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    Tours mégaloville (janvier 2014), chapitres 14.1 à 14-3

    Pour quand une nouvelle république dans la NR ?

    14.1 La Nouvelle République du Centre-Ouest (NR) est-elle neutre ?
    14.2 Pour quand une nouvelle république dans la NR ?
    14.3 Site et blog de la NR, une ouverture encadrée aux lecteurs

    14.1 La Nouvelle République du Centre-Ouest (NR) est-elle neutre ?

    Pour faire ce que l'on veut dans un périmètre de non-droit, il convient que ça ne se sache pas. Faire croire que tout se passe bien, oublier les désagréments pour ne rappeler que ce qui est agréable. Mieux encore, faire rêver : "Une longue aventure", "Une ambiance de jardin", "Une drôle de machine", "Les sens en éveil", "Un bijou dans un écrin", "Un projet unique au monde", "Une œuvre", "Un objet très pur et très simple", "Made in France", "L'odyssée", "Du beau et du fiable", "Le long serpent argenté", "Ils le bichonnent", "Moteur du réaménagement", la NR, ici dans un de ses numéros spéciaux consacrés au tramway, celui d'août 2013, sait manier la communication et les titres accrocheurs.

    Le seul journal quotidien de Tours et l'Indre et Loire, domine le terrain médiatique, il désigne ce qu'il est bon de dire aux Tourangeaux et élude ce qu'il vaut mieux leur cacher, au moins pendant quelques temps. Trois semaines pour taire la destruction du mail du Sanitas (page 108) avant que La Tribune de Tours n'en fasse sa une et l'oblige à en parler, mais jamais en expliquant les causes du refus de cette destruction. En faisant croire que c'était seulement un infantile "Touche pas à mon arbre !" et en montrant le tellement plus sérieux "Pour un arbre supprimé, nous en planterons deux" du maire. Une désinformation pas innocente du tout.

    Pour la NR, le collectif "Gare aux Tours" n'a pas existé, pas plus que l'"Appel solennel pour que la Charte de l'Environnement soit appliquée dans la ville de Tours" envoyé au Président de la République en mars 2011. Elle était pourtant signée - notamment - par les deux plus importantes associations environnementales du département. Et il y a bien d'autres exemples dans ce livre et sur mon blog. Plus généralement, tout ce qui va à l'encontre du politiquement correct est ignoré. Par exemple, la création du site d'information et d'analyse "La Rotative", début décembre 2013, a été éludée. Bien sûr, puisque la NR y est critiquée, l'équipe municipale aussi...

    L'investigation et la réflexion sont au régime maigre : manque de suivi des dossiers, de mémoire, aucune réflexion sur un document comme le SCoT et sur le fait qu’il préconise des objectifs s’opposant à bien des méthodes en cours. J'avais montré l'admonestation "On ne rigole plus" (page 129), il y aussi la conclusion répétitive du "C'est pas grave on replantera", ce sont là des exemples d'une règle générale très orientée : rabâcher sans cesse le discours municipal. Le manque de journalistes spécialisés n’explique pas tout.

    Malgré quelques écarts qui restent sages, la brosse à reluire à l'approche des élections municipale de 2014 reste de mise, ainsi ces propos du 19 décembre 2013 (accompagnant le bilan de Germain, page 171) : "Le Patron avance à son rythme, avec méthode, détermination et pragmatisme. Jamais débordé sur sa droite. A peine bousculé sur sa gauche. Tout juste déstabilisé par une glauque affaire de mariage chinois. Mais l'insubmersible capitaine est toujours à la proue de son navire et repart pour un quatrième voyage". Ce n'est pas du second degré, vive le cumul, à bas la Justice glauque, hourra pour le guide suprême !... Le 2 janvier 2014, c'était un autre feu d'artifice : "Le tramway de Tours est incontestablement la grande réussite du 3e mandat de Jean Germain", "Le tramway de Tours se présente comme un formidable outil économique et urbanistique", et le bouquet : "Il faut bien admettre que Jean Germain a toujours été crédité d'une bonne appréciation générale, toutes tendances confondues". On est en pleine méthode Coué...


    Site de la NR du 19 décembre 2013

    Il est vrai que la santé financière de ce journal ne lui permet guère, comme il le faisait à la fin des années Royer, de porter des coups au pouvoir en place. Le journaliste Christophe Gendry, responsable du pôle agglo, cité à plusieurs reprises, a le rôle le plus visible dans ce traitement orienté de l'information. Il n'est pas facile d'en savoir davantage, sinon que Jean Germain entretient "d'excellentes relations avec le patron du quotidien Olivier Saint-Cricq", d'après L'Express du 27 février 2013. On peut aussi rappeler l’opération foncière effectuée avec la vente d’une bande du terrain constructible de la NR, qui a permis de renflouer ses finances mal en point... La Tribune de Tours du 16 septembre 2009 apportait des précisions sur l'entregent de Jean Germain : "A ses côtés, en charge des relations avec la presse, la compagne du PDG de la Nouvelle République du Centre- Ouest... A la région, à la direction de la communication du Conseil régional, des fidèles parmi les fidèles. Et parce que le soleil doit bien briller pour tout le monde, beaucoup d’argent pour TV Tours... « Sans aucune contrepartie exigée » tient toujours à souligner l’intéressé...".

    Plus généralement la situation financière de cet organe de presse est critique depuis longtemps. Des plans sociaux se sont succédés, le groupe a été repris par La Montagne, elle-même actuellement en difficulté. Le tramway a donné un bol d’air au journal. Saura-t-on un jour globaliser les sommes ainsi déversées à divers titres par la ville de Tours, le SITCAT, l’agglo ? Et sur d’autres sujets par exemple par Vitiloire pour un numéro spécial sur les vins tourangeaux ?

    Il ne faudrait pourtant pas croire que la Nounou se comporte comme un organe de presse de la Corée du Nord. C'est beaucoup plus subtil : lâcher du lest, montrer qu'on sait être critique, savoir positionner un article, changer son sens par un titre bien choisi, ou une photo, donner le dernier mot à la parole municipale ou conclure par une pensée typiquement municipale, etc. Et il y a tout de même de nombreux articles corrects. D'ailleurs quand un journaliste vient couvrir un événement, l'article est généralement correct, sauf peut-être son titre ou son positionnement.

    Les associations éprouvent une grosse gêne, celle de ne pas savoir si la NR va publier leurs communiqués, au moins succinctement, annoncer leurs réunions et manifestations. C’est fait de façon aléatoire, contrairement au début des années 90, quand le journal était plus ouvert et quand on pouvait compter sur lui. Maintenant ça dépend de critères incompréhensibles, peut-être en fonction de la place disponible dans le journal ?...

    Sur les sujets que je traite ici, il y a tout de même un service qui fait plutôt bien son boulot et qui bénéficie d'une bonne indépendance, c'est celui du courrier des lecteurs. Les témoignages pertinents ou acides ou indignés ("Quel gâchis, et cela revient très très cher !") ou humoristiques (les totems de Buren vus comme "de très beaux supports pour les grapheurs") ou caricaturaux (le "damné corbillard" pour qualifier le tramway) sont publiés. Certains sujets, comme les réaména- gements cyclistes (page 61) ont même été activés par le courrier des lecteurs. Leur teneur fournit une perception générale des habitants. C'est ainsi qu'on se rend compte que le thème des abattages d'arbres et du recul de la nature en ville, presqu'inexistant il y a cinq ans a pris d'importantes proportions. Pour autant, il y a une volonté d'équilibre que l'on mesure bien quand on compare avec les commentaires du site web du journal : les témoignages en faveur de la municipalité sont davantage pris en compte et sont souvent positionnés en conclusion. Et puis ce n'est qu'un courrier des lecteurs, ça fait moins sérieux que ce qu'écrivent les journalistes...

    Finalement, cette prise en compte de l'expression des citoyens est un des rares points positifs de l'expression démocratique à Tours, alors je la souligne !

    14.2 Pour quand une nouvelle république dans la NR ?


    Editions la Nouvelle République 1994

    Pour revenir à la ligne éditoriale locale, je me demande en quoi elle serait aujourd'hui porteuse d'une "Nouvelle République". Ce titre très suggestif de journal devrait être mobilisateur, en invitant ses lecteurs à ne pas rester passifs et à sortir, au plan local, d'une vieille "res publica", chose publique, où ils sont si peu écoutés. Quand je feuillette le beau livre du cinquantenaire de la NR, en 1994, je partage l'indignation exprimée à l'encontre de toutes les dérives de la presse d'occupation. Certes, on est heureusement loin d'être tombé aussi bas, il n'y a pas de "mise au pas", mais je trouve que certaines expressions ont une résonance avec le journal d'aujourd'hui. D'un côté une "servilité", des "journalistes dociles", il y a un peu de ça, j'en montre de multiples exemples. De l'autre côté, "La presse clandestine doit expliquer l'action des patriotes à une population abreuvée de contre-vérités" que je pourrais mettre en correspondance, là encore à un degré moindre, avec cette phrase que je pourrais écrire dans un chapitre qui va suivre (page 207 sur les lanceurs d'alerte) : "Les médias alternatifs doivent expliquer l'action des lanceurs d'alerte à une population abreuvée d'éléments communicants prémâchés". "Indépendance et participation", ces deux valeurs étaient mises en avant en 1994, au grand dam de Jean Royer, l'autocrate d'alors. Qu'en reste-t-il en 2013, par exemple avec la publication d'un bilan municipal très orienté (page voisine) ?

    Quant à l'opposition municipale, il est évident, après ce que je viens de décrire, qu'elle a d'énormes difficultés à s'exprimer avec ce journal si orienté. Cela n'apparaît pourtant pas clairement, car d'un côté la NR doit cacher cette orientation et donner l'impression de laisser chacun s'exprimer et d'autre part, les conseillers d'opposition ne doivent pas braquer le journal tant ils ont besoin de lui pour s'adresser aux habitants. De temps en temps, on sent poindre une exaspération bien compréhensible.

    Ainsi, le 10 octobre 2013, dans un communiqué, Françoise Amiot, Pascal Ménage et Khadra Mouri, trois conseillers municipaux ont dénoncé la dépense de 25.000 euros supplémentaires pour des frais d'avocat concernant l'affaire des mariages chinois, la mairie de Jean Germain, mis en examen, ayant eu le culot de se constituer partie civile. Comme si la collectivité, ici via Tours Val de Loire Tourisme, n'avait pas assez gaspillé d'argent sur ce sujet ! Les trois conseillers UMP avaient pris connaissance de cette information au cours du conseil municipal de la veille et ils n'ont bien sûr pas apprécié que la NR, plutôt que de titrer sur leur reproche, se moque de leur "manque de réactivité" pour ne pas avoir réagi sur-le- champ. Sur son blog, Françoise Amiot l'explique précisément. Elle en profite pour énumérer les sujets qu'elle a soulevés avec ses collègues au cours de ce conseil municipal et que la NR n'a pas du tout évoqués, alors qu'elle en avait eu connaissance de façon écrite avant la séance. J'appelle ça de la censure, car ces sujets cachés aux lecteurs par "l'orientation éditoriale" ne sont pas neutres : "le problème de la survie des commerçants du haut de la rue Nationale, le choix de subventionner un bus habillé par Buren sur le budget éducation, le financement public, la communication sur le tramway de Tours et les droits d’auteurs associés à reverser à Monsieur Daniel Buren, le problème des éventuels autres droits d’auteurs dus sur le design du tram" et quelques autres. La NR a fait un correctif en reprenant deux courts extraits du blog, mais c'était tellement peu significatif que le lecteur ne pouvait rien y comprendre, si ce n'est que ces trois conseillers municipaux sont vindicatifs... Françoise Amiot a évidemment jeté l'éponge.

    La NR ne publie jamais de "droit de réponse". J'estime que même les groupuscules d'extrême droite y ont droit et j'ai marqué en page 1 de mon blog que je l'applique. Lorsqu'on demande un correctif, soit rien n'est fait, soit quelques phrases extraites sont publiées rendant mal compte du sens de la réponse, soit la NR rédige son propre correctif à sa sauce. Un droit de réponse reprend le propos du demandeur sans le corriger, quitte à y répondre ensuite. C'est un des principes de l'éthique du journalisme dans l'Union européenne (résolution 1003 de 1993), comme cet autre : "Dans les rapports nécessaires qu'il leur faut entretenir avec les pouvoirs publics ou les milieux économiques, les journalistes doivent éviter d'en arriver à une connivence de nature à nuire à l'indépendance et l'impartialité de leur profession.". Les nombreux apprentis journalistes qu'accueillent la NR apprennent- ils à respecter ces principes ?

    Tout cela apparaît naïvement moralisateur, tant on peut considérer que le fameux "quatrième pouvoir", autoproclamé "contre-pouvoir" n’est plus qu’un ramassis souffreteux de plumitifs à la solde des annonceurs et à la botte du "premier pouvoir", l’exécutif protecteur d'une précarité financière permanente. Dans cette déchéance générale de la Presse, la NR ne fait pas exception...

    14.3 Site et blog de la NR, une ouverture encadrée aux lecteurs

    Nous sommes passés à l'ère numérique, la NR aussi. Cahin caha, elle a mis en place un site, un forum, un blog, renouvelé son site... Ce n’est pas formidable, on reste dans la moyenne acceptable de ce qui se fait en France. Il faut supporter les publicités et vidéos agressives.

    Le site lanouvellerepublique.fr est copieux et reprend gratuitement les articles du journal, apparemment en grande partie, tant il n'est pas facile de s'y retrouver et davantage encore dans l'historique. Les commentaires qu'y ajoutent les lecteurs sont souvent intéressants, apportant un autre regard. Quelques échanges peuvent s'engager. Le courrier des lecteurs de la version papier puise dans ces remarques. Il ne reste pas de traces des premiers lieux d'échanges de la NR, des forums devenus blogs. Je me rappelle y avoir vu des discussions très animées. La modération effectuée était mauvaise, sans règle clairement affichée et avec une censure arbitraire, incohérente, sans explications. Cela provoquait des tensions pour les contributeurs et des digressions sans intérêt.

    Diverses formules ont été essayées, la dernière en date wwwnrblog.fr/grandtours est "Le blog de la rédaction locale de Tours : potins, indiscrétions, vidéos, photos". Après un début laissant encore place aux échanges et à la réflexion, le contenu a changé. Aucun sujet de fond, surtout des futilités lourdingues qui s’imposent avec la prétention de se vouloir humoristiques. L'un des articles les plus révélateurs et symboliques de ce vide éditorial est celui de l'été 2013 intitulé "Le billet dont les internautes ont rêvé". Il y était principalement indiqué que "Pour concevoir ce billet de blog idéal, capable de ratisser très large sur le célèbre moteur de recherches, il faudra donc imaginer une histoire rassemblant "Philippe Briand", "Guillaume Peltier", "Lise Han", "Free Center Tours" , "fête foraine de Tours 2013" ... et "vidéo érotique" (non, ce n’est pas une blague)" (on peut noter l'étonnante absence, non signalée, de Jean Germain). Un seul visiteur est intervenu pour laisser ce message : "Votre sujet a l'air de faire un flop !".

    Mais que ce soit sur le site ou sur un blog, une contrainte constante, jamais énoncée, est insidieusement appliquée : il est interdit d'émettre une opinion critique sur le journal, ses articles ou ses journalistes. A la rigueur une légère allusion... Il y a aussi d'autres critères de censure, plus ou moins arbitraires, plus ou moins neutres, comme cela se fait sur les sites des grands médias. Au gré de l'actualité, quelques sujets donnent lieu à une censure d'autant plus sévère qu'elle passe inaperçue. Par exemple, le 16 novembre 2011, un article sur un nouveau complexe cinématographique à Tours Nord très controversé ne contient que deux commentaires positifs. Il faut aller ailleurs pour s'exprimer sans contrainte.

    Il reste l'intérêt d'e trouver de temps en temps dans ces commentaires des informations complémentaires et des regards acérés, expressions de la démocratie prouvant que les citoyens ont souvent une compréhension plus pertinente que celle de journalistes baignant dans une culture frelatée de la communication.


    Lien :
    • Le site de la NR pour l'Indre et Loire

    Alain Beyrand, Janvier 2014


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