moindre erreur, Chastagnol est parfois allé trop loin. C'est le cas pour Victorina, le chapitre suivant en apportera la démonstration.

    André Chastagnol vu par Gilles Chaillet au scénario (il imagine le Romain ayant écrit l'"Histoire Auguste") et Dominique Rousseau au dessin dans le cinquième tome de "La dernière prophétie", Glénat 2012 + la planche.
    Où est l'erreur grossière ? André Chastagnol dans sa critique de l'Histoire Auguste [08, pages 857 et 858] a nié l'existence de celle qu'il appelle Victoria. Il commence par dire que ce livre ne fait que reprendre ce qu'écrit Aurélius Victor. Il estime que "la caution de Victor ne suffit pas à écarter les doutes qui pèsent sur l'existence même de cette Victoria et, par suite, du rôle important qu'on lui attribue dans l'histoire de l'empire gaulois. Nous n'avons d'elle aucune description et, contrairement aux affirmations trop péremptoires de l'Histoire Auguste, aucune monnaie ; le titre de "mère des camps" ne reçoit aucune confirmation. Il est sûr, d'une part qu'elle n'a joué aucun rôle dans l'élévation de Marius et, de l'autre, qu'elle n'a pas obtenu le titre d'Augusta. Victor serait donc responsable d'une erreur grossière. Il n'est pas impossible que l'origine de sa bévue soit dans les nombreuses monnaies marquées des noms des empereurs gaulois et dont les revers, présentent la déesse Victoire.".

    Pierre Dufraigne [07 page 162] relève que : "Il y a indépendance d'Eutrope, qui ne parle pas de Victoria, par rapport à Victor et, au contraire une certaine analogie de structure et de vocabulaire entre la phrase de Victor et c'elle de l'H.A. [Histoire Auguste [08]]. Seuls Victor et l'H.A. font mention de Victoria ; cette dernière voit en elle un personnage de premier plan, une faiseuse d'empereurs, qui intervient à plusieurs reprises et qui reçut les titres d'Augusta et de mater castrorum. Mais il n'existe pas de monnaie au nom de Victoria, bien que l'H.A. affirme le contraire. Aussi le personnage demeure-t-il mystérieux et son authenticité incertaine."

    Une page du site empereurs-romains.net reprend plus sévèrement l'argumentation de la grossière méprise sur le revers des pièces : "Notre bon Aurelius Victor ne se cassa pas la tête : pour lui, la mère de l'empereur gaulois Victorinus ne pouvait s'appeler que Victorina. Dès ce moment, il n'y avait plus qu'un pas à franchir pour transformer cette Victorina en Victoria et, du même coup, métamorphoser une simple allégorie monétaire, un peu pompière, en une femme de chair et de sang !".

    Statue de Victorina
    Parc du château de Fontainebleau, au bassin des cascades, titrée "Aurélia Victorina, princesse gauloise, surnommée "La mère des camps"", datée de 1857 (dessin préliminaire en juin 1848 dans "L'illustration"), elle est en marbre blanc, haute de 2,35 m, sculptée par Louis-Joseph Daumas (1801-1887). Pourrait-on lui mettre autour du cou un torque ?

    Une interprétation psychologique hasardeuse. Et l'auteur de cette page devient psychologue  : "La bourde d'Aurelius Victor n'était sans doute ni innocente, ni involontaire. Le fait de montrer que ce n'était qu'une faible femme, si brillante fut-elle, qui avait tenu (directement ou indirectement) les rênes de l'Empire sécessionniste gaulois, affirmer péremptoirement que c'était une simple matrone qui faisait et défaisait tous les souverains de cet empire-croupion, c'était, aux yeux de ces vieux Romains très machistes, jeter le plus grave des discrédits sur ce rival de Rome que constituait l'État gallo-romain de Postumus et consorts. En même temps, exalter cette Victoria imaginaire, intrépide et impavide, c'était aussi achever de ruiner la réputation de Gallien, cet empereur efféminé qui, par ses débauches effrénées et son indécrottable mollesse, était parvenu "à encourir le mépris non seulement des hommes, mais aussi des femmes". Ce dénigrement systématique, à la fois de l'Empire gaulois tombé en quenouille et du règne de ce Gallien où les femmes portaient la culotte, ne servait qu'à rehausser le prestige de Claude II (le Gothique), meurtrier et successeur de Gallien, mais aussi et surtout aïeul présomptif du grand Constantin, illustre fondateur de la prestigieuse dynastie qui dirigeait l'Empire à l'époque où Aurelius Victor écrivait ! Et puis, sans doute fallait-il aussi, ne serait-ce que pour l'équilibre du récit, un pendant occidental à la belle palmyrénienne Zénobie !".


    Une des nombreuses éditions

    Victorina / Victoria, mère des camps

    Gaulois contre Francs
    "L'alouette du casque ou Victoria, la mère des camps" est un roman d'Eugène Sue (1804-1857) publié en 1850, dont l'héroïne est Victorina, nommée "Victoria la Grande", victime de la "trahison infâme" de Tetricus / Tétrik. Texte intégral ici en une page et (téléchargeable en pdf ou epub) ou en cinq pages / chapitres. Ce roman historique est inclus dans le tome 3 de la grande fresque "Les mystères du peuple ou Histoire d’une famille de prolétaires à travers les âges" en 16 volumes. [illustrations de page Gallica, dessin Horace Castelli (1825-1889), gravure Hopwood, Roze] + ici une lettre introductive d'Eugène Sue, datée du 1er juin 1850, montrant à quel point il a magnifié les Gaulois et dénigré les Francs, ainsi que les chrétiens ; extrait :"Oui, en vertu de quelle mystérieuse fatalité nous Gaulois, après avoir si vaillamment reconquis notre liberté sur les Romains, avons-nous été vaincus, conquis, dépouillé, asservis par cette royauté, par cette aristocratie de race franque ?". Quant au titre, il est expliqué par cette phrase : "L'un de ces casques était surmonté d'un coq gaulois en bronze doré; les ailes à demi ouvertes, tenant sous ses pattes une alouette qu'il menaçait du bec. Cet emblème avait été adopté comme ornement de guerre par le père de Victoria, après un combat héroïque, où, à là tête d'une poignée de soldats, il avait exterminé une légion romaine qui portait une alouette sur ses enseignes. Au-dessous de ces armes on voyait une coupe d'airain où trempaient sept brins de gui, car la Gaule avait retrouvé sa liberté religieuse en recouvrant son indépendance." C'est donc un coq, plus qu'une alouette, qu'a Victorina sur son casque. Un siècle et demi plus tard, Yves Schmidt [2] et Anne de Leseleuc [3 et 4], qui ont aussi romancé la vie de Victorina, étaient heureusement mieux documentés.

    Une preuve ni dans un sens ni dans l'autre. L'illustration ci-contre, est présentée en introduction du livre "Le secret de Victorina" [03 page 8] (notée dessinée par Renata), comme le couronnement de Tetricus par Victorina / Victoria. Cette pièce (photos) est aussi signalée dans le livre de Joël Schmidt [02 page 161]. Comme pour Postume, Marius ou Valentinus, la présence de Victoria au revers ne prouve pas l'existence de Victorina. Ce n'est pas davantage la preuve de son inexistence, car on ne peut pas écarter une façon à la fois discrète et majestueuse de guider le nouvel empire, comme le suggère Maurice Bouvier-Ajam [01 page 268] : "Elle tente même de se diviniser, abrège volontiers son nom Victorina en celui de Victoria et fait frapper monnaie à son chiffre, sur des pièces où figure la représentation allégorique de la déesse Victoria, la déesse Victoire". Dans le même sens, Franz de Champagny va jusqu'à indiquer un revers de monnaie "Romae Aeternam" ou "Rome est représentée, à ce que l'on croit, sous les traits de Victorina, mère de l'empereur" [10 tome 4 chap. XV]



  17. La dissipation des doutes sur l'existence de Victorina

    Pourquoi une femme gauloise n'aurait-elle pas eu un rôle politique primordial ? En son premier livre de 2003 [03, pages 266 et 267, ici], Anne de Leseleuc avance de solides premiers arguments en faveur d'Aurélius Victor, avec deux arguments majeurs :
    • Aurélius Victor est une source fiable partout ailleurs, il n'y a pas lieu de croire qu'il se serait trompé uniquement pour Victorina,
    • Les historiens romains ont été attaqués à leur époque "pour avoir osé mentionner le rôle politique tenu par des femmes". Ils n'osaient donc guère aller en ce sens. Victor l'a tout de même fait pour Zénobie et Victorina.
    • Une autre interprétation psychologique est plus vraisemblable : "Notons enfin que nombre d'historiens signalent qu'ils ont été attaqués pour avoir osé mentionner le rôle politique tenu par des femmes. Le pseudo Trébellius Pollion écrit dans "L'Histoire Auguste" : "Ils me reprochent d'avoir placé des femmes au milieu des tyrans, plus précisément des "tyrannes" ou des tyrannesses" (Zénobie ou Victoria) comme ils se plaisent à le répéter en m'abreuvant de plaisanteries et de moqueries".". C'est comme si l'auteur se doutait que quelques siècles plus tard, un Chastagnol viendrait dénigrer son récit. Il y a répondu d'avance ! Soulignons qu'il traite Zénobie et Victoria de la même façon, pourquoi l'une serait-elle vraie et l'autre inventée ? Et une telle invention n'aurait-elle pas été dénoncée à la parution de l'Histoire Auguste. Certes, il y a des inexactititudes avérées dans cet ouvrage, mais elles n'ont pas la même ampleur. Et leur auteur n'insiste pas pour affirmer que c'est vrai...

    Pourquoi un historien romain réputé aurait-il commis une erreur grossière ? Etant généalogiste, je commence à avoir une certaine habitude des indices permettant de se faire une opinion sur l'existence d'un personnage ou sur celle d'un lien unissant deux personnages. Sans encore connaître l'existence de la stèle, l'argumentation d'Anne de Leseleuc m'avait convaincu et j'y avais ajouté les éléments suivants :
    Et enfin une preuve irréfutable ! La découverte de la stèle funéraire de Victorina, révélée par le second livre d'Anne de Leseleuc en 2012, apporte une très solide preuve :
    [04, pages 111, 112, 122, 123] Comment Anne de Leseleuc a-t-elle eu connaissance de cette stèle ?
    Pourquoi sa découverte n'a-t-elle eu aucun écho ? (il me semble être le second à en parler...)

    Soulignons les éléments suivants :
    Confusion entre deux stèles ! Sous le titre "Stèle funéraire de Victorina", en août / septembre 2019, une page (ici mémorisée) du site de l'Académie de Reims, ayant trait à la salle gallo-romaine du Musée Saint Rémi montre (ci-contre à gauche) une stèle différente de celle de la photo du livre d'Anne de Leseleuc. Cela signifie-t-il que la stèle a deux faces ? Non. Est-ce une autre stèle mal légendée ? Oui ! Merci au Musée Saint Rémi de Reims d'avoir répondu à mes questions et d'avoir déclenché la correction de cette confusion (en cliquant sur ce lien, vous pouvez vérifier si elle est effectuée).

    Ce chapitre sera mis à jour pour prendre en compte les éléments nouveaux sur la stèle de Victorina, dont on sait encore peu de choses... mais suffisamment pour rétablir l'existence d'une grande dame que le XXème siècle a ignoré pour des raisons peu étayées.

    Sur l'art funéraire en Gaule, on pourra consulter cette page du blog de Maryse Marsailly ou celle-ci de Nicolas Aubry, d'où est extraite la photo de droite (origine : Autun), stèle de l'ouvrier Martio avec ses outils et une inscription du même type que pour Victorina.

    >>>Repris (en redondance) dans la sous-page La stèle de Victorina.

    Le torque au cou : symbole de noblesse chez les Gaulois

    Illustration de gauche : bronze, laiton, verre, hauteur 41,5 cm, trouvé dans la Juine, à Bouray-sur-Juine (Essonne). Fin du Ier s. av. J.-C. - début du Ier s. après J.-C. [Musée des Antiquités nationales, Saint-Germain-en-Laye] + extrait de légende de la page dédiée du site musee-archeologienationale, avec d'autres photos : "La statuette fut découverte vers 1845 dans la rivière Juine. Le personnage représenté est un jeune homme nu et imberbe, assis « en tailleur », portant un torque autour du cou. [...] S’agit-il de l’un des très nombreux dieux gaulois, dont on ignore en général le nom et les pouvoirs, ou d’un héros divinisé, ou encore d’un ancêtre ? La tête, formée de deux coques en bronze au plomb coulé, est soudée au corps, composée de deux parties en laiton mises en forme par un martelage. Des yeux en verre bleu et blanc, dont un seul subsiste, ont été placés dans la tête avant assemblage. Le jeune homme porte au cou un torque fermé à crochet et œillet. À la fin de la période de l’indépendance et au début de l’époque gallo-romaine, ce collier rigide en métal des Gaulois est souvent porté par les divinités indigènes, soit autour du cou, soit à la main, comme un attribut divin, ce qu’il semble bien être."

    Illustration de droite : le guerrier de Saint Maur en cette page, lui aussi avec un torque au cou (début du Ier siècle).




  18. 260-273 La triarchie des empires de Trèves (Gaules), Rome et Palmyre


    L'empire romain divisé en trois, de 260 à 274 [d'après Wikipédia]

    La volonté contrariée de créer trois empires en bonne entente Anne de Leseleuc imagine ainsi la présence de Victorina aux côtés de Postume, avec un Tetricus plus réservé [04 pages 18 et 19] : "Postume avait en outre une arme secrète, sa cousine. Victorina était ambitieuse et follement amoureuse de Postume. C'est elle qui s'était mise en tête d'en faire un empereur et elle y parvint. Nationaliste passionnée, elle s'était promis de rendre à la Gaule son autonomie. [...] Postume n'était peut-être pas empereur pour Rome, les Romains et Gallien, mais il l'était bel et bien pour les Gaulois. Toute la Gaule l'acclama. Seul, en secret, Tetricus pensa que sortir de l'union impériale romaine était une grave erreur qui aurait de catastrophiques conséquences".

    Franz de Champagny montre à quel point la division de l'empire en trois parties aurait pu perdurer [10 tome 4 chap. XV] : "Il n'eût pas été impossible à ce moment que Tetricus ou Victorina dans les Gaules, Zénobie en Orient, Gallien en Italie, tous également défenseurs d'un Empire qui pouvait être uni, mais qui ne pouvait plus être un, se concédassent mutuellement le droit de régner, c'est-à-dire de combattre, et par cette alliance patriotique sauvassent l'Empire. Mais il restait en dehors d'eux un quatrième César, Auréolus, jusqu'ici allié de Gallien, maître d'un seul point, l'Illyrie, mais d'un point important ; car c'était la pépinière des soldats et la caserne de l'Empire. Auréolus craignit-il qu'on ne s'entendît pour l'exclure, et que Gallien, qui s'était servi de lui pour combattre les Gaulois, ne se dédommageât à ses dépens de l'affranchissement de la Gaule ? ou bien, conduit par la seule ambition, Auréolus prétendit-il être l'Empereur de Rome et le centre de cette confédération qu'on désirait voir s'accomplir ? Ce qui est certain, c'est qu'il entra en Italie, et que Gallien fut obligé d'y revenir en toute hâte pour le combattre."

    S'appuyant sur un passage de Trébellius Pollio (un des six auteurs inventés de l'Histoire Auguste [08]), Franz de Champagny va plus loin [10 chap. 3] : "Telle était donc Zénobie qui, à l'Orient, comme Victorina à l'Occident, relevait l'indépendance des nations et protestait contre le joug de l'absolutisme romain. Ces deux femmes, séparées par l'Empire de Gallien, placées si loin l'une de l'autre, mais dignes l'une de l'autre, purent-elles s'entendre du Rhin à l'Euphrate par-dessus la tête de ce César trop orgueilleux pour s'allier à elles, mais impuissant à les vaincre ? Nous pouvons le croire ; et nous savons quel témoignage la reine de Palmyre rendait de la fière Gauloise qui, comme elle, mettait le casque sur sa tête et s'appelait la Mère des camps. Nous l'entendrons dire à Aurélien : "Gallien et Auréolus n'étaient pas des empereurs. Mais Victorina, elle, me paraissait faite comme moi, et, si la distance ne nous eût séparées, je lui eusse proposé de régner ensemble"."

    Cette division en trois empires avait permis de stopper efficacement les invasions barbares. Comme l'écrit Anne de Leseleuc [02 page 210], elle n'a pu qu'inspirer une nouvelle organisation politique : "Aucun empereur ne peut plus désormais régner seul sur un monde harcelé par les Barbares. Zénobie, Postumus, puis Tetricus, ont été des précurseurs de l'idée d'une partition géographique des pouvoirs impériaux".

    A posteriori, on peut nommer triarchie cette partition en trois , puisque la division en quatre qui advint 15 ans plus tard fut appelée tétrarchie (monarchie, diarchie, tri, tétra...).

    En ce qui concerne le bilan économique de l'empire des Gaules de 260 à 273, Maurice Bouvier-Ajam souligne l'importance de la monnaie dans l'économie. Dans un premier temps, la politique monétaire de Postume est un succès, expliquant son prestige "en Gaule, à Rome et à l'étranger. Elle est un signe visible, concret de la prospérité recouvrée de la Gaule. [...] L'une des supériorités du Gaulois sur le Romain sera celle de la monnaie.". La situation s'assombrit à la fin du règne de Postume et sous les règnes suivants, avec de graves problèmes intérieurs, notamment quand la révolte des Eduens est matée par Tetricus père et fils. La peste se propage, les invasions barbares reprennent à l'est, la monnaie s'affaiblit, contenant de moins en moins de métal précieux. Le retour dans le giron romain est alors apparu comme une solution...

    Bordeaux, la ville dont Tetricus était gouverneur et où il fut désigné empereur des Gaules
    Les amants de Bordeaux et Pistillus, artisan d'Autun reconnu dans toute la Gaule
    Terre cuite de fin IIème, début IIIème siècle, découvert à Bordeaux (Burdigala), hauteur 6,3 cm, longueur 12 cm, artiste Pistillus
    Ce couple amoureux, découvert en 1850 à Bordeaux, parfois appelé « amants de Bordeaux », reste exceptionnel dans l’abondante production de figurines en terre cuite gallo-romaine, où les représentations de divinités, Vénus et déesses-mères en tête, occupent une place prédominante.
    Les figurines, produites en très grandes séries dans le centre de la Gaule, en Bourgogne et dans d’autres régions, sont des objets de piété bon marché, destinés aux dieux, mais qui peuvent aussi accompagner le défunt dans la tombe. D’autres, plus rares, sont des jouets ou encore des éléments de décor, peut-être est-ce le cas ici.
    Les deux personnages, nus, mais recouverts en partie d’une couverture, sont tendrement enlacés. Traitée ici avec beaucoup de délicatesse, la scène n’a rien de commun avec les représentations érotiques très crues habituelles sur les lampes en terre cuite d’époque romaine. Mieux que sur les stèles funéraires un peu figées où figurent parfois deux époux, elle saisit de façon unique l’intimité d’un couple. Aux pieds du couple enlacé, un chien roulé en boule dort paisiblement.
    Au revers du lit, l’objet porte une marque de fabrique : PISTILLVS FECIT (Pistillus a fait). Le potier Pistillus, actif à Autun (Saône-et-Loire) vers la fin du IIe siècle et au début du IIIe siècle, signait une partie de sa production, contrairement à la plupart de ses collègues. Cette signature, apposée à l’intérieur du moule avant qu’il ne soit cuit, n’est pas assimilable à une signature d’artiste, elle est sans doute liée à l’organisation de la production. Celle de Pistillus se distingue par une exploitation assez raffinée de thèmes variés utilisés par la plupart des coroplathes (fabricants de figurines) : déesses protectrices, Abondance, Vénus dans un édicule, Epona, bustes d’enfants, chevaux…
    [photo RMN-GP Franck Raux et extrait de légende de la page dédiée du site musee-archeologienationale, avec d'autres photos]

    La tolérance religieuse dans l'empire gaulois. Joël Schmidt [18 page 365] : "Ni sous Postumus, ni sous Victorinus et Tetricus, les chrétiens ne furent inquiétés. Bouvier-Ajam va dans le même sens, ajoutant [01 page 180] : "A la faveur de cette totale tolérance, les traditions gauloises se réveillent ici ou là dans les campagnes où les paysans libres et des colons assez nombreux et assez rapprochés entretiennent entre eux des rapports suivis  ces réminiscences s'expriment sans contrainte et sans éclat : l'Armorique, les pays de la Sarthe et du Loir, l'Auvergne et le Rouergue, paraissent avoir été plus spécialement marqués par des résurgences druidiques mêlées d'un paganisme multiforme. Ailleurs, c'est un certain réveil de mythologies particulières", notamment orientales, locales, le plotinisme... "Postume est à la fois servi et desservi par cette évolution confuse des croyances". "Des prêcheurs, des devins, des magiciens, des sorciers veulent être les prêtres des misérables et se posent en druides. [...] Une idéologie commune de la protestation s'esquisse. [...] Il y a là un péril pour la Gaule, d'autant plus dangereux qu'un mysticisme ajoute sa force revendicative à celle de la faim, de la jalousie, de la haine." On sent venir là ce qui sera, quelques années plus tard, le développement des bagaudes.



  19. 270-448 Les bagaudes ou la résistance gauloise face à l'impérialisme romain


    Combat de Romains contre des Gaulois (rappelant la statue du Galate mourant) seulement vêtus de leur torque au cou.
    Face frontale du sarcophage dit de la vigne Amendola, datant du 2ème siècle (musées du Capitole, Rome) (dessin iStock
    ).

    Brigandage et refus de payer l'impôt. La page Wikipédia dédiée définit les bagaudes comme des "bandes armées de brigands, de soldats déserteurs, d'esclaves et de paysans sans terre qui rançonnaient le nord-ouest de la Gaule du IIIe au Ve siècle" et les fait débuter en 284, 10 ans après la fin de l'empire des Gaules. "Dans leur plus grande extension, elles couvriront les deux cinquièmes du territoire de la Gaule (nord-ouest principalement)". Cette durée et cette superficie montrent un mouvement d'une ampleur extrême, un genre d'état gaulois, morcelé et éclaté, dans l'état romain.

    Pour Maurice Bouvier-Ajam et Anne de Leseleuc, les Bagaudes commencent plus tôt, sous l'empire Gaulois, comme si elles pouvaient en être une conséquence. Le premier écrit [01 page 215] : "C'est nettement sous Postume que le fait bagaude se précise et, vraisemblablement, que le mot bagaude se fait courant. Esclaves, ouvriers agricoles à peine distincts d'eux, paysans accablés par les conducteurs, colons ployant sous le fardeau des corvées et des redevances, vagabonds sans emploi se regroupent dans les maquis, des clairières, des terres ingrates, des marécages. Leurs repaires sont si protégés, si menaçants que les opérations de nettoyage sont bien rarement tentées. [...] Puis, lorsque les Bagaudes, les hommes bagaudes déclenchent une insurrection, cette insurrection s'appelle une Bagaude. C'est à ce titre que des historiens ont parlé d'une première bagaude qui éclate en 270, elle s'achèverait en 274 après la répression d'Aurélien.".

    Une crise économique Ainsi, chronologiquement, c'est l'empire des Gaules qui pourrait avoir généré les premières bagaudes. La frappe exagérée de monnaies (environ 350 types de pièces, d'après l'ouvrage de référence [06]), avec des pièces comportant de moins en moins de métal précieux et avec des ateliers parallèles de faux monnayage, ont provoqué une forte inflation, génératrice de panique et de forte prudence économique. En 274-275, la recrudescence des invasions barbares, en un véritable déferlement, a encore assombri le tableau. Sans oublier la peste, dont Victorina est une victime...  
    Combat Romain - Gaulois (bas relief du musée du Louvre, début IIème siècle) et une bagaude illustrée par P. Joubert [21]

    "Les mémoires de Victorina" [03 page 190] confirment cette bagaude du temps de Tetricus : "En une seule année, l'insécurité causée par l'assassinat de Postume, suivi de ceux de Lélien et de Marius, le trop court règne de Victorinus, le ralliement de Rome à l'Espagne et de la Narbonnaise, nous privant d'importants débouchés extérieurs, changèrent radicalement le caractère du brigandage". [...] "Ce nouvel état dans l'état commençait à fonctionner d'une façon encore plus inquiétante. Toutes ces bandes dispersées dans le pays ne s'étaient pas donné un chef unique, mais quelques meneurs avaient regroupé sous leur autorité des régions entières. Ils avaient créé des armées et pris d'assaut des domaines et même des villages. Ils avaient organisé des dispositifs de défense, et se mirent à cultiver les terres qu'ils s'étaient appropriées. Ils en arrivèrent à fonder des marchés où ils vendaient leurs productions sans reverser de taxe, dans une totale illégalité et impunité, sous la protection des soldats de la Bagaude. Les bagaudés passaient de l'état de révolte à l'instinct de conservation. Les ouvriers chassés des officines, avec des outils volés, se remettaient au travail dans les nouvelles communautés."

    Se libérer du pouvoir romain La page titrée "286 la première révolte des Bagaudes Gaulois" présente les premiers symptômes d'une révolte qui va se généraliser :"Les raids germaniques de 276 et une piraterie croissante sur le littoral de la Manche conduisent à l’abandon de nombreux villages et la fuite des habitants vers les forêts. C’est dans les années 280 à 300, par exemple, que les ateliers de salaison installée sur le site de l’actuelle ville de Douarnenez (Finistère) cesse de fonctionner et que le sanctuaire gallo-romain du Haut Bécherel (Côtes-d’Armor), élevé à la fin du premier siècle, est abandonné et incendié.."

    Sur cette page de "la feuille Charbinoise" titrée "Un mouvement complexe de 284 à 440 : "La durée du mouvement (plus d’un siècle et demi), les différences de contexte selon les époques, la forme souvent allusive des documents écrits, ne permettent en aucun cas une analyse d’une grande précision. Tout au plus peut-on déterminer des tendances. Ce mouvement de révolte était clairement anti-étatique, le but étant de se libérer de l’oppression exercée par le pouvoir central (romain en l’occurrence) et par ses représentants locaux ; mais il est quasiment démontré que par contre il ne portait aucune revendication sociale ou économique précise. On n’en est pas encore aux cahiers de doléances rédigés en 1789. L’organisation militaire du mouvement était particulièrement insuffisante et seuls étaient payants les embuscades ou les coups de main. En bataille rangée, les insurgés ne faisaient pas le poids. Les esclaves et les hommes libres impliqués dans l’insurrection voulaient, en de nombreux cas, mettre en place une société libre et durable plutôt qu’affronter des représentants de l’administration face auxquels ils se sentaient en infériorité. ". L'auteur y voit une "l’origine lointaine des révoltes paysannes dans nos contrées". Jusqu'à des révoltes récentes, comme celle des bonnets rouges ou des gilets jaunes (phénomène surtout français gaulois (?)) (voir cette page du site herodote titrée "Des bagaudes aux gilets jaunes") ou la mouvance autonome ou des tentatives de repli en communautés, en passant par le Larzac et NDDL (voir ci-dessous) ? Jusqu'à un président de la République, Emmanuel Macron, qui, en 2018, s'est plaint des, pourtant non bagaudés, "Gaulois réfractaires" (voir cette page du site economiematin).


    La permanence des bagaudés, d'Astérix à Zadstérix. Les courageux, rigolards et chamailleurs habitants d'un petit village qui ont résisté durant de nombreux albums à l'occupation romaine, peu de temps après le défaite de Vercingétorix, étaient-ils des précurseurs des bagaudés ? Et aussi, comme écrit ci-dessus, des gilets jaunes et des Zadistes de Notre Dame Des Landes ? C'est ce que présente, en cette page la parodie "Le domaine des gueux", une aventure de Zadsterix en 6 pages de BD triturant les cases de Goscinny et Uderzo, sur le site zad.nadir.


    C'est l'occasion d'effectuer un détour par le véritable Astérix, pas toujours d'aplomb avec la vérité historique."Le tour de Gaule" est le cinquième album de la série du Gaulois "Astérix" imaginé par René Goscinny au scénario et Albert Uderzo au dessin, paru aux éditions Dargaud en 1965. La carte montrée en couverture est celle de la France et non de la Gaule, qu'elle soit celle d'avant ou après la domination romaine. Si Lugdunum / Lyon (au centre) et Gésocribate / Brest (à droite) sont bien en Gaule, Massilia / Marseille est en province romaine à l'époque du récit vers -50. La Batavie, la Belgique, l'Helvétie, pourtant sur les bords de la Gaule sont absents de ce drôle (au deux sens du mot...) de tour. Sur la planche 5, Astérix dessine la carte de.... France... Puisque l'album a été modifié avec de nouvelles couleurs, pourquoi ne pas avoir aussi corrigé la case où sont tracés les contours de la Gaule ? Ici la version d'origine de Pilote n°175 du 28 février 1963 (même coloriage que l'album Dargaud 1965) et la version recoloriée actuelle des éditions Hachette.



  20. 280-281 Proculus et Bonosus, éphémères candidats empereurs des Gaules

    Que Proculus et Bonosus aient existé, cela est avéré par des sources différentes, notamment Eutrope, et par des pièces de monnaie, mais seule l'Histoire Auguste [08 page 1129] apporte tardivement des détails. André Chastagnol [08 page 1109] les qualifie de "pure invention". Il est très précis dans le cas de Bonosus, comme le montre cette étude complémentaire. Dans leurs récits, Maurice Bouvier Ajam [01 page 232] et Joël Schmidt [18 page 373] reprennent le récit de l'Histoire Auguste, comme il sera repris ici et comme il est repris sur une page du site lesmonnaiesdeprobus titrée "Les usurpateurs Proculus, Bonosus et Saturninus sous Probus.

    Outre une page sur l'empereur Probus, qui règne de 276 à 282, Wikipédia présente une page sur Proculus et une autre sur Bonobus. Sur Proculus, la page du Wikipédia anglais est toutefois plus développée, et, sur un blog anglais, une page est titrée "The Proculus enigma, s'interrogeant sur la datation des pièces de monnaie à l'effigie de Proculus. Cela est caractéristique du manque d'intérêt en France sur ce personnage, très peu cité, comme Bonosus, dans les ouvrages sur la Gaule.

       Monnaies présentant Proculus, Bonosus, Probus

    Un mystérieux Proculus II
    Comme le rapporte cette page du site empereurs-romains, titrée "Proculus", Maurice Bouvier-Ajam estime qu'il existe un second Proculus, "aventurier d'une curieuse espèce", cousin du premier, qui voulut lui succéder après sa mort comme "empereur des Gaules". Il aurait même été reconnu comme tel par les légions d'Hispanie et de [Grande-]Bretagne ! L'information, venant de Gustave Bloch, apparaît fragile.

    C'est le récit de Maurice Bouvier-Ajam [01 page 232] qui est en partie repris ci-après, en gommant quelques détails accessoires pour prendre en compte, en partie, les remarques d'André Chastagnol. "Lyon n'a pas pardonné à Aurélien ni de lourds impôts ni, surtout, de ne pas l'avoir traitée en capitale des Gaules, au profit d'une Trèves à demi barbare. La ville et peut-être même toute la civitas sont d'autant plus prêtes à la sécession qu'elles voient en Probus le continuateur entêté de la politique d'Aurélien"."

    Lugdunum / Lyon par Jean-Claude Golvin : vue d'ensemble, entrée du forum, théâtre et Odéon de Fourvière (lien)

    Proculus, un officier grisé par un premier succès. Titus Illius Proculus est un officier romain "riche, fier de sa fortune, dispendieux, hâbleur, naïf et excellent capitaine". A Lyon, "au cours d'une agape, il vocifère ses récriminations et se compagnons d'armes, presque par jeu, l'élisent empereur et promettent de l'accompagner sur le Rhin. Il accepte, part en tête d'un petit groupe, recrute à grands frais, obtient le concours d'officiers de marine, dispose d'une flottille, débarque sur la côte de l'Esterel, se dirige vers l'Est, recueille d'importants concours de garnisaires inoccupés, de Bagaudes et de déserteurs, atteint les Germains - sans doute une avant-garde parvenue jusqu'aux Hautes-Alpes et en Savoie - et les vainc. Il organise sur place son propre triomphe, précise qu'il est "Empereur des Gaules" et qu'il va poursuivre la libération du territoire.

    Mais, comme dans un jeu de dés, la chance tourne. Probus demande à Proculus de se rallier à lui. Refus. Probus "s'en empare grâce à un simple coup de main monté par ses émissaires et le fait exécuter sur le champ".

    Bonosus, un général trahi par ses troupes; "Gallus Quintus Bonosus a été un vaillant général de Claude II et d'Aurélien". Il commande les troupes des Bouches du Rhin, qui, suite à des déboires amenant à craindre les réactions de Rome, le proclament "Empereur des Gaules et pays alliés". Sans véritable soutien hors de ses troupes et se rendant compte que certains de ses propres officiers sont défaillants, "il se tue et ses complices se tuent aussi, les autres s'enfuient par la mer, d'autres encore se rendent".

    Et Maurice Bouvier-Ajam conclut sur ces tentatives troubles : "Il y a eu d'autres tentatives de sécession, mineures et brèves, qui n'allèrent pas jusqu'à la proclamation d'Empereurs même de fantaisie. Mais si toutes ces révoltes, grandes et petites, furent éphémères et tôt réprimées, elles n'en eurent pas moins une forte influence sur le destin de la Gaule et, plus encore, de l'Empire romain. "



  21. 285, Amandus le premier empereur de Bagaudes


    Histoire de France Larousse, Castex et Marcello 1976 [14 page 43].
    Récit en sept pages (le meurtre de Postume et le début des bagaudes sur la première)  : 1 2 3 4 5 6 7

    Juan Carlos Sanchez Leon [13 page 29] : "Selon Aurelius Victor, deux hommes appelés Aelianus et Amandus avaient formé une armée de paysans et de brigands en Gaule, que les natifs appelaient bagaudes, et avaient pillé les champs et attaqué des villes. En réponse à cette insurrection, Dioclétien envoya Maximien pour restaurer l'ordre en Gaule, où le César, aux côtés de l'officier Carausius, mit en déroute les rebelles et accepta leur reddition en peu de temps". Cela se déroule donc un peu avant l'insurrection de Carausius, "depuis les premiers mois de 285 jusqu'à la fin de l'année", probablement "en Armorique, entre Loire et Seine" [13 pages 71 et 72].

    Quand une armée soutient une bagaude. Pour Maurice Bouvier-Ajam [01 page 239], cette rébellion a davantage d'ampleur, touchant aussi l'armée. La révolte du Gaulois Pomponius Elien (Aelianus ou Alianus) est rejointe par l'armée du général romain Aeneus Salvius Amandus (ou Amand) : " Amandus - qui a vu les bagaudes se battre avec son armée contre les envahisseurs germaniques - rencontre là des chefs bagaudes qu'il connaissait déjà et qui lui donnent des gages de paix. Il reçoit de Maximien l'ordre de mettre leur territoire à feu et à sang. Amandus fait plus que refuser de lui obéir : il passe carrément du côté des Bagaudes, suivi de ses troupes aussi indignées que lui. L'accueil fait au transfuge est inimaginable. Il est proclamé empereur. Il passe pour avoir eu l'habileté de se dire empereur des Bagaudes et aspirant à la qualité d'empereur des Gaules : bref, il s'agit, partant de Bagaudes pacifiques ou pacifiées, d'étendre l'autorité de leur chef central, de leur empereur, sur l'ensemble du pays, par la réalisation progressive d'un accord avec tout ce qui n'est pas bagaudé. [...] Il faudra huit mois à Maximien pour en venir à bout : Amandus sera tué, dans une bataille rangée, sans doute près de Cosne. Son souvenir restera longtemps vivace ; il devient un "Saint Amand"." Saint-Amand est en effet un nom de commune souvent porté (cf. page de Wikipédia), l'origine en est incertaine ou attribuée à un Amand véritablement saint, comme en Aquitaine. Mais, par exemple, pour la commune du Berry Saint Amand Montrond (candidate au titre de centre de la France continentale), on peut s'interroger...
    "Histoire de la Bretagne", texte Secher, dessin le Honzec, 1991 (285 est plus juste que 283) + la planche

    Amandus peut être considéré comme le seul empereur des premières bagaudes. Après une accalmie, celles-ci repartent en 316. Elles vont durer plus d'un siècle encore, jusqu'à Attila, jusqu'à l'arrivée des Francs...

    Cette distinction entre empereur des Gaules et empereur de Bagaudes recoupe une autre différence, celle entre les empereurs ayant frappé monnaie et ceux n'en ayant pas frappé. Nous ne connaissons pas les visages d'Amandus et des autres empereurs de Bagaudes. Il y a toutefois continuité entre ces empereurs, la plupart étant à l'origine des généraux de l'armée romaine, notamment Postume et Amandus,.

    [14 page 47]


    Illustration de l'article d'Eric Tréguier "Bagaudes, les insurgés de la Gaule romaine" dans "Guerres et Histoire" n°18 de 2014 (intégralité ici).
    + les pages de cet article : 1 2 3



  22. 286-293 Carausius relance l'empire des Gaules et devient empereur de la Manche

    Maurice Bouvier-Ajam le désigne comme "le dernier empereur gaulois" [01, page 244]. S'il a effectivement été élu sous ce titre par ses troupes et s'il a fait frappé des monnaies le désignant comme tel, Carausius régna sur un empire géographiquement restreint, quoique tout de même important et en des frontières nouvelles...

    La proclamation d'un nouvel empereur des Gaules. Originaire de la province des Ménapes, en Belgique, Carausius (Marcus Aurelius Valerius), commandant de la Classis Britannica / flotte britannique est chargé par l'empereur Maximienb Hercule de défendre les côtes de l'Atlantique contre les Saxons et les Francs. En désaccord avec celui qui l'a nommé, ses légions le proclament empereur en 286. Bouvier-Ajam [01 page 247] décrit son arrivée dans l'île britannique  : "Et c'est le débarquement : l'accueil est triomphal. on accourt de toute part pour ovationner "le libérateur" ; la plupart des règlements de compte ont eu lieu avant son arrivée ; les points d'opposition - qu'on appelle maintenant points de dissidence ! - sont rares et sans grand danger. Devant sa marine, ses corsaires, ses légions, les légions britanniques, les cohortes franques, Carausius est proclamé "Empereur ; il précise aussitôt qu'il est "Empereur des Gaules" et que la Britannia fait partie de son empire et y jouira des plus hauts privilèges."

    Remarquons que les pages Wikipédia d'août 2019 précédemment citées, sur Carausius et Classis Britannica, donnent deux versions différentes, l'une d'un officier "gonflé d'orgueil" qui "sème le désordre", l'autre d'un commandant suspecté de "garder pour lui les trésors capturés et même de permettre aux pirates de faire des incursions et de s'enrichir avant d'engager des actions contre eux". Maurice Bouvier-Ajam, en une note [01 page 397] le conteste, rappelant que l'histoire est écrite par des écrivains romains qui dénigrent ceux qu'ils considèrent comme des "ursupateurs". Il estime que ces "vilainies" ne sont pas en cohérence avec la suite de son action de Carausius et avec son meurtre. C'est une raison importante de la méconnaissance de ces sept années.

    L'objectif est la conquête de la Gaule et Carausius s'y prépare. "Il reprend l'idée postumienne d'un empire gallo-britannique cohérent et capable de se faire respecter, mais qui ne manquera pas de coopérer avec Rome sur des bases nouvelles et même de redevenir un Etat de l'Empire, un Empire dans l'Empire, quand son statut sera reconnu. Lui aussi, ce dissident malgré lui, frappera ses pièces à la légende "Romae aeternae". Pour assurer la force et la paix de son empire, il reconnaît les bagaudes, mais des bagaudes qui se disciplinent et qui ne perturberont pas l'économie générale, et il accorde le droit d'installation à des mercenaires et à d'anciens envahisseurs, mais qui se lient par traités et contribueront plus ou moins à la défense de l'ensemble, au moins dans la mesure où ils n'ont pas intérêt à ce que d'autres les délogent. On a reproché à Carausius cette politique d'accueil, d'octroi de l'hospitalité ou de l'alliance : allons donc ! N'est-ce pas là une pratique courante de la politique romaine ?"

    Les forces armées de Carausius traversent la Manche et débarquent en Gaule.
    Le but : libérer le pays du joug romain, puisque Carausius est considéré comme "empereur des Gaules" par ses troupes.

    "Carausius, le César flamand", bande dessinée d'Edgar Ley, parue en 1951 dans la revue belge flamande KZV (lien)] + trois planches : 1 2 3 + la couverture de l'album paru ensuite.

    Carausius compte s'ancrer en Gaule continentale en prenant le contrôle de la Manche, à commencer par son port militaire principal, la capitale du peuple des Morins, Gesoriacum qui commence à s'appeler Bononia et deviendra Boulogne sur Mer. Bouvier-Ajam suite : "Carausius envoie des émissaires à Boulogne, afin de savoir si la ville est décidée à le bien recevoir et à le saluer en Empereur. Les Morins délibèrent ; ils lui font savoir qu'ils sont d'accord, à condition que la ville soit déclarée capitale de son empire jusqu'à ce qu'il ait poussé plus loin au sud les limites dudit empire." Carausius accepte, il y a quelques résistances rapidement neutralisées et l'empereur fait une entrée triomphale en sa nouvelle capitale.


    Carausius [Wikipédia]

    Gesoriacum / Boulogne sur Mer, première capitale de l'empire de Carausius [Jean-Claude Golvin, lien]
    Trouvailles de monnaies à l'effigie de Carausius fabriquées à Rouen [étude d'Hélène Huvelin]

    L'attractivité et la réussite de ce nouvel empire. L'empire d'une Gaule au début très réduite s'agrandit rapidement de "la Bretagne continentale, la Normandie, la Picardie, l'essentiel de l'Artois, toute une partie du Maine et de l'île de France. [...] La reconnaissance de l'autorité de l'Empereur gaulois progresse partout, à l'ouest, au centre et même à l'est. Et presque toujours, ce sont les populations locales qui se chargent de leur "libération", qui se déclarent membres de l'Empire des Gaules, qui neutralisent, "convertissent" ou chassent les derniers fidèles de Rome ou les entêtés de l'irrédentisme. Rouen, joyeux, ouvre ses portes. Carausius en fait aussitôt sa capitale, Boulogne devenant une sorte de Rome du nord-ouest européen, en même temps que l'indispensable tête de pont continentale des forces carausiennes."

    Rotomagus / Rouen seconde capitale de l'empire des Gaules de Carausius est ensuite devenue capitale de son empire des Mers, autrement dit l'empire de la Manche.

    [extrait de la BD "Rouen - De Rotomagus à Rollon", oeuvre collective parue aux éditions Petit à Petit en 2015]

    Bouvier-Ajam poursuit [01 page 250] : "Et l'économie britannique se relève, et la Gaule carausienne, sans cesse élargie, reprend son effort productif à l'intérieur de son territoire protégé, et les échanges entre l'île et le continent se normalisent, et la popularité de Carausius est de plus en plus évidente et rayonnante. Pour Maximien Hercule, ce n'est plus supportable. Dégarnissant dangereusement rives et frontières rhénanes, il tente en 289 - Carausius est déjà empereur depuis trois ans - une opération à la fois maritime et continentale. C'est l'échec total et l'orgueilleux Maximien en est réduit à solliciter un traité. Par ce traité - que, bien entendu, nul n'a l'intention de respecter - Maximien reconnaît la qualité impériale, la qualité d'Auguste de Carausius." Lequel ne devrait donc plus être considéré, même par les Romains, comme un ursupateur...

    Un empire de la Manche. Cet accord est très vague et ne définit aucune frontière. Il se révélera néfaste à Carausius, arrêtant sa progression territoriale. Maximien a en effet une satisfaction : Carausius n'est plus l'empereur des Gaules mais officiellement l'empereur de la Mer. D'un côté l'empereur de la Manche, de l'autre l'empereur de la Méditerranée ! C'est la fin de la résurrection de l'empire des Gaules. Fini l'espoir de le faire renaître, finie cette force d'attraction, finis les ralliements.

    Cet empire de la Mer va encore vivre quelques années, jusqu'en fin 293 quand son empereur est assassiné par Allectus, son préfet du Prétoire, soutenu par les marchands de Londres / Londinium. Allectus renonce alors progressivement à ses provinces continentales pour mieux conserver son domaine insulaire. Jusqu'à ce que Constance Chlore mette fin à l'indépendance de la Bretagne insulaire en 296, Allectus étant tué au combat en 297.

    Allectus [Wikipédia]



    289, l'empire de la Manche
    de Carausius, nommé "empire de la Mer"
    Carte réalisée à parti d'une description de Bouvier-Ajam alignant la limite sud sur l'axe
    Nantes - Alençon - Noyon - Lens.


    289, empires de la Manche et de la Méditerranée
    (d'après carte Wikipédia de l'empire romain en 150)

    Carausius est un ascendant de Charlemagne.


    Carausius initiateur du premier Brexit ? Le mur d'Hadrien, fondé en 122, marquait la limite nord de l'empire romain et de sa province de Bretagne. Il fut doublé en 140 par le mur d'Antonin, reconquis par les Pictes à la fin du IIème siècle. L'illustration de gauche provient d'une page en anglais titrée "How a third-century Roman soldier named Carausius was behind the first ‘Brexit’" expliquant en quoi Carausius avait provoqué un premier "brexit"... L'illustration de droite est une case de "Prince Valiant" d'Harold Foster (planche du 13/12/1942).

    >>>Repris (en redondance) dans la sous-page L'empire de la Manche de Carausius.



  23. 293-306 La tétrarchie, Constance Chlore empereur des Gaules de facto

    Christine Delaplace [12 page 196] : "Les règnes de Dioclétien (284-305) et de Constantin (306-337) inaugurent un nouvel Empire marqué par une audacieuse réforme politique, le système de la tétrarchie (quatre empereurs). Il se caractérisait par la mise en place d'un couple de deux Césars soumis hiérarchiquement, matrimonialement et religieusement à deux Augustes auxquels ils doivent succéder après avoir choisi leurs successeurs au césarat. Ce système novateur, loin de scinder l'Empire, aurait dû au contraire en renforcer l'unité durablement si les principes dynastiques inhérents à toute politique matrimoniale n'avaient pas contrecarré ceux qui préconisaient l'élection du plus digne. Ce demi-siècle où s'installèrent à la tête de l'Empire deux personnages hors du commun, deux réformateurs avisés, fut toutefois assombri par les quelques vingt années de guerres de succession qui se déclenchèrent immédiatement après l'abdication de Dioclétien et de Maximien et qui se terminèrent par la victoire de Constantin, fils du César Constance Chlore (devenu Auguste en 305-306) à la célèbre bataille du Pont Milvius contre le dernier des prétendants occidentaux, Maxence."

    La tétrarchie, l'empire romain divisé en quatre, de 293 à 306. Le mot provient du grec : tétra (quatre) et archie (gouvernement).
    [carte Vikidia]

    Les tétrarques :
    • Dioclétien est Auguste de la partie asiatique et africaine orientale de 293 à 311, après avoir régné sur tout l'empire de 284 à 286 et sur l'Orient de 286 à 293,
    • Maximien, ou Maximien Hercule est Auguste de la partie occidentale de 386 à 393 (sauf sur l'empire des Gaules de Carausius) puis de 293 à 310 sur l'Italie, l'Hispanie, l'Afrique occidentale
    • Galère est César de 293 à 305 puis Auguste de 305 à 311 de la Pannonie, la Grèce et la Thrace.
    • Constance Chlore est César de 293 à 305 puis Auguste de 305 à 306 sur la Gaule et la [Grande-]Bretagne

    Tetricus II est-il un des concepteurs de la tétrarchie ? Joël Schmidt, dans la peau de Tetricus âgé lui fait dire [02 page 212] : "Quelle réponse à mes détracteurs haineux qui persistent toujours en Gaule à m'accuser de trahison et de division, alors que j'ai non seulement j'ai sauvé les provinces d'Occident au cours de mon règne, et que j'ai peut-être, par mon exemple, sauvé l'empire en montrant à l'un de ses plus dignes citoyens, à Dioclétien, que celui-ci pourrait fonctionner avec plus de rigueur et d'efficacité dès lors que plusieurs souverains en prendraient la charge."

    Maurice Bouvier-Ajam va dans le même sens en déportant le propos sur le fils de Tetricus, Dioclétien n'ayant vraiment pris le pouvoir qu'en 286 [01 page 208] : "Tetricus, comblé d'honneurs, meurt vraisemblablement en 282, sept ans après Aurélien. Et son fils en 293, ayant donc connu l'installation du système tétrachique qui, à bien des égards, répondait aux vues de Postume et de Tetricus lui-même. Il n'est aucunement exclu qu'il ait, par ses conseils, contribué à la préparation et à l'instauration de la tétrarchie"."

    Le temps de la grande entente entre augustes et césars

    Statue de Dioclétien, l'initiateur de la tétrarchie, et statue de porphyre représentant les quatre tétrarques, volée de Constantinople lors de la quatrième croisade, en 1204, et maintenant intégrée dans une paroi externe de la Basilique saint Marc de Venise.


    Les augustes marient leurs césars à leurs filles
    "Le double mariage de Constance Chlore et de Maximilien Galère" par Pierre Paul Rubens [musée des Beaux-Arts de Quimper, lien]
    En 293, les filles des Augustes épousent les Césars : Constance Chlore avec Théodora, fille de Maximien Hercule, et Galère avec Galeria Valeria, fille de Dioclétien. Du coup, en généalogie, Constance Chlore devient gendre de Maximien Hercule et Galère devient gendre de Dioclétien.

    Bouvier-Ajam : "En dépit de ses échecs, les réformes de Dioclétien ont fondamentalement changé la structure du gouvernement impérial romain et contribuent à stabiliser l'Empire économiquement et militairement, ce qui permet à l'Empire de perdurer encore deux siècles, alors qu'il était au bord de l'effondrement durant la jeunesse de Dioclétien."

    Constance Chlore le bien-aimé nouveau maître des Gaules Maurice Bouvier-Ajam consacre trois longs sous-chapitres [01 pages 262 à 273] au nouveau maîtres des Gaules Constance Chlore (CC). Ils sont titrés " : "CC le libérateur", "CC, le César des Gaules", "L'Auguste CC", "Est-ce le bas-empire ?", mais étonnamment il ne le désigne pas comme empereur des Gaules. Etre César, ou mieux, Auguste (de 305 à 306), sous le nom de Constance Ier, n'est-il pas équivalent à imperator ? Wikipédia et bien d'autres ouvrages le désignent comme "empereur romain" alors qu'il n'a pas régné à Rome et sur l'Italie. Autant que Postume avant lui, autant que Gratien après lui, Constance Chlore a bien été, de fait (de facto), empereur des Gaules. Même si ce titre ne lui a pas été décerné tant il n'était considéré que comme régnant sur un quart de l'empire romain, en fusion avec les trois autres quarts. Pourtant, dans les faits, il menait une politique différente de Dioclétien, laissant notamment leur liberté de culte aux chrétiens.

    Mais, pour reprendre une distinction de Bouvier-Ajam, il n'a pas été "empereur gaulois", comme l'étaient, par leur origine gauloise, Postume, Valentinus, Tetricus et Carausius. Constance Chlore est originaire d'Illyrie (en ex-Yougoslavie - Albanie), plus exactement né en Dardanie. Militaire, il participe à la reprise en main de l'empire de Palmyre. Il devient ensuite gouverneur de la Dalmatie pui, en 288, préfet du prétoire de Maximien, deuxième personnage de l'empire d'Occident.


    Un mur pour contenir les Barbares, en prolongement du Danube et du Rhin. "Les peuples barbares aux frontières de l'Empire, vers 300" [20]. La ligne de séparation, appelée limes, est renforcée et solidement tenue durant la tétrarchie. A
    droite, reconstitution du limes de Germanie [Wikipedia] et le limes vu par Gilles Chaillet (1975) ("Les mémoires secrets de Vasco", 2011)

    Constance Chlore fut [01 page 262] le plus populaire des empereurs, considéré comme un libérateur, portant fièrement le titre de César des Gaules (Caesar Galliarum). En ces deux années, il a introduit des changements profonds, créant notamment des "curies", assemblées de notables ayant un fort pouvoir local. "Le réveil est net à Bordeaux, à Autun, dans les grandes villes du nord et de l'est, à Limoges, Nevers, Poitiers, Bourges, Orléans et Le Mans" [01 page 266]. Puis [01 page 269] : "Rome cesse d'être la capitale de l'Empire. [...·] A ce prix, Constance Chlore est un des créateurs du Bas-Empire, parce qu'il "a ignoré" Rome, parce qu'il s'est comporté en "César des Gaules", parce que, devenu Auguste, il a continué à "ignorer" Rome et même refusé de s'établir en Italie." (sachant que "Bas-Empire" recouvre plusieurs significations selon les historiens)


    Constance Chlore, césar des Gaules de 293 à 305
    (auguste en 305-306). Sa capitale est Trèves.

    Au Ier siècle de notre ère, Cosedia (Coutances), l'antique cité de la tribu gauloise des Unelles prit le nom de Constancia en hommage à l'empereur romain Constance Chlore et devint la capitale du Pagus Constantinus [lien]

    Constance Chlore est un ascendant de Charlemagne, son fils l'empereur Constantin ne l'est pas, tout en étant (ici) par son descendant Charles Constantin de Provence (902-963) aussi ascendant de nombreux généalogistes.

    Il fut l'ascendant de plusieurs autres empereurs romains, appelés les Constantiniens, voir plus loin l'arbre descendant.


    La tétrarchie se termine en 306 au décès de Constance Chlore, qui ouvre une période de luttes intestines sanglantes dont sortira vainqueur en 324 le fils de Constance Chlore, Constantin Ier.



  24. 307-355 En Gaule Constantin Ier instaure l'ordre, ses fils le désordre

     
    Constantin Ier, césar des Gaules de 307 à 310. Après la mort de son père Constance Chlore à York / Eboracum, en [Grande-]Bretagne le 25 juillet 306, Constantin est proclamé, dans cette ville, Auguste par ses troupes. Il ne deviendra officiellement César des Gaules qu'en 307, après la mort au combat de son concurrent Sévère. Jusqu'en 310, quand il devient empereur d'Occident. [statue de Philip Jackson, 1998, dans la ville d'York, photo de Chris Dorey, "Histoire de la Bretagne" par Reynald Secher et René le Honzec ]

    Durant la période transitoire agitée, la Gaule est d'abord gouvernée par Flavius Sévère de 306 à 307. A sa mort, Constantin, fils de Constance Chlore, appuyé par l'armée, devient César des Gaules avec autorité sur la Gaule et la [Grande-]Bretagne., gouvernant en diarchie avec son beau-père Maximien Hercule, qui est renversé par son fils Maxence et se suicide en 310. Galère, de son côté, chassé d'Italie par Maxence, s'installe sur les bords du Danube et meurt, de maladie, en 311. Sa succession aggrave la confusion, Licinius en sort vainqueur. On a, pendant un temps, sept empereurs (une heptarchie...), jusqu'à retrouver une tétrarchie en 311 et une diarchie en 313 entre Constantin et Licinius, Licinius étant vaincu et exécuté en 324. Jusqu'à sa mort en 337, Constantin Ier est alors seul maître de l'empire romain. La paix règne en Gaule. Constantin le Grand crée une nouvelle capitale, Constantinople, convoque le concile de Nicée en 325 et fait du christianisme la religion officielle de l'empire romain.

     
    A gauche, la conversion de Constantin au christianisme par Pierre Paul Rubens, 1622 [Wikipedia]. Elle aurait eu lieu lors de la bataille du Pont Milvius en 312, avec une appartion surnaturelle qui aurait permis de gagner la bataille. Une autre intervention divine aurait permis pareillement la conversion de Clovis presque deux siècles plus tard à la bataille de Tolbiac (pour cela Grégoire de Tours le surnomme le "nouveau Constantin" [23, page 773]). En un premier temps, Constantin promulgue, avec Licinius, l'édit de Milan en 313 qui instaure la liberté du culte. Puis en 325, au concile de Nicée, présidé par Constantin, le christianisme dit nicéen devient religion officielle de l'empire. Mais l'empereur, désormais installé à Byzance devenue Constantinople, ne se fait baptiser que sur son lit de mort, en 337 et par un prêtre non nicéen mais arien.
    A droite, l'éphémère partage en quatre de l'empire romain en septembre 337 à la mort de Constantin Ier [d'après Wikipédia]. Constantin II gouverne la Gaule, sa capitale est Trèves.


    Constantin Ier défend les chétiens dans le 5ème tome de la série "Roma", titré "La peur ou l'illusion", dessiné par Régis Penet, sur un scénario d'Eric Adam, Pierre Boisserie, Didier Convard, sur un concept de Gilles Chaillet. + la planche.

    Constant Ier, un empereur romain qui se prétend empereur des Gaules. En 337, Constantin II et son frère Constant Ier succèdent à leur père Constantin Ier à la tête de l'empire romain d'Occident, le troisième frère, Constance II ayant l'empire d'Orient, un neveu Flavius Dalmatius (ou Dalmace) la Grèce et la Macédoine, vite assassiné fin 337. Une nouvelle tétrarchie, très vite devenue tétrarchie. Puis viendront la diarchie puis la monachie... Il s'ensuit en effet une guerre entre les deux premiers frères, Constant Ier l'emporte et devient maître de la Gaule en 340. C'est la diarchie Occident - Orient. Bouvier-Ajam [1 page 285] : "Constant, dés lors, se flatte d'être avant tout l'Empereur des Gaules. Ses duretés, ses débauches et ses injustices le rendent de moins en moins supportable : cet "empereur des Gaules" est un peu partout dénoncé comme "le tyran romain". Il déjoue les conspirations..

    Magnence, un empereur de l'Est de la Gaule. En cette période très troublée, plusieurs prétendants au titre d'empereur des Gaules vont échouer dans leur opposition au pouvoir Romain. Bouvier-Ajam suite  : "Mais en 350, le glorieux général Magnence est, à Autun, proclamé empereur par ses troupes. Ce Flavius Magnence se dit Gaulois et "empereur gaulois". Il est né à Amiens en 303. Mais c'est le fils d'un officier lète d'origine germanique. Constant a si bien su se faire haïr que sa popularité s'accroît ; il ne sera jamais néanmoins reconnu par la majorité des Gaules. Et les bagaudes, craignant à nouveau le tumulte militaire romain, lui sont nettement hostiles. Quant à Constant, il s'enfuit vers l'Espagne et se fait massacrer devant les Pyrénées. Constance II, qui règne à Constantinople, accourt et, avec l'aide des légions danubiennes, contraint Magnence à la résistance dans les Alpes. Une sortie réussie lui permet, au bout de deux ans, de gagner Lyon. Mais sa défaite s'avère certaine : il fait tuer sa mère et ce qu'il peut de sa famille et se suicide."

       
    Les trois frères, fils de Constantin Ier, ont successivement régné sur la Gaule : Constantin II (337-340), Constant ier (340-350) et Constance II (350-355).
    A droite Magnence qui essayat, de 350 à 353 de reconstituer l'empire des Gaules. [illustrations Wikipédia]

    En un triple chapitre du site histroireeurope.fr, l'intermède Magnence est traité avec plus de précisions : "Lors d'un grand banquet organisé à Autun, Magnence est proclamé Empereur le 18 janvier 350. Magnence associe son frère Flavius Magnus Decentius dit Décence au pouvoir. Flavius Magnus Desiderius césar usurpateur en Occident 351-10 août 353 exécuté. Constans Ier, qui chasse dans les environs d'Autun, n'a que le temps de prendre la fuite vers l'Espagne. Les soldats de Magnence le rattrapent aux pieds des Pyrénées et le tuent. Tant était grande la lassitude des populations envers l'administration désastreuse des fils de Constantin Ier le Grand que le pouvoir de Magnence est reconnu presque partout dans l'Occident romain. La bataille décisive e lieu à Mursa, sur la Drave, le 28 septembre 351. Contre toute attente, les soldats de Constance, plus disciplinés et plus lourdement armés que les auxiliaires barbares de son adversaire, remportent la victoire. Magnence, vaincu, échappe de justesse aux cavaliers de Constance et se réfugie à Aquilée, de l'autre côte des Alpes, bien décidé à poursuivre la lutte. Constance passait l'hiver 351-352 sans plus se préoccuper de son adversaire. En 352, Magnence perd l'Italie avant de voir la Gaule envahie par les généraux de Constance II à la tête des anciens partisans de Népotien et des vétérans de Constantin Ier le Grand. Retranché en Gaule, après avoir erré de ville de ville, Magnence trouve enfin refuge à Lyon, où il établit son quartier général. Mais les troupes et les pécunes commencent à manquer. Les provinces commencent à lui faire faux-bond. Trèves, la métropole du Nord se révolte et expulse Décence, le frère de Magnence."

    Decentius et Sylvanus, deux éphémères empereurs des Gaules. L'épisode Magnence aura tout de même duré trois ans, les suivants seront beaucoup plus courts. Maurice Bouvier-Ajam suite : "Le frère et "César" de Magnence, Decentius [ou Décence]qui gardait les rives rhénanes, se proclame "Empereur des Gaules", s'installe à Sens, voit la partie perdue et s'étrangle. Constance II, qui a gagné la partie, se révèle en Gaule un tyran plus abject encore que ne l'était son frère Constant". Si bien, qu'une fois rentré en Italie en 354 : "Aussitôt le dux de l'infanterie Sylvanus [ou Silvanus ou Sylvain] est proclamé Empereur par ses légions, qui le présentent comme un empereur gaulois : c'est en réalité un lète Franc. Il est assassiné après 28 jours de règne."

    En 350, après 13 ans de guerre de succession, avec pour la seule Gaule l'irruption de trois ursupateurs, Constance II gouverne seul l'empire romain. Mais Constantinople est loin de la Gaule et en 355 il nomme un neveu césar des Gaules...



  25. 355-361 Julien césar des Gaules, avant de devenir l'empereur Julien l'Apostat

    Maurice Bouvier-Ajam [01 page 313] : "En 355, Constance II nomme César son neveu Julien pour lui confier la mission, qu'il croit impossible, de libérer la Gaule d'une forte quantité de Barbares ; les concours bagaudes, lètes et gentils ne manquent pas à Julien mais, s'il refoule Alamans et quantité de Francs, il traite avec les Francs des Bouches du Rhin. Les Bagaudes voisines, qui sont assez nombreuses et le deviendront plus encore, doivent s'accoutumer à ce voisinage". Un conflit éclate alors entre l'Auguste Constance II et Julien son César des Gaules qui se révèle être un excellent administrateur et qui, malgré lui, est proclamé Auguste par ses troupes en 360. Une guerre civile romaine apparaît inévitable, mais Constance II meurt subitement et Julien règne seul sur l'empire Romain, en 361.

    On a longtemps cru que c'était
    Julien, ce n'était pas lui...


    Julien, césar des Gaules de 355 à 361 puis empereur romain de 361 à 363 [illustrations Wikipédia]
    La fulgurante destinée de Julien. La page Wikipédia dédiée à Julien (illustrations ci-contre) présente le parcours extraordinaire du nouvel Auguste, petit-fils de Constance Chlore, neveu de Constantin Ier le Grand, l'empereur qui déplaça la capitale de Rome vers Constantinople et rendit le christianisme religion officielle de l'empire. Elevé dans la religion chrétienne (l'arianisme), il vécut sa jeunesse en résidence surveillée à étudier la philosophie. Après son ascension rapide à la pourpre impériale à l'âge de 30 ans, il réorganise et assainit la lourde administration impériale, faisant preuve d'une grande rigueur morale. En matière de religion, il innove : il promulgue un édit de tolérance autorisant toutes les religions et il abolit les mesures prises non seulement contre le paganisme, mais aussi contre les Juifs et contre les chrétiens qui ne suivent pas le credo d'inspiration arienne qui avait la faveur de Constance.

    Wikipédia : "En 362, il promulgue un édit qui interdit aux chrétiens d'enseigner la grammaire, la rhétorique et la philosophie, soit l'ensemble de l'instruction profane. Il justifie ainsi l'édit sur les chrétiens : « Qu'ils cessent d'enseigner ce qu'ils ne prennent pas au sérieux ou qu'ils l'enseignent comme la vérité et instruisent les élèves en conséquence ». Parallèlement, il tente de réformer le paganisme sur le modèle des institutions chrétiennes (moralité des prêtres, création d'institutions charitables) et institue une hiérarchie des cultes autour du dieu Soleil. Il favorise les cités païennes et la restauration de leurs temples, mais ne mène pas pour autant une politique systématique de reconstruction de ces temples, comme pourraient le suggérer des inscriptions qui l'honorent en qualité de restaurator templorum (« réparateur des temples »). Malgré son indifférence devant les cas de vexations causées à des chrétiens, il ne prend pas de véritables mesures de persécution.".

    Celui qui aurait pu relancer l'empire romain sur de nouvelles bases meurt en juin 363, à 32 ans, presque accidentellement lors d'une bataille contre les Perses. Les Chrétiens lui vouent par la suite une rancoeur tenace, le désignant comme "Julien l'apostat" (apostat : homme qui a abandonné sa religion). Il fut cependant réhabilité, notamment par Montaigne et Voltaire. Et aussi Richelieu. De nombreux ouvrages lui sont régulièrement consacrés (dont un d'Anne de Leseleuc).

    Julien drapé en Esculape d'après une statue grecque adaptée au XVIIème siècle pour le château de Richelieu

    Julien fait confiance au chef de bagaude Charietto. Bruno Pottier met l'accent sur la façon dont Julien, avant qu'il ne soit empereur, a contenu les bagaudes en citant le brigand bagaudé Charietto qui fut célèbre en son temps [15 chapitre 42] : "L’historien païen Eunape de Sardes rapporte les exploits étonnants d’une troupe de brigands qui a été rassemblée entre 353 et 358 par un barbare d’une force extraordinaire, Charietto. Eunape l’a présenté comme un nouvel Hercule et un héros païen, en donnant une lecture mythologique de ses exploits. Le parallèle implicite entre Charietto et Maximien Hercule, combattant les barbares et civilisant la Gaule, est évident. Charietto aurait choisi de combattre ses congénères autours de Trèves. Il aurait vagabondé avec sa troupe dans le nord de la Gaule avant de se mettre au service de Julien. Il aurait obtenu des résultats extraordinaires, quasiment surnaturels, contre les Francs Chamaves en 358."

    "Julien lui a accordé de très hautes fonctions militaires une fois devenu empereur. Ces fonctions ne s’expliquent que si Charietto était déjà officier auparavant, sans doute un déserteur de l’armée de Magnence. Eunape a personnalisé ces évènements en suivant le type littéraire de l’histoire de bandit célèbre. Il a présenté Charietto comme étant un héros civilisateur, transformant les traditionnels bandits gaulois en militaires utiles contre les barbares. Son histoire avait surtout pour fonction d’exalter l’action de Julien. Celui-ci a pacifié la Gaule en réintégrant dans son armée de nombreux déserteurs qui avaient commis des actes de banditisme. La troupe que Charietto avait rassemblée était sans doute formée de déserteurs mais aussi de paysans chassés par les barbares, désireux de lutter contre eux et pouvant recourir au pillage pour survivre. Ces paysans ont sans doute été incorporés avec Charietto dans l’armée de Julien. La bande de ce héros barbare comportait peut-être aussi d’anciens pillards barbares. Des laeti barbari stationnés sur le territoire gaulois ont tenté de piller Lyon en 357. On peut ainsi dresser un parallèle entre l’action de Charietto et celle des Bagaudes du IIIeme siècle."

    Julien aurait-il pu fonder un empire des Gaules ?

    Si Constance II l'avait laissé en paix, Julien aurait eu la stature pour créer les bases d'un empire de longue durée... Il pouvait devenir l'Auguste de la Gaule...

    "Apostat" est une série de bande dessinée, créée en 2009 aux Pays-Bas, réalisée par Ken Broeders, comportant sept albums et un hors-série (éditions BD Must). Julien en est le héros. Il est vrai que sa vie extraordinaire se prête à une grande sage. Celle-ci est réalisée avec soin et lyrisme. Ci-contre une case du tome 4 + deux planches du tome 1 (2012 en version française) : 1 2 (355, Julien nommé César) + quatre pages du tome 5 (2018) : 1 2 3 4 (octobre 361, mort de Constance II, Julien Auguste). On pourra aussi consulter cette page du site peplums.info.

    Le prestige acquis par Julien auprès des Gaulois. Christine Delaplace [12 page 2013] : "S'affranchissant non sans péril de la tutelle de ses officiers supérieurs, Julien réussit à vaincre le roi Alaman Chnodomar à la bataille de Strasbourg, le 25 août 357. il y mourut six mille Germains et seulement trois cents quarante-deux Romains alors que Julien n'avait pu disposer que de treize mille hommes. Ce triomphe militaire transforma définitivement sa position en Gaule et son rôle sur l'échiquier politique de l'Empire."

    La Gaule eut un rapport privilégié avec son prince philosophe transformé en César triomphant avant d'atteindre la fonction suprême. Bouvier-Ajam [01 page 289] : "C'est à Lutèce que, malgré lui, Julien fut proclamé Auguste. Il ne devait et ne pouvait pas l'oublier. Pendant trois ans, il sera avant tout l'empereur de la Gaule et de la Grande-Bretagne. il ne cessera pas de parler de "sa chère Lutèce" et d'en vanter les charmes dans ses écrits. La petite cité des Parisii sort de son obscurité et commence à jouer le rôle d'une capitale. Certes il aime, en admirateur de la nature et en poète, cette ville et son environnement. Mais son choix a sans doute d'autres raisons : Lutèce est quasi équidistante d'une Britannia secourable et d'une Germanie inquiétante, assez loin d'eux pour ne pas être à la merci de leurs expéditions, assez reliée à la Loire et au sud pour être secourue en cas de besoin. Oui, la petite Lutèce - qu'il agrandit, ô combien ! - est sa vraie capitale, même si Bordeaux est la ville principale de son empire."

    Paris, la capitale des Gaules de Julien Ci-contre, Lutèce /Lutetia à son apogée, à la fin du IIème siècle, avant que Julien n'en fasse, brièvement, la capitale des Gaules. En 275, Francs et Alamans avaient mis la ville à sac et les Parisiens avaient abandonné la terre ferme pour se replier dans l'île de la Cité devenue fortifiée. On démolit pour reconstruire, Lutèce devient Paris, son emprise en rive gauche disparaît (pas complètement, voir les thermes de Cluny). C'est dans cette bourgade repliée sur son île, au loin entourée de forêts, que Julien s'installe en 360 dans un palais à l'emplacement de l'actuel Palais de Justice. [Lutèce, les Voyages d'Alix, dessin de Vincent Hénin, Casterman 2006] On peut comparer avec un "Pilotorama" [Pilote n°108 du 18/11/1961, dessin de Jacques Devaux] titré "Lutèce il y a 2000 ans", donc en -39, ici, quand seule l'île de la Cité était habitée.

    Pierre Chuvin dans un article de "Les collections de l''Histoire" n°9 (2000) titré "Julien, mélancolique empereur de Lutèce" : "Pourquoi Lutèce ? Julien aurait pu profiter des avantages et du confort de grandes villes, Vienne où il s'était arrêté en 355-356, Lyon, métropole des Gaules, voire Autun. Mais, soucieux avant tout d'efficacité, il avait d'abord hiverné à Sens, proche du théâtre des opérations. Or Paris, grâce aux fortifications de l'île de la Cité*, offrait une position plus sûre. Et sa situation permettait de veiller au grain dans deux directions : du côté de la frontière rhénane et du côté de la Manche et de la Grande- Bretagne. La batellerie parisienne, importante, permettait des relations et un approvisionnement commodes de ce côté-là."

    Après l'empereur Julien l'apostat, le sénateur Symmaque précurseur de la laïcité. Comme écrit sur cette page analysant le rapport à la religion de celui qui fut aussi philosophe et écrivain : "La lutte de Julien contre la chrétienté a été la dernière tentative sérieuse de contrecarrer la diffusion de la nouvelle religion". Parmi les autres tentatives, il y eut celles du sénateur Quintus Aurelius Symmaque (340-402). Elevé en Gaule, proconsul d'Afrique en 373, populaire par son honnêteté et son amabilité, il adressa en 384, alors qu'il exerçait la haute charge de préfet de Rome, à l'empereur Valentinien II une lettre l'adjurant de restaurer les anciens symboles. Wikipédia : "Au contraire des chrétiens, qui ne pouvaient admettre l'existence d'autres dieux que le leur, Symmaque considérait, à l'instar de nombreux intellectuels restés fidèles au paganisme, « l'ensemble des divers cultes comme les différentes manifestations d'un même principe divin trop élevé pour être facilement accessible au commun des mortels ». Il soulignait ainsi en 384 : « Nous contemplons tous les mêmes astres, le ciel nous est commun à tous, le même univers nous entoure : qu'importe la philosophie par laquelle chacun cherche la vérité ? Un seul chemin ne suffit pas pour accéder à un si grand mystère »"

    Pour André Bobineau en cette page de 2012 et Wikipédia sur la page dédiée à la laïcité, le mot "laïc" vient de très loin, λαϊκός en grec, laicus en latin, mentionné avant même la naissance du christianisme dans le sens "commun, du peuple" et entrant dans la littérature chrétienne à la fin du Ier siècle. De là à dire que "Rome, c'est une laïcité garantie par l'Etat", il y a un pas que franchit l'historien John Scheid, auteur du livre "Les Dieux, l'Etat et l'individu" dans un article paru dans "Le Point" en 2013. En cela, Julien et Symmaque sont des précurseurs de notre laïcité.

     
    A gauche, sarcophage du IIIème siècle avec philosophes et muses, pouvant être qualifié de païen ou laïc [musée du Vatican]
    A droite, ivoire sculpté du Vème siècle représentant l'apothéose de Symmaque ou d'un de ses proches. [British Museum]

    Constance Chlore et Symmaque nos ancêtres, Julien notre oncle

    Julien et Symmaque ne sont pas reconnus comme ascendants de Charlemagne mais voici leurs liens avec des contemporains de celui qui fut couronné empereur d'Occident en l'an 800, sachant que Jules Constance (fils de l'empereur Constance Chlore) est le père de Julien (et Galla la Jeune sa soeur)

    Ambroise de Milan (340-397) , évêque de Milan, un des quatre pères de l'église latine, était un cousin germain de Symmaque. Exemple du déchirement religieux dans les familles nobles romaines...

    Ci-dessous, Julien est petit-fils de Constance Chlore, fils d'un demi-frère de Constantin Ier, cousin des empereurs Constantin II, Constance II, Constant Ier et Népotien. Ils sont les "Constantiniens".
     

    Qui a écrit ce célèbre livre ?
    La réponse à cette question qui tourmente encore des historiens est dans une bande dessinée. "Histoire Auguste" [08] ("Historia Augusta", titre attribué en 1603) est un célèbre recueil de biographies des empereurs romains décrivant notamment leurs turpitudes. Dès sa sortie, à la fin du IVème siècle, il rencontra un grand succès, d'autant plus qu'il a été écrit avec des arrière-pensées politiques, renforcées par des affabulations avérées ou supposées.
    Dans le troisième des cinq tomes de "La dernière prophétie" (Glénat 2002 à 2012), Gilles Chaillet fait du sénateur Symmaque un deus ex machina qui se sert de l'Histoire Auguste à ses fins. + les deux dernières pages de ce troisième tome montrant la mort en 222 de l'empereur Héliogabale puis l'arrivée au pourpre de Sévère Alexandre qui régna de 222 à 235 et l'arrivée de Constantin Ier, seul maître de l'empire en 324 : 1 2 + ici l'avant dernière page du dernier tome dessinée par Dominique Rousseau après le décès du créateur de la série.



  26. 375-388 Gratien puis Maxime empereurs des Gaules sous une nouvelle triarchie


    Valentinien Ier empereur d'Occident installé en Gaule, à Trèves

    A droite, ascendance jusqu'à Valentinien Ier

    Légitimes pour les Romains et les Gaulois, ils gouvernent dans les mêmes limites géographiques que Postume. Contrairement à Postume, Valentinus et Tetricus entre 260 et 273, les quatre empereurs des Gaules qui auront cette fonction de 375 à 388 puis de 407 à 422 ne sont pas Gaulois et ne sont pas portés au pouvoir par des Gaulois. Ils deviennent empereurs de cette partie de l'empire romain par des luttes de partage du pouvoir. C'est pour cela qu'ils sont encore plus oubliés que les trois premiers. Wikipédia, par exemple, ne leur attribue pas le titre d'empereur des Gaules alors qu'ils ont bien été désignés empereurs, par le pouvoir à Rome ou par leurs troupes, et qu'ils régnaient sur la Gaule (ou un peu plus, la Bretagne, l'Hispanie), tandis qu'un autre empereur régnait à Rome et un autre à Constantinople. Du temps de Gratien et Maxime, ce partage en trois était accepté par les autres empereurs. L'empire romain vivait donc sous une triarchie.

    De 364 à 375, deux frères, Valentinien Ier et Valens gouvernent l'empire romain en une diarchie, le premier pour l'Occident, le second pour l'Orient. En 367, malade, Valentinen Ier désigne pour successeur son fils aîné Gratien, huit ans, et l'associe à son pouvoir en tant qu'Auguste.

    Gratien empereur des Gaules de 375 à 383

    Camille Julian [10 tome 7 chapitre VI III]: "C'est donc à Amiens que furent inaugurés le règne de Gratien, et la nouvelle dynastie qui allait remplacer celle de Constance. Après Trèves, Arles et Vienne, Paris et Amiens devenaient le théâtre des grandes solennités impériales. Les villes de la Gaule, qui avaient si longtemps vécu d'une vie banale, s'agitaient alors d'une fièvre ambitieuse, secouées par le triple choc des batailles sur le Rhin, des crises d'État et des querelles religieuses Le monde entier regardait vers elles. Mais Amiens, comme Paris, ne devait être pour Valentinien qu'une résidence de passage. Après la proclamation de Gratien, il se rendit à Trèves (automne de 367), et, jusqu'à sa mort, arrivée huit ans après, il ne cessa d'en faire sa capitale."

    Valentinien Ier meurt en 375, Gratien doit donc lui succéder. Maurice Bouvier-Ajam [01 page 295] : "A la stupeur générale, Flavius Gratianus, le tout jeune empereur Gratien, fait savoir qu'il n'est pas Empereur d'Occident mais seulement Empereur des Gaules. Et il définit l'Empire des Gaules : la Gaule continentale, l'Espagne et la Grande-Bretagne. Les autres "provinces" de l'Empire d'Occident - Italie, Illyrie, Afrique romaine - constitueront un "troisième empire" dont le souverain sera son frère Valentinien II : en 375, Valentinien II a quatre ans ; aussi sa tutelle est-elle confiée à sa mère, "l'Augusta" Justine. C'est donc la triachie : Occident "gaulois", Occident "italo-illyrien", Orient. Quand son oncle Valens, Empereur d'Orient, est tué par les Goths à la bataille d'Andrinople (378), Gratien nomme à sa place "le comte Théodose", qui devient Théodose Ier et sera Théodose le Grand.". Cette triarchie, peu reconnue comme telle, est aussi présentée sur cette cette page du site marikavel.

    375, l'empire des Gaules de Gratien
    A défaut de trouver des cartes sur cette période, il fallait en inventer... En estimant que les limites de l'empire n'ont pas changé entre 374 et 395 [carte Wikipédia ici], voici les cartes de la diarchie de 374 et, compte-tenu de la description du paragraphe précédent, de la triarchie de 375. Notez que c'est en 402 que Ravenne devient capitale de l'empire d'Occident à la place de Rome, et, non officiellement, Lutèce en 365-366 et Trèves en 367-374 quand Valentinien Ier y a résidé. + Ici une carte de la Gaule seule sous Gratien, découpée en 17 provinces.

    Arrive un "état de grâce" que raconte Bouvier-Ajam : "Et Gratien demeure en Gaule, surveillant les frontières, infligeant aux incorrigibles Alamans une cinglante défaite aux environs de de Colmar, puis visitant les principales cités de son Empire. Il connaît un temps d'extraordinaire popularité : il est vraiment l'Empereur des Gaules, celui, fin lettré, qui "patoise" avec les Gaulois du nord et du sud."

    Puis patatras : "Quel gâchis ! Ce trop jeune héros croit que son règne sera, quoi qu'il fasse ou ne fasse pas, un nouvel âge d'or ; il est prédestiné et n'a qu'à jouir de sa bonne fortune. Il s'adonne à tous les plaisirs et à tous les vices. Il commet l'erreur de préférer la compagnie des chefs "barbares" souvent moins compétents à celle des officiers gallo-romains  par caprice ou lâcheté, il va jusqu'à destituer et condamner d'anciens capitaines de son père ; il distribue inconsidérément ses faveurs ; bourreau d'argent, il se fait opresseur et encourage les prévaricateurs, quitte à partager avec eux le fruit des ses infâmies ; il se fait haïr des chefs civils et militaires perpétuellement inquiets de ses revirements et de ses humeurs ; il se fait exécrer du peuple, du Clergé, des notables. Il suscite littéralement les complots dont il sera finalement victime."

    Camille Jullian [10 tome 7 chapitre VI IX] a une vision nettement moins pessimiste du règne de Gratien, insistant notamment sur ses bonnes relations avec Martin, l'évêque de Tours, et avec les Chrétiens.

    Un nouvel "homme fort" surgit alors et la fin de Gratien devient imminente.

    Magnus Maxime empereur des Gaules de 383 à 388, d'origine espagnole

    N'ayant pas fait la même analyse que Maurice Bouvier-Ajam, Camille Jullian ne comprend pas pourquoi Gratien est renversé par Maxime (ou Maximus) :"L'unité politique de cet Empire était en même temps compromise par la révolte de Maxime, chef de l'armée de [Grande-]Bretagne. Nous ignorons les véritables raisons de cette révolte contre Gratien, à tous égards injuste et criminelle. Reprocha-t-on à cet empereur de favoriser les Francs ? Mais je doute qu'il y ait eu beaucoup d'éléments nationaux parmi les troupes de Bretagne. Lui fit-on un grief d'être surtout un intellectuel, assez indifférent aux succès militaires mais la frontière du Rhin demeurait inviolable. L'aristocratie païenne voulut-elle prendre une revanche sur un prince chrétien ? Mais Maxime se montrera un catholique ardent et farouche. Je crois bien plutôt à une cause honteuse et banale, la cause habituelle des guerres civiles de l'Empire romain, une ambition de chef appuyée sur une jalousie d'armée. Ce qui est surprenant, c'est que, malgré la valeur et la fidélité de ses généraux francs, Gratien ne put s'opposer ni au débarquement ni à la marche de Maxime. Il y eut bien quelques combats : mais Gratien fut vite obligé de lâcher pied devant la défection de ses troupes et la trahison de ses officiers, et, réfugié à Lyon, il ne tarda pas à être pris et égorgé. Son meilleur appui, le Germain Mérobaud, subit le même sort ; et ni sa dignité de consul ni son intelligente fidélité aux intérêts de l'Empire ne le sauvèrent de la cruauté de Maxime. Ce qui m'étonne encore, c'est que Théodose, au lieu de combattre ce révolté, meurtrier des chefs légitimes du peuple romain, se hâta de pactiser avec lui."

    Après la mort de Gratien en 383, la triarchie se poursuit donc avec maintenant Maxime à Trèves, à la tête de l'empire des Gaules, Valentinien II et sa tutrice Justine à Rome, à la tête de l'empire romain, et Théodose Ier à Constantinople, à la tête de l'empire d'Orient. elle durera cinq ans, jusqu'en 388.

    Maurice Bouvier-Ajam [01 page 297] : "La popularité de Maxime est grande. Des commandants barbares familiers de Gratien, les uns disparaissent, les autres s'empressent de se soumettre à leur autorité. [...] Son administration est sage ; il destitue les administrateurs incapables que Gratien avait nommés ; il renonce à toute exaction, à toute pressurisation excessive, il est populaire jusque dans les pays de bagaude".

    Mais les évènements vont s'enchaîner :"Certaines cohortes d'"alliés" ou de mercenaires tentent de se trouver des points d'installation ou de simples repaires en diverses contrées de l'Ouest et du centre : quelques unes y parviennent, d'autres sont réduites à merci par leurs poursuivants et plus encore par des gardes de cités et domaines et par des bagaudes farouchement hostiles à leur pénétration ou simplement à leur voisinage. Du coup, le reflux se fait en direction du sud et certaines bandes franchissent les Alpes. [...] L'Italie du nord, molestée par les sauvages qui ont franchi les Alpes, en proie à des révoltes dues à des réquisitions excessives, et troublée par les désertions et par un brigandage croissant, fait appel à Maxime."


    Maxime / Maximus


    Comme son père Valentinien Ier, comme Gratien et Maxime, Valentinien II, empereur d'Occident, règne à partir de Trèves [lien article "Un empereur marionnette"]
    Ci-contre "Histoire de la Bretagne", scénario de Reynald Secher, dessin de René le Honzec, tome 1, éd. RSE 1991

    Maxime hésite, tarde à agir, et se décide. Bouvier-Ajam : "En 387, il veut se saisir de l'Italie et pénètre sur son territoire. Il subit plusieurs défaites, des conflits éclatent entre ses légions et ses contingents barbares, des mutineries surgissent partout à la fois. A Aquilée, il est pris par des légionnaires en révolte et livré à Théodose, qui le fait décapiter en août 388." En 384, Magnus Maxime avait associé comme auguste son fils Flavius Victor, puis en 387, alors qu'il partait combattre Théodose, il lui avait laissé le gouvernement de la Gaule, avec Trèves pour capitale. C'est là que Théodose envoie son général Arbogast. Le fils y est tué, peu après le père.

    388-394, l'empire romain sous la coupe du Franc Arbogast. C'est la fin de l'empire des Gaules de Gratien et Maxime, la triarchie redevient alors diarchie, le jeune empereur Valentinien II s'installe à Trèves, sous la tutelle d'Arbogast, général en chef de Théodose.

    Bouvier-Ajam [01 page 298] : "La tutelle d'Arbogast est écrasante. De plus, Arbogast, qui affectait jusqu'alors une indifférence religieuse assez exceptionnelle en ce temps, se révèle païen fanatique alors que Valentinien est un chrétien mystique. Subrepticement, pour se libérer, le jeune Empereur quitte Trèves pour Vienne. Arbogast l'y rejoint : une violente altercation, Valentinien est trouvé pendu à un arbre (mai 392), l'assassinat est pratiquement certain, qu'Arbogast qualifie suicide.". Théodose réagit avec vigueur : "Arbogast s'enfuit et se suicide (6 septembre 394). Théodose transfère la préfecture des Gaules à Arles ; Trèves est abandonnée : la défense contre l'invasion y devient trop malaisée. Il meurt à Milan le 17 janvier 395, faisant de son fils Arcadius l'Empereur d'Orient et de son fils Honorius l'Empereur d'Occident : le bicéphalisme est ainsi, de par sa volonté toujours clairement exprimée, "définitivement" installée."


    Le 5 ou 6 septembre 394, à la bataille de la rivière froide, en l'actuelle Slovénie, avec l'aide du Vandale Stilicon, Théodose vainc le Franc Arbogast et Eugène, l'empereur d'Occident, désigné par Arbogast deux semaines plus tôt, le 22 août. Théodose, à droite sur l'illustration (à gauche des cavaliers Alains), devient ainsi, pour quatre mois, le dernier empereur de l'empire romain réunifié, orient et occident [tome 1 de "La dernière prophétie", Glénat 2012, par Gilles Chaillet]. + double planche avec Théodose, Stilico / Stilicon et leurs troupes juste avant la bataille.



  27. 371-397 Martin de Tours, apôtre bagaude saccageur du patrimoine gaulois

    En Gaule, la population totale de chrétiens n'excède pas 2 % vers 250, elle atteint 5 à 10 % sous Constantin Ier vers 330 [page Wikipédia]. Martin / Martinus (316-397), avant qu'il ne devienne saint, est élu contre son gré évêque de Tours par les habitants de la cité turone en 371, un siècle après l'empire des Gaules de Tetricus. Le Christianisme est alors un phénomène citadin, Martin, qui dispose probablement de pouvoirs de guérisseur-exorciste, veut qu'il se répande dans les campagnes.

    Maurice Bouvier-Ajam [01 page 308] estime qu'il est bien reçu en pays Bagaude : "Les évangélisateurs sont manifestement mieux reçus et écoutés en pays bagaude. Saint Martin (316-397), ce soldat panonien qui quitte l'armée romaine pour entrer dans "l'armée du Christ", cet ascète qui deviendra malgré lui évêque de Tours, cet humble qui fait trembler les puissants, est et veut être l'apôtre des pauvres et des déshérités. A Amiens, en plein hiver, il fend son manteau en deux pour couvrir les épaules d'un miséreux. Il dénonce les survivances du paganisme comme responsable de l'oppression sociale et ne ménage pas ses critiques aux "seigneurs évêques" trop riches et trop orgueilleux des grandes cités. Grâce à lui et à ses disciples, la "bonne parole" est entendue des Bagaudes, les fortifie dans leur volonté d'indépendance mais adoucit leurs moeurs, les décide parfois à accepter une certaine frugalité et à renoncer à des expéditions profitables. L'église bagaude se fait éminemment populaire, charitable, le prêtre étant proche de ses ouailles, guide moral, source de réconfort, éducateur des enfants et souvent des adultes".
    Une illustration correcte du partage du manteau ! La scène du partage du manteau à Amiens en 334 a encore un retentissement mondial. Martin, alors âgé de 18 ans, était un fantassin patrouilleur. Très vraisemblablement, selon les usages dans l'armée romaine, il n'était donc pas à cheval, ou à côté d'un cheval, et son manteau n'était pas rouge. Sulpice Sévère est d'ailleurs muet à ce sujet. Il n'est pas facile de trouver des illustrations "historiquement correctes" comme cette couverture de l'album de BD "Martin", textes de Brunor, dessins de Dominique Bar, édité par Edifa Mame en 2009. A défaut d'Internet, en fouillant dans le colloque 1997 de Tours sur Martin, on trouve trois autres exemples, un du début du XIème siècle, deux de fin du XVème : 1 2 3.

    Eradiquer les anciennes croyances pour imposer la sienne Cette volonté de repartir sur de nouvelles bases, de changer de civilisation, de ne rien conserver du passé l'amène à détruire les représentations du passé qu'il estimait "consacrées au démon" (Sulpice Sévère V.2 13.1). Dans un chapitre titré "Saint Martin christianise énergiquement les campagnes", Pierre Audin écrit en son ouvrage "Histoire de la Touraine" (Geste Editions, 2016) que l'évêque Martinus monta des expéditions "contre les temples païens qui subsistaient dans la région, tout en opérant des miracles et en christianisant les fontaines sacrées des Gaulois : il intervint ainsi à Candes, à Tournon saint Pierre et à Saunay, trois villages aux limites de son diocèse où il fait construire une église après avoir détruit le temple. A Amboise, Martin renverse une colonne votive...".

    Martinus chassant les dieux gaulois

    Sculptures de l'extraordinaire petite église romane "San Martin" du XIIème siècle, à Artaiz, en Espagne (Navarre), voir les nombreuses illustrations sur cette page et celle-ci.

    Les faits de ce type étaient multiples, Langeais, Amboise, Levroux, Chisseaux, Autun, Châtres... Arthur Auguste Beugnot dans son "Histoire de la destruction du paganisme en occident" (1835) (lien), s'appuyant sur la "Vita Martini" de Sulpice Sévère : "Martin déployait dans les deux provinces qu'il avait choisies pour théâtre de ses exploits une ardeur belliqueuse qui ne cessa qu'avec sa vie" (lien). Luce Pietri, dans le colloque 1997 de Tours dédié à Martin lui attribue une stratégie militaire où "aux côtés du chef chaque soldat combat à son rang sur le champ de bataille" : "Car Martin a déclaré la guerre aux temples, avec pour premier objectif leurs destructions. Chaque fois qu'il le peut, il s'efforce de convertir d'abord les paysans par sa prédication et de les amener ainsi par la persuasion à renverser eux-mêmes les sanctiaires païens. Mais il se heurte en de nombreux cas à la résistance des ruraux attachés aux dieux de leurs ancêtres ; et c'est donc au contraire par une démonstration de puissance, dans une épreuve de force à l'issue de laquelle doit éclater la supériorité du Dieu des chrétiens sur les idoles, qu'il entend frapper les esprits et les amener à la loi du Christ."

     
    Gravures sur bois. Une idole païenne est décapitée [XVIIème siècle, lien], un arbre sacré est abattu (lien).

    Un prosélytisme violent. Le patrimoine gaulois, qu'il soit bâti religieux (temples dits "païens"), statuaire religieux (désignés comme "idoles") ou arboré (arbres ancestraux ayant le malheur d'être sacrés) est la cible de Martin et ses disciples.

    Des temples gaulois appelés fana (fanum au singulier), il ne reste que des soubassements. On en compte près de 700 qui ont laissé des traces, comme le montre Yves de Kisch dans un article de 4 pages de "Science et Vie Hors Série n°224 de 2003 (ici la première double page).

    Camille Jullian [10 tome 7 chapitre VI IX], admirateur de celui qu'il nomme "le principal héros du christianisme triomphant", confirme en lui donnant raison : " Il s'arrêtait dans les villages, allait droit au temple païen avec la troupe de ses disciples, convoquait ou ameutait le peuple, prêchait avec sa vigueur coutumière, c'était souvent la conversion subite et spontanée de la foule, le temple attaqué, les idoles mises en pièces, les murailles renversées, les pins sacrés abattus. Mais c'était parfois aussi, quand les paysans se montraient récalcitrants, de vraies batailles, et peut-être les soldats de l'empereur accourant pour prêter main-forte à l'évêque. En sa qualité d'apôtre, Martin tenait moins à convaincre qu'à vaincre, et la liberté des consciences ne l'intéressait guère. Mais il ne détruisait que pour rebâtir aussitôt. Des oratoires chrétiens se dressèrent sur les ruines des temples ; des prêtres de Marmoutier étaient laissés pour les desservir ; et les dévots des villages, au lieu d'être obligés à de longues courses pour aller adorer leur nouveau Dieu en l'église épiscopale, lui apporteraient leurs prières et leurs vœux par les chemins familiers du terroir et aux places traditionnelles de leurs assemblées : on avait changé la nature de leur divinité, mais on n'avait point touché aux sentiers et aux lieux de culte."


    Vitré (Ile et Vilaine) (lien).

    Condat sur Trincou (Dordogne), IIème siècle (lien)

    Origine inconnue (lien)
    Voici, en quelques sculptures ayant échappé à la destruction, une "idole païenne" facilement reconnaissable, le dieu tricéphale gaulois (passé, présent et avenir ?). Cette divinité aurait été détournée par l'église catholique pour représenter la Trinité en des "trifrons", voir cette page ou celle-ci. Pour en savoir davantage sur les dieux gaulois, on se reportera à la page de Jean-Louis Brunaux titrée "La religion gauloise".

    Martin hors-la-loi. Certes, les césars et empereurs régnant sur la Gaule à partir de Constantin Ier étaient chrétiens (sauf Julien de 355 à 363), certes l'empereur Gratien avait procédé entre 375 et 383 à la séparation du paganisme et de l'Etat, certes en novembre 392 (Martin a 76 ans) l'empereur Théodose avait prohibé la pratique du paganisme dans tout l'empire. Mais, même si en campagne les bagaudes ont estompé la domination romaine, détruire le bien d'autrui, privé ou public, était répréhensible à cette époque où s'appliquait le droit romain. C'est donc en hors-la-loi, comme un brigand de bagaude, que Martin s'est comporté, détruisant au nom de son dieu, comme les conquistadores le firent des siècles plus tard en conquérant l'Amérique. Il fallait que disparaisse la culture gauloise pour que s'impose l'idéologie chrétienne.

    Martin a ainsi été un vecteur de christianisation des bagaudes. L'anecdote suivante, relatée par Bruno Pottier [15 chap. 45], est caractéristique : "Le culte dédié à un bandit à proximité de Tours supprimé par Martin vers 370 peut avoir été dédié en fait à un chef Bagaude de l’époque d’Amandus et d’Aelianus ou à un célèbre brigand local. Le maintien de pratiques d’inspiration celte de cultes héroïques dans la Gaule de l’Antiquité tardive ne serait en effet pas étonnant. On peut évoquer un parallèle relatif à une autre région de l’Empire. Nicetas, évêque de Remesiana dans le pays des Besses des Balkans, évoque à la fin du IVème siècle, parmi les erreurs païennes locales, le culte rendu à un paysan pour sa force exceptionnelle. Supprimer un culte dédié à un bandit permettait à Martin d’imposer l’exclusivité de son patronage sur les populations locales lors d’une période marquée par une forte agitation sociale. Martin de Tours est intervenu en effet à plusieurs reprises vers 370 pour protéger la population de son diocèse contre les abus de fonctionnaires"

    Maurice Bouvier-Ajam [01 page 309] va dans le même sens : "Grâce à lui et ses disciples, la "bonne parole" est entendue des bagaudes, les fortifie dans leur volonté d'indépendance, mais adoucit leurs moeurs, les décide parfois à accepter une certaine frugalité et à renoncer à des expéditions profitables. L'église bagaude se fait éminemment populaire, charitable, le prêtre étant proche de ses ouailles, guide moral, source de réconfort, éducateur des enfants et souvent des adultes. Malgré les graves troubles qui engendreront les hérésies, elle ne contribuera pas peu à policer progressivement les Barbares."


    Saint Martin ordonnant à des païens d'abattre un arbre sacré (missel de la basilique Saint-Martin, XIIème siècle, coll. Bibliothèque municipale de Tours) [Histoire de la Touraine par Pierre Audin, page 34 [Le Geste, 2016)].

    L'arbre dédié à Cybèle est retombé sur les paysans, qui gisent assommés. Celui au premier plan était armé d'une épée, montrant l’opposition violente à l'évangélisation de Martin. [vitrail de la cathédrale de Chartres, lien]

    Martin imagine des démons pour éradiquer les croyances gauloises
    ["Le XIIIème apôtre", textes Fafot - Mestrallet, dessins Lorenzo d'Esme]
    + couverture

    Selon le point de vue, on approuvera donc ou pas que "son "auctoritas" fut constructive" [12 page 241]. En ce qui concerne saint Martin, face à l'évidence chrétienne, l'opinion païenne est trop souvent ignorée des historiens. Il convient toutefois de prendre en compte que les traditions celtiques se sont déjà estompées lors des premiers siècles de domination romaine. Bruno Pottier [15 chapitre 30] le souligne à propos d'un débat entre chercheurs relatif à la persistance du druidisme dans l'Antiquité tardive : "Ce débat a cependant été mal posé. Il s’est en effet surtout axé sur la possibilité de l’existence en Gaule au IIIème et IVème siècle de véritables druides, comparables à ceux connus pour l’âge du Fer. Ceci est très improbable, étant donné l’absence de témoignages relatifs entre le premier siècle et l’époque d’Ausone. Relier ce rhéteur de Bordeaux, Phoebicius, à une lignée de druides armoricains montre seulement le prestige intellectuel que pouvait obtenir un individu se réclamant d’une telle tradition."

    Bruno Pottier indique aussi que l'attitude intransigeante de Martinus envers les traditions celtes n'était pas partagée par tous ses contemporains chrétiens modérés (comme Ausone 309-394) ou non engagés religieusement (comme Eutrope décédé vers 390) [15 chapitre 34] : "Eutrope a donc marqué un intérêt prononcé pour les traditions paysannes celtes. Il semble avoir été curieux comme Ausone de traits culturels celtes. Il pouvait ainsi comprendre, sans la justifier, l’étrange prise d’arme des Bagaudes." En cela, on ne peut pas dire que Martin agissait en conformité avec l'état d'esprit de l'époque.

    Un précurseur faisant école. L'évêque de Tours eut une influence bien au-delà du peuple Turon, comme le souligne Christine Delaplace [12 page 248] : "Evêques, moines, ermites missionnaires, tous reprirent, avec plus ou moins de zèle et de dons thaumaturgiques, l'exemple de Martin dans les campagnes du diocèse de Tours. La christianisation passa d'abord par l'éradication des coutumes païennes. La lutte, toujours spectaculaire et miraculeuse de l'évangélisateur avec les démons, suscitait les conversions collectives et la destruction des temples païens. Ce premier temps de la christianisation se prolonge jusqu'au VIème siècle dans certaines contrées reculées, si l'on en juge par certains épisodes de vies d'ermites rapportées par Grégoire de Tours". Un anathème est même lancé au concile d’Arles en 451, réunissant 44 évêques : "Si dans la juridiction de quelque évêque, des infidèles allument des torches, ou rendent un culte aux arbres, aux fontaines ou aux pierres ; si l'évêque néglige de détruire ces objets d'idolâtrie, qu'il sache qu'il est coupable de sacrilège. Si le seigneur ou ordonnateur de ces pratiques superstitieuses ne veut pas se corriger, après avoir été averti, qu'il soit privé de la communion."

    Par trois fois, Martin interpelle l'empereur des Gaules. A son époque, l'évèque Martinus est déjà un personnage très important, ayant une aura, écouté des plus grands. Il s'appuie sur eux pour renforcer son action, en particulier contre l'arianisme. Par trois fois, il se rendit à Trèves, la capitale des Gaules, pour y rencontrer les empereurs successifs, Valentinien Ier et, par deux fois, Magnus Maxime (voir cette page). La troisième est la plus délicate, car il s'oppose à ce que l'empereur Maxime, avec l'accord du pape byzantin Léon Ier, exécute, à Trèves, l'évêque hérétique Priscilien.


    Extrait de la bande dessinée "Martin de Tours", scénario de Pierre-Yves Proust, dessin de Freddy Martin (Martin !...), éditions Glénat 1996. + pages 1 et 4 de couverture + quatre planches présentant l'entrevue de Martin avec l'empereur des Gaules Maxime 1 2 3 4. Dans cette scène, les trois rencontres sont réunies en une seule.



    Ascétisme et luxe. Habitat troglodytique de Martin, évêque et moine, et ses disciples,
    à Marmoutier, près de Tours, en haut jadis (XVIIème siècle ?), au centre aujourd'hui
    (+ page archéologie + page origines + fontaine ensevelie en 1985). En bas, Martin
    demande à rencontrer l'empereur à Trèves [lien] devant sa riche demeure.

    La modération de Martin face à l'hérésie priscillienne. En 383, Magnus Maxime, dit Maxime, est proclamé empereur par ses troupes de [Grande-]Bretagne et prend le pouvoir en Gaule et en Espagne. Il règne cinq ans jusqu'en 388, se plaçant dans l'orthodoxie nicéeenne, soutenant notamment Ambroise, évêque de Milan contre les ariens. L'évêque d'Avila, en Espagne, Priscillien (345-385) un mystique chrétien voulant vivre un christianisme des origines selon la vision qu'il en avait à l'époque. En cela, il n'est pas éloigné de Martin. Mais s'appuyant sur des livres apocryphes, Priscillien s'éloigne de l'orthodoxie nicéenne à laquelle Martin est fidèle. La page titrée "Priscillien, un laïc qui voulait revenir au christianisme des origines" montre ensuite comment, pour la première fois, des chrétiens ont persécuté et tué d'autres chrétiens : "Priscillien demande à être jugé par Maxime lui-même, qui réside à Trèves. Hydacius et Ithacius l'y rejoignent et jouent avec acharnement le rôle d'accusateurs. L'intervention de saint Martin de Tours le sauve momentanément, mais il ne peut rien faire lorsque ce dernier est condamné à mort pour hérésie à Trêves en 385 par l'empereur Maxime comme manichéen pour justifier au pape Sirice, élu en 384, cette action. Priscilien et quatre autres chefs du mouvement sont décapités à Trèves (Allemagne) en 385. Cette condamnation, amena le refus de saint Martin de Tours de participer aux assemblées épiscopales. Saint Martin, saint Ambroise et le pape Sirice protestèrent aussi contre cette mesure et rompirent la communion avec Hydacius et Ithacius. Priscillien fut vénéré comme martyr par ses disciples; et, après la chute de Maxime, la secte se répandit dans toute l'Espagne."

    Une appréciation contemporaine sans nuance En 2016, la ville de Tours (qui sait, elle aussi, détruire son patrimoine arboré, cf. le livre que j'ai écrit) a fêté le 1700ème anniversaire de la naissance de celui qui fut son second évêque (le premier, de 338 à 371, étant Saint Lidoire, sachant que Saint Gatien n'a probablement pas existé). S'il est naturel que l'on célèbre un personnage qui permit, par ses successeurs, à la ville de se développer jusqu'à devenir à la fin du XVème siècle la capitale politique et culturelle de la France, il y a lieu de s'étonner qu'on persiste à gommer les côté sombres du personnage pour ne pratiquer que de l'hagiographie (cf. ce document municipal). Son long passé militaire, ses destructions du patrimoine gaulois, son intolérance, que ce soit contre les païens ou les ariens, ne devraient pas être gommés. Inversement, il ne faudrait pas noircir le personnage, qui a eu le courage de montrer dans l'affaire Priscillien une modération qui ne fut pas celle d'autres saints davantage sectaires, comme Augustin (354-430).

    Saint Martin et les généalogistes Martin n'eut pas de descendant, on ne lui connaît pas de neveux et on ne sait presque rien de son ascendance. Aucun généalogiste ne peut donc prétendre être de sa famille. Mais on peut avoir un ancêtre qui a connu saint Martin...

    Tel est le cas de Tetradius (335-387), un ancêtre de Charlemagne (voir ci-contre) dont l'histoire est racontée sur cette page : "A la même époque [vers 380-386], l'esclave d'un certain Tetradius, un ancien proconsul, donc de haut rang, vivant peut-être en retraite dans l'un de ses domaines, était possédé d'un démon qui le torturait atrocement. Saint Martin donna l'ordre de faire amener le malade, mais il était impossible de l'approcher, tant il se jetait à belles dents sur ceux qui s'y essayaient. Tetradius supplia alors Martin de descendre lui-même jusqu'à la maison. Mais Martin refusa, car Tetradius était encore païen. Ce dernier promit de se faire chrétien si le démon était chassé de son jeune esclave. Alors, Martin accepta, imposa les mains sur le possédé et en expulsa l'esprit impur. C'est le geste rituel de l'exorcisme, que le prêtre orthodoxe utilise encore au cours de la célébration du catéchuménat. A cette vue, Tetradius eut foi dans le Christ et devint aussitôt catéchumène et reçut peu après le baptême. Il garda toujours une affection extraordinaire pour Martin.".

    Sur le déroulé de la vie de Martin, on pourra consulter cette page de Jean Loguevel.
    .

    Le possédé est fermement tenu, les bras liés dans le dos. Le proconsul a une coiffe jaune, signe de son paganisme. [vitrail de la cathédrale de Chartres, lien]

     
    A gauche, "Histoire de Lyon" texte A. Pelletier, F. Bayard, dessin Jean Prost, 1979 + la planche. A droite, le baptistère Saint-Jean de Poitiers est un des plus anciens monuments chrétiens dont l'origine remonte à la deuxième moitié du IVème siècle, début du Vème. Il a été fortement remanié au cours des siècles [illustrations Wikipédia]. + évolution en trois états (lien). On pourra aussi consulter la page Wikipédia titrée "Architecture paléochrétienne" (avec un chapitre "Les baptistères"). Le patrimoine gaulois s'éteint, le patrimoine chrétien naît...

    >>>Compléments importants sur Martin (et ses basiliques à Tours, son culte...) en cette sous-page.



  28. 395 Extension des bagaudes, Rotrou dans le Perche et Arnac dans le Limousin

     
    "Histoire de la Bretagne", Reynald Secher et René le Honzec 1991 et "La saga de Wotila", tome 1, par Cécile Chicault 2011 + la planche de cette attaque bagaude.

    Dans le climat de délabrement dans lequel était la Gaule à la fin du IVème siècle, les bagaudes prospéraient. On en a déjà parlé lors de l'invasion des Huns d'Attila, mais c'est bien plus tôt qu'avait commencé la seconde phases de Bagaude. Bouvier-Ajam [01 page 280] : "On croit pouvoir avancer que vers 316, trente ans après la répression maximenne qui avait mis les Bagaudes au niveau le plus bas, elles tiennent à nouveau les deux cinquièmes du pays. On le verra, elles progresseront encore".

    [01 page 306] "A la mort de Théodose le Grand, donc à l'aurore de l'année 395, la bagaude atteint en Gaule sa plus considérable ampleur et la conservera à peu de chose près jusqu'à la généralisation de l'installation franque, qu'elle facilitera plus qu'elle ne pertubera. "

    Salvien, moine de Trèves qui se fixa dans les îles de Lérins vers 450, s’exprime comme suit : "Nous les appelons des rebelles, des hommes perdus, nous qui les avons poussés à être des criminels. S’ils sont devenus des bagaudes, n’est-ce pas à cause de nos injustices, de la malhonnêteté des gouverneurs, de leurs confiscations, de leurs rapines, eux qui, sous le prétexte de percevoir les impôts publics, détournent à leur profit les sommes perçues ?" (lien)

    Sachant que les grandes villes, avec des garnisons gallo-romaines sont épargnées, tout en devant pactiser, Bouvier-Ajam trace l'implantation géographique de cette grande extension de la bagaude : "Elle règne dans les campagnes de l'ouest et a fait de là une forte poussée jusqu'aux bords de l'Oise, mais sans grande pénétration en Orléanais ni en Ile de France : elle tient la plupart des contrées - au nord d'une ligne allant grosso-modo de Blaye et Libourne à Montdidier et Peronne en passant par Parthenay, Chinon, Vendôme, Châteaudun, Evreux et l'Ouest de Beauvais. [...] La Bagaude domine le Lot, la Corrèze, le Cantal et la Creuse, a des points forts dans l'Allier, le Cher, la Nièvre, l'Yonne et la Côte d'Or, gouverne littéralement un ensemble comprenant le sud de l'Ain et de la Haute Savoie, la Savoie, l'Isère, la Drôme, l'est de l'Ardèche et du Gard. elle est fortement installée et dûment protégée dans la partie orientale de la Champagne, dans les campagnes et vallées de la Meuse et de la Moselle, entre Marne et Meuse, avec de vraies capitaineries à Commercy et près d'Epinay."

    Bouvier-Ajam poursuit en comparant grandes et petites bagaudes : "La distinction est plus nette que jamais entre régions de grande bagaude et régions de petites bagaudes, c'est-à-dire régions aux enclaves, abris, repaires assez disséminés. Dans les premières, les liaisons sont si fortes que des façons de gouvernements provinciaux sont installés : la bagaude ébauche des institutions et organise ses armées. Dans les secondes, les relations sont imprécises et épisodiques, même si des contacts finissent par se faire plus fréquents entre les roitelets pas trop éloignés et si, de cette communication, naissent des chaînes aux chaînons bien divers."

    Sont alors présentés, avec précautions, deux des chefs obscurs de ces bagaudes : Rotrou et Arnac. "La géographie bagaude est, pour toutes ces raisons, bien contrastée. Il n'est pas impossible qu'un Rotrou, chef bagaude, ait dominé tout le Perche, contrée typique de grande bagaude, que ses descendants y ait accueilli des Francs et, ayant gardé leur propre autorité, soient devenus ensuite comtes du Perche. Il n'est pas impossible qu'un Arnac, par le jeu d'une "chaîne" aux anneaux espacés, ait régné sur un curieux ensemble de petite bagaude comprenant des contrées de Haute Vienne, de Corrèze et de la Sarthe au sud du Mans ; mais peut-être fut-il une sorte d'empereur bagaude au règne bref ou un chef de famille de qui les rejetons surent s'imposer en des contrées différentes ?"

    Quelques éléments complémentaires sur Rotrou et Arnac. Dans le Perche existe la ville de Nogent le Rotrou et dans le Perche sarthois Montfort le Rotrou. Le premier comte Rotrou est référencé en l'an 950. La bonne entente du bagaudé Rotrou avec les Francs a-t-il abouti à cette descendance ? Pour Arnac, voici la note marginale [01 page 405] de Bouvier-Ajam : "Cet Arnac, repéré par Albert Dauzat et par Jean Gonelle, a été confirmé sous toutes réserves par Constant Pavie pour des raisons toponymiques : villages d'Arnac en Haute-Vienne (Arnac la Poste) et en Corrèze (Arnac Pompadour) et village d'Arnage dans la Sarthe. Colloque "La Gaule au début des grandes invasions barbares", Musée social, 1937."

      
    Illustrations de bagaudes, d'origines indéterminées, trouvées sur la Toile

    Maurice Bouvier-Ajam va ensuite jusqu'à parler de civilisation bagaude [01 page 308]. "Les caractéristiques nouvelles des bagaudes ne concernent réellement que les pays de grande bagaude, les autres conservant et souvent même accroissant leurs aspects sauvages. Mais là où la grande bagaude s'est résolument affirmée et protégée, on peut tant bien que mal discerner l'apparition d'une civilisation bagaude. On est, certes, mal informé, mais on a tout de même, assez épars et furtifs, des éléments de connaissance. Ce qui peut être tenu pour assuré est d'une part une plus grande pénétration de la foi chrétienne en régions bagaudes qu'ailleurs et, d'autre part, une simplification administrative des pays bagaudés qui leur confère une certaine modernité par rapport aux pays sous sujétion romaine.". Et de continuer sur l'importance de l'êveque de Tours Martin, comme il vient d'être présenté.

    En ce qui concerne la fonction administrative : "Un évêque, plus souvent un archiprêtre ou un doyen, participe d'ordinaire à la gestion de la chose publique et parfois y préside. Des notables se sont imposés et même des élus prennent part ici ou là à la décision politique et à la promotion du bien commun. Des structures sommaires, sans aucun doute, mais adaptées aux circonstances, libérées du carcan, des polices, des privilèges, des tracasseries de Rome, comprises de la population, présentant même des caractères relativement démocratiques. Et, là encore, ce sont des structures simples qui s'offriront, souvent, au simplisme combien plus brutal des barbares et à l'indispensable osmose." Les bagaudes ont ainsi favorisé l'intégration des barbares, surtout les chrétiens comme les Francs... Normal entre pillards et pillards... mais pillards devenus chrétiens...



  29. 407-422 Constantin III l'usurpateur et Maxime le Tyran derniers empereurs des Gaules

    La Gaule gouvernée par un préfet du prétoire

    En 395, sept ans après la mort de Magnus Maxime, deux ans avant celle de saint Martin, lesquels, on l'a vu, se sont rencontrés par deux fois, la Gaule est de nouveau rattachée à Rome, tout en gardant une autonomie, comme le montre le découpage de la carte ci-contre [20], correspondant au partage désormais définitif de l'empire romain par Théodose Ier en 395. D'un côté l'Orient, de l'autre l'Occident divisé en deux. On y voit une vaste "préfecture du prétoire des Gaules" (page Wikipédia), qui dura officiellement de 395 à 476, incluant la [Grande-] Bretagne et l'Hispanie et reprenant donc les frontières des défunts empires des gaules au moment de leur extension maximale. On remarque l'ajout d'un bout d'Afrique autour de Tanger (partie occidentale de la Maurétanie). Comme l'empire d'Orient est aussi divisé en deux, on retrouve une sorte de tétrarchie. Pas pour longtemps...

    La page du Wikipédia anglais est beaucoup plus complète. Elle avance la création des préfectures à 337 (par Constantin Ier), et même à 318, et donne une liste de ces préfets. Parmi eux : Vulcacius Rufinus (353-354), Flavius Florentius (357-360), Vulcacius Rufinus (366-368), Maximin (371-376), Ausone (377-378), Mallius Theodorus (382-383), Claudius Posthumus Dardanus (402 + 412-413), Decimus Rusticus (409-411), Agricola (416-418), Flavius Aetius (le général Aétius) (426-427), Eparchus Avitus (439), Tonantius Ferreolis (450-453), Arvandus (464-469), Flavius Magnus(469) (sont indiquées les pages du Wikipédia français, aller sur la page "English" pour, souvent, en savoir plus).

    Des empereurs usupateurs pour les Romains, légitimes pour les Gaulois. Cette période est très troublée, entre barbares installés ou enrôlés ou envahissants, entre empereurs romains trop jeunes ou éphémères, entre généraux de l'armée impériales, barbares ou romains, qui sont proclamés empereurs et sont considérés comme des usurpateurs. Camille Jullian [10] s'est arrêté à Arbogast. Maurice Bouvier-Ajam arrive a donner une idée de ce que furent les lutte de pouvoir en Gaule à cette époque. Ses deux courts sous-chapitres "L"empereur des Gaules Constantin l'Usurpateur" et "Le dernier Empereur des Gaules : Maxime le Tyran" [01 pages 301 à 303] sont ici intégralement repris. Des liens vers Wikipédia sont ajoutés pour compléments.

    Constantin III l'usurpateur empereur des Gaules de 407 à 411

    "Flavius Honorius a onze ans lorsqu'il accède à la dignité d'empereur d'Occident. Son père Théodose le Grand l'a doté d'un "mentor", pratiquement un régent, le "patrice" romain Stilicon, qui est un Vandale.

    Honorius s'installe à Ravenne, abritée par des marais. Stilicon, général courageux qui compte dans ses troupes d'élite des Francs et une garde de Huns, mène en Illyrie et ailleurs la guerre contre le Wisigoth d'Alaric. Il ne se soucie de la Gaule que pour réquisitionner soldats, chevaux et vivres, augmentant autant qu'il est encore possible de le faire la charge fiscale et inventant de nouvelles redevances qu'il n'arrive pas à percevoir.

    A gauche Honorius, Stilicon et la bataille de Pollentia, extrait d'un récit
    de 4 pages, titré "Les derniers gladiateurs" sur scénario d'Yves Duval,
    dessins de
    Philippe Delaby (paru le 17 février 1987 dans le journal
    Tintin n°597) + la première planche.
    Ci-dessous Constantin III (Flavius Claudius Constantinus)

    Délaissée, peu capable de freiner les pénétrations "pacifiques" des Germains frontaliers, menacée d'invasions massives et brutales, la Gaule se reprend à déplorer d'être mêlée aux turpitudes d'une Rome qui ne s'intéresse à elle que pour l'exploiter et dégarnir ses défenses quand elle le peut. Toujours le même drame... Et le drame est aussi le même en Grande-Bretagne.

    En 407, en Grande-Bretagne, le général romain Constantin est proclamé empereur des Gaules par les chefs de l'armée et de la marine, les officiers civils et notables. Il ne semble pas que ce soit un ambitieux, encore moins un aventurier, mais bien plutôt un homme de devoir, convaincu qu'il lui faut accepter de remédier à l'incurie et aux excès du pouvoir central et de barrer la route aux grandes invasions quand il en est temps encore. Il sera plus tard appelé Constantin l'usurpateur pour le distinguer du "légitime" Constantin le Grand et du pauvre Constantin II.


    C'est sous son règne qu'eut lieu la plus forte percée de barbares : le 31 décembre 406 et les jours suivants, Vandales, Suèves, Alains et Burgondes franchissent le Rhin [21, dessin de Pierre Joubert]

    407, l'empire des Gaules de Constantin III La nouvelle triarchie présente deux changements de capitale : Arles / Arelate remplace Trèves pour l'empire des Gaules et Ravenne remplace Rome pour l'empire romain.

    Ses électeurs l'ont dit maître de la Grande-Bretagne, de la Gaule et de l'Espagne. Il traverse la Manche, est triomphalement accueilli en Gaule, nomme César son fils Constant, lequel Constant obtient dans l'enthousiasme l'adhésion de l'Espagne : ici aussi, une sécession se préparait, à l'instigation du Général en chef Gerontius. Arles est consacrée capitale de l'empire.

    Sitôt à Arles, Constantin l'Usurpateur fait savoir à Ravenne que la Gaule n'enverra plus un homme, ne livrera ni même ne vendra cheval ou quelque ravitaillement que ce soit et que les collecteurs d'impôts et taxes oeuvreront désormais pour le compte de l'Empire des Gaules. Et il part aussitôt en expédition contre les Goths que le dégarnissement des frontières avait encouragés à accentuer très fortement leur invasion.

    Mais Gerontius, au fond de lui-même, n'a pas pardonné à Constantin l'Usurpateur d'avoir accepté le pourpre et surtout, peut-être, d'avoir pris lui-même le commandement des armées : il assassine son fils, le César Constant, et ourdit un complôt à Arles ; lorsque, victorieux, Constantin revient en sa capitale, il est lui aussi assassiné (en 411).
    "

    Arles capitale des Gaules Après Lyon / Lugdunum et Trèves / Treveris, brièvement Paris / Lutèce, Arles / Arelate a été choisie capitale des Gaules par Constantin III, et, semble-t-il, maintenue par Maxime le Tyran. A droite l'arc du Rhône, un arc de triomphe de la fin du Ier siècle, démoli en 1684 sur décision des consuls de la ville, parce qu'il gênait le passage... [dessins de Jean-Claude Golvin + autre dessins d'Arles sur cette page de son site]

    Maxime le Tyran empereur des Gaules de 412 à 419 et de 421 à 422

    "Sitôt connue la mort tragique de Constantin l'Usurpateur, des Francs, des Burgondes et des Alamans proclament carrément, à Mayence, "empereur Romain" le Gaulois Jovin ! Il sera traitreusement livré au préfet romain des Gaules Dardanus, et exécuté (en 412).

      Jovin et Sebastianus sont deux frères co-empereurs des Gaules pendant quelques mois, en 412. Abandonnés par leurs troupes surtout composées de Burgondes et d'Alains, ils sont assiégés dans Valence, puis capturés par le Wisigoth Athaulf et exécutés.

    A gauche Jovin et Sebastianus, à droite Maxime le Tyran [Wikipédia].

    Gerontius n'a pas pris la pourpre mais il fait proclamer Empereur des Gaules un autre général, Maxime, qu'on appellera Maxime le Tyran... pour le distinguer de l'usurpateur
    [Magnus] Maxime autrefois proclamé pour faire pièce à Gratien. Gerontius entend bien être le maître de fait mais a ses soucis tant en Espagne qu'en Provence ; il laisse "son" Empereur Maxime le Tyran prendre la tête d'une expédition contre les Goths. Maxime se fait battre et envoie sa soumission... à Ravenne, à l'Empereur Honorius ! Celui-ci s'empresse de lui accorder son pardon, de lui garder son commandement et de lui envoyer quelques renforts, et parvient à s'emparer de Gerontius, qu'il fait mettre à mort (en 419).

    Maxime a pu enfin remporter quelques succès sur les Goths ; il croit alors possible de reprendre le pouvoir et se fait acclamer Imperator par des officiers des légions de l'Est : il se fait haïr pour sa brutalité et ses injustices, est arrêté et exécuté par ceux qui l'avaient acclamé (en 422). Il a été  - et pendant un temps seulement - le dernier porteur du titre Empereur des Gaules.

    En vérité, la tentative de son prédécesseur Constantin l'Usurpateur a été le dernier essai  - en tout cas le dernier essai officiel, si on peut dire - de reconstitution de l'Empire des Gaules.
    "



  30. 410-416 Les Wisigoths mettent Rome à sac puis s'installent en Aquitaine et en Hispanie


    410, le deuxième sac de Rome par les Wisigoths d'Alaric Ier. Dessins du National Geographic 1962 et de Pierre Joubert 1984 [21]

    Bien avant les Huns d'Attila, les raids barbares ont dévasté l'empire romain. Le second sac de Rome en 410 par Alaric Ier et ses Wisigoths en fut une étape marquante. Depuis huit siècles et le premier sac de Rome vers -387, par les Gaulois de Brennos / Brennus, l'Urbs n'avait été dévastée que par des incendies...

    Le pillage de Rome par les Wisigoths vu par Gilles Chaillet au scénario et Dominique Rousseau eu dessin, dans le tome 5 de "La dernière prophétie". + deux planches, au début et à la fin du sac : 1 2

    Alaric Ier, le roi des Wisigoths, n'est apparemment pas un ancêtre de Charlemagne, mais il est reconnu ancêtre de son contemporain Sancho Lopez, duc de Gascogne.

    Nous descendons donc du Wisigoth Alaric, comme du Gaulois Postume ou du Romain Constance Chlore... ou d'Attila le Hun, ou de Genseric le Vandale, on le verra plus loin...

    Illustrations : femme wisigothe [21, Pierre Forget] et guerrier wisigoth

    Wikipédia : "Les Wisigoths et leur nouveau roi Athaulf, beau-frère d'Alaric, entrent en Gaule, ruinée par les invasions des années 407 à 409. En 416, les Wisigoths et leur roi Wallia continuent leur migration dans la péninsule Ibérique où ils sont envoyés à la solde de Rome pour combattre d'autres Barbares. Lorsque la paix avec les Romains est conclue par le fœdus de 416, Honorius accorde aux Wisigoths des terres dans la province Aquitaine seconde (actuellement Bordelais, Charentes et Poitou). La sédentarisation en Aquitaine a lieu après la mort de Wallia. Les Wisigoths pénétrèrent en Espagne dès 414, comme fédérés de l'Empire romain. Le royaume des Wisigoths eut d'abord Toulouse comme capitale.". Puis Narbonne, Barcelone et enfin Tolède.

    419-484 Toulouse capitale du royaume wisigoth
    En 2019, ainsi que l'indique cette page, Toulouse a fêté le 16ème centenaire de sa désignation comme capitale du royaume wisigoth : "Ils prennent leurs quartiers à Toulouse – non sans un dernier détour par l’Espagne – quelques mois avant le début du règne du grand Théodoric Ier (419-451). « Les raisons de leur installation sont peu connues, mais c’était sans doute pour pacifier une partie de la Gaule », note Emmanuelle Boube. Pas de passage en force : un traité (foedus) a été passé avec l’empereur romain d’Occident Honorius. « Le peuple fédéré conserve son roi, ses coutumes et reçoit la jouissance de terres. Il donne en échange sa force armée à Rome. » Gagnant-gagnant ? Pas vraiment. De plus en plus puissants face à un pouvoir romain en déliquescence, les Wisigoths parviennent à une indépendance de fait vers 470, sous le règne d’Euric.
    Quelles traces ont-ils laissées dans la ville ? La victoire du Franc Clovis sur Alaric II, tué lors de la bataille de Vouillé en 507, sonne le glas du royaume de Toulouse. Lequel aura laissé peu de traces malgré près d’un siècle d’existence et la succession de cinq rois. Le temps a fait son œuvre et, surtout, les Wisigoths n’étaient pas des bâtisseurs. « Les peuples de l’époque des migrations empruntent le plus souvent le cadre de vie romain, ses espaces et ses édifices », observe Emmanuelle Boube. Souvent oubliés en France, les Wisigoths le sont beaucoup moins en Espagne, où leur royaume de Tolède ne disparaîtra qu’en 711, après l’invasion arabe.
    "

    En 419, Théodoric Ier, fils d'Alaric Ier, interroge un de ses lieutenants sur un chef bagaude qui ravage les propriétés d'un Gaulois. Extrait du tome 1 de la série "La saga de Wotila", sur scénario de Hervé Pauvert et Cécile Chicault et dessin de Cécile Chicault, Delcourt 2011 + deux pages, celle présentant Toulouse la capitale de Théodoric et celle de cette case : 1 2


    Théodoric Ier, roi des Wisigoths, meurt en combattant Attila en 451, à la bataille des Champs Catalauniques. ["Le chant des Elfes",
    tome 3, 2010 par Falba et Ratera + les deux planches de cette mort et de la succession immédiate par son fils Thorismond : 12]

    En tant que Chrétiens, les Wisigoths ont longtemps été Ariens en opposition avec les Nicéens, ou Chrétiens trinitaires qui, rassemblés autour des empereurs romains et du pape, les considéraient comme des hérétiques. La Gaule fut victime de ces affrontements. [schéma Wikipedia]

    484-507 Narbonne capitale du royaume wisigoth, puis de la Septimanie 507-720
    Sylvie Queval dans le document "Un exemple de relation interculturelle : les Wisigoths à Narbonne 461-720" : "Alaric II, succédant à son père, fut roi de 484 à 507 et fit de Narbonne sa capitale alors que la ville était déjà sous contrôle wisigoth depuis 461. Il tente la négociation avec les Francs et leur nouveau chef, Clovis ; mais il échoue et meurt à Vouillé. Les Francs occupent Toulouse et la Narbonnaise, désormais Septimanie, devient un prolongement du royaume wisigoth d’Espagne. Le royaume wisigoth est réduit à l’Espagne et la Septimanie. La capitale se déplacera à Barcelone puis Tolède mais Narbonne demeure la capitale de la province gauloise du royaume de Tolède. Elle résiste à toutes les tentatives de conquête franque. Ainsi, en 531 le roi Amalric, qui a épousé la fille de Clovis, veut la convertir à l’arianisme ; le Franc Childebert attaque Narbonne en représailles, mais la ville tient ferme et reste wisigothe.
    En 589 le roi wisigoth Récarède se convertit au christianisme nicéen, il entraîne la grande majorité de la population wisigothe dans son sillage. La distinction entre Romains et Goths tend à s’estomper, les mariages mixtes se multiplient. En 711, les Arabes passent Gibraltar et pénètrent en Espagne. Ils prennent Narbonne en 720.
    "



  31. 410-460 Les Bretons insulaires s'installent en Armorique et attaquent le val de Loire

    Vème siècle, les Bretons (Britanni) envahissent l'Armorique. C'est la "receltisation" d'une terre encore peu peuplée. C'est l'époque où se forme la langue bretonne, "sur un substrat gaulois mêlé d'influences latines et celtes insulaires" [Nelly Blanchard, Les Cahiers de Science et Vie 91, 2014]. Le biniou n'apparaîtra qu'au XIIIème siècle, aussi peu celte que les dolmens et menhirs. Vers 510 un traité de paix est signé avec Clovis, la nouvelle Bretagne est indépendante. Cette relation Bretons d'Armorique - Francs deviendra conflictuelle à partir de 558.

    "Quand les Bretons sont arrivés en Bretagne, ils se sont taillés de petits royaumes. Un autre minuscule royaume s'est également construit en plein centre de la France aussi, lorsque les soldats du tiern Iomadus remportent la victoire sur l'armée du chef Boso à Blois, au cours de l'année 410." [page du site radiobreizh]. Voir ci-dessous pour le royaume de Blois.

    ["Breizh Histoire de la Bretagne", tome 2 "Une nouvelle terre", par Nicolas Jarry et Thierry Jigourel au scénario, Erwan Seure - Le Bihan au dessin, éditions Soleil 2017 + ici une page où Grégoire de Tours en 560 parle des Gaulois et des Celtes]


    Maurice Bouvier-Ajam [01 page 317] : "Pendant ces temps extrêmement troublés, une autre pénétration, quasiment discontinue entre 420 et 460, se produit en Gaule, sans difficulté. Sous la pression des Angles et des Saxons, les Britanni d'origine Celtique, de longtemps établis dans la Cornouailles et le Pays de Galles, traversent la Manche et débarquent en Armorique où ils s'installent. [...] Dans tout cela, les réflexes des Bagaudes sont contradictoires. Elles sympathisent manifestement avec les premiers venus des Francs, ce qui ne les empêche pas, parfois, d'envoyer des renforts aux légions dites romaines pour enrayer leurs incursions. Elles accueillent merveilleusement les Britanni : quelques bagaudes existaient en Armorique et surtout sur ses confins. Elles sont dans l'ensemble hostiles aux Burgondes et aux Wisigoths : même en pays arien, la grande majorité de la Bagaude est catholique. La preuve en sera fournie par l'appui que les Francs recevront d'elle."

    L'énigmatique royaume breton de Blois

    En 410 le Breton Iomadus (ou Iuomadus), après avoir expulsé le "consul" Odo (ou Boso), a jeté les bases d'un petit royaume qui dura plus de 80 ans, jusqu'à l'arrivée des Francs, à en croire la courte page de Wikipédia : "Le Royaume de Blois était un territoire autonome ou semi-autonome créé en 410 par le chef breton Iuomadus. Il se maintint dans la vallée de la Loire, sans doute allié au Domaine gallo-romain, jusqu'à sa conquête par Clovis en 491."
    Cette occupation précoce des Bretons étonne, alors que le gros de leur vague migratoire date de la fin du Vème siècle. Est-ce une initiative isolée de précurseurs ? Le rôle des bagaudes a-t-il été plus importants que celui des Bretons, leur chef ayant eu le charisme et l'envergure permettant le succès de l'entreprise ?
    Ci-contre inscription sur la carte de 425 [20] de ce royaume à la fois breton, gaulois, romain et bagaudé. Avec sûrement aussi des barbares qui y avaient fait halte. Une tentative localisée de stabilisation dans un grand monde instable.

    Le royaume de Blois est aussi indiqué en cette page, les Bretons s'appuyant sur des bagaudes de l'ouest : "En 410, Blois est conquise par le chef breton Iuomadus qui en expulse le "consul" Odo, probablement d'origine germanique. Il y fonde un état autonome ou semi-autonome qui se maintiendra jusqu'à la prise de la ville par Clovis en 491. (Georges minois, Nouvelle histoire de la Bretagne, fayard, 1992; Léon Fleuriot, Les Origines de la Bretagne, Paris, Payot, 1980). L'Armorique est fortement présente dans les mouvements de révolte dont les causes sont la décadence de l'empire romain et les incursions barbares qui créent un climat de troubles en Gaule. De 435 à 437, les Armoricains entrent en guerre contre Ravenne. Utilisant avec succès des mercenaires Huns contre eux, Aetius et son second Litorius repoussent les Bagaudes d'Armorique de Tibatto.". Tibatto sera de retour dans le chapitre suivant...

      Incursions bretonnes en val de Loire : succès à Blois, échec et à Tours.

    A gauche "Histoire de la Bretagne" tome 1 (Reynald Secher / René Le Honzec 1991) + six pages sur l'arrivée et l'installation des Bretons insulaires en Armorique : 1 2 3 4 5 6

    A droite "Histoire de la Touraine, des origines à la Renaissance", (Georges Couillard / Joël Tanter, 1986].


    "Les druides", scénario Jean-Luc Istin, dessin Jacques Lamontagne, tome 9 page 24 (Soleil 2007).
    Y-a-t-il vraiment eu lutte entre chrétiens et derniers druides ? Aucun écrit ne l'atteste.
    Comme ailleurs, les autorités chrétiennes ont combattu ce qui était considéré comme païen, à commencer par les coutumes d'origine celtique...



  32. 435-437 Tibatto le dernier empereur de Bagaudes

    La carte ci-contre [20, Les cahiers de Science et Vie n°158 2016] est une des rares à présenter l'emprise des bagaudes, qui ne peut qu'être très approximative . Elle indique aussi les premiers territoires de Gaules où s'installent des Barbares : les Wisigoths de Bordeaux à Toulouse, les Francs Saliens au nord et les Burgondes au nord-est. Et en Hispanie les Suèves au nord-ouest, qui y resteront, les Alains et Vandales, qui partiront en Afrique.

    Nouveaux désordres sociaux. Christine Delaplace [12 page 217] : "La Gaule du Nord et de l'Ouest subit en fait avec beaucoup plus de violence les contrecoups de la faiblesse défensive de Rome. En dépit de la carence des documents, elle donne l'impression d'avoir été victime plus durablement et plus sévèrement de ce que l'on pourrait appeler "le ciel de traîne" de l'invasion de 406-407 : lenteur de la reprise agricole, stagnation du dynamisme urbain, famine et surtout désordres sociaux qui aboutirent à la reprise de la Bagaude. Celle-ci est attestée par les Chronica en 435, de nouveau en 443. Elle semble avoir été endémique dans plusieurs régions et mieux organisée que ne l'était celle du IIIème siècle."

    Au Vème siècle, à, la complexité des situations politiques s'ajoutent la tardiveté et le parti-pris des sources chrétiennes, augmentant la confusion. Ce récit, rapporté par Juan Carlos Sanchez Leon [13, pages 32 à 34] montre l'interaction entre les bagaudes et la prise de pouvoir de Constantin III usurpateur des Gaules en 407-411 : "Selon l'anonyme, les Baugaredi (Bagaudes), désirant expulser les Romains de Gaule, détruisent Amboise. Ensuite, un certain Constantin se met à la tête des Baugaredi et fonde un royaume en Hispanie et en Gaule, laissant aux Baugaredi le pays depuis la Garonne jusqu'à Lyon. Après y avoir massacré la Légion Thébaine, Maximien arrive en Gaule, mais il meurt à Marseille. Constantin devient empereur et fortifie Tours pour donner satisfaction aux Baugaredi, car avec leur aide il a vaincu Maxence à Rome. La Gaule une fois pacifiés les Bagaudes, est à nouveau soumises aux Romains."

    Vers 435, Bretons et bagaudés semblent s'allier : "La Chronica Gallica parle de Tibatto à deux reprises, une première fois en 435 quand il est question de lui comme chef du mouvement pour l'indépendance de la Gallia Ulterior (l'Armorique) et à nouveau en 437 parmi ceux qui sont faits prisonniers et exécutés quand la rébellion fut maîtrisée. Le mouvement d'indépendance semble avoir atteint son paroxysme peu de temps après le voyage de saint Germain en Britannia en 429." (Les royaumes celtiques, Editions Armeline, Crozon, 2001)

    Un foyer de rebellion en Armorique. Bruno Pottier [15 chap. 47], s'interroge sur cette origine géographique : "Concernant les Bagaudes du Ve siècle, Cliff Minor a remarqué que la chronique gauloise de 452 évoque pour les années 435-437 deux phénomènes séparés que l’on a trop souvent identifiés. En effet, elle mentionne une "rebellio" sécessionniste menée principalement par Tibatto en Gaule Ultérieure qui aurait eu pour conséquence une révolte, de type Bagaude, de l’ensemble de la servitia. Cette révolte Bagaude n’aurait pas concerné la Gallia Ulterior mais plutôt le reste de la Gaule. Or, l’allusion à la Gaule Ultérieure semble désigner précisément l’Armorique. Tibatto a été capturé en 437 avec d’autres chefs de cette seditio, ce qui a contribué à calmer l’agitation Bagaude existant depuis 435. Il est réapparu de manière surprenante en 448 ou plus probablement en 445 comme élément perturbateur faisant échouer un accord patronné par l’évêque Germain d’Auxerre entre les notables armoricains et Aetius."

     
    De la Bretagne à la Touraine, cette révolte de 438 est celle de 435-437, au moins pour son périmètre d'origine,
    avec un rôle assez flou pour Tibatto / Tibaton et l'action répressive d'Aétius (395-451)
    (portrait présumé à droite), le futur vainqueur d'Attila, souvent qualifié de "dernier des Romains" (mais il y eut plus tard Syagrius).
    ["Histoire de la Touraine, des origines à la Renaissance", scénario de Georges Couillard, dessin de Joël Tanter, 1986 - Wikipédia]

    Il s'interroge aussi sur le rôle de Tibatto / Tibaton : " Il n’est donc pas assuré que Tibatto ait été un chef de Bagaudes. Son activité, une révolte politique et sécessionniste qualifiée de rebellio ou de seditio, semble s’être limitée à l’Armorique. Tibatto n’était donc pas forcément responsable de la révolte de dépendants agricoles dans le reste de la Gaule. Il peut s’agir de deux phénomènes distincts mais parallèles, sans lien de causalité. Ils s’expliquent par l’effondrement du contrôle impérial sur la Gaule consécutivement à la guerre civile opposant Boniface et Aetius entre 432 et 434. Deux cas de figure sont possibles. Tibatto peut simplement avoir été un notable armoricain particulièrement radical dans sa volonté de se séparer de l’Empire. Il peut aussi avoir représenté, comme son nom d’origine celte semble l’indiquer, une tendance plus populaire au sein de l’Armorique hostile aux notables partisans en 445 d’un compromis avec l’Empire. Dans ce dernier cas de figure seulement, il y aurait eu une révolte populaire contre les élites locales conjointe en 435 en Armorique et dans le reste de la Gaule."

    Maurice Bouvier-Ajam ne lève pas les interrogations [01 page 310] : "Que l'on sait sur lui, si souvent cité de-ci de-là dans la Patrologie latine, peu de choses ! A coup à peu près sûr Gaulois et même Gaulois très romanisé, né dans les toutes premières années du Vème siècle, on ne sait pas s'il fut un chef militaire bagaude improvisé mais faisant tôt ses preuves ou s'il fut un aventurier militaire ayant faussé compagnie aux légions gallo-romaines ou sorti d'un repère de déserteurs pour se mettre avec ses hommes au service des bagaudes. On penche plutôt vers la thèse d'un officier gallo-romain se faisant proclamer imperator par quelques troupes à l'occasion d'une vacance de commandement ou d'une mutinerie et se faisant peu de temps acclamer par des cantonnements de guerriers bagaudes, à commencer peut-être par celui de Commercy".

    Le dernier empereur bagaude. Pourtant, oubliant ces multiples interrogations, il présente Tibatto comme le dernier empereur bagaude : " Il pense peut-être se faire décerner - ou se décerner lui-même - la pourpre impériale romaine. Ou se faire proclamer empereur des Gaules. Il ne le fait pas : même si Valentinien III, de Ravenne, le déclare "l'usurpateur" - qualificatif qui lui restera - il se contente de se dire empereur bagaude, quitte à se présenter, peut-être, comme un futur empereur des Gaules au jour où la Bagaude aura chassé les légions romaines et régira tout le pays." Tous les empereurs bagaudes ont probablement partagé ce rêve, tous ont échoué, et de façon rapide.

    Même en cette époque d'invasions barbares et de décomposition romaine (Ravenne a remplacé Rome comme capitale), Tibatto n'échappe pas à cette règle : "Le voilà donc "empereur bagaude" en 435 et il s'empresse d'accorder le droit d'hospitalité à des Francs qui se sont installés dans la région tournaisienne. Il est assassiné, croit-on, dans l'été 436, les uns disent par des mercenaires barbares de Rome, les autres disent par une bagaude ayant pactisé avec le patrice romain, d'autres encore, sans doute à plus juste titre, par des déserteurs des légions romaines ayant violemment réagi à son intention de les embrigader. Il n'y aura plus d'empereur bagaude ni même, semble-t-il de candidat à ce titre. Le rôle des Bagaudes en Gaule, on le verra, n'est pas fini pour autant, mais pression romaine d'une part et pressions barbares de plusieurs parts, leur action ne sera plus celle de prétendants au pouvoir national en Gaule. Et la Bagaude n'aura plus jamais sa violence d'autrefois, alors qu'en Espagne elle prend à partir de 440 une vigueur brutale et sera pendant douze ans la grande affaire des généraux romains comme des chefs Wisigoths."

    Karadeuk le bagaude
    (Caradeuc, ou Caradoc Freichfras, chef breton dans le Vannetais vers 465, aussi appelé "roi de Vannes", dont l'existence est presque mythologique...)
    Illustration du troisième des seize tomes des "Mystère du peuple" d'Eugène Sue, publié en 1850, pour le roman "La garde du poignatd, Karadeuk le bagaude et Ronan le Vagre" (texte intégral ici). [Gallica, dessin de Eugène-Louis Charpentier (1811-1890)]. + autre illustration d'un combat de Gaulois contre Francs + dialogue de fin :
    - Avez-vous entendu parler de la Bagaudie ?
    - Oui, plusieurs fois… Mon grand-père m’a dit que peu d’années après la mort de Victoria la Grande…
    - L’auguste mère des camps ?
    - Son nom est parvenu jusqu’à toi, brave porte-balle ?
    - Quel Gaulois ne prononce avec respect le nom de cette héroïne, quoiqu’elle soit morte depuis plus de deux siècles… A-t-on oublié les noms bien plus anciens encore de Sacrovir, de Civilis, de Vindex, du chef des cent vallées ?...
    - Prends garde… en prononçant ces noms glorieux, tu vas faire étinceler les yeux de mon favori Karadeuk, qui s’opiniâtre à regretter qu’il ne se soit pas trouvé un homme capable de planter un poignard dans le ventre de ce monstre de Clovis !

    Huns et Alains matent les bagaudes. Luce Pietri [1, page 97] montre le rôle des Huns puis des Alains dans la repression des bagaudes de Tibatto : "En 435, l'insurrection se rallume. une brève notice de la Chronique des Gaules nous apprend qu'à cette date, "sous la conduite de Tibatto, la Gaule ultérieure abandonne l'alliance romaine". La pacification est cette fois entreprise avec vigueur et célérité : dès 437, toujours suivant la Chronique des Gaules, "Tibatto ayant été capturé et les autres chefs de la sédition faits prisonniers ou tués, la révolte Bagaude se calme". Ce succès est à porter à l'actif du lieutenant d'Aetius, Litorius. Un panégyrique de Sidoine Apollinaire présente au passage le vainqueur et son armée de retour de leur expédition : Litorius est à la tête d'un contingent de ces mercenaires Huns qui composaient l'élite des forces d'Aetius. [...] Malgré la brutalité de la répression, la Bagaude n'était pas encore vaincue : elle se manifeste à nouveau au cours des années quarante dans le tractus armoricanus. "Irrité par l'insolence de cette orgueilleuse contrée", Aetius essaie alors une nouvelle méthode : plutôt que de recourir encore à une simple expédition expéditive, il décide de soumettre la région à une surveillance permanente, abandonnant ces pays au "très cruel Goar, roi des Alains, pour qu'il les chatiât en raison de l'insolence de leur rebellion"."

    Sur Wikipédia 2019, si la page sur la Gaule romaine présente en sa chronologie (de -50 à 511), sur les dates 435-437 "la grande révolte des bagaudes", Tibatto n'est traité que brièvement, sans page spécifique, sur la page des bagaudes, comme "chef d'une bagaude". Trop d'interrogations, trop d'opacité, on est loin de l'époque où des usurpateurs de quelques semaines frappaient monnaie à leur effigie...

    Un mouvement bien différent des bagaudes d'Amandus. Dans un mémoire de 2010 titré "L'identité bagaude aux IIlème et Vème siècle : mouvements de population, révoltes isolées, continues ou concertées ?", Isabelle Drouin compare [page 100] les brèves bagaudes du IIème siècle d'Amandus et Aelanius, formant un grand mouvement d'ensemble, avec celles plus diffuses, localisées et prolongées du Vème (début vers 395, on l'a vu dans un chapitre précédent) : "Cette identité bagaude au IIe s. est reprise au Ve s., mais par les fidèles de Rome pour désigner ces provinciaux insurgés. Pourquoi reprennent-ils ce terme et n'en créent-ils pas un nouveau ? Ne serait-ce pas en partie à cause de quelques éléments similaires aux deux mouvements ? En effet, les deux factions bagaudes partageainet un même refus de l'autorité centrale. Les bagaudes du Ve s. semblent également avoir été des gens modestes qui attaquaient les villes. Là s'arrête la comparaison. Ils paraissent avoir eu un chef charismatique pour chaque révolte et ils ne sont pas mobiles. [...] Toutefois cette homonympie bagaude n'est pas la conséquence d'une réelle continuité, mais d'un surnom péjoratif apposé par les habitants fidèles à Rome aux résistances inopportunes de certains provinciaux.".



  33. 443-534 Le royaume rhodanien des Burgondes

    A la fin du IIIème siècle, les Burgondes, venant des territoires du cours moyen de l'Oder, s'installent au bord du Rhin et du Main. ils deviennent alliés des Romains et se fixent près de Worms. Battus par les Huns, le général Aétius les installe en 443 sur le territoire nommé Sapaudia, devenu Savoie mais situé plus au nord, du Jura au Rhin. En 451 ils sont avec les troupes d'Aétius vainqueurs des Huns aux Champs catalauniques. Parfaits alliés des Romains, ils combattirent aussi les Suèves et les Alamans.

    En 457, sous le règne de leur roi Gondioc, ils étendent pacifiquement leur territoire vers le sud, Lyon en 461. En 478, ils établissent leur frontière à la Durance, en accord avec les Wisigoths. Bien plus tard la Burgondie s'appellera Bourgogne. [carte selon page du site mephisto]


    Case extraite de la BD "Ce vase de Soissons ! Qui l'a cassé ?? ", par Norbert Fersen (Domino 1975)
    Carte DHS et Kohli de la page du site mephisto-1061 sur les Burgondes

    451, Gondioc et ses Burgondes combattent les Huns d'Attila aux côtés d'Aétius. ["Le chant des Elfes", tome 1, 2009 par Falba et Ratera] + la planche

    A la mort de Gondioc en 476, son frère Chulpéric ier lui succède et étend le royaume burgonde à son extension maximale. A sa mort en 480, les quatre fils de Gondioc lui succèdent, surnommée "les tétrarques". L'aîné Gondebaud élimine en 491 deux d'entre eux, Gondemar et Chilpéric II, le père de Clotilde. Le dernier frère, Godegisel est vaincu en 500, Gondebaud règne seul jusqu'en 516. Son fils Sigismond lui succède de 516 à 523, puis son autre fils Godomar III de 524 à 534, jusqu'à la conquète franque, après la prise de la ville d'Autun, assiégée durant un an. Trois des fils de Clovis et Clotilde, donc mi-francs mi-burgondes, se partagent alors la Burgondie. Les Burgondes peuvent garder un temps leurs lois et leurs coutumes, notamment la "loi Gambette".

    Christine Delaplace [12 page 218] : "Le royaume burgonde peut nous apparaître comme le "modèle du royaume romano-barbare" réussi : modèle d'équilibre ethnique et religieux, modèle d'organisation administrative et militaire.". Compléments sur les Burgondes en cette page du site e-stoire.

    Les rois burgondes (points rouge), descendance de Gondicaire. On note la présence de Syagrius (point vert), de Clotilde (point bleu) et d'Evochilde (point violet). D'où la question : qui est cette Evochilde l'épouse oubliée de Clovis ? Evochilde, est mère du roi mérovingien Thierry Ier, le père étant Clovis. Celui-ci, avant son mariage chrétien et son baptême, avait donc épousé la cousine germaine de sa femme Clotilde... Explication de la page Wikipédia sur Thierry Ier : "La mère de Thierry n'est pas nommée par Grégoire de Tours qui, parlant de Clovis et de Clotilde, se contente de dire : « Il se l'associa par le mariage alors qu'il avait déjà d'une concubine un fils nommé Thierry. ». Les historiens admettent aujourd'hui à peu près unanimement l'hypothèse raisonnable qu'elle serait une princesse franque rhénane. La mère de Thierry est en réalité une épouse dite « de second rang », considérée comme « gage de paix » (friedelehen). Cette union a souvent été interprétée à tort comme un concubinage par les historiens romains chrétiens qui ne connaissaient pas les mœurs des structures familiales polygamiques germaniques, sans mariage public. Cette ascendance peut expliquer qu'il obtient en 511, outre les terres aquitaines qu'il a conquises, l'espace oriental du Regnum francorum qui recouvre l'ancien royaume de Cologne. Des auteurs parlent d'Evochilde.". On peut alors se poser la question : Est-ce Evochilde qui a conseille Clovis d'épouser sa cousine ? Cette page de l'album de BD "Clotilde (scénario de Monique Amiel) est compatible avec cette hypothèse...



    Gondebaud, roi des Burgondes, est un ascendant de Bernard de Septimanie + planche de Godard / Ribera [17] où Gondebaud vainc son frère Godogisel / Godégisile dans la ville de Vienne.


    "Histoire de Lyon" texte A. Pelletier, F. Bayard, dessin Jean Prost, 1979 + la planche

    "Césaire d'Arles", Louis-Bernard Koch au scénario, Christian Goux (éd. du Triomphe 2013) + une planche + recto et verso de couverture.


    Proposition de mise en place des bandages qui ont conduit à la modification crânienne de la Dame de Dully (Suisse). Geneviève Perreard-Lopreno.
    Singulière beauté burgonde au Vème siècle
    Extraits de la page du site sciencesetavenir titrée "L'étonnante déformation crânienne de la Dame de Dully" : "Nous disposons d’une trentaine de cas dans cette partie de l’arc lémanique, retrouvés au cours du XXème siècle. Parvenus dans la région des lacs en 443, les barbares Burgondes se sont rapidement assimilés à la population locale. Chez les Burgondes, l’une des pratiques culturelles dictées par des considérations esthétiques était la déformation intentionnelle des crânes.
    "Pour obtenir ce modelage, des bandages ou des éléments contraignants en tissu ou en cuir comprimaient la tête des nourrissons tant qu’elle était malléable", explique Geneviève Perreard-Lopreno, anthropologue au laboratoire d’archéologie préhistorique et d’anthropologie de l’Université de Genève (Suisse). Le tout pour obtenir, qu’il s’agisse d’hommes ou de femmes, un front rehaussé, gage de beauté.
    Cette coutume - qui disparaîtra au fur et à mesure de l’intégration burgonde parmi les gallo-romains - n’était d’ailleurs pas réservée à ce peuple. Elle est également observée chez les Alains et Sarmates, des groupes eurasiatiques qui se sont trouvés mêlés aux Burgondes lors des grandes migrations. Ces traditions ont été décrites sur différents sites archéologiques en Suisse, ainsi qu’en Gaule du Nord, comme à Obernai (Bas-Rhin), en Germanie et en Europe orientale. En Europe, des témoignages faisant état de ces modifications corporelles figurent déjà chez des auteurs grecs du Ve siècle avant J.-C. dans leurs descriptions des populations vivant autour de la Mer Noire.
    ".
    Cette pratique, déjà utilisée par les hommes de Néanderthal, est décrite sur la page Wikipédia "Déformation volontaire du crâne".

    Visage reconstitué d'une femme burgonde (Ve siècle). Philippe Froesch - Visual Forensic.

    Comment ensuite est-on passé des Burgondes aux Bourguignons ? La page Wikipédia sur les Burgondes avance cette explication : "Malgré l'effondrement de la dynastie burgonde et la victoire définitive des fils de Clovis, la cohésion entre les deux ethnies burgonde et gallo-romaine, née des actions pacificatrices et unificatrices des rois burgondes avait fait naître un particularisme et un état d'esprit bourguignon que le temps n'éteindra pas. Sous le sceptre mérovingien la Bourgogne demeura. Le royaume burgonde s'était évanoui mais la Bourgogne était née. Elle porte dans son nom le souvenir de ce premier royaume."



  34. 449-451 Les Huns et la confiance trahie d'Attila en Eudoxe et les bagaudes

    Dans le monde romain du Vème siècle, les notables de tous horizons peuvent se rencontrer. Si le Hun Attila (395-456) eut pour ami de jeunesse son futur vainqueur le général romain Aétius (395-454), il se lia aussi d'amitié avec un médecin Grec, Eudoxe, ou Eudoxius, qui vivait en Gaule et était bagaudé. Gregori Tomski en fait un récit dans son roman Les amis d'Attila (Jipto 2005).


    A gauche, Attila reçoit en 449 l'ambassadeur de Byzance [21, dessin de Pierre Joubert].

    Dessous extrait de l'album Attila - Le fléau de Dieu" dans la série "La véritable histoire vraie" scénarisée par Bernard Swysen et dessinée par Pixel Vengeur, édité par Dupuis en 2019. + la planche.

    A droite, la terrible réputation qu'ont longtemps eue les Huns, ici en 1967 dans l'album "Sainte Geneviève, patronne de Paris", texte de Geneviève Flusin, dessin de Raoul Auger. + la planche et la couverture.

    La page Wikipédia sur les Huns montre que notre perception sur ce peuple nomade a beaucoup changé en cinquante ans : "L'analyse des restes humains retrouvés dans les tombes de culture hunnique montre, avec une grande marge d'incertitude, des types variés : mongoloïde, europoïde et métissés, de taille et conformations diverses."

    D'après Catherine Wolff dans l'article "Attila défie Rome" paru dans le magazine "Histoire et Civilisations", l'amitié d'Eudoxe pourrait expliquer la volonté d'Attila d'envahir la Gaule "Un changement de politique majeur a lieu en 451 : Attila a décidé d’envahir les Gaules. Attila n’a pas pris la décision à la légère, et plusieurs raisons peuvent être avancées pour l’expliquer. Certains historiens mettent en avant l’influence du médecin Eudoxe, l’un des chefs de la révolte des bagaudes, réfugié auprès d’Attila en 448".

    Amédée Thierry dans l'article "Attila dans les Gaules", Revue des Deux Mondes 1852, va dans le même sens : "Le médecin Eudoxe, « homme d’une grande science, mais d’un esprit pervers, » nous disent les chroniques contemporaines, s’enfuit, en 448, chez les Huns. Là sans doute il ne manqua pas d’exciter Attila à porter la guerre en Gaule, lui promettant pour sa part l’appui des brigands, des esclaves et des paysans révoltés".

    Pour Bruno Pottier [15 chap. 35] : "Le fait qu’un médecin célèbre, Eudoxius, puisse avoir été à la tête d’un groupe de Bagaudes en 448 n’a pas suffisamment attiré l’attention. En effet, l’auteur de la chronique de 452 a vanté ses compétences professionnelles tout en dénonçant son caractère. Le cas d’Eudoxius, de nom oriental, évoque le père d’Ausone, médecin qui parlait mal le latin mais correctement le grec. L’autorité d’Eudoxius auprès des paysans qui l’accompagnaient découlait probablement de guérisons perçues comme miraculeuses. Eudoxius pourrait être rapproché d’une certaine façon de Mariccus, lui aussi supposé par ses partisans être pourvu de capacités supranaturelles. Un personnage comme Eudoxius pouvait légitimer la réinvention de traditions militaires celtiques, dénotées par le terme Bagaudes."

     
    Ci-dessus Attila et Aétius dessinés par Poïvet, scénario Lécureux, en 1976 [17] + trois pages sur le raid des Huns de Colmar à Orléans en passant par Paris : 1 2 3. Ci-contre, Attila est un ascendant direct de Charlemagne.

    Le sac de Metz "Au printemps 451, les Huns assiègent l'antique Mettis qui résiste, à l'abri des ses remparts du IIIe siècle. Pendant le siège, les troupes d’Attila vivent sur le pays, ravageant et pillant les domaines ruraux et les bourgades de la région. Le 7 avril 451, veille de Pâques, un pan de la muraille sud s’effondre, laissant pénétrer les assiégeants, qui pillent et incendient la ville et massacrent les habitants. Le pillage de la cité dure plusieurs jours. La plupart des habitants sont asservis ou fait prisonniers, comme l’évêque Auctor ou Livier de Marsal. Seul l'oratoire de Saint-Etienne, future cathédrale, aurait échappé à la destruction." (page Wikipédia sur le siège de Metz)

    Maurice Bouvier-Ajam va plus loin dans l'analyse des rapports Eudoxe - Attila - Aétius [01 page 319 et suivantes] : "Aétius, qui avait obtenu autrefois le concours des mercenaires Huns pour réprimer les Bagaudes, apprend sans joie en 448 qu'Attila a, outre-Danube, accueilli un singulier personnage qui fuyait la Gaule où, lui, Aétius, avait mis sa tête à prix. C'était un médecin grec, fort savant, un peu fou, nommé Eudoxe, qui avait séduit par la Gaule au cours d'un voyage, s'y était établi et y travaillait comme il pouvait pour ruiner l'autorité romaine. Bon orateur, aventurier persuasif, il avait un grand prestige sur des bandes de brigands, des maquis d'esclaves et de miséreux, des Bagaudes de paysans révoltés. Il offrait à Attila l'appui de tous ces gens-là en cas d'une agression hunnique au-delà du Rhin." [...] Eudoxe est formel : le jour où Attila voudra s'imposer en Gaule, il lui obtiendra le concours ô combien utile des Bagaudes. Et Attila le croit : il apparaîtra ainsi en libérateur. Sa grande erreur est de penser que les Gaulois, majoritairement hostiles à la domination romaine, refuseront majoritairement de s'associer à la défense de l'Empire. Or, la majorité des Gaulois est effectivement décidée à mettre fin à l'occupation romaine, mais elle entend, avec l'aide de Barbares qui progressivement s'infiltrent et n'ont pas la sauvagerie des Huns, se sortir d'affaire elle-même et ne pas risquer une oppression plus rude que celle des Romains. Antiromains, ils n'en sont pas moins les gardes frontalières de l'empire à l'est : le plus clair des légions "romaines" - sans doute plus des trois quarts - qu'Aétius opposera aux Huns est composé de Gaulois."

      
    Attila et Eudoxe. Publié de 2008 à 2010 par Soleil Productions en trois volumes, sur scénario de Bruno Falba et dessin de Mike Ratera, la série "Le chant des Elfes" décrit la préparation de la bataille des Champs Catalauniques et la bataille elle-même, avec la présence d'elfes, de dragons et de monstres pour magnifier les combats, sur une solide trame historique. + deux planches sur la discussion houleuse entre Attila et Eudoxe (tome1) : 1 2 + une planche sur la mort d'Eudoxe, lynché par les siens (avant la bataille, tome 2)+ des pages de la bataille (intro du tome 1) : 1 2

    Bouvier-Ajam poursuit son explication : "Attila se trompe parce qu'il a confiance en Eudoxe et qu'il compte sur un appui massif des Bagaudes. Or les Bagaudes, les vraies Bagaudes, dans leur rébellion forcenée à l'égard de "l'ordre" gallo-romain, entendent réaliser une Gaule libre et unie, et non substituer à l'appartenance de la Gaule à l'Empire d'Occident une appartenance à quelque autre empire que ce soit".. C'est à croire qu'un meneur aurait pu agglomérer toutes les révoltes autour de son panache blanc et d'un discours clamant "Vivent les Bagaudes libres, vive la Gaule unie !".

    Ci-dessus, Attila mon amour, série en 6 tomes aux éditions Glénat (ici tome 5, 2002), sur scénario de Jean-Yves Mitton et dessin de Franck Bonnet. Eudoxe et les bagaudes sont absents de cette longue saga axée sur les rapports Attila - Aétius + les deux premières pages avec l'empereur Valentinien III, le roi des Wisigoths Théodoric Ier et le général Aétius : 1 2
    Ci-contre, Timour contre Attila, première parution dans Spirou en 1958, par Sirius
    + les trois pages sur la bataille des Champs Catalauniques : 1 2 3
    + 1 page Lécureux-Poïvet [17] sur la mort du roi Wisigoth Théodoric Ier (fils d'Alaric Ier) durant cette bataille

    Maurice Bouvier-Ajam décrit ensuite le maelstrom bagaudé dans lequel Attila s'est engagé : "La désillusion de l'Empereur des Huns sera tragique : Eudoxe l'a totalement induit en erreur, peut-être sans être en l'occasion malhonnête ; il lui a promis le concours des Bagaudes et lui a juste obtenu celui de bandits que même les autres révoltés redoutaient. Quand Attila veut prendre Metz, la pseudo-bagaude de Château-Salins, qui n'est qu'un repaire de déserteurs et sur laquelle Eudoxe a dit qu'on pouvait compter, a été anéantie par la bagaude de l'ouest de Nancy, qui veut sauvegarder le territoire gaulois. La bagaude de Commercy, promise par Eudoxe à Attila comme alliée, a passé contrat contre lui avec la garnison gallo-romaine de Bar-le-Duc. Saint-Dizier est un pays bagaude qui devient un vrai centre de mobilisation paysanne contre les Huns. Et quand Eudoxe meurt, assassiné... par les Bagaudes (!), Attila comprend enfin qu'il a été constamment dupe de ce fol apôtre des bagaudes finissantes et qui ne se savaient pas si proches de leur fin."

    Harangue d'Attila à ses troupes... sur scénario de Manu Larcenet et dessin de Casanave dans l'album "Le fléau de Dieu", troisième de la série "Une aventure rocambolesque de..." (Dargaud 2006). + une planche + ici la couverture.

    Sous le même titre, "Le fléau de Dieu" est un album édité par Solien en 1995, scénario de Simon Rocca (Georges Ramaïoli), dessin de Février (tome 2 non paru). + une planche.
    Attila est aussi le héros de la série "Le fléau des dieux", voir plus loin dans le chapitre Avitus.

    A la bataille décisive des Champs Catalauniques, en 451, Aétius, avec le concours d'Avitus, haut dignitaire de Rome, futur empereur,obtient un solide soutien des bagaudes. Bouvier-Ajam [01, pages 321 et 322] : "Avitus assure aussi à Aétius - :qui a jadis combattu les Bagaudes avec l'aide des Huns ! - des concours de troupes bagaudes, contre l'engagement d'honneur qu'elles ne seraient aucunement inquiétées quand, la guerre finie, elles regagneraient leurs retranchements. Il fallait vraiment, pour que de telles décisions soient prises, que la crainte du "Fléau de Dieu" fut partout ressentie, que l'état d'urgence fut devenu évident. Certes toutes les bagaudes n'envoyèrent pas un contingent au patrice romain. Certaines s'abstinrent mais il ne semble pas qu'elles aient jamais tenté de perturber le passage des armées d'Aétius et de ses alliés. Mais grâce essentiellement à la multiple action d'Avitus et du Clergé sur lequel il était influent, la prise de position des bagaudes contre l'envahisseur, contrée après contrée, place après place, s'intensifie. [...] L'appui bagaude était plus important pour Aétius que celui du paysannat non bagaudé.". Le roi Wisigoth Théodoric Ier est tué à cette bataille très meurtrières qui marque la fin de l'avancée des Huns en Gaule. Les Alains, alliés d'Aétius, alors installés autour d'Orléans, sont décimés.


    Geneviève, Aignan et Loup se dressent contre les Huns. Paris, grâce à une jeune aristocrate Geneviève Severus (voir cette page), résiste aux assauts d'Attila. Aignan, évêque d'Orleans, organise la défense de sa cité ; après un long siège, la ville tombe, mais les troupes d'Aétius arrivent avant qu'elle soit mise à sac. La ville de Troyes, grâce son évêque Loup, cousin germain de l'empereur Avitus, est épargnée. Tous trois ont agi au nom de leur foi chrétienne et seront par la suite canonisés. De gauche à droite : les Parisiens sont effrayés par l'approche d'Attila, Geneviève les convainc de résister [anonyme vers 1890] ; Aignan sur le rempart d'Orléans [école italienne de Giuseppe Cesari (1568-1640)] ; l'évêque Loup arrête Attila devant Troyes [dessin de Henri Grobet, 1902].

    L'empire Hun, en orange, était alors très étendu. [cartes Wikipédia]

    Une bataille décisive pour la Gaule, pas pour l'empire romain
    En 451, le combat des Champs Catalauniques n'oppose pas seulement les Huns contre les Romains mais deux coalitions. Du côté Attila et ses Huns, des : Ostrogoths, Ruges, Skires, Gépides, Alains, Suèves, Sarmates, Thuringiens, Gelonians. Du côté Aétius et sa maigre garde rapprochée de Romains, des Wisigoths avec Théodoric Ier et ses fils, Francs, Burgondes, Saxons, Gaulois, Sarmates, Alains de l'Orléanais avec leur roi Sangiban. Auparavant, les Huns avaient pillé de grandes villes, Strasbourg, Worms, Mayence, Cologne, Trèves, Tournai, Cambrai, Metz, Reims, Amiens, Beauvais.

    La défaite d'Attila aux Champs Catalauniques est une fuite en bon ordre (guidée par l'évêque Loup...) puisqu'il garda ses butins et dévasta l'Italie du nord l'année suivante. En cela, c'est aussi une défaite d'Aétius. Les gagnants furent les Wisigoths, Francs et Burgondes, qui affermirent leur emprise sur leurs territoires en Gaule.


    En 452, Attila plus fort que jamais

    Au printemps 452, après la bataille des Champs Catalauniques, Attila ravage le nord de l'Italie. L'empereur d'Occident Valentinien III, 28 ans, suspicieux à l'égard d'Aétius, envoie à sa rencontre une délégation dirigée par le pape Léon Ier. Son armée étant à la fois victime d'une épidémie et d'attaques sur le front Est, Attila accepte un traité, avant de mourir de façon soudaine début 453.

    Ci-contre au-dessus "Attila et ses hordes envahissant l'Italie" d'après Eugène Delacroix (1798-1863).
    Dessous Valentinien III dans l'album "Léon le Grand", mettant en avant le rôle du pape, scénario France Richemond, dessin Stefano Carloni (Glénat / Cerf 2019). + deux pages 1 2 et ici la couverture.

    Maurice Bouvier-Ajam conclut en constatant que les bagaudes n'ont pas survécu au terrible Attila et c'est une belle fin : "Des bagaudes, trouvant au lendemain de cette sorte de victoire nationale qui sera remportée sur le Hun une atmosphère nouvelle, desserreront leurs protections, tout en restant prudents, et rétabliront leurs relations avec les alentours. L'autarcie des bagaudes s'atténuera avec, dans les régions pauvres, cet avantage que les échanges se substitueront aux razzias. Et l'ensemble des échanges en profitera, les communications devenant plus aisées, sans que pour autant toute police locale disparaisse. Un autre effet sera aussi un rapprochement entre la population gallo-romaine et les lètes, ces soldats-paysans barbares, installés mais toujours mobilisables." Des bagaudes survivront encore quelques temps, jusqu'à l'arrivée des Francs...

    Quant au général Aétius, il ne survécut pas longtemps à son ami de jeunesse Attila. Malgré le triomphe de son retour à Rome, il est victime des jalousies et des craintes de la famille impériale. Il meurt poignardé par l'empereur Valentinien III le 21 septembre 454.


    Aétius et Valentinien III vus par Harold Foster. En 1940, après avoir fait longuement combattre son héros imaginaire, chevalier de la Table Ronde du roi Arthur, contre les Huns (notamment ici), l'auteur américain imagine la rencontre de Prince Valiant avec le bien réél général Aétius à Rome, juste avant l'assassinat de ce dernier. On remarquera le traitement manichéen des deux personnages et le réalisme de l'image centrale, probablement réalisée d'après photo. + ici la planche du 6 octobre 1940 où Foster réinvente l'assassinat d'Aétius, tué par les sbires de l'empereur qui détournent les soupçons sur Valiant et ses amis.



  35. 406-455 Les Vandales dévastent la Gaule, s'installent à Carthage, pillent Rome...


    [17] Ci-dessus, Lécureux au scénario, Poïvet au dessin, deux cases montrant les ravages des raids barbares et les tentatives romaines pour essayer de les contrôler... + quatre pages extraites sur l'invasion des Vandales, Suèves, Alains (franchissement du Rhin : fin 406) : 1 2 3 4

    Nous avons vu, ci-avant, combien, à partir de l'an 260, les raids barbares, lointains contrecoups d'une pression chnoise sur les royaumes des steppes, ont menacé les "limes" de protection de l'empire romain. Vaille que vaille, cette pression a été contenue... jusqu'à ce qu'elle craque au début du Vème siècle. Comme le montre cette carte Wikipédia, l'Europe fut alors dévastée par des troupes très mobiles et aguerries, qui, hormis les Huns stoppés aux Champs Catalauniques, ne purent se calmer qu'après avoir obtenu d'installer un royaume sur un territoire jadis rattaché à l'empire romain, lequel se décompose ainsi peu à peu...

    En bleu le trajet des Vandales, en violet celui des Wisigoths, en vert celui des Huns, les trois plus longs itinéraires.


    Comme les Huns et les Wisigoths, davantage même, les Vandales ont traversé des milliers et des milliers de kilomètres en pillant sur leur passage. Le 31 décembre 406, Vandales, Alains, Suèves et aussi Burgondes, Gépides, Hérules, Quades, Francs, Alamans se mettent à franchir le Rhin gelé.

    Ils écrasent les colons francs dirigés par le duc de Mayence. Worms, Mayence, Strasbourg, Tournai, Arras, Thérouanne, Boulogne, Amiens, Reims sont mis à sac. Puis ils se dispersent à Reims, certains restant dans le nord de la Gaule, les autres partant vers l'Espagne, empruntant deux itinéraires, l'un par la Touraine (la Loire est franchie en 408) et la Gironde, l'autre par Lyon et Toulouse.


    31 décembre 406, contrecoup de la poussée des Huns, pas moins de quatre cent mille personnes dont cent mille guerriers vont franchir le Rhin (page "Les Francs avant Clovis" du site miltiade) [illustration de René le Honzec dans"Histoire de la Bretagne", 1991]
    Carte de la page sur les Vandales du site miltiade montrant les itinéraires des Vandales et leurs alliés à travers la Gaule.


    Mai 429, colonnes d'Hercule / détroit de Gibraltar, les Vandales arrivent en Afrique. Dessin de Pierre Joubert [21]

    Genséric (389-477), roi du royaume vandale (capitale Carthage)

    Les Vandales, accompagnés d'une partie des Alains traversent l'Espagne du nord au sud en 409-429 puis passent en Afrique. Ils s'installèrent sur les côtes d'Algérie / Maurétanie et de Tunisie / Numidie. Carthage devient leur capitale. Le royaume vandale d'Afrique durera presque cent ans, de 439 à 533. Entre la Kabilie et la Tunisie (pays de montagnes berbères, avec les ruines romaines de Timgad), les gens sont très blancs de peau, et on trouve même parfois des blonds, et des femmes parfois plus blondes que des Allemandes (d'après cette page). C'est en partant de cette base arrière que les Vandales pillèrent Rome en 455...


    Genséric et ses Vandales vu par Harold Foster : extrait de la planche du 27/1/1946 de "Prince Valiant"
    + ici la planche montrant le lynchage de l'empereur Pétrone Maxime le 31 mai 455 et le troisième sac de Rome commencé deux jours plus tard.
    En l'an 455 a lieu le troisième sac de Rome par les Vandales de Genseric [Wikipédia - Karl Briullov, 1835 environ]

    Malgré les appels à la modération du pape Léon Ier et même s'il n'y eut pas de grands incendies, ce sac apparaît plus dévastateur que le précédent, selon la page Wikipédia : "Le sac de 455 est généralement considéré par les historiens comme plus sévère que le sac de Rome par les Wisigoths en 410, car les Vandales passèrent quatorze jours à piller Rome là où les Wisigoths n’étaient pas restés plus de trois jours."

    Plus tard, en 550, après un long siège, il y eut un quatrième sac de Rome par Totila et ses Ostrogoths. Ceux-ci s'installèrent en Italie et ne traversèrent donc pas la Gaule. Les 5ème, 6ème et 7ème sacs de Rome datent de 846 par les Sarrasins, 1084 par les Normands de Robert Guiscard et 1527 par les troupes de Charles Quint.


    Humour chez les Vandales. Astrid est la fille du chef des Vandales. Vie de famille et vie de prédateurs s'assemblent, comme dans Hägar Dünor chez les Vikings plus tard, enfin plus tôt... Astrid, à la courte vie (un album), est née en 2004 chez Soleil Edition, scénarisée par Sylvain Runberg, dessinée par Karim Friha. Hägar Dünor, à la longue vie, a été créé en 1973 par l'Américain Dick Browne. + la planche d'Astrid contenant ces trois cases + une sélection de cinq gags d'Hägar Dünor où on peut remplacer les Vikings par les Vandales, les seconds ayant d'ailleurs des ancêtres communs avec les premiers (voyez le début de l'itinéraire bleu sur la carte en début de chapitre).



  36. 455-500 Autres royaumes de nos ancêtres Barbares (Alains, Saxons, Alamans, Ostrogoths)

    Sans entrer dans le détail des petits royaumes, comme celui des Alains de l'Orléanais, les deux cartes ci-dessous montrent à quel point les frontières des royaumes barbares ont rapidement évoluées autour de l'an 500 (sauf les Suèves stabilisés dans le Portugal).


    Les Wisigoths, les Burgondes, les Huns et les Vandales ayant déjà été traités, et les Francs l'étant plus tard, ce chapitre présente les territoires gaulois occupés ou dévastés par les autres peuples barbares.

    Les Alains s'installent en Orléanais-Touraine et près de Valence

    Ayant pénétré en Gaule avec les Vandales, les Alains vont se partager : certains iront aussi jusqu'en Afrique, d'autres s'arrêteront en Gaule. Jean Dartois sur la page "Les Alains en Gaule" du site lheritage : "Cependant, et c’est là que les Alains entrent pleinement dans l’histoire du peuplement de la Gaule, une partie des tribus alaines accepte de se soumettre à l’autorité de Rome et sont installés par Aetius autour de la Loire et d’Orléans. On évalue le nombre de ces coalisés à 15 000. Une centaine de localités dans l’Orléanais gardent le souvenir de l’épopée alaine : Allaines, Alainville, Allaincourt... Une autre partie, sous l’autorité du roi Sambida, s’installe le long du Rhône, près de Valence. Les Alains sont employés comme mercenaires par les Romains. De 445 à 448, placés sous l’autorité d’Eochar [ou Goar], ils répriment une révolte en Armorique."

    Les Alains en Touraine ["Histoire de la Touraine, des origines à la Renaissance", texte Georges Couillard, dessin Joël Tanter, 1986] + la planche contenant ces cases. Cavalier Alain [page "Les Alains en Gaule"]

    L'installation de ces troupes Alains est brutale et mal acceptée, comme le décrit Luce Pietri [23, page 99], élargissant les zones d'implantation :"Les principaux établissements se situent à Orléans même, où le roi Goar fixe sa résidence, et dans la partie septentrionale de l'Orléanais ; mais d'autres s'échelonnent vers le Nord jusqu'à la baie de Seine et vers le Sud sur la rive gauche de la Loire, de façon à couper en deux le tractus armoricanus. Dans ces régions, les propriétaires romains doivent céder à leurs "hôtes", en échange de la protection qu'ils offrent, une partie de leurs biens-fonds, probablement un tiers, si ce n'est plus. L'installation des fédérés alains dont la rapacitas était proverbiale, rencontra une assez vive opposition. Les grands propriétaires fonciers, lésés dans leurs intérêts, se retrouvent dans le camp des rebelles. ; en 441, au témoignage de la Chronica Galica : "les Alains, auxquels des terres de Gaule ultérieure avaient été concédées par le patrice Aetius pour être partagées avec les habitants, maîtrisent par les armes leur résistance, expulsent les propriétaires et s'emparent de leurs terres par la force"."

    Jean Dartois : "En 451 les Alains contraignent les Huns d’Attila à mettre le siège devant Orléans. La même année, leur cavalerie lourde est au centre du dispositif militaire romain aux Champs catalauniques, elle y fait des prodiges." Cette bataille est en fait catastrophique pour les Alains, commandés par leur roi Sangiban. Ils y sont presque décimés. Quelques années plus tard, les troupes restantes sont incorporées dans l'armée wisigothe. On pourra aussi consulter la page "Alains" du site mephisto-1061.

    Aétius et Sagiban, chef des Alains, se mettent d'accord avant la bataille des Champs Catalauniques : les Alains de l'Orléanais ne soutiendront pas Attila.
    ["Le chant des Elfes", tome 2, 2009 par Falba et Ratera + la planche de cet accord.

    Les Saxons en Normandie, dans le Boulonnais, à l'embouchure de la Loire...


    [illustrations d'origine indéterminée, provenant de la page "Les Saxons en Normandie"]

    Si la Bretagne insulaire fut la principale victime de leurs raids au Vème siècle, les Saxons attaquèrent aussi les côtes de la Gaule continentale : pillages et installations permanentes. En Picardie, le site de Vron est ainsi occupé depuis environ 370. En Normandie, Bayeux est une point fort (la région est appelée "Otlinga saxonia") et on a trouvé des nécropoles saxonnes en neuf lieux, dont Lisieux. La présence est permanente du Vème au VIIème siècle. D'autres pôle saxons sont trouvés à Ponthieu, Boulogne, dans l'Eure (à Muids) et même en Charentes (à Herpes).

    Luce Pietri [23 page 121] : "Des pirates Saxons, de ceux qui écumaient de puis la fin du IIIème siècle les mers occidentales se fixent par petits groupes dans le Bessin, autour de Boulogne et en plusieurs points du rivage atlantique, notamment près de l'embouchure de la Loire, dans les îles de l'estuaire. A partir de ces nouvelles bases d'opérations, ils multiplient leurs incursions pillardes sur les côtes et mènent des tentatives de pénétration dans l'intérieur des terres. [...] En 463, des pirates saxons commandés par un chef du nom d'Adovacrius (Odoacre), s'emparent d'Angers, à une centaine de kilomètres seulement de Tours. Dans les années qui suivent, ils semblent se contenter de mettre à la rançon la ville, après s'y être assuré quelques otages. Mais en 469 de nouveau, Odoacre occupe la cité angevine dont il est délogé par l'action conjuguée d'un chef militaire romain, le comte Paul, et du roi franc Childéric. Ce dernier, après la mort de Paul, tué dans l'engagement, exploita le succès ainsi remporté : il écrasa en bataille rangée les Saxons et les poursuivit dans leur fuite jusqu'à leurs établissements côtiers qui furent anéantis. De ce côté, le péril immédiat était écarté." A signaler que la page Wikipédia du comte Paul confond le Saxon Odoacre et l'Odoacre qui devint roi d'Italie après avoir destitué le dernier empereur romain d'Occident Romulus Augustule.

    Les Alamans de Metz à Strasbourg

    Déjà en 273, les Alamans avaient effectué des raids meurtriers en Gaule, ici à Augusta Raurica, une ville près de Bâle en Suisse. Extrait du tome 1 de "Prisca et Silvanus", bande dessinée scénarisée par Dorothée Simko, dessinée par Roloff, 1995. + sur le tome 2 de 1997, une planche sur le métier de bronzier et une page de présentation d'Augusta Raurica devenue ville vestige.

    Vingt ans après leurs premières incursions, les Alamans envahissent la Gaule et surprennent l'empereur Constance Chlore près de Langres. Ils sont mis en déroute en 301. En 352, ils reviennent, repoussés par Julien en 357. Puis en 365. En 374, certains d'entre eux sont autorisés par un foedus à s'installer à l'ouest du Rhin. En 407, des Alamans non fédérés s'engouffrent dans la brèche ouverte par les Vandales. Ils s'installent en Alsace et Palatinat, avant d'être repoussés par Aétius.

    En 453-455, ils sont aux côtés d'Attila. Aux alentours de 480, ils occupent le nord-est de la Gaule, près du Rhin. Ils sont repoussés par les Francs en 496. En complément, on pourra consulter la page de Karolvs, celle du site cosmovisions ou celle de Grimbeorn.

    Les Alamans vaincus par les Francs de Clovis à la bataille de Tolbiac vers 496.
    Dessin de Julio Ribera 1976 [17] + les deux pages de la bataille : 1 2

    Les Ostrogoths en Provence, les Lombards à Nice...


    En 451, les Ostrogoths avaient combattu avec les Huns d'Attila. Ils étaient donc opposés aux Wisigoths, Goths de l'Est contre Goths de l'Ouest. ["Le chant des Elfes", tome 2, 2009 par Falba et Ratera] + la planche

    En 508, les Ostrogoths de Théodoric le Grand conquiert la Provence, qui restera ostrogothe jusqu'en 536, où elle est reprise par les Francs. Ces Goths venus de l'Est s'entendaient généralement bien avec les Wisigoths, Goths de l'Ouest, mais moins avec les Francs, qui venaient de battre les Wisigoths... [carte adaptée de la page du site jean.gallian]

    Les Lombards pillèrent aussi, comme l'indique cette page sur Nice : "Pendant la triste période de l’invasion des barbares, qui firent des Alpes-Maritimes leur grande route vers l’Italie, Nice, devenue tour à tour la proie des Goths, des Vandales, des Wisigoths, des Bourguignons et des féroces Lombards, ne fut bientôt plus qu’une misérable bourgade". En 575, la ville voisine de Cemenelum / Cimiez est assiégée par les Lombards et il n'en reste que ruines.

    Théodoric le Grand, roi des Ostrogoths, roi d'Italie en 496 (capitale Ravenne), dont le père Thiudimir était un allié d'Attila

    Un nouvel ordre barbare se met en place dans les jeunes royaumes. Ici un tribunal villageois procède au jugement d'un meurtre [21, dessin de Pierre Forget]


    Le brassage généalogique voulu par l'Ostrogoth Théodoric le Grand. Bruno Dumézil [22 page 80] : "Au milieu des années 480, le roi d'Italie, l'Ostrogoth Théodoric le Grand, essaie d'imposer la paix en Europe. C'est un projet aussi magnifique qu'anachronique : un roi barbare, héritier de la puissance romaine, tente d'instaurer, à la place de la pax romana, la pax ostrothica. Il ordonne à tous les rois barbares de faire des alliances à la fois politiques et diplomatiques. Donnant l'exemple, il commence par épouser la soeur de Clovis, puis donne l'une de ses filles à marier au roi des Wisigoths, et une autre au roi des Burgondes. Toutes les familles européennes sont désormais unies par le sang et la paix peut être établie - du moins le pense-t-on.". C'est dans ce contexte que le jeune roi franc Clovis a épousé la princesse burgonde Clotilde.


    Pour ses proches descendants, avec trois épouses, voici les mariages entre princes / rois et princesses des royaumes barbares.
    Les généalogistes remercient ce roi d'avoir provoqué tant de mariages mixtes !



    Ascendances vers le Vandale Genséric, l'Ostrogoth Théodoric le Grand, le Lombard Wachon


    Ascendances vers le Suève Herméric, l'Alaman Chlodomer, l'Alain Ashkatar

    Les villes reprennent leur nom gaulois A cette époque dite du bas-empire, les villes changent souvent de nom, reprenant une appelation moins romaine, davantage gauloise. C'est ainsi que la capitale des Tricasses, Augustabona, devient Tricassum avant d'être Troyes et la capitale des Turons, Caesarodunum, devient Turonum avant d'être Tours. De même, Lutèce, capitale des Parisii, deviendra Parisius puis Paris

    Ci-contre (cliquez sur la miniature pour agrandir), une carte de la Gaule administrative au Vème siècle, avant le démantellement de l'état gallo-romain. On y trouve les voies de communication terrestres, les nouveaux noms des villes, les noms et limites des provinces ["Histoire de France - La France avant la France" de Geneviève Bührer-Thierry et Charles Mériaux - Belin 2010]



  37. Les Gaulois font élire l'un des leurs, Avitus, comme empereur romain

    Avitus, l'auvergnat devenu empereur romain. Nous avons déjà vu Avitus en 451 quand, haut dignitaire, ayant déjà exercé en 439 la charge de préfet du prétoire des Gaules, il aida précieusement le général romain Aétius dans sa lutte contre Attila afin qu'il bénéficie du soutien des bagaudes. Il avait alors 56 ans. Il avait aussi eu un rôle essentiel dans la conclusion de la paix avec les Wisigoths de Théodoric Ier. L'empereur Pétrone Maxime, qui régna deux mois et 14 jours en 455 l'avait nommé maître de la milice. De son nom complet Eparchius Avitus Augustus, il était un noble arverne, ayant fait ses études à Rome où il avait acquis culture, éloquence, qualités diplomatiques et militaires. Après un commandement aux défenses rhénanes, il s'était retiré en ses terres auvergnates, avant que son ancien compagnon d'armes, Aétius, devenu général, ne fasse appel à ses compétences. Sa fille Papianelle a épousé l'écrivain Sidoine Apollinaire. Arrive en 455 le sac de Rome par les Vandales de Genséric, l'empereur Pétrone Maxime est lynché par la foule.

      Eparchius Avitus (395-456) à gauche sur une pièce de monnaie.

    Avitus et Aétius. Dans le tome 2 de la série "Le chant des Elfes" (éd. Soleil 2009, par Falba et Ratera), Aétius bénéficie de l'aide d'Avitus, ici moustachu. + la planche de leur rencontre + celle du début de bataille (tome 3).

    En ce monde romain en décomposition maintenant avancée, les notables gaulois prennent alors l'initiative de convoquer une grande assemblée à Beaucaire, entre Arles et Nîmes, en y invitant le plus grand nombre possible de sénateurs romains. Bouvier-Ajam [01 page 326] : "L'assemblée a lieu en juillet 455 ; la dominante gallo-romaine est considérable  Sidoine Apollinaire rapporte les propos de ses représentants : "Nous avons considéré comme un devoir sacré de nous associer aux malheurs d'un pouvoir vieilli ; nous avons sipporté l'ombre de l'Empire ; l'occasion s'offre à ,la Gaule de montrer ce qu'elle vaut"." En de telle conditions, le Gaulois Avitus est investi empereur romain d'Occident. Il a, semble-t-il, 60 ans (80 ans pour Bouvier-Ajam [01 page 326], 70 ans pour d'autres, 60 ans s'il a le même âge qu'Aétius). Par devoir, il accepte.

    Mais l'armée romaine reprend le pouvoir... Bouvier-Ajam [01, page 327] : "Il est gaulois, populaire en Gaule ; il est l'ami des Barbares, et l'a prouvé en associant les Wisigoths à la campagne anti-hunnique d'Aétius ; il est respecté des préfets, des évêques, des cités, des contrées bagaudes, comme des autres contrées ; il est l'Empereur élu des notables. En vérité n'at-il pas tout pour réussir ?... [...] Hélas ! Le général de loin le plus puissant de l'Empire est le Suève Ricimer qui revient, glorieux, pratiquement pouvant tout se permettre, de vaincre les Vandales. Et il s'avise qu'une assemblée de notables a doté Rome d'un Empereur sans même lui demander son avis ! Il convoque froidement Avitus et l'informe qu'il exige son abdication et qu'il le "nomme" évêque quelque part en Italie. Avitus abdique, au bout de quatorze mois de règne, en avril 456. Ricimer impose à sa place le général romain Marjorien. [...] Mais Marjorien se prit pour un véritable empereur et, faute de pouvoir le détromper, Ricimer le massacra au bout de trois ans de règne. Avitus ne rejoignit pas l'évêché qui lui avait été assigné et se retira - enfin - dans son domaine d'Auvergne où il mourut quelques mois plus tard [ou sur le chemin du retour d'après une autre version]. Avec lui - puis avec Marjorien - la preuve était faite que Rome ne se revigorerait pas.."

    Les Barbares attaquent l'Empire Romain Galactique !

    "Le fléau des Dieux" est une série de science-fiction mêlant Dieux, Romains et Barbares. Attila est en première ligne, mais aussi Avitus. Scénario de Valérie Mangin, dessin de Aleksa Gajic, série en six albums, éditeur Quadrants 2001-2009. Ici cases du dernier volume. + (aussi de ce volume) une planche, une page de la chronologie en postface et le verso de couverture.

    Egidius trait d'union entre Avitus et Syagrius Egidius / Aegidius est né dans une famille patricienne de Lyon. Il fourbit ses premières armes sous le commandement d'Aétius, qui lui confie les troupes romaines de la Loire. Il y a fait la connaissance de Marjorien, qui une fois devenu empereur, le charge en 457 de rétablir l'ordre dans une Gaule agitée par l'échec d'Avitus. Il devient, comme Avitus avant lui, maître des milices. Marjorien étant assassiné, Egidius se rend indépendant et va créer le domaine de Soissons, gouverné ensuite par son fils Syagrius..

    Eparchius Avitus (qui a pour gendre l'évêque et écrivain Sidoine Apollinaire (430-489)) et Egidius ne sont pas reconnus comme des ascendants de Charlemagne mais, en passant par Bernard de Septimanie et Girard de Paris, ils sont ascendants de très nombreux généalogistes. Avitus est aussi un ascendant oncle de Grégoire de Tours (lien).


    Sidoine Apollinaire dans
    "Histoire de Lyon" texte A. Pelletier, F. Bayard, dessin Jean Prost, 1979 + la planche



  38. 461-486 D'Egidius à Syagrius, l'état gaulois de Soissons

    Oui, un état gaulois ! Le titre de ce chapitre peut surprendre. Il s'impose pourtant face aux titres habituels que sont "Royaume de Syagrus", "Royaume de Soissons", "Etat gallo-romain de Soissons" et autre dénomination sur la même veine. En sa page titrée "Royaume de Soissons", Wikipédia commence ainsi son introduction : "Le royaume de Soissons, aussi connu sous le nom de domaine de Syagrius était un État de l'Empire romain d'Occident, dans le nord de la Gaule. Ce territoire romain autonome a existé en Gaule romaine au Ve siècle de notre ère, territoire dirigé notamment par Syagrius jusqu'à la conquête franque par Clovis." Royaume, non, il faudrait un roi, ni Egidius ne Syagrius ne le furent officiellement, même si ce dernier fut parfois surnommé "roi des Romains". Domaine ou Etat oui, voire principat. Plus loin : "Du point de vue de l'historiographie romaine, on pourrait identifier ce territoire durant son existence sur la carte géographique comme la dernière terre romaine de l'Antiquité tardive occidentale". Dernière terre romaine, que non ! Il faudrait au moins qu'habitent en ce pays des Romains, il n'y en a pratiquement pas. Avitus, son précurseur était arverne, Egidius son créateur était lyonnais. Ce territoire est habité par des Gaulois, il est gaulois.

    Certes ce ne sont plus les Gaulois de Vercingétorix, cinq siècles se sont écoulés, la Gaule a été largement romanisée. Et aussi largement christianisée, bagaudisée, barbarisée, c'est une autre Gaule, une néo-Gaule, mais une Gaule quand même...


    Sous la gouvernance d'Egidius 461-464
    Les Burgondes ayant pris Lyon, les Wisigoths tenant l'Aquitaine, les Alamans l'Est, les Francs le nord, les Bretons l'Armorique, ce qui reste de la Gaule assujettie à l'empire romain se réduit en 461 à l'état de Soissons, qui, séparé de Rome et opposé à ses dirigeants, devient indépendant. Sa délimitation géographique fut changeante, avec une superficie se réduisant au fil des ans. Les Francs Saliens de Mérovée puis Chldéric puis Clovis ont pour capitale Tournai, aujourd'hui en Belgique.[cartes à l'appellation corrigée pour le domaine de Soissons]
    Sous la gouvernance de Syagrius 464-486

    Egidius patrice des Gaules Maurice Bouvier-Ajam, une fois de plus, apparaît le plus précis sur cette période [01 page 330] : "Aétius, de retour en Italie, après les Champs Catalauniques, avait fait nommer "patrice des Gaules" le comte Egidius, qui avait été un de ses plus importants lieutenants. Soldat de valeur et passant pour bon administrateur, il lui est demandé plus spécialement d'assurer la pleine protection et le plein "ordre romain" de la Bretagne à Toul, de la vallée de la Loire à celle de la Somme ; il doit y avoir là ce qu'Aétius nomme un quadrilatère d'absolue sûreté. Hélas ! C'est contre les Wisigoths et les Saxons que le patrice doit diriger ses efforts, faisant appel au concours du roi franc Childéric Ier [le père de Clovis Ier], qui ne lui ménage pas son appui mais en profite pour accentuer la progression franque. Et voilà Childéric "premier allié de Rome" qui fait une tournée triomphale dans l'ouest gaulois et regagne Tournai dont il a fait sa capitale."

    Page Wikipédia sur Egidius / Aegidius : "Devant par la force des choses protéger et administrer ce qui reste de la Gaule romaine, Aegidius poursuit la lutte pour son propre compte contre les Wisigoths qu’il bat près d’Orléans en 463 parvenant à leur reprendre Tours. Il entreprend à la suite le siège de la forteresse de Chinon comme le relate Grégoire de Tours en détournant la source qui alimentait celle-ci en eau. Mais les habitants sont sauvés par l'arrivée d'une pluie providentielle qui force Aegidius à lever le siège de la place"
    ["Histoire de la Touraine", Georges Couillard et Joël Tanter, 1986]

    Egidius se détache de l'empire romain "La bonne entente entre le patrice romaine et le roi franc est durable : elle irrite même Ricimer, car elle accentue le détachement de la Gaule romaine à l'égard de Rome. Le "premier allié de Rome" n'est en fait que le premier allié d'Egidius. Ledit Egidius commence à se prendre pour un petit empereur gaulois - disons gallo-romain - au domaine limité."

    Bouvier-Ajam suite : "Toujours en garde contre tous les Barbares à l'exception des Francs - lesquels se font plus nombreux et accentuent sans difficulté leur progression vers l'ouest - Egidius se fait des ennemis par sa prétention à l'autorité absolue, par ses mutations incessantes d'officiers civils et militaires. Il réveille l'inquiétude des bagaudes par ses vaines tentatives d'obtenir de certaines d'elles le paiement d'impôts impériaux ; il parvient, par ses caprices, à indisposer des évêques."

    La mort d'Egidius et l'avènement de son fils Syagrius "Des complots confus se nouent de toutes parts. Egidius finit par se faire ou étrangler ou empoisonner. Toutes les suppositions ont été faites sur les auteurs de l'assassinat : des sbires de Ricimer, des officiers exaspérés, des complices des bagaudes, des solliciteurs éconduits. Toujours est-il qu'il est tué en 464 et que Libius Sévère [Libius Severus], alors empereur d'Occident imaginé par Ricimer, ne voit aucun inconvénient à ce que son fils Afranius Syagrius lui succède en sa qualité de patrice romain." Parmi les complots, notons celui d'Arvandus, préfet du Prétoire des Gaules, en 468, condamné à mort puis finalement exilé.

    Wikipédia, en sa page Aegidius a une version légèrement différente : "Aegidius envoie au courant du mois de mai 464 une ambassade auprès de Genséric, dans le but de former une alliance avec les Vandales contre Ricimer ou les Wisigoths. Cette alliance ne verra pas le jour puisque le maître de la milice meurt à la fin de l'année 464, sur ordre de Ricimer, soit empoisonné, soit tué dans un guet-apens, laissant le commandement à son fils Syagrius, avec peut-être le soutien du comte Paul sur la Loire. Syagrius resta seul maître de cette enclave jusqu’à sa défaite face à Clovis vers 486 à Soissons."


    Le théâtre antique de Soissons, reconstitution.
    Soissons a été choisi comme capitale pour sa proximité avec Tournai, la capitale des Francs Saliens, quand ils étaient alliés avec les Gaulois...

    476, l'empereur Romulus Augustule, 15 ans, s'incline devant le chef barbare Odoacre, c'est la fin de l'empire romain d'Occident. [Charlotte Mary Yonge 1880]

    Fin de l'empire romain d'Occident. C'est en 476, lors de la gouvernance de Syagrius, que s'achève l'empire gouverné par Rome, en fait Ravenne : après la mort de Ricimer en 472, Odoacre, un barbare du peuple des Skires / Scyres, jadis allié aux Huns, élevé à la cour d'Attila, enrôlé dans l'armée romaine, devenu chef d'une rébellion militaire, renverse le jeune et dernier empereur romain d'Occident, Romulus Augustule, et devient patrice d'Italie, pays qu'il va gouverner jusqu'en 493 quand l'Ostrogoth Thédoric le Grand le renversera. Cela ne change pas grand chose pour les Gaulois et Syagrius qui ne se préoccupent guère de Rome autrement que par nostalgie sentimentale, pour certains. L'appareil administratif romain reste en place, l'état de Soissons ne change pas ses habitudes...

    Bouvier-Ajam : "Lors de l'effondrement de l'Empire romain d'Occident, Syagrius déclare qu'il dépend du seul "empereur romain subsistant", c'est-à-dire l'Empereur Romain d'Orient, qui est alors Zénon. Sans doute parvient-il à lui envoyer des émissaires et à avoir son accord, sans parvenir pour autant à l'intéresser vraiment à sa cause. De toute façon, son comportement lui permet de conserver à juste titre son appellation de "patrice", même si ses officiers gallo-romains préfèrent le qualifier de "duc" et si, selon Procope, beaucoup de ses contemporains le considèrent comme un "roi des Romains" agréé comme tel par l'Empereur d'Orient et les autorités gallo-romaines."

    Un état rongé par les bagaudes [01 page 332] "Syagrius maintient son autorité entre Seine, Oise et Loire jusqu'en 485. Sans grande difficulté, mais avec tout de même des difficultés : qu'il essaie de la menace ou qu'il essaie de la douceur, il ne parvient absolument pas à convaincre les contrées bagaudes, qui tiennent une telle place dans son principat. Il est un roi ou quasi roi que toute une partie de son domaine politique refuse de reconnaître ou même de connaître."

    Clovis déclare la guerre... et la gagne ! "Jusqu'à la mort de Childéric en 481, tout va bien. A partir de cette mort, et Clovis succédant à son père Childéric, la pression franque s'accentue, qu'il faut bien tolérer, mais la "Gaule romaine" continue à exister, survivant donc nettement à l'Empire d'Occident. Hélas ! Les Wisigoths et les Burgondes étendant leurs possessions en Gaule, Clovis se demande pourquoi il n'en ferait pas autant. Et, en 486, avec la plus grande correction diplomatique, Clovis déclare la guerre à Syagrius : la fin de la "Gaule romaine" n'est plus qu'une question de jours."


    Clovis s'apprête à combattre Siagrus / Syagrius [L'Histoire de France en BD n°2 (épisode 4), Christian Godard, Julio Ribera] les trois pages de l'attaque, de la bataille de Soissons et de la capture de Syagrius : 1 2 3, avant que Clovis dise tout haut "Qu'on le garde !" et tout bas "Qu'on l'égorge !"

    Syagrius fait appel aux Bretons, en vain, et tente une mobilisation générale. Ni les gardes des cités, ni les paysans libres, ni les bagaudes ne sont volontaires. Ils ne se sentent pas concernés. Après tout, ça se passe bien avec les Wisigoths et avec les Burgondes... La bataille de Soissons a lieu en juillet 486, Clovis est vainqueur, il annexe l'état de Soissons. Plus tard, il prendra Paris pour capitale.



  39. 486-511 Fin de la Gaule, régénération des bagaudes en Clovis et ses Francs victorieux

    Luce Pietri [23 page 123] : "En 448, déjà, Aétius, secondé par le jeune Marjorien, avait dû intervenir contre le roi de Tournai, Clodion [certainement arrière grand-père de Clovis], qui venait d'envahir l'Artois. La victoire que le maître de la milice remporta au "Vicus helena" libera sans doute le pays atrébate, en obligeant les Francs à se replier plus au Nord. Mais quelques années plus tard, Clodion s'emparait de Cambrai et établissait sa domination jusqu'à la Somme.. Les empereurs, Avitus ou Marjorien, se résignèrent à reconnaître le fait accompli". Cet accord fut longtemps bénéfique à la Gaule, jusqu'à ce que les Francs deviennent plus forts...


    Mérovée, ici au centre, certainement fils de Clodion le Chevelu, père de Childéric et grand-père paternel de Clovis, avec ses Francs installés autour de Tournai, a combattu aux côtés d'Aétius contre Attila aux Champs Catalauniques. Ici dans le tome 3 de la série "Le chant des Elfes", dessin de Mike Ratera 2010. Ses descendants sont les Mérovingiens. + la planche.

    Bouvier-Ajam [01 page 336] "Les bagaudes n'existaient plus guère que dans la principauté gallo-romaine de Syagrius. Il y va là une terrible logique de l'Histoire : le dernier point d'attache des bagaudes a été la dernière province de Gaule qui restait sous domination romaine. Et - on l'a vu - la quasi-totalité de ces bagaudes a refusé tout appui au dernier représentant, bien théorique pourtant de la domination impériale.". En d'autres termes, les bagaudes n'ont existé que pour résister à l'occupation romaine.

    Bruno Dumézil, en son livre "Des gaulois aux Carolingiens" [22 page 71] s'interroge sur l'origine des Francs : "Lorsqu'ils sont attesté sur le territoire que l'on appelle les Gaules au VIème siècle, ils ne possèdent ni langue unique, ni culte unique, ni conscience historique unique. [...] Les Francs sont avant tout les hommes qui obéissent au roi des Francs. [...] Alors qui sont-ils, ces Barbares fondateurs ? Disons que les Francs du Vème siècle sont sans doute les descendants de quelques Francs de l'Antiquité (mais probablement bien peu nombreux), de déserteurs romains et de nombre de paysans gallo-romains réfractaires aux lourds prélèvements de l'Empire tardif. En forçant un peu le trait, on pourrait avancer que les Francs, ce sont simplement des Gallo-Romains transformés en Barbares pour payer moins d'impôts et pour suivre l'étoile d'un chef charismatique.". Seraient-ils des bagaudés du Nord-Est des Gaules ? Des troupes bagaudes auraient-elle connu une nouvelle vie en renforçant et régénérant des troupes barbares ? Transformant ainsi des tribus en un peuple conquérant ?

    Bruno Dumézil énumère alors les facteurs d'attractivité des Francs :
    • "Toute personne reconnue comme Franque bénéficiait
      d'une exonération de taxes.
      "
    • Un Franc avait plus de valeur qu'un Gallo-Romain, "de très
      nombreux Gallo-Romains devinrent sans doute Francs
      pour être mieux protégés par la Loi.
      "
    • "L'appartenance d'un homme au même peuple que son
      souverain lui permettait de gravir plus facilement
      l'échelle des honneurs.
      "
    • "Enfin les rois des Francs de cette fin du Vème siècle
      eurent une idée très moderne : lancer une mode
      vestimentaire identitaire.
      "

    Guerriers francs par Liliane et Fred Funcken [volume 1 de
    "Le costume et les armes de tous les temps", Casterman 1986]

    Franque, début VIème siècle [21, dessin Pierre Joubert]


    Face à un monde romain en déliquescence et un monde gaulois obsolète, les bagaudes ont prospéré. Elles ont longtemps occupé les deux cinquièmes du territoire gaulois, mais leur désorganisation et leur morcellement ne leur permettait aucun avenir. Soit elles disparaissaient face à une prospérité économique qui supprimait leur raison d'être, soit elles se réincarnaient en une force nouvelle. La prospérité n'est pas revenue, la force franque est apparue. La concomitance de la fin des bagaudes et l'arrivée des Francs prouve le bien-fondé des constats de Bruno Dumézil. On peut, au choix, estimer que les Francs se sont appuyés sur les bagaudes pour s'installer en Gaule ou estimer que les bagaudes se sont appuyées sur les Francs pour prendre le pouvoir. Et cela rejoint une conclusion de Maurice Bouvier-Ajam [01 page 352] : "on ne conquiert pas un pays qui se donne."

    Finalement, Clovis a réussi là où Attila avait échoué en essayant d'attirer à lui les Bagaudes. Plutôt que de s'appuyer sur un Eudoxe pour convaincre les chefs bagaudes, il a agi, lui et ses prédécesseurs, de manière plus subtile, notamment en traitant une cause essentielle des révoltes : le refus de payer l'impôt.

    A gauche, Childéric Ier (436-481), père de Clovis, avec les habits trouvés dans sa tombe découverte en 1653 à Tournai. Reconstitution Patrick Périn. Détails ici.

    Clovis, 15 ans, succède à son père Childéric comme roi des Francs saliens. Pierre de Laubier : "Clovis fut élevé sur le pavois, mais l’empereur Julien, lui aussi, l’avait été en 355, parce que cette coutume germanique (ou celte) était devenue partie intégrante des rites de l’empire." (lien). Récit en deux pages paru dans le journal belge "Tremplin" dans les années 1980, repris dans le tome 23 de la série "Les meilleurs récits de Duval" (éd. Hibou, 2006). Scénario Yves Duval, dessin de Dino Attanasio. Les deux pages du récit, racontant l'anecdote du vase de Soissons : 1, 2 + couverture de l'album.

    Dans les grandes villes, les Francs furent accueillis de façon plus laborieuse. Ainsi Luce Pietri [23, page 124] écrit que "A Tours, Aegidius et ses Francs avaient d'abord joui d'une popularité certaine" et que, quelques années plus tard, toujours avec le même Egidius, "les gens de Chinon redoutaient l'installation d'une garnison franque dans leurs murs, en la considérant comme une tentative d'occupation". Puis il y eut pire que les Francs, les Goths ! Le soutien apporté par l'empereur de Ravenne aux Wisigoths permit à leur roi Euric, fils de Théodoric Ier, d'occuper un vaste territoire au sud de la Loire et de s'emparer de la ville de Tours, probablement en 471. L'occupation wisigothe arienne, persécutrice de la foi catholique, fut pénible pendant quelques 35 ans (prise temporairement par les Francs entre 494 et 496 puis vers 498, avec un fort soutien des évêques Volusien et Verus [23 page 160]) et c'est avec un fort sentiment de libération que les Tourangeaux accueillirent la victoire des Francs de Clovis.

    La première partie du règne de Clovis est consacrée à réunir tous les peuples francs derrière lui, puis il élargit ses conquêtes territoriales.

    Trois évènements fondateurs

    1) A la bataille de Soissons, en 486, les Francs commandés par Clovis battent les troupes gauloises de Syagrius, se réclamant de l'empire romain disparu depuis une dizaine d'années. [ci-contre dessin de Julio Ribera 1976 dans L'Histoire de France en BD [17]]

    2) Aux alentours de 500, Clovis se convertit au christianisme. Son baptême par l'évêque Rémi, a lieu à la cathédrale de Reims.

    3) En 507, Clovis Ier vainc les Wisigoths à la bataille de Vouillé. Il est acclamé par les Gaulois de Tours ("urbs Turonum", anciennement "Caesarodunum") + la planche de la bataille ("L'Histoire de France en BD" 1976, Godard & Ribera [17]).

    Ci-dessous :Plaque d'ivoire du IXème siècle, avec l'intervention du Saint-Esprit sous forme de colombe. A gauche, la reine Clotilde. [lien Wikipédia - musée d'Amiens] Et deux cases où Jules Michelet explique l'imprécision sur la date de baptème de Clovis ["La balade nationale" par Sylvain Venayre et Etienne Davodeau, 2017], dans le premier volume d'une "Histoire dessinée de la France" qui commence avec les Gaulois.
     



  40. 493-541 Clotilde réussit là où Victorina avait échoué

    Stéphane Lebecq [16 page 72] : "Clovis, qui avait au passage fait l'unité de toutes les chefferies franques du Nord autour de sa personne, avait-il étendu le pouvoir de son peuple aux deux tiers de la Gaule, de la basse vallée du Rhin, jusqu'aux Pyrénées. Certes l'Armorique, en voie de devenir Bretagne, restait totalement marginale, certes le pays basque continuait de résister à toutes les formes d'intrusion d'un pouvoir extérieur, certes la Bourgogne et la Provence étaient encore à prendre. Mais le roi des Francs de l'Escaut était devenu la figure la plus puissante d'une Gaule qui, dans ses structures, restait fortement marquée par l'emprise de la romanité. D'ailleurs Clovis lui-même se voulait toujours soldat de Rome, et fut sûrement très flatté quand, au terme de sa campagne aquitaine de 507, un ambassadeur de l'Empereur d'Orient, Anastase, vint lui remettre les insignes officiels du Consulat."

     
    Clotilde aux côtés de Clovis. A gauche Clovis, en 508, Grégoire de Tours : "Or donc, Clovis reçut de l'empereur Anastase les codicilles du consulat, puis il se rendit dans la basilique du bienheureux Saint Martin, et revêtu de la tunique pourpre et de la chlamyde, il plaça sur sa tête le diadème. Alors, monté sur un cheval, il distribua largement l'or et l'argent... de sa propre main sur les foules rassemblées". "Histoire de la Touraine, des origines à la Renaissance", scénario de Georges Couillard, dessin de Joël Tanter, 1986. + les trois pages du chapitre "Clovis - Wisigoths et Francs" : 1 2 3 + deux pages sur le couronnement de Clovis à Tours dans "L'Histoire de France en BD" 1976, Godard & Ribera [17] : 1 2. A droite, en 508, Clovis et Clotilde s'installent dans le palais de l'empereur Julien à Paris, nouvelle capitale.

    Ainsi Clovis Ier fut le dernier césar des Gaules. Il aurait pu être proclamé empereur des Gaules si ses troupes ou lui-même l'avaient voulu, mais la page était tournée, la Gaule était morte. Il n'y avait plus de Gaulois prétendant à être empereur de bagaude, plus de général romain ou gaulois prétendant à être empereur des Gaules, il ne restait plus qu'un titre honorifique sans impact populaire. On ne parlait plus des Gaules et de La Gaule qu'au passé.

    Stéphane Lebecq poursuit : "Mais Rome était ruinée, et Constantinople, à laquelle - signe des temps - on redonnait de plus en plus souvent le nom originel de Byzance, était si loin ! Quand Clovis mourut en 511 - 2011 est donc le 1500ème anniversaire de sa mort - , la réalité était désormais celle d'un regnum francorum indépendant de fait, dont les rois étaient chrétiens, et auquel adhéraient de plus en plus volontiers, non seulement les populations d'ascendance barbare, mais aussi l'ensemble des populations d'origine gallo-romaine, nettement majoritaires, qui, quelques générations plus tard, se sentiraient autant franques que les Francs de naissance."

    Ci-contre, la mort de Clovis en 511, à 45 ans [image d'Epinal, XIXème siècle] + la planche entière (avec le "Souviens-toi du vase de Soissons").

    Clotilde la reine-mère respectée par ses fils rois. Ci-dessus illustration de 1889 + la planche.

    La reine Clotilde, fille du roi des Burgondes Chilpéric, seconde épouse de Clovis à 19 ans, en 493 à Soissons, eut un rôle déterminant. Elle a patiemment conduit son époux a embrasser le christianisme et, une fois veuve, et retirée à Tours, auprès du tombeau de saint Martin - symbole fort - , en tant que reine mère, elle intervint avec autorité et diplomatie dans les conflits entre ses fils. Elle est décédée à Tours le 3 juin 545 à l'âge 70 ans, 34 ans après Clovis. L'Eglise l'a sanctifiée.


    "Clotilde première reine des Francs", scénario Monique Amiel, dessin Alain d'Orange, paru dans Djin n°38 à 45 (1980), réédité en album par les éd. du Triomphe (2014) + huit planches sur la jeunesse de Clotilde jusqu'au baptème de Clovis : 1 2 3 4 5 6 7 8
    Quoique future sainte et adulée comme telle, Clotilde n'était pas une tendre, comme le raconte Olivier Cabanel, sur cette page d'Agoravox : "Au décès de Clovis, Clotilde se retira à Tours, et pour mieux assoir le domaine Franc, envoya ses fils combattre Gondebaud, le burgonde roi de Vienne... elle n’avait pas oublié les crimes que ce dernier avait commis en tuant Chilpéric, son père.

    L’esprit de vengeance qui animait Clotilde continua en effet après la mort de son époux, et s’exerça même après la mort de Gondebaud, en 516, contre les fils de celui-ci, Sigismond et Gondemar
    [ou Godomar III]. Et c’est en réalité à Vézeronce, un petit village du Nord-Isère, que la bataille eut lieu, entre Francs et Burgondes, un certain 25 juin 524, bataille finalement emportée par les fils de Clotilde, dont Clodomir, même si celui-ci y trouva la mort, permettant ainsi, 10 ans plus tard, la réalité du royaume de France..."

    "Les avis sont partagés sur l’issue de la bataille, certains donnant même la victoire au camp Burgonde, mais toujours est-il qu’au fur et à mesure des batailles qui suivirent, c’est le camp Franc qui l’emporta."

    Carte Wikipédia. En bleu, violet, rose, rouge les royaumes francs des quatre fils de Clovis, en 511. En vert le royaume des Burgondes, avant qu'il ne soit conquis et divisé en 534.

    En 511, Clotilde partage le royaume franc entre les quatre fils de Clovis [Wikipédia - Grandes Chroniques de St Denis - Bibliothèque de Toulouse] Sur la longue et tumultueuse vie de Clotilde, on peu aussi lire cette page du site france-pittoresque.
    Le royaume burgonde, aussi appelé Burgondie, avait eu un sursaut quand à la bataille de Vézeronce, le 25 juin 524, Godomar III, neveu de Clotilde et successeur de Gondebaud. réussit à vaincre les Francs, tandis que le roi Clodomir, un des fils de Clotilde, était tué au combat, sa tête empalée au bout d'une lance. La Burgondie gagna dix ans de survie jusqu'à la campagne décisive de 534. Wikipédia (page de Godomar III) : "Les frères de Clodomir, Childebert Ier et Clotaire Ier, privés de l'appui de Thierry Ier, demi-frère de Clodomir et l'aîné des fils de Clovis, lié par des liens de parenté avec Sigismond dont il avait épousé la fille, décident de marcher ensemble contre le royaume burgonde."

    "Après une année de siège, les deux frères finissent par s'emparer d'Autun en 532 d'où Godomar parvient à s'enfuir. Après la mort de Thierry en 533, auquel succède son fils Thibert, les Francs engagent une ultime campagne qui mit fin au royaume burgonde", partagé entre les souverains mérovingiens en 534. Trois ans plus tard, en 537 les Francs conquièrent la Provence sur les Ostrogoths. Clotilde a alors 62 ans, que de chemin parcouru, que de territoires conquis depuis son mariage !
    Le 1er mai 524, Clodomir, fils de Clotilde, avait fait assassiner Sigismond, fils de Gondebaud et donc cousin germain de Clotilde, ainsi que sa femme et ses fils [Wikipédia - Grandes chroniques de France - Bibliothèque de Valenciennes]

    Olivier Cabanel conclut : "C’est bien à Clotilde, animée par sa tenace vengeance, que la France a pris le contour que l’on connaît, pas si éloigné de celui d’aujourd’hui, grâce à la victoire de ses fils sur ceux de Gondebaud.". Pour les contours géographiques, ce n'est pas évident, ils sont encore plus proches des limites de la Gaule que de celles de la France. Par contre les contours sociologiques et culturels d'un nouveau pays se forment : l'époque des Gaulois et des Romains se termine, une nouvelle direction est prise. Et s'y ajoutent deux autres constats (ou opinions ?) :
    • Comme plus tard ses fils, Clovis n'a été que le bras armé de Clotilde. Plus qu'un état franc, la princesse burgonde devenue reine franque a su imposer un état chrétien nicéen, d'abord à Syagrius et aux Wisigoths avec son mari, ensuite aux Burgondes avec ses fils. Les évêques triomphent autant, si ce n'est plus, que l'aristocratie franque.
    • Clotilde a réussi là ou Victorina avait échoué. Elle a utilisé une arme bien plus redoutable qu'un sentiment nationaliste ancré depuis des siècles : une nouvelle religion. Alors que la souveraine gauloise n'avait que des ambitions modestes d'association avec l'empire romain, la reine franque a carrément clos un ancien monde pour en ouvrir un nouveau.

    A gauche Victorina au parc du château de Fontainebleau, statue déjà présentée, à droite Clotilde dans le jardin du palais du Luxembourg à Paris, statue de 1847 de Jean Baptiste Jules Klagmann (1810-1867) [Wikipedia].

    Donc, si Clovis est "un roi des Francs surévalué", comme l'écrit Jean Boutier dans un article de Libération en 2011, Clotilde est une reine qui mérite d'être réévaluée. En complément, on pourra lire le chapitre titré "La reine Clotilde s'installe à Tours, près de la basilique de Perpet" de la sous-page "La basilique Saint Martin du Vème siècle à Tours, érigée par l'évêque Perpet".

     
    Tours, la ville de Martin et de Clotilde Tours / Caesaridunum, créé après la conquête de César a souffert au IIIèeme siècle des invasions barbares (dix ans à se retrancher derrière ses murailles). Au quatrième siècle, la ville se redresse et devient capitale de la province "Lyonnaise troisième", comprenant Armorique, Maine, Anjou, Touraine. Le rôle joué par Martin lui permet d'acquérir une prestigieuse dimension épiscopale. Elle devient un lieu de pélerinage. Luce Pietri [23, page 89] : "En 508, c'est dans la basilique de Tours qu'est célébré le double triomphe de la cause franque et de la foi catholique, dont l'alliance apparaît définitivement scellée sous l'égide de Martin". Quand Clotilde s'y installe, vers 511, la ville, renommée Turonum, comporte deux pôles. A droite (à l'est) l'ancienne cité, "civitas", protégée et limitée par ses remparts (s'appuyant au sud sur l'ancien amphithéâtre), conservant son rôle administratif et abritant l'évêché. A gauche (à l'Ouest), toujours en bord de Loire, autour de l'imposante basilique accueillant le corps de Martin, devenue lieu de pèlerinage, s'est constitué le "vicus" qui deviendra le bourg de Châteauneuf, sans cesse grossissant, on le voit sur ces deux cartes de 400 et 600, et qui aura ses propres remparts en 918 pour se protéger des Vikings. Hugues Capet sera abbé de Marmoutier. Il faudra attendre 1360 pour qu'une enceinte réunisse les deux bourgs. Un siècle plus tard, Tours fut la ville royale de Louis XI. ["Tours antique et médiéval", 2007, pages 355 et 365, site]

    Toutefois, à court et moyen terme, ce nouveau monde franc est handicapé par des divisions changeantes en sous-royaumes au fur et à mesure des décès royaux (ici généalogie Wikipédia des rois mérovingiens descendants de Clovis Ier et Clotilde). Un siècle plus tard, c'est Dagobert Ier, roi des Francs de 629 à 638, qui réunifiera à nouveau le royaume (ici une carte), mais encore de façon assez brève.

    Encore faut-il relativiser ces subdivisions, comme l'écrit Bruno Dumézil [22 page 85] : "Tant que l''Etat franc est un Etat propriétaire, tant qu'il dispose de ressources domaniales étendues, les divisions, les réunifications et les partages ne nuisent pas vraiment à sa puissance. Ajoutons que les partages mérovingiens ne conduisent jamais à une explosion territoriale, comme ce sera le cas dans le monde carolingien après le partages de Verdun en 843. [...] Les grands n'ont pas un sentiment identitaire austrasien, neustrien ou burgonde, ils se considèrent comme Francs ou membre du royaume ; et ils n'essaieront presque jamais de pousser à l'indépendance de l'Austrasie, de la Neustrie ou de la Burgondie. Ces trois entités ont leurs raison d'être, mais elles fonctionnent en réseau". Une triarchie ou tétrarchie à la mode franque...



  41. 550 Ansbert le sénateur, les évêques et la survivance de l'aristocratie gauloise

    "Les invasions barbares du Ve siècle ne font pas disparaître d’un coup, les structures romaines de l’Occident. Les barbares ne représentent en effet que 5 % de la population de l’Occident. L’interdiction des mariages mixtes par les Francs montre la peur de perdre leur identité. D’ailleurs leurs unions avec des femmes gallo-romaines restent relativement rares. Elles sont plus fréquentes avec les autres peuples qui envahissent l’empire." [Wikipédia, page de Tonantius Ferreolus].

    Pour cela, Ansbert le sénateur (523-570) peut être désigné comme un symbole de l'union des peuples gaulois et des peuples francs :
    La généalogie ascendante d'Ansbert selon Christian Settipani

    + page sur la généalogie de sa mère sur Wikipédia, donnant des liens avec des ambassadeurs à Byzance, des abbesses de Reims, des évêques de Metz...


    De gauche à droite : 1) pièce de monnaie représentant Tonantius Ferreolus (450-517), arrière grand-père paternel d'Ansbert 2) la châsse reliquaire de Saint Firmin (480-553), 4ème évêque d'Uzès de 538 à 553, grand-oncle paternel d'Ansbert, 3) bas-relief de Sigebert le boiteux, arrière grand-père maternel d'Ansbert 4) un vitrail de Sainte Dode, abbesse de Saint-Pierre-les-Dames à Reims, tante maternelle d'Ansbert.
    Le neveu de Saint Firmin, Saint Ferréol (521-581) (oncle d'Ansbert et non fils ou frère) lui succéda comme 5ème évêque d'Uzès, de 553 à 581. Cette succession aristocratique familiale du titre d'évêque, d'oncle à neveu, va devenir une pratique courante durant plusieurs siècles.

    Sidoine Apollinaire (430-486), ascendant d'Ansbert. Présentation du livre de Jean Anglade paru en 1981 : "Nous ne saurions pas grand chose du Vème siècle de notre histoire sans les "Lettres de Sidoine Apollinaire" ; mais ce furent ses "Panégyriques" et ses autres poésies latines qui lui valurent d'avoir sa statue en bronze doré à Rome, dans la bibliothèque ulpienne : consécration officielle de cette époque. L'équivalent d'un Prix Nobel en la nôtre.
    Ce Lyonnais épousa une Auvergnate, fille du sénateur Avitus, et vécut alternativement sur les rives du Rhône, du Tibre, de la Tiretaine ou du lac d'Aydat qui garde dans son nom le souvenir d'Avitus. Il fut préfet de Rome, sous les ordres de son beau-père promu empereur. Quelle revanche pour un fils de Vercingétorix ! Il devint évêque de Clermont, et apprit la sainteté quotidiennement, mot à mot, comme une langue étrangère.
    "
    Extrait de sa page Wikipédia : "Son témoignage est multiple : à la fois littéraire, social, philosophique et politique. Poète raffiné et mondain, Sidoine Apollinaire demeure profondément attaché à l’ancienne culture romaine. La foi chrétienne n’a en effet que peu d’influence sur sa production littéraire et sur son engagement politique." Voir aussi ci-avant.

    La généalogie descendante d'Ansbert à Charlemagne.

    Tous les descendants de Charlemagne ont donc une ascendance importante chez les Francs et chez les Gaulois. Au moins à cause d'Ansbert le sénateur, sachant qu'à la cinquième génération on ne connaît que 12 de ses 32 ascendants (avec quelques variations selon les génalogistes, la généalogie n'est pas une science exacte...).

    Par ailleurs, l'ascendance de Charlemagne montre à la cinquième génération la présence de Pépin l'Ancien (580-640), dont les grands-parents maternels étaient Garibald, germain, et Waldrade, lombarde.

    Outre son ascendance et sa descendance, on ne sait pas grand chose sur Ansbert le sénateur, sinon qu'il fut sénateur (en quel sénat ? Narbonne ?), serait né vers 523, décédé vers 570. Son épouse Bilichilde ou Blitilde a fait l'objet d'hypothèses diverses, aujourd'hui abandonnées, sur son ascendance. Ansbert est surtout un des rares carrefours généalogiques connus entre, du côté ascendant, les anciens mondes gaulois, romain et franc d'avant Clovis et, du côté descendant, le nouveau monde des royaume francs.

    La survivance gauloise et romaine par l'aristocratie épiscopale. Le rôle des évêques à travers l'époque troublée des Vème et VIème siècle permit de constituer un pôle de stabilité rassurant pour la population. En sa thèse de 1980, Luce Pietri en fait la démonstration en élargissant l'exemple tourangeau [23, page 137] : "L'accession au siège de Tours de ces prélats, qui appartenaient par leur naissance et leur formation à l'élite sociale de l'époque, eut une influence décisive sur les destinées de la cité ligérienne. Le fait est d'ailleurs loin d'être unique, comme en témoigne l'histoire contemporaine de plusieurs autres villes de Gaule, celles de Clermont, de Bourges ou de Limoges, pour s'en tenir à quelques exemples d'églises voisines. Les nobles rejetons de grandes familles, que le malheur des temps incitait à renoncer aux vains et fragiles prestiges du monde, auxquels leur attachement à la cause romaine interdisait aussi de poursuivre une carrière politique sous la domination barbare, trouvaient dans l'exercice de la charge épiscopale à concilier leurs ambitions sociales, détournées du siècle vers l'Eglise, et leurs pieuses inclinations. Et surtout ces prélats de haut lignage mettaient au service des communautés qui leurs étaient confiées les qualités et les vertus traditionnellement déployées par leurs ancêtres au service de l'Etat. Tout d'abord les avantages d'une formation intellectuelle qui les préparait et les aidait à assumer leur tâche, en aiguisant la conscience de la mission qui leur était dévolue : celle de sauvegarder, dans un monde que la barbarie et l'hérésie menaçaient de submerger, un héritage où se mêlaient la tradition culturelle héritée de Rome et le dépôt sacré de la vraie foi ; des capacités aussi administratives et de diplomates et plus encore l'aptitude à évaluer les situations politiques et à prendre les décisions que leur imposait leur sens des responsabilités publiques. Leur position sociale enfin leur procurait des moyens d'action et d'influence qui n'étaient pas négligeables : un réseau de relations haut placées, grâce auxquelles ils se tenaient informés de l'évolution de la conjoncture ; des ressources financières personnelles importantes qu'ils pouvaient consacrer à l'édification matérielle et morale de leur Eglise."


    Les conciles : une démocratie épiscopale ? Les évêques gaulois se sont réunis pour la première fois à Arles en 314. Qu'ils soient provinciaux, régionaux ou nationaux, les conciles se sont poursuivis durant toute l'époque troublée des invasions barbares. La liste non exhaustive en est sur cette page de Wikipédia. Outre les affaires de l'Eglise, ces réunions traitaient en arrière plan des problèmes politiques du moment, apportaient une cohérence géographique à l'action épiscopale et permettaient de renforcer le réseau des évêques à travers la Gaule. [illustration : le concile de Marseille en 533, église saint Trophime à Arles, peinture sur bois, fin XVIème siècle (lien)]. Remarquons que les attributs épiscopaux de la mitre et de la crosse à volute ne sont apparus qu'aux XIIème et XIIIème siècle en Occident et que le bâton épiscopal existait dès le Vème siècle.

    On retrouve ce même jugement sur la page titrée "Grégoire de Tours (538-594) ou l'Hérodote gaulois du VIème siècle où l'évêque de Tours, successeur de Martin, historien des Francs, est considéré comme "un bel exemple de l’influence salutaire exercée par les évêques au milieu d’un VIe siècle où, sans l’épiscopat, il n’y aurait pas eu un seul élément d’ordre, de police et d’administration".


    "Histoire de la Touraine, des origines à la Renaissance", texte Georges Couillard, dessin Joël Tanter, 1986 + 4 pages sur les évêques de Tours à travers la tourmente barbare : 1 2 3 4

    Grégoire de Tours, gravure de François Dequevauviller (1745-1817) colorisée d’après Louis Boulanger (1806-1867).

    En un article de "L'Histoire" n°358 de 2010, Charles Mériaux estime que "c'est toute l'Église qui acquiert une place essentielle dans la société et le gouvernement. [...] Ces évêques ont tout mis en oeuvre pour dégager les principes d'un gouvernement chrétien. Au VIe siècle, un prélat comme Grégoire de Tours, dans ses Dix livres d'histoire, ne se contente pas de rapporter de manière un peu naïve les événements politiques auxquels il a participé. Il propose un véritable « guide épiscopal à l'usage du roi chrétien ». [...] A partir du Ve siècle, les évêques s'impliquent aussi beaucoup plus dans l'administration des cités qui était assurée au temps de l'Empire romain par les chefs des grandes familles réunis dans des assemblées municipales. Progressivement, le ravitaillement de la cité, l'entretien des bâtiments civils, l'enseignement et dans une certaine mesure l'exercice de la justice passent dans les mains de l'évêque et de ses clercs."

    Le christianisme devient la religion obligatoire. En un autre article de "L'Histoire", n°325 de 2007, Bruno Dumézil montre un revers de cette action, les conversions forcées : "Assurément, les chrétiens firent appel à la contrainte. Mais il ne faut pas considérer pour autant les premiers siècles du Moyen Age comme une période de violence religieuse généralisée. [...] Pour l'amour des hommes, il fallait faire leur salut même contre leur gré. Quitte à employer les grands moyens. [...] Plutôt que d'user de cette violence qu'ils détestaient - et dont ils ne pouvaient que rarement faire usage -, les évêques fondèrent leur action sur leurs nouvelles prérogatives. Avec la disparition de l'Empire romain et l'effacement des fonctionnaires, ils étaient en effet devenus les maîtres de leurs cités. A leur rôle religieux s'était ajouté un rôle politique, mais aussi économique. [...] Ainsi, l'homme qui refusait le baptême ne pouvait plus manger avec les chrétiens, ni participer aux fêtes ou aux activités communautaires. Si le récalcitrant était un lettré, l'accès aux cercles de la culture lui était interdit ; s'il était pauvre, la porte de l'hospice lui était fermée. Dans une société dangereuse, où les faibles avaient besoin de la protection des puissants pour survivre, il était périlleux de s'aliéner la protection bienveillante de l'évêque.". L'éventail des méthoses étaout étendu, pâr exemple : "L'ambassadeur wisigoth Agila, accablé par une maladie que Grégoire de Tours lui décrivit complaisamment comme le signe de la colère de saint Martin, dut se résoudre à reconnaître la validité du concile de Nicée et renoncer à l'arianisme."

    Seuls les juifs résistent, difficilement.... Bruno Dumézil poursuit : "Seules les minorités religieuses les plus soudées, essentiellement les communautés juives, résistèrent à ce traitement qui, pour être non violent, n'en était pas moins redoutablement efficace. Et encore furent-elles souvent mises en péril. En 576, l'évêque Avit demanda aux Juifs de quitter la ville de Clermont. Le prélat n'avança pas des raisons religieuses, mais il expliqua que leur présence engendrait des troubles civils auxquels, en tant que chef de la cité, il se devait de mettre un terme. Comprenant le sens de la menace, beaucoup de Juifs préférèrent la conversion à l'exil.". Et de conclure : " Au VIIe siècle, l'Occident put ainsi, légitimement, se définir comme une Chrétienté formée d'États qui étaient tous catholiques. [...] Il faut admettre que le haut Moyen Age avait mis au point une pratique feutrée de la persécution. [...]" En matière de religion, une chape de plomb s'est abattue sur les consciences, il faudra attendre 1200 ans, l'édit de Versailles, en 1787 pour que, après l'essai manqué de l'édit de Nantes en 1598, d'autres religions que le catholicisme soient tolérées dans les frontières de la France.

    L'arbre généalogique ci-dessous est une autre illustration de la continuité de l'aristocratie gauloise depuis la période romaine jusqu'à la période franque, depuis deux empereurs romains du milieu du Vème siècle jusqu'à un roi franc du milieu du VIème siècle, avec une omniprésence d'évêques assurant une continuité et une stabilité qui ont permis d'amortir les grands bouleversements que sont la fin de l'empire romain et la mise en place des royaumes barbares. Et ce vecteur de stabilité ira bien au delà de la constitution du royaume de France par Philippe Auguste...

    Tableau généalogique en huit générations, s'appuyant notamment sur les recherches de Christian Settipani (les liens sont dirigés vers Wikipédia) :
    1. 01 Agricola, préfet du prétoire des Gaules de 416 à 418 dans la ville d'Arles, alors capitale de la Gaule, puis consul en 421 ; son père Flavius Eparchius Philagrius était évêque de Chypre de 382 à 385 ; il a pour neveux saint Vincent de Lérins et saint Loup, évêque de Troyes de 426 à 479, ayant évité que sa ville soit pillée par Attila.
    2. 02 petite-fille de sainte Paule : lire le commentaire de l'illustration ci-dessous. 03 Flavius Félix consul romain (complément ici). 04 Pétrone Maxime empereur romain d'Occident en 455. 05 Avitus, empereur romain d'Occident de 455 à 456, évêque de Plaisance en 456.
    3. 06 Esychius ou saint Isice, évêque de Vienne de 476 à 494. 07 Ruricius, ou saint Rurice de Limoges, évêque de Limoges de 485 à 507. 08 Flavius Magnus, préfet du prétoire des Gaules en 469 puis consul. 09 Sidoine Apollinaire, préfet de Rome en 468-469, évêque d'Auvergne de 471 à 486, canonisé, écrivain.
    4. 10 Avit de Vienne, évêque de Vienne de 494 à 518, écrivain. 11 Rustique de Lyon, évêque de Lyon de 494 à 501, canonisé ; il était arrière petit-fils d'Eucher, évêque de Lyon jusqu'en 449. 12 Ommat de Tours, évêque de Tours de 522 à 526. 13 Félix de Narbonne, préfet du prétoire des Gaules en 460.
    5. 14 Sacerdos de Lyon, évêque de Lyon de 549 à 552, canonisé, conseiller du roi franc Childebert Ier. 15 Léonce de Lyon, ou Leontius ou Licontius, évêque de Lyon avant 549 et son frère Sacerdos. 16 Florentin de Genève, ou Florentinus, évêque de Genève de 490 à 513. 17 Arcadius Placidus Magnus Felix, consul romain en 511 (cf. la liste des consuls romains, qui se termine en 541). 18 Ennode de Pavie, évêque de Pavie de 514 à 521, canonisé, légat à Constantinople en 515, écrivain. 19 Tonance II Ferréol, ou Tonantius Ferreolus II, sénateur de la Gaule narbonnaise de 479 à 517, fils de Tonantius Ferreolus, préfet du prétoire des Gaules en Arles de 450 à 453. 20 Probatius d'Uzès, ou Probacien ou Probace, évêque d'Uzès de 506 à 533.
    6. 21 Aurélien d'Arles, archevêque d'Arles à 23 ans, de 546 à 551, alors le plus important siège épîscopal de la Gaule, canonisé. 22 Munderic de Cologne, prince franc descendant de Sigebert le Boîteux, roi des Francs rhénans de Cologne, décédé en 507. 23 Grégoire de Langres, fils de Grégoire de Langres, dit aussi Grégoire d'Autun, évêque de Langres de 506 à 539, gouverneur du pays d'Autun de 465 à 505 environ ; il a aussi pour frères Tetricus de Langres, évêque de Langres de 539 à 572, succédant à son père, et saint Gal ou Gallus ou Gall, évêque de Clermont de 525 à 551. 24 Saint Nizier, ou Nicetius, évêque de Lyon de 553 à 573, succédant à son oncle Sacerdos. 25 Maurillon de Cahors ou Maurillo, évêque de Cahors de 550 à 580, canonisé. 26 Firmin d'Uzès, évêque d'Uzès de 538 à 553.
    7. 27 Gundulf de Tongres, vice-roi d'Austrasie, évêque de Tongres-Maastricht de 600 à 607. 28 Mummolin de Neustrie, maire du palais de Neustrie en 566, comte à Soissons, ambassadeur des Francs à Constantinople. 29 Euphrône de Tours, ou Eufronius, évêque de Tours de 556 à 573, canonisé ; il n'est pas sûr qu'il soit oncle de son successeur Grégoire de Tours, il est plus probablement un cousin germain de sa mère [23 page 204] ; il est petit-fils d'un sénateur d'Autun, lequel pourrait être frère de l'évêque d'Autun Euphrône. 30 Mummolin d'Austrasie, duc d'Austrasie, chambellan du Palais. 31 Thibert Ier, roi des Francs de 234 à 548, avec Reims pour capitale  il est fils de Thierry Ier et petit-fils de Clovis et sa première épouse Evochilde. 32 Saint Ferreol, évêque d'Uzès de 553 à 581, succedant à son oncle Firmin.
    8. 33 Grégoire de Tours, évêque de Tours de 573 à 594, canonisé, écrivain, historien ; outre sa parenté avec les autres évêques de Tours ici présentés, il a de tels liens, mais indéterminés, avec deux autres prélats tourangeaux, Volusien, de 489 à 496, canonisé, et Verus de 496 à 507 + son arbre généalogique par Luce Pietri [23 page 792]. 34 Ansbert le sénateur, sénateur probablement à Narbonne, comme l'était son père Ferréol.

    A gauche la descendance de sainte Paule recoupe le tableau précédent pour les numéros 02 et 07. 02 est une petite-fille de Paule, ou Paula (347-404), épouse d'un sénateur de Rome, descendante de l'empereur Vespasien, qui a créé la branche féminine de l'ordre de saint Jérôme (ici sa vie et un résumé en québécois). Cette petite-fille de Paule est aussi nièce de sainte Eustochie / Eustochium (ici sa vie en anglais) et de sainte Blésille. Elle est aussi soeur de sainte Pauline, ou Paule la Jeune, et de saint Eustoche, évêque de Tours de 433 à 460, tous trois étant cousins issus de germain de sainte Mélanie la Jeune (ayant d'immenses propriétés de Bretagne jusqu'en Espagne) ; enfin, elle est tante de saint Perpet, évêque de Tours de 460 à 491, neveu et successeur d'Eustoche.

    A droite, sur chacune des deux illustrations, étudiant la bible, Paule et sa fille Eustochie sont à l'écoute de Jérôme, une référence pour les évêques gaulois. La proximité de Paule et sa fille Eustochie avec saint Jérôme de Stridon (347-420), un des quatre pères de l'église latine, traducteur de la bible en latin, a aidé à mettre en place, notamment par le réseau des évêques descendants, des critères intellectuels communs aux évêques de Gaule.

    Illustrations de droite. En haut, mosaïque réalisée à partir d'une page de la première bible de Charles le Chauve, réalisée par le scriptorium de l'abbaye Saint Martin de Tours en 846 (c'est une planche en quatre cases : 1) Jérôme quitte Rome 2) il paye son professeur 3) au milieu, il enseigne à Paule, Eustochie et autres 4) en bas, il distribue sa bible appelée Vulgate) (variantes ici). En bas tableau de Francisco de Zurbaran (1598-1664] [Wikipedia].

    A gauche, Perpet dirigeant la construction, extrait d'un calendrier de Jacques Callot (1592-1635).

    Au centre, la basilique de Perpet selon la "coupe longitudinale" (ici) dans la restitution de Jules Quicherat (1814-1882) + trois autres schémas de la basilique : 1 2 3. On pourra lire aussi une chronique de Francis Salet (1909-2000).

    A droite, Clotilde dans la basilique en prière au pied du tombeau de Martin, tableau de Carle Van Loo (1705-1765) (musée des Beaux-Arts de Brest, lien) + variante du même auteur.
    La fabuleuse basilique érigée par Perpet. Arrière petit-fils de sainte Paule, l'évêque de Tours Perpet / Perpetuus / Perpetus / Perpétue / Perpète fait élever en sa cité, la première grande basilique Saint Martin, dont la construction est terminée en 471. Remplaçant une modeste chapelle en bois déjà nommée "basilica", construite vers 437 (40 ans après la mort de Martin), cette "magnum opus" de l'art préroman, abritait le tombeau de Martin. Selon Charles Grandmaison (1824-1903), elle était "non seulement la plus célèbre et la plus fréquentée, mais encore la plus magnifique de l'ancienne Gaule". Elle faisait l'étonnement et l'admiration de tous ceux qui ont pu la voir. Une attraction pour les pélerins ! Même si elle n'était guère un reflet de l'humilité de Martin... Clovis y fut couronné en 508, sa veuve Clotilde habita longtemps à côté (lien). Charlemagne y vint en 800 avant son couronnement à Rome, sa femme Luitgarde y fut inhumée (lien). C'était alors, avec Rome, le principal lieu de pélerinage chrétien en occident. Grégoire de Tours en parle "avec une sorte d'enthousiasme". Selon lui, la basilique avait 160 pieds de long (47 m selon le pied romain), 60 de large (18 m) et 45 de haut (13 m), ces mesures ayant été corrigées en 53, 20 et 45 m, notamment par Charles Lelong ["Vie et culte de Saint Martin" 2000]; elle était percée de 52 fenêtres et de 8 portes, et l'on comptait dans l'intérieur 120 colonnes. Elle comprenait deux parties, la nef et le sanctuaire, ce dernier possédant à lui seul 32 fenêtres. Elle était ornée de mosaïques décoratives et figuratives. Elle subit un incendie partiel en 558, fut détruite par les Vikings en 853 et en 903 et enfin par un grand incendie accidentel en 997. Puis reconstruite en 1014 et en 1902. Ce dernier monument, toujours en place, est directement inspiré par la basilique de Perpet, comme le montre ce document de Jessica Basciano : "Ce projet faisait référence consciente à la spéculation archéologique sur l’église du Vème siècle, surtout celle de Jules Quicherat". >>>Repris (en redondance + importants ajouts) dans la sous-page La basilique de Perpet.


    En 560, Grégoire de Tours discute avec son disciple Odon des temps anciens où vivaient les Gaulois. L'évêque, qui allait devenir saint, ne se doutait probablement pas qu'il était descendant de sainte Paule, née presque deux siècles avant lui... ["Breizh Histoire de la Bretagne", tome 2 "Une nouvelle terre", textes Jarry - Jigourel, dessins Erwan Seure-Le Bihan 2017] + la planche.



  42. Les empereurs des Gaules et Bagaudes symboles de fidélité ou séparatisme ?

    La fidélité à Rome d'Alix, le séparatisme de Taranis. Dans les années 1970, deux bandes dessinées réalistes incarnaient les relations entre Gaulois et Romains, après la défaite de Vercingétorix : relations complémentaires dans Alix, héros de Jacques Martin (scénario et dessin) publié à partir de 1948 dans le journal Tintin, et conflictuelles dans Taranis, héros de Victor Mora au scénario et Raphaël Marcello au dessin, publié dans Pif Gadget de 1976 à 1982. Tous deux sont Gaulois. Taranis s'oppose à l'oppression romaine. Alix oeuvre pour une intégration Gauloise dans le monde Romain, s'opposant aussi bien aux excès romains que gaulois. Dans l'album "Iorix le Grand", de 1972, un officier Romain, d'origine gauloise, Iorus, se retourne contre Rome, reprenant son nom Iorix, pour incarner un nouveau Vercingétorix. Comme Sabinus ou Amandus l'ont fait, il veut partir en une "marche triomphale" et devenir "Iorix le Grand", empereur des Gaules. Mais, comme le dit Alix, c'est trop tard ou trop tôt...

    Alix finira sénateur de l'empire romain ; Taranis, comme Astérix, finira libre avec les siens, isolés dans un espace retranché, comme dans une future bagaude.
     

    Postume, Victorinus et Tetricus, ont-ils voulu, comme Iorix le Grand, opérer un retour à la Gaule d'avant la domination romaine ? Pour Maurice Bouvier-Ajam [01 page 210], les historiens romains ne les ont nullement présenté comme des "séparatistes", mais, au contraire, "le seul désir était de conforter Rome et son empire une politique de relève pour pallier aux faiblesses romaines". Ils seraient des Alix. Que nenni, poursuit Maurice Bouvier-Ajam en exposant son opinion personnelle : "Même si, au résultat, il est parfaitement exact que les empereurs gaulois ont largement contribué au salut de Rome, c'est folie pure que de voir là leur souci primordial et leur raison d'être. Leur point de départ est leur volonté de libérer la Gaule de l'oppression romaine, de la sortir de l'état d'infériorité où Rome entend la maintenir, d'assurer des droits propres d'une nation gauloise. Tous ont dû se battre contre Rome, et Tetricus comme les autres, en barrant la route aux légions qui venaient en aide aux Eduens". Bref, ils seraient des Taranis ou des Iorix ; sauf que, par ailleurs, Bouvier-Ajam tempère ce jugement.


    Taranis, 49ème et dernier épisode "Le triomphe de Taranis", Pif Gadget 1982
    (ici la dernière page)
    Alix, 10ème album "Iorix le Grand", Casterman 1972 (ici la belle dernière page)

    Des historiens qui privilégient la fidélité au séparatisme Comme leurs prédécesseurs Romains, des historiens modernes ont considéré que les empereurs gaulois étaient des Alix. Ainsi, en 1870, Franz de Champagny [10 tome 4 chap. XV] : "Mais, si on se sépare de Rome pour être libre, on se rattache toujours à Rome pour être civilisé ; on ne la hait pas de la haine que lui portent les barbares. On garde les insignes du pouvoir romain ; on a un sénat dont le nom figure sur la monnaie de Postume, tandis que le nom du sénat romain n'est plus inscrit sur les monnaies de Gallien. On écrit sur l'or et sur le bronze les légendes habituelles de la monnaie romaine ; on y représente Rome sur son trône avec ces mots : "A Rome éternelle". On ne brise donc pas avec elle ; il y a plus, on la défend ; qui combat-on sur le Rhin, sinon ses ennemis, les barbares ennemis de la paix et de la civilisation romaine ? Le dieu que Postume vénère le plus, celui dont il aime à prendre les attributs et dont il associe la figure à la sienne, c'est Hercule le dompteur des monstres, l'ennemi de la barbarie, le gardien de la paix, le sauveur du peuple."

    De même et de façon plus appuyée en 1997, Bertrand Lançon, en un article au titre provocateur paru dans l'Histoire n°206  : L'empire gaulois n'a jamais existé !. "Si l'usurpation reflète un particularisme, elle ne correspond à aucune poussée «nationale». L'armée était composite et la population gauloise depuis longtemps romanisée. L'appartenance à l'empire des Romains n'était pas remise en cause. Mieux, elle était source de fierté". Bertrand Lançon fustige toute "renaissance d'un nationalisme gaulois" et, reprenant les termes de l'historienne Christine Delaplace tout "chauvinisme revanchard" et toute "celtomanie obsessionnelle" puis conclut que "l'éphémère « Empire gaulois » fut donc avant tout l'expression de la fidélité de ses chefs à l'Empire romain et au modèle qu'il représentait". Des Alix, surtout pas des Taranis... N'est-ce pas oublier qu'il y eut d'autres marques de séparatisme, plus prononcées, les bagaudes ? Et ces monnaies présentant Postume relevant la Gaule ? Ce titre de "restaurateur des Gaules" ? Et ces affrontements, ces soldats Romains tués par des soldats Gaulois ?

    Est-ce pour appuyer cette volonté d'intégration de l'empire gaulois dans l'empire romain, niant tout esprit d'indépendance ou même d'autonomie, que l'existence de Victorina est tellement niée ? Refus de croire qu'elle aurait pu "incarner l'espoir de tout un peuple" [03, page de présentation] ? Joël Schmidt [02] et Anne de Leseleuc [03, 4] ont su trouver un juste équilibre, montrant à quel point les empereurs gaulois sont issus du monde romain, voulant en sortir (Taranis) tout en y restant très associés (Alix), en une sorte de fédéralisme qui a précédemment été présenté sous le nom de triarchie, union des empires de Trèves, Rome et Palmyre.

    Quel empire ? Au-delà du choix Gaulois ou Romain, l'avenir était-il l'empire ? Oui, quand il fonctionnait bien, non quand l'oppression ou la désorganisation était trop forte. Et dans ce dernier cas, ne valait-il pas mieux construire un nouvel empire fédéraliste, comme le voulaient Victorina et Zénobie ?
    Extrait de l'album "Nantes, De Saint Félix à Gilles de Rais", scénario Karine Parquet, dessin collectif, ici Kevin Bazot, éditions Petit à Petit 2017. + la planche.

    L'injuste reproche de Wikipédia à Bouvier-Ajam. Sur sa page Postume de l'encyclopédie en ligne, en sa version d'août 2019, il est écrit, avec en référence les pages 23 et 210 de son livre "les empereur gaulois" [01] : "Il est néanmoins excessif de considérer cet empire comme une rébellion indépendantiste celte ou gauloise contre Rome, comme Bouvier-Ajam l’a hasardé". Si Maurice Bouvier-Ajam estime en page 22 que "L'unité nationale atteint sous les empereurs gaulois une qualité qui fait défaut à d'autres peuples", en page 23 que "La pré-France gauloise acquiert une harmonie que blesseront les partages mérovingiens", en page 210 qu'il y a "une volonté de libérer la Gaule de l'oppression romaine", il considère que Postume, comme ses successeurs, voulait agir en association avec Rome et non contre Rome, en une partition de l'empire romain en [di, tri ou tetra]-archie, comme on l'a vu. Bouvier-Ajam est celui qui a fait la plus fine analyse de l'Empire des Gaules, il est dommage de réduire ainsi son propos. Et en employant le mot "celte" pratiquement absent de son ouvrage (et des pages 23 et 210) !... "L'entente avec Rome reste son but" [01 page 163], c'est pourtant clair... Il n'y a pas à choisir entre "fidélité ou séparatisme" avec un "ou" exclusif, il y a "fidélité et séparatisme" avec des liens complexes et changeants avec l'époque.

    L'analyse nuancée de Bouvier-Ajam Reprenons quelques propos de Maurice Bouvier-Ajam pour mieux comprendre son point de vue [01 page 211] : "Les empereurs gaulois ont toujours compris que Rome et la Gaule étaient, malgré les temps de tumulte, les promoteurs d'une société occidentale exigeant leur entente pour assurer son épanouissement. Ils n'ont pas accepté que leur pays, meurtri par la crise et le banditisme, quasi en état de guerre civile quand le péril extérieur s'accroît, risquât de sombrer dans l'anarchie : d'où leurs réconciliation avec Rome, d'où, en particulier, l'accord final entre Tetricus et Aurélien. Ce faisant, les empereurs gaulois n'ont pas cherché à être "les soutiens de la puissance romaine" mais ont voulu être les sauveurs d'une civilisation". Plus loin [01 page 358] : "Il a fallu tout l'égoïsme romain et toute la maladresse romaine pour que le temps des empereurs gaulois ait lieu ; ces épisodes - qui furent assez souvent constructifs - ont été littéralement imposés à la Gaule, qui s'en serait fort bien passée... si Rome n'avait pas été Rome. Dès qu'un empereur romain aime la Gaule, la Gaule aime cet empereur. et chaque empereur gaulois s'empresse d'imiter Rome. Et que dire des médailles gauloises "A la Rome éternelle" !"

    Pourquoi avoir effacé la résistance gauloise à la domination romaine ? Certes, comme l'écrit Christine Delaplace [12 page 191], le pouvoir des empereurs gaulois "demeura fidèle aux idéaux de Rome et à ses institutions", certes il a suffit qu'il y ait un pouvoir romain fort, capable de reprendre en main l'empire, pour que la dissidence gauloise cesse provisoirement, certes (encore un reproche à Bouvier-Ajam ?) "tout ceci infléchit singulièrement le caractère autonomiste ou nationaliste que l'on a bien voulu prêter à cette période" Mais cela ne l'efface nullement, ni ne devrait le réduire à une portion congrue jusqu'à maintenir le public dans l'ignorance de cet empire des Gaules. Trois cents ans après la défaite de Vercingétorix, deux cents après la tentative de Sabinus, la Gaule a reconquis son indépendance durant une quinzaine d'années et plusieurs tentatives suivront durant deux siècles. Et les bagaudes, qui sait ce que signifie ce mot ?... On a effacé cette permanence de la Gaule en renommant les Gaulois en Gallo-romains, en gommant les souffrances et révoltes des périodes de forte oppression romaine. Jusqu'à nier qu'une femme gauloise puisse se comporter en Zénobie d'Occident, en souveraine orientant les politiques des empereurs.


    Le rêve d'un nouveau Gergovie. Plus que le cauchemar d'Alésia, c'est bien sûr le souvenir de la victoire de Gergovie qui a fait rêver certains révoltés. Les nombreuses bandes dessinées sur les Gaulois qui exploitent l'époque de la conquête de Jules César, ou auparavavant, sont hors sujet de la présente étude. Un chapitre comme celui-ci permet quelques exceptions, Alix, Taranis ou Astérix.. L'album "Vercingétorix", scénarisé par Stéphane Bourdin, Didier Convard et Eric Adam, dessiné par Fred Vignaux, a le mérite de présenter - enfin ! - un Vercingétorix sans moustache, en un solide contexte historique. Edité par Glénat en 2014, dans la collection "Ils ont fait l'Histoire". + deux planches : 1 2

    La Gaule existe-t-elle davantage après Victorina qu'avant Vercingétorix ? Cette question ressort de l'article de Pierre Chuvin, titré "Nos ancêtres... les Grecs !", paru dans "L'Histoire" n°96 en 1987. L'auteur y écrit : "Le phénomène de l'« Empire gaulois » apparaît à l'un des grands tournants de l'histoire antique et exprime pour la première fois ce qui sera désormais un besoin essentiel du monde romain : face à la pression aux frontières, il faut des autorités régionales suffisamment proches pour riposter rapidement, pas trop étendues pour n'être affrontées qu'à une seule menace à la fois. Celle qui pesa sur le Rhin à partir du IIIe siècle contribua, au fond, à façonner la Gaule. Dans ce cadre, durant les deux derniers siècles romains de notre pays - l'Antiquité tardive, entre la restauration de l'Empire par Dioclétien après 284 et l'installation de Clovis après 486 -, un patriotisme gaulois s'exprime haut et fort. La Gaule possédait alors, avec Trêves, une des capitales de cet Empire romain qui, désormais, devait avoir plusieurs têtes ".

    Le créateur d'Alix s'est probablement inspiré des empereurs gaulois pour créer Iorix le Grand. Il aurait certes pu aller plus loin en lui faisant chercher l'appui de brigands et reclus, mais les bagaudes n'existaient pas encore à cette époque post-Vercingétorix. Cette opposition franche des bagaudés au colonialisme romain, plus forte et séparatiste que celle des empereurs dissidents, jusqu'à prendre parti pour les Francs, n'est toutefois pas totale. Elle a ses limites, comme on l'a vu avec Eudoxe et Attila.

     
    La perception du Gaulois à travers les époques Du romantisme du XIXème siècle à la propagande vichyste de 1940-1944 pour les "Chantiers de la jeunesse" (en parallèle avec la francisque d'origine germaine), l'image des Gaulois a été détournée en une exaltation éloignée de la réalité historique. Par contrecoup, dans la seconde moitié du XXème siècle, cette image a été dévalorisée.
    "Dans la seconde moitié du XIXe siècle, des historiens comme Michelet, Henri Martin ou Lavisse consolidèrent la thèse de « nos ancêtres les Gaulois » alors que Napoléon III avait instillé, par ses écrits (dont l’Histoire de Jules César de 1865) et ses projets archéologiques, l’idée selon laquelle la soumission à César fut bénéfique sur le long terme : la France devait sa grandeur à un mélange d’autochtonie gauloise et de culture romaine. Après que la défaite française de 1870 eut fait du Gaulois un modèle de patriote opposé à l’Empire romain (assimilé à la Prusse) se développa, notamment autour de Camille Jullian, le concept de civilisation « gallo-romaine ». L’attention à cette forme d’hybridation politico-culturelle se retrouve en 1940, lorsque le maréchal Pétain récupéra l’image d’un Vercingétorix qui, dévoué à son pays, reconnaissait toutefois la nécessité d’intégration à l’Empire de Rome, cette fois-ci assimilé au Reich hitlérien. C’est finalement l’image du résistant râleur qui fit florès dans l’après-guerre (Agulhon 2003, p. 54-55), la première parution d’Astérix en 1959 venant entériner l’image d’un peuple gaulois rétif à toute forme d’impérialisme, qu’il soit romain ou américain." [Pascal Montaluc 2017, article "Revenir sur les Gaulois"]

    Le combat des chefs, jadis pour être empereur des Gaules, maintenant pour être président de la République française, est un sujet universel et, pour en rigoler, les Gaulois, via Astérix, sont devenus une référence... Ici le cinquième album de la série Sarkozix, scénario de Wilfrid Lupano et dessin de Jérôme Maffre (éd. Delcourt 2012).




  43. Romains, Chrétiens et Francs face à la permanence de la Gaule

    La longue coexistence de la culture gauloise avec la culture romaine. Maurice Bouvier-Ajam [01 pages 342 et suivantes] dresse le bilan de l'occupation romaine de la Gaule : "Il y a eu des empereurs romains qui ont aimé la Gaule. Quelques uns, rares, l'ont même aimée pour elle. Mais quasi tous n'ont pensé qu'à s'en servir. Et à la mêler à leurs luttes pour le pouvoir, jusqu'au dégoût, qui fut plus d'une fois un dégoût salvateur. [...] Si la Gaule était ce qu'elle était aux jours de la pénétration barbare, ce n'est pas à Rome qu'elle le devait, mais à elle-même. A sa résistance plus qu'à ses acceptations. Même à ses Bagaudes ! Et, en fin de compte, plus à ses empereurs qu'à ceux de Rome."

    Il juge avec sévérité l'intervention d'Aétius, le vainqueur d'Attila : "Aétius sauveur des Gaules ? Voire. Il veut amadouer les Alains, qui passent leurs temps à trahir leurs alliés. Il leur offre splendidement la moitié des propriétés gallo-romaines d'une contrée tourangeo-solognote, leur laissant le soin d'en prévenir les habitants. Il y a résistance armée, massacre de résistants, expulsion de la totalité des familles et les Alains sont chez eux, avec l'accord tacite du patrice romain."

    Les Romains, à défaut d'étouffer la culture gauloise l'ont amenée à coexister avec une nouvelle culture, celle des villes et villae, des amphithéâtres et des aqueducs, symboles de richesses puis de fragilités face aux raids barbares. Celle d'une économie mondialisée à l'échelle de la mare nostrum, ou mare internum, la mer Méditerranée.


    Carte Wikipédia de L'empire romain, à son extension maximum, en 118, un an après la mort de Trajan.
    Le première mondialisation a eu lieu sous l’empire romain

    Titre et extrait de l'article de Guillaume Henchoz en 2016 sur le site medium.com. "Même langue, mêmes produits consommés, mêmes lois: les habitants de l’empire qui vivaient sous l’ère de l’empereur Trajan appartenaient à une communauté qui s’étendait de l’Espagne à l’Irak actuel. [...] Ils ne pratiquent pas forcément la même religion, mais consomment les mêmes produits, obéissent aux même lois, et partagent le sentiment certainement un peu diffus d’appartenir à la même communauté. Ils sont tous les citoyens de la même entité politique.

    Citant Alberto Angela : "Vous pouviez vous asseoir dans une taverne d’Alexandrie, de Londres ou de Rome et commander le même vin de Moselle, puis assaisonner votre plat avec la même huile d’Hispanie. Dans la boutique d’à côté vous pouviez acheter une tunique dont le lin était cultivé en Egypte mais qui avait été tissée à Rome. [...] Goths, Alains et autres Burgondes ne chercheront pas à détruire leur voisin mais plutôt à intégrer l’empire, «comme quelqu’un vivant aujourd’hui dans le tiers-monde ne souhaite pas forcément voir disparaître New-York ou l’Occident mais simplement porter des jeans, des baskets et jouir des avantages du système."

    Avec une conclusion d'Alberto Angela : "Par bien des aspects, le monde romain était certes différent du nôtre, voire à des années-lumière, on y pratiquait l’esclavage, la pédophilie et la peine de mort, mais paradoxalement il était aussi plus civilisé, plus pacifique et plus démocratique que beaucoup d’autres..." Hum, il valait mieux être citoyen romain...

    L'intolérance de la culture chrétienne vis-à-vis de la culture celto-gauloise. Le christianisme est lui ravageur, notamment par les temples détruits et remplacés par des chapelles ou églises au nom d'idéaux d'amour et de respect et par l'interdiction des cultes païens par l'empereur Théodose en 392. Il préparera le pays à une nouvelle unité, agissant d'abord sur les villes puis sur les campagnes en s'appuyant sur les bagaudes, sous l'impulsion de saint Martin. Bouvier-Ajam [01 page 346] : "C'est indiscutablement l'action de l'Eglise qui promouvra l'unité nationale, nonobstant les écarts entre pays bagaudés et pays non bagaudés, et nonobstant les derniers conflits :: l'uniformisation de plus en plus nette des pouvoirs, prétentions, réalisations, politique et hiérarchie des évêchés, les relations de plus en plus développées entre les évêques, tout consolide une structure nationale que même les persistances du paganisme et les persécutions des aryens n'ébranleront pas". On a vu précédemment combien le rôle des évêques devient primordial. Seuls les premiers, comme Martin étaient issus et élus du peuple mais rapidement les aristocrates investissent ce pouvoir. Des dynasties se mettent en place, souvent d'oncles à neveux.


    511 à Orléans, le clergé Wisigoth abandonne la religion arienne pour adhérer à la sainte Trinité de l'église de Rome. Dessin de Pierre Joubert [21].

    Des civilisation barbares qui s'adaptent à la romanité et se soumettent au christianisme. Quant aux barbares, qui s'installent progressivement et déposent alors les armes, ils s'adaptent à la domination romaine, tant qu'elle reste vigoureuse. Bouvier-Ajam [01 page 347] : "Les Wisigoths ? Ce sont d'assez abominables brutes et, jusqu'au règne d'Euric (466-485), assez incapables de se gouverner eux-mêmes. Rome en fait des "fédérés" et leur donne un droit d'hospitalité en "seconde Aquitaine", avec Bordeaux, Agen, Angoulême, Saintes, Poitiers et Périgueux. Cela ne leur suffira pas : Euric, achetant de hauts fonctionnaires romains pour avoir les mains libres, se fera livrer l'Auvergne en attendant d'étendre sa puissance sur la Provence et jusqu'à la Loire. Et c'est l'empereur romain Julius Nepos qui cède l'Auvergne. Sidoine Apollinaire écrit : "Notre servitude est devenue le prix de la sécurité d'autrui" [...] Des Alains, des Wisigoths, des Burgondes, des Francs acceptés par les Romains comme occupants légitimes de provinces gauloises, comme propriétaires légitimes de biens gaulois !". Rome rempart ou complice des Barbares ?

    Puis ce fut le grand déferlement, jusqu'à ce que les Francs de Clovis usent de la religion chrétienne pour enterrer ce qui restait de la Gaule.

     
    "Histoire de la Bretagne" de Reynald Secher et René le Honzec, 1991 + pages correspondantes : 1 2

    Pourtant, les chiffres montrent que le socle de la population du nouveau royaume des Francs reste très majoritairement constitué des anciens résidents. Bouvier-Ajam [01 page 350] : "Il semble bien qu'en 490, donc quatre ans après la bataille de Soissons, le total des Barbares immigrés ne dépassait guère 425 000, soit très sensiblement moins de 10% de la population gauloise, Bretons évidemment non comptés."

    Une mixité souvent difficile à vivre. Ici l'amour impossible d'un Wisigoth et d'une Gauloise, fille de Gaulois et de Wisigothe. Tome 2 de "La saga de Wotila" par Cécile Chicault 2013 + les trois planches de cette dispute dans le décor d'une villa gauloise, en 419 : 1 2 3

    Un territoire qui n'est pas démographiquement renouvelé. Partant sur des bases historiques plus anciennes, Jean-Louis Brunaux, spécialiste de la civilisation gauloise, dans le mensuel "L'Histoire" n°326 de décembre 2007, en un article titré "Nos ancêtres les Gaulois...", va dans le même sens en faisant le "constat très général" suivant : "L'archéologie révèle également que l'habitat, bien que fort dispersé, était d'une densité étonnante : les exploitations agricoles gauloises sont partout présentes, souvent plus abondantes encore que les villas gallo-romaines qui leur ont succédé. Il faut donc se résoudre à l'évidence : ce ne sont pas les Romains qui ont largement mis en culture la Gaule, comme on le pensait encore il y a une trentaine d'années. Mais ce sont les Gaulois eux-mêmes qui, grâce à des techniques agricoles particulièrement performantes fumure, marnage, labour avec de puissants attelages, ont assuré une production de viandes animales et de céréales abondante et de qualité. Les habitats, comme les sanctuaires et les nécropoles, livrent des ossements de mammifères dans des quantités stupéfiantes. Cette intense exploitation agricole du territoire suppose une forte population, dont le taux de renouvellement était élevé. César, au cours de ses huit campagnes, s'affronte à des armées toujours aussi nombreuses et peut encore, après sa victoire, puiser largement dans la population masculine pour y recruter des auxiliaires de grande valeur. La natalité y était donc soutenue, en tout cas beaucoup plus que dans les pays voisins méditerranéens où les moeurs étaient plus urbaines. Au début de notre ère, la Gaule n'est donc nullement un pays dépeuplé. Et les Romains y sont extrêmement minoritaires. Quant aux invasions du Bas-Empire puis du Haut-Moyen Age, elles concernaient sans doute des populations peu nombreuses, de quelques milliers d'individus. C'est donc bien une population essentiellement gauloise qui peuplait au cours du Ier millénaire le pays qui allait devenir la France."

    Maurice Bouvier-Ajam [01 page 352] va jusqu'à se demander si les Francs ont véritablement conquis la Gaule : "Cela peut se discuter. Cela se discute assez mal, pour ce qui est du "royaume romain" de Syagrius, certes ! Ce malheureux Syagrius n'était-il pas, bien malgré lui, une façon d'usurpateur dans la mesure où il "représentait" un empereur qui n'existait plus ? Et, de surcroît, l'opposition bagaude et le large refus de coopération militaire des non-bagaudes n'indiquent-ils pas qu'il n'y avait pas de vraie justification humaine à ses prétentions ? Mais n'épiloguons pas... Pour ce qui est des Burgondes et des Wisigoths, en revanche, la guerre victorieuse des Francs ne saurait être assimilée à une conquête franque de la Gaule. Il s'agit d'une guerre - ou plutôt de guerres - entre Barbares, et il ne fait pas l'ombre d'un doute que l'immense majorité gauloise souhaitait, principalement pour des raisons religieuses, la victoire franque : on ne conquiert pas un pays qui se donne."

    Nos ancêtres sont-ils les Gaulois ou les barbares Francs ?
    Sur dessin de Pouzet, Reiser, au scénario, répond à sa façon : "les deux !" + la planche entière. Extrait de l'album "L'histoire de France en 100 gags" (Dargaud 1969)

    Charlemagne descend-il de Clovis et Clotilde ?
    Clovis apparaît être un ancêtre de Charlemagne, sachant que le lien entre Bertrade de Prüm et Thierry III, défendu par Christian Settipani, n'est pas reconnu par d'autres auteurs. C'est un point important qui fait que l'empereur Carolingien couronné en 800 descend ou pas des Mérovingiens.




  44. Fin de la Gaule, passages des Gaulois aux Francs puis aux Français

    J'espère que le lecteur de cette page aura la même impression que j'ai eue à la lecture de l'ouvrage de Maurice Bouvier-Ajam "Les empereurs gaulois" [01] : la révélation d'une forte permanence de la Gaule durant les cinq siècles et demi d'occupation romaine, avec une intensité variable, s'accordant ou se désaccordant avec les occupants. La Gaule n'est pas morte avec la défaite de Vercingétorix en -52 mais vers 500, avec l'action combinée de la christianisation et de l'invasion des Francs. Cette date de 500 correspond au baptême de Clovis, entre 496 et 508 selon les auteurs, suivie par le baptême de toute l'aristocratie franque.

    Un territoire qui de tous temps est une machine à intégrer. Comparée à cette nouvelle main-mise franco-chrétienne, la présence romaine apparaît comme une occupation à l'ancienne, celle des Grecs, de Darius le Grand ou d'Alexandre le Grand, qui laissaient une large autonomie aux pays conquis. Et davantage même, comme le démontre un article des Cahiers de Science et Vie [20], titré "Rome une machine à intégrer". L'oppression fut plus ou moins forte selon les époques mais elle n'avait pas la volonté d'éradiquer une civilisation, d'abattre les temples et dieux gaulois. John Scheid, en un article du Point en 2013, écrit : "Au moment où l'on doit construire l'Union européenne, on ferait bien d'étudier le cas romain, un exemple réussi de réunion de peuples culturellement, religieusement et politiquement différents au sein d'un ensemble. Il peut nous en apprendre aussi beaucoup sur le fait de vivre ensemble sans que cela se termine en chaos et en guerre civile...". A condition de se baser sur les "bons" empereurs tels Trajan, Hadrien , Constance Chlore, Julien, sachant qu'il y en eut trop de "mauvais" pour les Gaulois.

    Dans un autre article du Point, en 2016, réagissant au propos du président de la République Nicolas Sarkozy "Dès qu'on devient français, nos ancêtres sont gaulois", Jean-Louis Brunaux dit que "Etre gaulois, ce n'est pas une identité, c'est ça qu'il faut bien comprendre. Etre gaulois, c'est habiter la Gaule, sachant que la Gaule est un véritable pays, un véritable espace politique", ce qui n'a rien de spécifique, on peut dire la même chose des Français et de la France. Il poursuit : "Il y a plusieurs exemples de peuples d'origine germanique ayant passé le Rhin qui, quelques années plus tard, sont considérés comme gaulois avec des prérogatives et ils participent à la vie politique gauloise". Comme ça se passe en France. Puis : "La romanisation est beaucoup plus ancienne que la guerre des Gaules. Il existait une proximité avec le commerce romain, dès les années - 150, - 100. Des nobles gaulois ne voulaient pas perdre ce commerce romain et cherchaient même à l'amplifier. Toute la noblesse était du côté de César.". Les Gaulois sont-ils aussi les ancêtres de Mickey ?
    Oui, avec les Romains et les Barbares. Comme ils sont ceux de Tintin ou de Titeuf, probablement ceux de Lucky Luke et Buster Brown... Car ce Mickey, paru en 1954 dans le journal à son nom, a des parents français, Pierre Fallot au scénario, Pierre Nicolas au dessin. De 1952 à 1978, "Mickey à travers les siècles" a connu 176 épisodes, chacun en des lieux et époques différents. Celui-ci, le 24ème, se déroule au temps de Clovis et du vase de Soissons. + les deux premières pages : 1 2

    Un territoire qui se renouvelle sans cesse. Et Dominique Garcia conclut cet article en appuyant davantage sur le parallèle Gaule-France : "Il n'existe pas de population qui s'assimile, il y a des gens qui construisent ensemble une identité, laquelle est sans cesse renouvelée. Être français en 2016 ne veut pas dire la même chose qu'être français en 1962."

    Sur les rapports Gaulois - Romains, deux constats sont davantage complémentaires que contradictoires :
    Quant aux Français, ils n'existent que sept siècles plus tard, vers 1200, quand Philippe Auguste est passé du statut de roi des Francs (rex Francorum) à celui de roi de France (rex Franciae), progressivement de 1190 à 1204. Même si en Flandre ou en Aquitaine, il fallut encore quelques siècles pour que la population se sente française. Entre les Gaulois et les Français, il y eut donc les Francs, appellation regroupant les barbares envahisseurs de ce nom, ceux d'autres noms, notamment Wisigoths et Burgondes, et les Gaulois envahis, tous unis par le christianisme pour ne faire qu'un seul peuple. Entre 500 la Gaule et 1200 la France, il y eut, selon les époques, un ou plusieurs royaumes Francs, la Francie, la Neustrie, l'empire d'Occident de Charlemagne avec Aix la Chapelle pour capitale... Lyon, Trèves, Paris et Arles, les anciennes capitales gauloises, ont par intermittence été dans le même pays ou dans des pays différents. Puis Paris et Lyon, ensuite Arles, ont été rattachés à la France et, plus tard, Trèves à l'Allemagne, tandis que la Belgique et la Suisse devenaient indépendantes...

    Comme le dit Bruno Dumézil [22 page 15] : "Ce vieux pays et cette nation nouvelle qu'on appelle la France, faisons-les commencer avec les Gaulois et oublions un peu nos scrupules. Faire de l'histoire, c'est aussi admettre les pesanteurs culturelles. [...] La France du temps des Gaulois, la France du Moyen-âge, la France moderne et la France contemporaine ne sont pas le même pays".


    Carte de la Gaule transalpine avant -60 et l'occupation romaine, extraite d'une étude de 28 pages d'Yves Texier en 1997, titrée "Le mythe de "Nos ancêtres les Gaulois"

    Carte de la Gaule tardive entre 378 et 395, sous Théodose, extraite du livre d'Alain Ferdière "Les Gaules", Armand Colin 2005.
    Les frontières de la Gaule étaient plus "naturelles" que celles de la France. Comme le montrent ces deux cartes (et d'autres sur cette page), les frontières de la Gaule sont longtemps restées stables, au-delà des divers découpages, sachant que la Gaule cisalpine (à l'Est des Alpes), malgré sa dénomination, est habituellement exclue. Et ce ne sont pas les frontières de la France. Comme on l'a vu, la capitale est Lyon / Lugdunum puis Trèves / Treverorum , Paris / Lutèce, briévèment, Arles / Arelate sur la fin... Yves Texier dans l'étude citée ci-dessus : "La Gaule elle-même était bien plus grande que la France d'aujourd'hui ; elle allait jusqu'au Rhin, elle incluait la Suisse, et même tout le nord de l'Italie... S'il n'y a pas de patrie sans terre, les frontières "naturelles" de la France ont donc été perdues. Et à tout le moins, nous ne sommes pas les seuls dont le sol ait autrefois été gaulois." Effectivement, à chercher des frontières naturelles, on trouve : Atlantique, Pyrénées, Méditerranée, Alpes, Jura (avec ou sans l'Helvétie ?), Rhin jusqu'à son embouchure, Manche. C'est la Gaule, pas la France, ou alors celle de 1795-1811 (incluant la Gaule Cisalpine et allant jusqu'à Rome en 1811 !)... Le Pays Basque et la Corse n'ont jamais fait partie de la Gaule, ainsi bien sûr que les départements d'outre-mer... Et les habitants de Marseille / Massalia / Massilia se sont-ils vraiment considérés comme des Gaulois ?

    Permanence de l'espace et du temps

    Joël Schmidt, à la fin de son livre "Les Gaulois contre les Romains" [18 page 395], cite ce passage de Camille Jullian [10] : "Rome ne pouvait briser ni la volonté de la terre ni l'oeuvre des générations. Il y avait toujours une Gaule et cette Gaule avait toujours son passé, et dans cette Gaule il y avait toujours une Armorique ou une Auvergne, une ville de Marseille ou une ville de Paris. Si longtemps que persisterait l'empire de Rome, si confuse et obscurcie que serait pendant ce temps la vie propre de la Gaule et de ses êtres, cette vie durerait plus encore que celle de l'Empire : car elle reposait non pas sur la victoire ou le consentement d'un jour, mais sur la puissance de l'espace et du temps"

    Mais tout a un temps et une fin, même si celle-ci peut être par endroits allongée. Laurent Avezou, dans l'article "Des Romains aux Gaulois, itinéraire d'un mythe" du magazine "Détours en France Gaule" de 2011 : "Certains évêques, comme Didier à Cahors [décédé en 654], s'ingénient en tant qu'héritiers de l'administration romaine à maintenir en état aqueducs et amphithéâtres. Puis au VIIème siècle, les habitants du nord commencent à se nommer Francs, au sens de "sujets du roi Franc". Ceux du sud y viennent au siècle suivant." A la question "Comment expliquer le regain d'intérêt actuel pour les Gaulois ?", il répond : "Un désir de revenir à une réalité aussi objective que possible. Relativiser le poids des textes grecs et latins, souvent mal compris ou mal renseignés. Et montrer que cette civilisation, vue dans un cadre plus européen qu'hexagonal, était aussi homogène et digne de respect que celle des Romains qui l'ont digérée. Peut-être est-ce là une autre manière de se sentir européens.". L'Europe a une dimension intermédiaire entre la Gaule incluant la Belgique, les Pays-Bas, la Suisse et une partie de l'Allemagne (et l'Angleterre et l'Espagne sous Postume, Julien et quelques autres) et l'empire méditerranéen des Romains ; en cela, connaître la Gaule, c'est aussi vivre avec les pays environnant la France. Comme Victorina voulait s'allier avec Zénobie.

    L'historien grec Poseidonios conteste la vision de la Gaule de César

    La bande dessinée "L'enquête gauloise", scénarisée par Jean-Louis Brunaux et dessinée par Nicoby (164 pages, éd. La Découverte - La revue dessinée 2017) imagine la rencontre anachronique de Poséidonios (ou Posidonios) (-135 - 51) (le barbu), historien grec ayant voyagé en Gaule, Jules César (-100 - -44) (habillé en Romain), le conquérant des Gaules, qui estime qu'il a donné ses frontières à la Gaule, et le scénariste Jean-Louis Brunaux (né en 1953) (avec lunettes), archéologue spécialiste de la civilisation gauloise. Leur échange de propos est savoureux et démonte, tout en la défendant aussi, la vision que César a transmise dans son récit "La guerre des Gaules". Voici trois des dix pages de cet échange : 1 2 3.

    Dans la même BD, Jean-Louis Brunaux explique l'origine du mot "Gaulois" (qui est aussi un détournement du mot Galates par lequel les Gaulois se désignaient).


    Fantasmes autour des druides et des mégalithes
    Comme le rappelle Jean-Louis Brunaux ci-dessus, les menhirs sont antérieurs de plusieurs milliers d'années aux Celtes et aux Gaulois qui en comprenaient aussi mal la signification que nous. Obélix, tailleur de menhirs, a hélas donné une nouvelle vigueur à cette grossière confusion.
    Elle a été exploité de façon caricaturale dans les petits formats adultes des éditions Elvifrance, dans les années 1970. Ainsi à gauche un Terror n°10 (1970) (+ trois pages : 1 2 3) et, à droite, un "Hors-série Rouge" n°A3 (dessin de Bollalta, 1975) (+ quatre pages : 1 2 3 4). + le n°12 de Terrificolor en 1975 titré "Cris et lamentations" (couverture et une planche)..
    Dolmens et menhirs y sont étroitement associés aux druides avec des rites mêlant sexe et sacrifices humains. Les auteurs sont italiens, peut-être est-ce une réminescence de ce que les Romains imaginaient à propos des Celtes et Gaulois ?



  45. Début de la Gaule, passages des Celtes aux Gaulois

    Si l'on peut déterminer une date de fin de la Gaule, qu'en est-il de son commencement ?

    Cette page du site Lexilogos rappelle les propos de Jules César : "L'ensemble de la Gaule est divisé en trois parties. Les Belges en habitent une, les Aquitains une autre, ceux qui portent le nom de Celtes dans leur langue et Gaulois dans la nôtre, la troisième. Tous diffèrent par la langue, les coutumes et les lois. Les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne, des Belges par la Marne et la Seine". Il y est ajouté que : "Les Celtes sont originaires de la région du haut Danube, Bavière et Autriche. Une première vague a déferlé sur l'actuelle France : ce sont eux que les Romains appellent les Gaulois. Une seconde vague a déferlé sur le pays au IIIe siècle : ce sont les Belges installés au nord de la Seine et les Volques, installés entre le Rhône et la Garonne. Sur le plan linguistique, on peut supposer que le belge et le gaulois sont deux dialectes celtiques, très proches l'un de l'autre. ".

    Prenons l'exemple des Gaulois appelés Turons, il sont considérés comme des Celtes installés en Touraine vers -450 :
    Les Turons viennnent de Thurnau et de la Thuringe.
    Superposition de deux cartes, celle présentant la région de Thurnau, avec le texte d'accompagnement ["L'Indre-et-Loire, La Touraine des origines à nos jours", par Pierre Audin et autres auteurs, éditions Bordessoules 1982] et celle de Wikipédia présentant en vert foncé la Thuringe, habituellement désignée comme lieu d'origine des Turons (notamment par Fabien Régnier et Jean-Pierre Drouin dans "Les peuples fondateurs de la Gaule" 2012). Claude Ptolémée, dans sa Géographie vers 150, avait mentionné les Turones comme un peuple germanique occupant une partie de ce qui sera connu au Vème siècle comme la Thuringe.

    Les Celtes, bien au-delà de la Gaule

    Carte de "L'expansion celte" parue en 2011 dans "Les cahiers de Science et vie" [19]

    Présentant une carte du même type, la page "La retraite de Jacky" sur les bagaudes, rappelle que l'origine celtique de ce mot, "bagad", signifie groupe, bande, combattant.

    "La culture celtique atteint la Gaule tout entière (entre la Garonne et la Seine) vers -500, l’Espagne (Celtibères) vers -500, les Balkans, la Grèce (prise de Delphes en -279), l’Asie Mineure (Galates en -275)". [Wikipédia]


    Le premier sac de Rome par les Gaulois de Brennus vers -387. Extrait de la série "Le fil de l'histoire raconté par Ariane et Nino", volume "Les Gaulois sacrés ancêtres !", scénario de Fabrice Erre, dessin de Sylvain Savoia. + deux pages avec cet extrait : 1 2


    Un Anguipède est une créature légendaire de la mythologie gauloise dont le corps finit en queue de serpent. Comme indiqué en cette page de Wikipédia, d'où vient cette illustration d'une statuette de fin du IIème siècle, le statuaire gallo-romain a figuré à de multiples reprises ces étranges témoins d'un patrimoine celtique / gaulois disparu, transmis par la tolérance romaine
    Quatre ou cinq siècles avant l'arrivée des Romains, les Celtes ont-ils envahi un pays ayant une tradition très différente ? Comme un millénaire plus tard les Francs... Ont-ils, comme les Chrétiens, supprimé cette culture ou, comme les Romains, s'y sont-ils adaptés ? Ou, plutôt qu'une invasion, une nouvelle culture n'a-t-elle pas émergé par l'usage d'un nouveau métal, le fer, amenant un nouveau développement de l'agriculture et une expansion démographique ? Cela dépend-il des régions ? Le manque de réponses ne permet pas de savoir qui sont vraiment les premiers Gaulois, s'ils sont beaucoup ou un peu Celtes...S'il est généralement admis que la Gaule se constitue progressivement à cette époque de fin du Hallstat (de -800 à -450) et durant celle de la Tène (de -450 à -25), nous en connaissons mal l'identité et les facteurs qui ont permis d'unir tous ces peuples en un seul pays, comme Jules César en a pris la mesure.

    La distinction entre Celtes de la Tène et Gaulois est difficile à cerner. Par exemple quand Jérôme France écrit [12 page 23] : "Le début de la période la Tène est marqué par un triple phénomène de mutations, d'instabilité et d'expansion. La Gaule pour sa part devient plus largement celtique, à l'exception de quelques marges". La confusion entre Celtes et Gaulois est omniprésente. César a-t-il vaincu les Gaulois ou les Celtes de Gaule ?

    Tous les Gaulois étaient-ils Celtiques ? Il y a lieu d'en douter, pour des raisons à la fois géographiques, notamment pour les Aquitains proches des Hispaniques (certes eux-aussi en grande partie dans l'ère celtique) et sociales. C'est confirmé par une étude "Les origines" de 1925 par Frantz Funck-Bentano reprise sur cette page : "Dans la formation de la nation française seraient entrés 50% d'autochtones, Ligures et Ibères, 20% de Celtes, 5% de Latins, 16% de Germains, en y comprenant l'élément gothique, 4% de Normands et 5% d'éléments divers : Grecs, Basques, Sémites, Syriens, Africains...". Avec un recul généalogiste, le chiffre de 50 % semble trop fort et celui de 5% d'éléments divers trop faible.

    La page Wikipédia de la Tène, présente cette statuette d'un barde, trouvée en Bretagne, sur la forteresse de Paule, attribuée à des Celtes de la Tène et aussi au peuple gaulois des Osismes. Ce peuple y est rattaché à l'ethnie celte, à la langue gauloise et à la religion celtique.

    Dans la présentation de leur livre "Histoire des Gaules" [12], qui en couverture débute au VIème siècle avant J.-C. et se termine au VIème siècle après J.-C., Christine Delaplace et Jérôme France écrivent que "la nation gauloise" est "née de la volonté de Rome en tant qu'"état tampon entre l'Empire et les Barbares". Les Gaulois auraient-ils toujours été des Gallo-Romains ?

    Du coup, il apparaît difficile de dater le début de la Gaule. Au maximum à la fin du Hallstat, vers -450, au minimum un peu avant à la fin de la Tène, vers -100, avant l'invasion romaine, à supposer que Celtes et population autochtones aient mis plusieurs siècles à se mélanger avant de se présenter en peuples à peu près unis, Turons ou Osismes, Arvènes ou Eduens...

    Une naissance au IVème siècle avant J.-C. A la naissance, tout n'est pas constitué, c'est le début de la croissance. Pour cela, on peut prendre la date la plus ancienne, -450, en s'appuyant aussi sur ces propos de Jean-Louis Brunaux dans un article du numéro spécial "Gaulois, qui étais-tu ?" de "Dossier Pour la Science" en 2008 : "Au IVe siècle avant notre ère, les occupants de ce territoire reconnaissaient déjà les frontières du « pays Gaule », imités en cela par leurs voisins. Au-dessus de leur appartenance à un peuple, ils s’identifiaient comme Gaulois, c’est-à-dire comme habitants d’un même pays. L’appartenance à la « nation Gaule » est définie par un droit du sol, et non par un droit du sang. Certaines populations, comme les Belges et les Aquitains, ne sont ainsi devenues gauloises qu’assez tard, en s’installant en Gaule après le IVe siècle avant notre ère. Les Gaulois ont d’ailleurs parfaitement conscience de leur diversité ethnique. Au IVe siècle avant notre ère, les occupants de ce territoire reconnaissaient déjà les frontières du « pays Gaule », imités en cela par leurs voisins. Au-dessus de leur appartenance à un peuple, ils s’identifiaient ccomme Gaulois, c’est-à-dire comme habitants d’un même pays. L’appartenance à la « nation Gaule » est définie par un droit du sol, et non par un droit du sang. Certaines populations, comme les Belges et les Aquitains, ne sont ainsi devenues gauloises qu’assez tard, en s’installant en Gaule après le IVe siècle avant notre ère. Les Gaulois ont d’ailleurs parfaitement conscience de leur diversité ethnique.". La Gaule, les Gaules et les Gaulois auraient ainsi existé durant un millénaire. La période de pleine maturité serait-elle celle de l'empire des Gaules ? Celle de Victorina ?

    Statue de Paulmy, dans le pays des Turons [Histoire de la Touraine, Pierre Audin, Geste Editions 2016] et dame de Beaupréau en Anjou [Ier siècle avant J.-C., lien]. Même torque (collier celte devenu gaulois), même position des mains : n'y-a-t-il pas une ressemblance frappante avec la stèle funéraire de Victorina ?
    Le torque, la position des mains et Victorina
    Le torque est un marqueur fort de la continuité Celtes-Gaulois, comme le raconte l'article dédié de Wikipédia, comportant l'illustration suivante :



  46. Bilan : souverains des Gaules, bagaudes, Francs, même combat contre l'oppression romaine

    Permanence de la résistance gauloise à la domination romaine


    En enlevant les 8 ans de Maternus, qui est plutôt un chef de bande itinérant, on arrive à un total de 119 ans pendant lesquels la Gaule, en partie ou totalement, n'est pas gouvernée par l'empereur qui siège à Rome, Constantinople ou Ravenne, mais par un césar, auguste ou empereur des Gaules ou de Bagaudes qui vit en Gaule.

    En y ajoutant Maternus et les temps où les bagaudes occupaient les deux cinquièmes du territoire (autour de 286 et 316 et de 395 à 451), sans chef déclaré, on peut estimer que, sur les cinq premiers siècles de notre ère, durant 150 à 200 ans, de façon discontinue, la Gaule a été indépendante ou très autonome, en grande partie ou totalement (parfois au delà : la [Grande-]Bretagne et l'Hispanie). Face à ce constat, comment peut-on croire que la Gaule a cessé d'exister en -52 avec la victoire de Jules César sur Vercingétorix ?

    Cela contredit nombre d'historiens qui considèrent que la Gaule n'existe pratiquement plus après la conquête romaine, ou seulement sous la coupe de Rome, à la manière des propos que tient Bruno Dumézil [22 page 28] : "Malgré quelques troubles et des révoltes assez peu nombreuses, le territoire gaulois connaît presque quatre siècles de paix : une paix continue, assurée il est vrai par les armées romaines, mais une paix appréciée par toutes les élites gauloises, que l'on appelle désormais les élites gallo-romaines. [...] Ces quatre cents ans relativement ternes sur le plan politique - entre Ier et IVème siècle de notre ère - représentent pour les Gaules une période de très grande prospérité." Hum...

    Nouveaux éclairages

    Les préliminaires et la réalisation de ce dossier m'ont apporté des révélations successives :
    1. L'existence de Postume et d'un empire des Gaules. Lien.
    2. Maurice Bouvier-Ajam, dans son livre "Les empereurs gaulois" [01], montre que, durant cinq siècles, la Gaule a été tiraillée entre la résistance à l'oppression romaine et la volonté d'en apprécier les apports. Des révoltes de Sacrovir, Vindex ou Albinus aux bagaudes d'Amandus et Tibatto, en passant par Victorina et ses empereurs des Gaules, une identité gauloise est restée très vivace. J'avais été particulièrement fasciné par la rencontre de Victorina et Zénobie et leur vision commune de l'évolution de l'empire romain. Après une période de doute, l'Histoire Auguste [08] m'apparaît crédible sur les sept passages où elle parle de Victorina, y compris pour le titre d'Augusta, à cause de la couleur pourpre trouvée sur la stèle. Lien
    3. Anne de Leseleuc [04] m'a convaincu de l'existence de Victorina par son argumentation et en montrant sa stèle funéraire. Lien.
    4. De Constance Chlore à Constantin III, des empereurs romains ont gouverné la Gaule indépendamment de Rome. Ils étaient des augustes, des empereurs des Gaules qui n'usaient pas de ce titre. Plutôt des empereurs sur le territoire des Gaules et souvent aussi de la Bretagne insulaire et de l'Hispanie. Au début légitimes avec la tétrarchie, à la fin usurpateurs en conflit avec Rome. Avec cette question : Julien aurait-il pu fonder un empire des Gaules durable ? Lien.
    5. Le rôle de Martin de Tours dans notre histoire est essentiel. Les campagnes auraient pu rester à l'écart de la christianisation des villes, tant les bagaudes avaient amorcé une sécession. Plus que sa violence (contre ses démons et le patrimoine gaulois, non contre les hommes), son humilité, poursuivie par ses continuateurs, a permis de convaincre les campagnes. Les fossés entre urbains et bagaudés et Barbares christianisés se sont réduits. La Gaule était devenue invivable, Martin le premier a trouvé une voie pour une nouvelle façon de vivre ensemble. Il avait aussi en lui le germe d'une intolérance religieuse, de plus en plus oppressante au fil des siècles... Un peu comme si la guerre civile qui menaçait alors avait été repoussée à l'époque de la croisade albigeoise et des guerres de religion... Lien.
    6. La relecture du livre de Bouvier-Ajam m'a montré à quel point Attila a tenté de s'allier aux bagaudes, qui, pour une fois, ont préféré se ranger du côté des Romains. Mais que ce serait-il passé si Attila, comme Clovis, était devenu Chrétien ? Sans doute était-ce trop tôt... Lien.
    7. Cette relecture m'a aussi amené à visualiser par une carte ce que j'appelle "l'empire de la Manche" de Carausius. Lien.
    8. Olivier Cabanel m'a montré que la Burgonde francisée Clotilde est finalement plus importante que son époux le Franc Clovis. Lien.
    9. Bruno Dumézil [22] m'a amené à considérer que les rois Francs ont attiré à eux les bagaudés, peut-être jusqu'à en constituer le gros des troupes. Lien.
    10. La thèse de Luce Pietri [23] et aussi la généalogie avec les ouvrages de Christian Settipani montrent à quel point, quelques soient les bouleversements, la noblesses territoriale sait garder les rênes du pouvoir. Au Vème et VIème siècle, elle a opéré par les évêques qui ont réussi à maintenir une continuité administrative et juridique, même politique et culturelle, permettant de garder un cap et de rassurer une population qui avait grandement besoin de repères. Lien.

    Sous-pages

    Afin d'améliorer la connaissance par les moteurs de recherches de quelques éléments majeurs de cette étude, des sous-pages ont été créees, en redondance avec la présente page. Les voici : La stèle de Victorina, La brève république gauloise, L'empire de la Manche de Carausius, La basilique Martin de Perpet (avec importants ajouts).

    Cinq siècles d'une logique évolutive parvenant à briser le carcan romain

    J'en arrive à présenter cette évolution de la résistance gauloise face à l'occupation romaine :

    En d'autres termes, reprenant la lecture des deux lignes de ce tableau :
    D'où ce titre raccourci (sans être celui de la bataille de Soissons...) : Les Romains de Jules César enfin vaincus, par les Francs de Clotilde...

    Ajoutons le rôle essentiel du christianisme pour rejeter à la fois les civilisations romaine et gauloise et obliger à partir sur de nouvelles bases. Constantin Ier l'avait bien compris mais ses successeurs, sauf en Orient, n'en ont pas tiré toutes les conséquences, alors que bagaudes et francs ont su en faire l'assise d'un monde nouveau.

    En 2004, Joël Schmidt avait sous-titré "Le combat de 1000 ans" son livre "Les Gaulois contre les Romains" et l'avait terminé [18 page 401] par "La victoire finale des Gaulois". Certes, mais au prix de la mort de la Gaule, comme si, durant ce presque millénaire, de l'avant Brennus jusqu'à l'après Victorina, elle n'avait pu vivre qu'avec et contre les Romains...



  47. Bibliographie des empires des Gaules et de Bagaudes et des royaumes barbares en Gaule

    Pour mener l'enquête, je me suis appuyé sur les ouvrages qui suivent, ainsi que sur des pages de la Toile (comme Wikipédia) dont les liens ont été progressivement présentés.

    [01] Les empereurs gaulois par Maurice Bouvier-Ajam (1914-1984), historien, spécialiste d'histoire économique et sociale. Cet ouvrage paru en 1984 aux éditions Tallandier (424 pages) a été réédité en 2000. Voici des extraits légèrement arrangés de la présentation de l'ouvrage : "Les Gaulois n'ont pas accueilli la civilisation romaine sans se regimber. Il ne faut pas se fier à la seule histoire des écrivains romains, négliger l'originalité de l'art gaulois, escamoter les trop fréquents et graves conflits qui éclatèrent entre les deux peuples. L'auteur montre l'âpreté fiscale, la politique d'assimilation de Rome et les soulèvements qui ébranlèrent les fondements mêmes de la domination romaine. L'analyse de l'auteur s'avère passionnante et séduisante pour faire revivre toute une séquence de l'histoire française presque totalement méconnue. Elle est une nouvelle invitation à nous pencher sur nos racines". J'ajoute toutefois un gros bémol : cet ouvrage ne fait qu'éfleurer les interrogations des historiens et ne permet donc pas d'y répondre. L'auteur sait tout et nous présente sa réalité certaine des faits, avec trop peu d'interrogations. Avec le recul, connaissant maintenant les zones de flou, cette réalité, tout de même très étayée, m'apparaît très vraisemblable. Le sommaire est présenté ici et on trouve une chronologie . Et le texte de quatrième de couverture ici. Si vous ne voulez lire qu'un seul des ouvrages ici présentés, c'est celui-là. Et ensuite la thèse de Luce Pietri [23].
    [02] Tetricus et Victorina, mémoire d'un empereur des Gaules, paru aux éditions Maren Sell & Cie en 1987 (218 pages), a pour auteur Joël Schmidt, né en 1937, est romancier et historien reconnu de l'antiquité romaine. La préface de cet ouvrage (reproduite ici) est impressionnante pour s'appuyer sur une découverte archéologique exceptionnelle : "la découverte de papyrus qui, selon des méthodes scientifiques éprouvées mais complexes, on révélé qu'il s'agissait des Mémoires de l'empereur Petricus rédigées alors que celui-ci se trouvait en exil à Rome après 273 et sa défaite". Et mieux encore, de génération en génération les échanges entre son ancêtre Tétrix et Vercingétorix ont été transmis et sont relatés ! L'ouvrage aurait gagné avec une préface ou postface dénonçant cette invention et permettant de distinguer le vrai de l'imaginaire. Il n'en est pas moins intéressant, brodant une réalité plausible autour des faits connus. Postume et Victorina sont demi-frère et demi-soeur, tous deux cousins germains (par leurs mères) de Tetricus (par son père). Les liens entre Victorina et Tetricus sont solides. Victorina est emportée par la peste. A Rome, la fin est heureuse, le fils Tetricus II épouse Cléôpatre la fille de Zénobie... Tetricus aide Dioclétien à mettre au point la tétrarchie. Le texte de quatrième de couverture est ici. Consultation à 15% sur Gallica.
    [03] Le secret de Victorina présente les mémoires de Victorina, écrites par Anne de Leseleuc, née en 1927, actrice puis, arrivée à la cinquantaine, romancière et historienne. Paru en 2003 aux éditions L'Archipel (132 pages dont 15 d'illustrations), l'ouvrage décrit une réalité s'entrecroisant avec celle des mémoires de Tetricus par Joël Schmidt. Au point d'inquiéter Rome.... Cette fois-ci, Victorina, Tetricus et Postume sont cousins germains par leurs mères, Tetricus et Victorina le sont aussi par leurs pères. Et en plus - secret de famille - Victorina à pour père biologique celui de Postume, ce qui interdit de concrétiser leur amour. Victorina, dépitée par la rédition simulée de Tetricus, finit par se suicider. Si réalité et imagination ne sont pas précisément distingués, les doutes sur l'existence de Victorina exprimés par certains historiens, notamment André Chastagnol, sont signalés et, en annexe, l'auteur argumente à leur encontre. Le texte de quatrième de couverture est ici.
    [04] Tetricus empereur Gaulois, de l'Aquitaine à Rome et la Lucanie est un second ouvrage d'Anne de Leseleuc, paru en 2012 aux éditions du Sagittaire, dans la collection "Les rois heureux". Postume, Victorina et Tetricus y sont enfants uniques de trois soeurs richement mariées, mais, comme dans les deux ouvrages précédents, Victorina "était en réalité la demi-soeur de Postume, sa mère ayant, parait-il, fauté avec l'époux de sa soeur aînée". Sur la fin de sa vie, lassé de la vie trépidante de Rome, Tetricus trouve la sérenité en étant préfet de Lucanis (sud de l'Italie), où il se remarie et a un second fils. Les 132 pages de cet ouvrage se terminent par une annexe de 30 pages, avec la révélation de la stèle funéraire de Victorina, ce qui explique que cette fois, contrairement à son ouvrage précédent, Anne de Leseleuc fait mourir son héroïne de la peste. Contrairement à [01] et [02], la participation de Tetricus à l'élaboration de la tétrachie n'est pas évoquée. Le sommaire est ici et le texte de quatrième de couverture .
    [05] Postumus, empereur gaulois - Les faux monnayeurs est une bande dessinée scénarisée par Silvio Luccisano, passionné d'archéologie et d'histoire romaine, dessinée par Jean-Marie Woehrel, spécialiste de l'histoire antique et médiévale, et coloriée par Nathalie Arilla, parue en 2013 aux éditions Assor BD. Ces auteurs talentueux, entourés d'historiens, ont réalisé là une remarquable bande dessinée historique, à la fois par l'intérêt du récit basé sur une très vraisemblable affaire de faux monnayeurs, sur une géographie précise des lieux, sur un contexte politique solide et sur un contexte social documenté. Aux 46 planches grand format de la BD s'ajoutent 14 pages présentant la documentation ayant servi de support. L'aventure se déroule au commencement du règne de Postume, qui n'apparaît qu'en début d'ouvrage Etrangement, les deux héros, Lucius et Antistia, ont une détermination et un caractère qui rappellent ceux de Tetricus et Victorina, comme s'il existait un caractère gaulois symbole de probité. Le soucis du détail permet une plongée dans le monde de cette époque. Un second volume devait nous conduire jusqu'en 274. Il est dommage qu'il n'ait pas paru pour prolonger cette immersion. Il n'est peut-être pas trop tard, Victorina pourrait-elle en être l'actrice centrale ? Le quatrième de couverture est ici, la préface de Paul Van Ossel ..
    [06] L'empire gaulois : Les antoniniens traite des monnaies gauloises frappées par les empereurs à Trèves et à Cologne, les plus fréquentes étant des doubles deniers appelés antoniniens. Cet ouvrage de 144 pages + 80 pages de "classement des émissions" est l'ouvrage de base pour les collectionneurs numismates. Il est réalisé par Nicolas Parisot, Michel Prieur et Laurent Schmitt. Extrait de la présentation (texte complet quatrième de couverture ici) : "Le monnayage des empereurs gaulois constitue une exception dans le monde romain. C'est l'une de nos principales sources d'information sur cette période clé, première ébauche d'une Europe moderne". Toutefois, il apparaît que cet ouvrage ne traite en priorité que les pièces de type antoniniens, certes les plus répandues, et ne permet donc pas d'avoir une vue exhaustive des pièces de l'époque.
    [07] Le livre des Césars par Aurélius Victor, a été rédigé vers 360 après Jésus-Christ. Il est ici présenté en un ouvrage de 2003 (éditions Le Belles Lettres), réalisé par Pierre Dufraigne, publié sous le patronage de l'association Guillaume Budé. Il reprend en 64 doubles pages le texte de Victor en français sur la page gauche et en latin sur la page droite. S'y ajoutent 150 pages de notes et index, ainsi qu'une introduction savante de 62 pages qui étudie l'oeuvre et son auteur. L'ouvrage y est considéré de seconde main, agrégeant plusieurs livres selon les époques. En ce qui concerne la période des empereurs gaulois, comme indiqué sur cette double page le récit d'origine serait une "Histoire impériale", source disparue, commune à d'autres auteurs. Sur cette base, Aurélius Victor aurait été le plus précis sur les épisodes gaulois. On y lit notamment que "On ne sait pas si Victorina s'est suicidé, si elle fut assassinée ou si elle mourut de la peste en soignant les malades". La découverte de la stèle funéraire dans une maladrerie donne consistance à la troisième hypothèse. En cette page, le site remacle offre une traduction (intégralement consultable).
    [08] Histoire Auguste est un ouvrage très contesté écrit à la fin du IVème siècle. Dans cette édition de 2003 publiée par Belles Lettres, André Chastagnol (1920-1996) analyse d'une plume très critique la description de ceux qui sont appelés les trente tyrans, allant jusqu'à nier l'existence de Victorina. Il commence par une introduction générale de 182 pages présentant les éléments contextuels. En particulier les six auteurs censés avoir écrit ce gros ouvrage ne sont qu'un seul, un "imposteur" écrivant tardivement entre 1390 et 1400. Puis sur 1244 pages, l'auteur présente son analyse de l'oeuvre, sa version originelle en latin et sa traduction en français. Cette dernière est reprise sur le site remacle. Comme écrit en page de présentation (texte complet quatrième de couverture ici), "L'histoire subit donc nombre de déformations et s'apparente fréquemment au roman historique". Il convient donc à la fois de se méfier du récit initial et des commentaires de Chastagnol, au moins pour les réactualiser avec la découverte de faits nouveaux. Comme la stèle funéraire de Victorina.
    [09] Les Césars du troisième siècle. Cet ouvrage de Franz de Champagny, publié en 1870, comprend trois tomes. Dans le livre VII "L'époque dite des trente tyrans 260-275" du troisième tome, le site mediterranee-antique.fr (sommaire général) présente notamment l'intégralité des trois premiers chapitres (intégralement consultables) :
    1. Déchirements de l'empire sous Gallien - 260-272,
    2. Trois empires, Gallien, Odenath, Postume - 262-267,
    3. Victorina et Zénobie - 267-268.
    [10] Histoire de la Gaule en 8 tomes, de 1908 à 1921, par Camille Jullian (1859-1933). Ce monumental ouvrage, qui fit date, est disponible sur la page "Gaule antique" (intégralement consultable) du site mediterranee-antique.fr. L'auteur donne pleinement foi en l'existence de Victorina, qu'il nomme Victoria, à qui il dédit le sous-chapitre VI du chapitre XV du tome IV, intégralement reproduit ici]. Le chapitre XV du tome IV, titré "Les empereurs gallo-romains" (ici) (intégralement consultable). En 2011, Christian Goudineau, a rendu hommage à Camille Jullian en un article titré "Camille Jullian : la passion de la Gaule", paru dans un Hors-Série du "Nouvel Observateur" [16].
    [11] La chronologie des empereurs gaulois est une étude (intégralement consultable) de Jean Lafaurie, en 127 pages, parue en 1964 dans la Revue Numismatique. En écartant les marginaux Lelien et Marius, elle établit que trois empereurs des Gaules se sont succédés, Postume de 260 à 269, Victorinus de 269 à 271 et Tetricus de 271 à 273 (et non 274).
    [12] Histoire des Gaules (VIème siècle avent J.-C. - VIème siècle après J.-C.) par Christine Delaplace et Jérome France, aux éditions Armand Colin, 5ème édition de 2016. Jérôme France a écrit les chapitres 1 à 5 (jusqu'à la page 184), Christine de Delaplace les chapitres 6 à 9 (en tout 307 pages). Sans être citée, Victorina est présentée en cette cette phrase (page 189) : "La mère de Victorinus joua un rôle non négligeable dans la désignation de son successeur et les historiens ont tendance à la comparer à la reine Zénobie qui présidait, au même moment, aux destinées du royaume indépendant de Palmyre". Il y est défendu l'existence d'une "Gaule mérovingienne ou "Gaule franque", de 511 à 613, 613 n'ayant comme fait marquant que la fin de règne de Théodebert II, roi des Francs d'Austrasie. Parfois gênante, une tendance à des généralisations subjectives, ainsi cette phrase de la page 242 : "Martin fut surtout pour ses contemporains l'exemple même de la sainteté". Le texte de quatrième de couverture est ici.
    [13] Les sources de l'histoire des bagaudes est une étude (intégralement consultable) de Juan Carlos Sanchez Leon, de 1996, en 190 pages. Les pages 25 à 74 traitent des bagaudes du IIIème siècle.
    [14] Vercingétorix, César, fascicule n°1 de l'"Histoire de France en bandes dessinées", paru chez Larousse en 1976, en son second épisode (pages 26 à 48) titré "La Gaule Romaine", scénarisé par Pierre Castex (1924-1991) et dessiné par Raphaël Marcello (1929-2007) (le premier épisode, pages 1 à 25, traite de "Vercingérorix l'Arverne"). Alors que Postume est présenté en une seule image et que Victorinus, Victorina, Tetricus et Carausius sont oubliés, Sabinus et Eponine sont traités en 9 pages, Elien et Amandus en 6 pages. Ainsi, sur les 23 pages traitant des cinq siècles de domination romaine, plus de la moitié est consacrée à des révoltes gauloises. Les rééditions de cette collection en 24 fascicules ont été nombreuses, notamment en 8 albums réunissant 3 fascicules, donc 6 épisodes, le premier étant titré "De Vercingétorix aux Vikings". L'édition en 8 volumes de 1980 est accompagnée d'un neuvième volume comportant des documentations pédagogiques pour chaque album. Voici celle en quatre pages du premier, titrée "La Gaule romaine" : 1 2 3 4. Il y eut aussi en 2008 une réédition en 16 volumes par le journal Le Monde. Le propos est classique, scénaristes et dessinateurs sont des professionnels appréciés de la bande dessinée.
    [15] Peut-on parler de révoltes populaires dans l’Antiquité tardive ?, étude (intégralement consultable) de Bruno Pottier, en 52 chapitres, sous-titrée "Bagaudes et histoire sociale de la Gaule des IVème et Vème siècles" parue en 2011 dans "Mélanges de l'école française de Rome", "Regards croisés : Antiquité et Moyen Âge dans les historiographies française et italienne". Introduction : "Les Bagaudes gaulois ont été l’objet de multiples interprétations contradictoires et très tranchées depuis les années 50 : révoltes paysannes selon les analyses marxistes, introduction dans le modèle de la « démocratisation de la culture » par Santo Mazzarino, milices de propriétaires terriens autonomistes selon l’historiographie anglo-saxonne. Ces interprétations introduisent en fait différents modèles de la transition pour la Gaule entre Antiquité et Moyen Âge, axés sur des appréciations divergentes de l’évolution des élites gauloises et de leurs réseaux de patronage. Elles mettent aussi en jeu diverses analyses du processus de christianisation et de la persistance d’éléments culturels celtes dans l’Antiquité tardive. On peut tenter une synthèse en considérant que les interprétations proposées sont toutes pertinentes, mais pour une partie seulement des troubles attribués à des Bagaudes."
    [16] La vérité sur les Gaulois, Hors-série du Nouvel Observateur n°78 de juillet-août 2011, en quatre grands chapitres : "La Gaule indépendante", "La Gaule romaine", "Nos ancêtres les Gaulois", "Dans le texte". L'introduction de Claude Weil est ici. [17] Attila, Clovis, fascicule n°2 de l'"Histoire de France en bandes dessinées", paru chez Larousse en 1976, en l'épisode 3 (pages 51 à 73) titré "La ruée des Huns", scénarisé par Roger Lécureux (1925-1999) et dessiné par Raymond Poïvet (1910-1999) (l'épisode 4, pages 1 à 25, par Godard et Ribera, est titré "Hache au poing, Clovis"). Les rééditions de cette collection en 24 fascicules ont été nombreuses, notamment en 8 albums réunissant 3 fascicules, donc 6 épisodes.
    [18] Les Gaulois contre les Romains, la guerre de 1000 ans, par Joël Schmidt, aussi auteur de "Tetricus et Victorina" [02], paru aux éditions Perrin en 2004 (377 pages), réédité en 2010, sous une nouvelle couverture (ici), en format poche (416 pages, c'est cette numérotation qui est présentement utilisée). Hans Cany en fait une critique positive en 2015, avec aussi le livre de Bouvier-Ajam [01], en cette page. On trouve à l'inverse une critique négative sur cette page. Ici résumé et sommaire. [19] Les Gaulois, qui étaient-ils vraiment ? numéro 125 de "Les Cahiers de Science et Vie" d'octobre-novembre 2011. Ici le sommaire. La part consacrée à la Gaule romanisée est réduite au dernier article de cinq pages. L'intérêt porte sur la difficile distinction entre les contextes celtes et gaulois. Et la vie quotidienne des Gaulois et Gauloises, ainsi que leur savoir-faire.
    [20] Du IIIème au Vème siècle Invasions barbares, numéro 158 de "Les Cahiers de Science et Vie" de janvier 2016 2011. Ici le sommaire. [21] Au temps des royaumes barbares, album de la série "La vie privée des hommes", publié par Hachette en 1984, sur des textes de Patrick Périn et Pierre Forni et des dessins de Pierre Joubert. Ici le sommaire. [22] Des Gaulois aux Carolingiens, par Bruno Dumézil, PUF 2013. Ici résumé et début du sommaire.
    [23] La ville de Tours du IVème au VIème siècle, ouvrage (intégralement consultable) de Luce Pietri (épouse de Charles Pietri) publié en 1983 par "L'école française de Rome", reprenant la thèse de doctorat soutenue par l'auteur en décembre 1980, André Chastagnol [08] en étant le rapporteur, Jacques Fontaine le président. L'ouvrage traite de l'influence de Martin sur le développement de la ville de Tours au sein de la Gaule puis du royaume franc. Une analyse puissante et fine permet de distinguer la réalité historique derrière les enluminures d'un Sulpice Sévère ou d'un Grégoire de Tours. C'est ainsi qu'est révélée, sans que cela ne devienne des certitudes, seulement de fortes probabilités, l'inexistence de Saint Gatien, premier évêque de Tours, les dérives de Brice, troisième évêque de Tours après Lidoire et Martin, et l'important intermède sous Brice d'un dénommé Armentius qui crée la chapelle funéraire de Martin (page 117) et relance le culte martinien, repris ensuite par les évêques de Tours suivants Eustoche et Perpetuus... Outre l'évolution religieuse, Luce Pietri décrit les remous de la cité ligérienne, entre bagaudes et invasions barbares, d'abord Francs puis les Wisigoths et encore les Francs, cette fois perçus comme des libérateurs, ou craintes de raids, les Huns qui assiègent Orléans en 451 et les Saxons qui s'emparent d'Angers en 463. Luce Pietri a dirigé en 2011 une thèse traitant des continuateurs de Saint Jérôme en Occident.


    Musée St Rémi à Reims (lien), Bavay (Nord) IIème siècle (lien), Valliège (à côté d'Evian) (lien)

Alain Beyrand, juillet et août 2019
(alain (at) pressibus.org)