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    Chaîne d'irresponsabilités environnementales dans la ville de Tours

    Cette page reprend les chapitres suivants du livre "Tours et ses arbres qu'on ne laisse pas grandir", montrant les divers acteurs qui depuis 1995 dégradent le patrimoine arboré de la ville de Tours :
    • 7.1 La culture anti-environnementale du service urbanisme
      • 7.1.1 Un arbitraire souverain et tout puissant
      • 7.1.2 Le matraquage d'un discours fleuri de propagande
      • 7.1.3 Le béton pousse beaucoup mieux que les arbres...
      • 7.1.4 Le prétexte des rénovations
      • 7.1.5 Le déracinement des habitants
    • 7.2 La dérive du service des parcs et jardins
      • 7.2.1 Un rôle difficile à cerner
      • 7.2.2 Des chiffrages incomplets et peu significatifs
      • 7.2.3 Les méfaits de l'esthétisme paysager
      • 7.2.4 Le manque d'entretien et de planification
      • 7.2.5 La tour d'ivoire municipale
      • 7.2.6 Le rôle ambigu du responsable du patrimoine arboré
      • 7.2.7 Grandeur et décadence des arbres remarquables
      • 7.2.8 Galerie de photos de beaux arbres de nos jardins
      • 7.2.9 Des espaces verts à usage saisonnier jetable
      • 7.2.10 Début de privatisation de l'espace public des jardins
      • 7.2.11 Des jardins normés pour ne pas avoir peur de la nature
    • 7.3 Une ABF grande prêtresse de la minéralisation
    • 7.4 Un maire autocrate délinquant environnemental
      • 7.4.1 Les dégâts de la "méthode Germain"
      • 7.4.2 L'emprise du "système Germain"
    • 7.5 Un préfet inconsistant jusqu'à tout laisser passer
    • 7.6 Des élus incapables de défendre l'intérêt public
    • 7.7 Le cas des élus Verts écolos-traitres
    • 7.8 Un média dominant servile et sans éthique
    • 7.9 Une concertation dévoyée
      • 7.9.1 L'échec des Conseils de la Vie Locale
      • 7.9.2 Les dés pipés des commissions d'enquête
      • 7.9.3 Un si fort mépris des citoyens
    • 7.10 La gentrification de la ville
    • 7.11 Les intérêts financiers en arrière-fond
    • 7.12 Les grands projets inutiles du partenariat public-privé

    Ces chapitres sont aussi intégralement consultables ici, dans les pages 178 à 200 du fichier pdf qui s'y trouve.


    Comment en est-on arrivé à ces saccages environnementaux ? En toile de fond il y a la pression constante des puissances d'argent, nous verrons lesquelles. Mais c’est au sein des édiles que s'est formée au fil des années une véritable collusion politique à l’origine du drame, avec d'une part des éléments moteurs et dévastateurs et d'autre part des éléments passifs, complices et aussi coupables par leur silence persistant. Ces derniers interpellés par les habitants et les associations environnementalistes, n'ont pas su ou voulu jouer leur rôle de contrôle et de frein.



    7.1 La culture anti-environnementale du service urbanisme


    7.1.1 Un arbitraire souverain et tout puissant
    Après les multiples saccages sur le passage du tramway, on peut attribuer au service urbanisme de la ville au sens large (inclus par exemple l'Atelier d'Urbanisme de la ville) un rôle moteur dans la dégradation environnementale que nous vivons. C'est lui qui pilote les opérations de rénovation et hiérarchise les priorités, à sens unique, au service de la culture technique dans laquelle il baigne.

    Il est le premier responsable de ces opérations de rénovation où tous les arbres sont détruits avant que des jeunes sujets soient plantés à sa façon qui est toujours formidable… en particulier pour le large champ de vision des actuelles et futures caméras de vidéosurveillance (avec les exemples au Sanitas, voir page 109). C'est ce que j'appelle dans ce livre la méthode Germain* ˜ tant le maire assume ces crimes environnementaux et sait assurer leur bon déroulement par le bénéfice du "système Germain", avec son vaste réseau souterrain de complicités dans la classe politique, économique et médiatique.

    C'est donc ce service qui, pour telle ou telle raison, sans tenir compte de ce qui est en place, va "bouger" (abattre et planter) des arbres, les "remettre à neuf", bien calibrés satisfaire les exigences esthétiques inhérentes au nouvelles options urbanistiques. Pour lui il ne s’agit que de déplacement de mobilier vert et il le fait toujours dans le même sens, celui de la diminution de la biomasse, il déblaie le terrain pour faire de la place à un plus grand bétonnage. Il pourrait être rebaptisé "le service de la minéralisation".

    Hélas ce service est considéré comme compétent, son bagout et sa maîtrise de la comm' lui permettent d'avoir une aura d'expert tout puissant dont on ne discute pas les choix. Il arrive à faire avaler de sacrées couleuvres. Abattre les tilleuls de la place Choiseul (page 81) pour en replanter au même endroit et maintenir cette volonté contre tous les appels au bon sens, il faut "en avoir une sacrée couche", comme on dit, même si l'ABF* allait aussi en ce sens. L'intérêt général se trouve bafoué avec de telles méthodes arbitraires et autoritaires.


    7.1.2 Le matraquage d'un discours fleuri de propagande
    Les dossiers d'enquête du tramway et du PLU sont imprégnés de l'esbroufe déployée par le service Urbanisme et ses alliés, davantage privés, comme le Sitcat* / CitéTram* (lesquels, je le rappelle, ont le même patron, le maire, qui est aussi le président de l'Opac*, de l'agglomération, etc.).

    Les formules pompeuses et dithyrambiques, les phrases incompréhensibles et vides de sens parasitent sans cesse les dossiers techniques. En juillet 2010, dans sa déposition à l'enquête sur le tramway, Bruno Dewailly, un géographe-urbaniste, montrait quelques exemples de la formulation employée et c’est à croire qu’il existe un département spécialisé en charge de la phraséologie, comme le ministère de la "novlangue" dans "1984" d'Orwell :

    Le texte s’assombrit encore avec l’emploi immodéré d’emphases ou de formules ampoulées.
    • « Les abords immédiats du centre de maintenance sont essentiellement ceux d’un habitat pavillonnaire avec ses haies et ses jardins, venant s’infiltrer dans un espace où la mosaïque des cultures et des bosquets est encore de tonalité rurale. Les couvertures végétales y sont omniprésentes ».
    • « Les variations altimétriques sont absorbées par le travail géométrique et volumétrique des culées, le détail architectural des pavements, le choix des couleurs, le traitement paysager des environs. La simplicité et l’élégance sont là encore recherchées. Chaque culée est traitée comme un balcon, un belvédère sur la rivière, taillé dans des voiles de béton ».

    Ballotté entre délire esthétique,
    • « Le choix des couleurs du bâtiment, facteurs de reconnaissance, a fait l’objet d’une attention particulière. D’une dominante sombre, le bâtiment sera relevé par des touches de jaune. Cette couleur a été retenue pour plusieurs raisons. D’abord pour son domaine d’appartenance : dans le domaine de la construction, le jaune fait figure de « couleur symbole », en adéquation avec les fonctionnalités techniques du bâtiment. Ensuite, pour sa complémentarité avec la sombre matité de l’enveloppe du bâtiment qui lui permettra de souligner les baies terrasses ouvertes sur le boulevard Abel Gance et pour son intégration dans son environnement aux teintes dominantes liées à la végétation (jardins, haies, couvertures herbacées...) et à ses variations saisonnières ».
    rhétorique marketing,
    • « Le SITCAT a souhaité faire de son tramway une opération d’aménagement urbain particulièrement ambitieuse, d’une visibilité forte, qui transforme la ville en la dotant d’un système de transport et d’un aménagement associé ayant valeur d’œuvre urbaine et qualité de « chef-d’œuvre » ».
    ou encore auto-justification sans le moindre élément de preuve,
    • « Cette structure a été notamment choisie car elle présente le meilleur compromis au niveau de la prise en compte des différentes contraintes spécifiques au projet ».
    le citoyen-lecteur est souvent très loin des véritables informations lui permettant raisonnablement de se faire une idée du projet ; informations qui sont distillées au compte goutte.

    Le texte vire même souvent à l’anthropomorphisme comme pour mieux s’assurer du regard bien veillant du citoyen sur son « compatriote » le tramway :
    • « Les bâtiments du centre de maintenance trouvent logiquement leur place dans la moitié Sud de l’enceinte, là où le terrain s’évase suffisamment pour leur donner de l’aise ».
    ou encore
    • « ..., l’offre de bonnes conditions de confort aux occupants ainsi qu’une exploitation-maintenance facile et intelligente [soulignée par nous] ».

    Il ne fait aucun doute que ce genre de propos n’a pas sa place dans des documents de référence de cette importance, et ceci d’autant plus que les données essentielles ne sont quasiment jamais fournies. On cherche toujours les cahiers des charges inhérents au choix du véhicule ou à la conception des ouvrages d’art.

    Plus encore, tout au long du dossier les choix sont assénés, au mieux à coup d’allusions à d’éventuelles études, sans qu’à aucun moment les références bibliographiques complètes des prétendues études ne soient données au lecteur et que la moindre donnée précise venant étayer ces choix ne soit avancée.

    En effet, le DUP présente le plus souvent des éléments d’étude d’avant projet et fait référence à des études de détails en cours pour justifier de la non-présentation d’éléments précis. Une série de questions vient alors immédiatement à l’esprit : qu’est-ce que l’étude du projet proprement dit, où sont ses éléments, et peut-on véritablement raisonner et donner un avis à l’aune de si peu d’information fiable ? […] Ainsi, fort de ce constat […], comment rendre un avis public à partir d’éléments plus proches de l’imaginaire et de la fiction que d’une représentation fiable et techniquement argumentée d’une future ligne de tramway ? […]

    On aura compris que ce projet de tramway nous laisse grandement sur notre faim. Dans un flou artistique préoccupant, il expose le lecteur à des incertitudes constantes pris entre manque cruel d’informations nécessaires à l’énonciation d’un avis motivé et matraquage d’un discours et de choix en permanence auto-justifiés, mais dont on ne perçoit à aucun moment les véritables enjeux stratégiques du fait du manque de documents d’aménagement et d’urbanisme de référence. Si bien que le doute persiste quant à savoir si l’équipement tramway sous cette forme est réellement adéquat ou pseudo-structurant, entre une fonctionnalité réelle ou « méthode Coué ».


    7.1.3 Le béton pousse beaucoup mieux que les arbres...

    Rue Edouard Vaillant, du côté Beaujardin, juste avant la construction en 2004 et après en 2007 (photo Google Street)


    Cinéma "Studio", rue des Ursulines, avant et après. Que sont devenus les quatre arbres ? Plan d'architecte présenté dans la NR du 10 décembre 2003 et photo 2011. Les lames en bois de la façade ont très mal vieilli. Rétrospectivement, l'Aquavit* avait bien raison de s'opposer à cette construction…

    Le 1er juillet 2009, à propos du nouveau quartier des Deux Lions, et notamment de son centre commercial (voir page 140), j'avais mis l'accent sur le rôle du service Urbanisme. Dans la création de ce quartier bâti sur des gravas de remblayage d'une zone inondable, l’image qui m’était apparue était celle d'une "zone commerciale où on aurait construit les habitations directement sur les parkings des supermarchés". J'y soulignais le rôle des permis de construire. Sur mon blog, j'avais ajouté :
    Remarque : il semble que les élus Verts de la ville veuillent inscrire cette notion de "maillage boisé de la ville" dans le futur PLU*. Puissent-ils être suivis...

    Les élus Verts ont brassé de l'air, rien de concret ne fut fait en ce sens, ce qui ne les empêcha pas d'approuver le PLU*. C'est pourtant bien à ce niveau, réglementant la validation des permis de construire, qu'il aurait fallu intervenir.

    Le 22 décembre 2009, toujours sur mon blog, j'écrivais ce chapitre relatif au bétonnage progressif de la ville.
    Dans les quartiers du centre-ville, entre Loire et Cher, dès qu'un emplacement peut être libéré, on voit pousser une résidence. Pas de jardin, pas d'arbres, du béton bien massif. Certes, il y a assez souvent une touche de vert mise en exergue : des arbustes, des arbrisseaux, un bout de gazon, des plantations basses, pour un semblant de nature. Ou des arbustes en pot, parfois rien. Jamais de grands arbres, seul le béton est autorisé à aller en hauteur... Mais, sans vergogne, les promoteurs l'habillent de vert, par exemple en nommant une résidence "La bambouseraie"... Il y aura probablement quelques bambous dans un coin.

    Mais, me dira-t-on, souvent, avant il n'y avait pas d'arbres... Il n'y avait pas tant de personnes à y vivre, il n'y avait pas tant de pollution autour. Progressivement, sans que l'on s'en rende compte, la surface de verdure, ou la surface foliaire, ou l'apport de chlorophylle, par habitant diminue grandement, tandis que la pollution augmente. On me dira aussi que ce sont des opérations privées. Mais c'est la ville qui délivre les permis de construire. Elle a l'autorité pour imposer un minimum de plantations, du simple espace vert à la présence de grands arbres. Il y a là un laisser-aller qui dégrade notre vie et celle des futures générations.


    7.1.4 Le prétexte des rénovations

    La place centrale du quartier de Montjoyeux, a été rénovée ˜. Quelques buissons, des arbrisseaux voire arbustes, pas de bancs. Le sol est aseptisé, mais ni bétonné ni bitumé. Ca viendra ? (2010)

    Ce même 24 mars 2010, toujours sur la page "Grands arbres" de mon blog, ma prise de conscience des méthodes municipales prenait de la consistance et pointait une fois de plus le service Urbanisme. Mon regard n'était pourtant pas encore assez sévère, car je n'extrapolais pas l'aggravation à venir sous prétexte de tramway.

    Hier 23 mars, la NR* a annoncé que le capteur de pollution récemment installé sur le rond-point Heurteloup, à côté de l'autoroute, a enregistré un taux de dioxyde d’azote supérieur aux normes. Pourquoi n'y a-t-il pas le moindre arbre sur ce rond-point ? Et si peu autour ? Je le dis et le redis : on ne profite pas des nouveaux aménagements pour arborer notre ville. Et tant pis pour les pics de pollution auxquels nous sommes contraints de nous habituer. Et comme la population se densifie, il m'apparaît certain que si on pouvait mesurer le nombre, ou la surface, de feuilles ou aiguilles d'arbres et arbustes par habitant, il serait en décroissance continue depuis cinquante ans dans une dégradation qui s'accélèrera, étant donnés les projets exprimés par la municipalité.

    Alors, il y a bien sûr lieu de s'interroger. Est-ce volontaire ? Oui, tant c'est systématique, ça ne peut être que volontaire. C'est même savamment planifié quand on se rend compte que certaines opérations se réalisent en plusieurs temps. Par exemple certains immeubles du boulevard Tonnellé ont été construits au ras des platanes, abattus 5 ans plus tard ; le jardin Theuriet, à la végétation très basse, a été surplombé par une caméra de surveillance deux ans après sa mise en place, avec abattages de quelques arbres bordant la rue ; ou inversement. autour de l'église St Paul, les abattages ont eu lieu deux après l'arrivée des caméras.

    Mais est-on conscient des conséquences ? Oui et non. De la part de ceux qui ont un grand pouvoir de décision et qui sont bien placés pour savoir comme le maire, oui. De la part de ceux qui avalisent les décisions, notamment la plupart des conseillers municipaux, je pense qu'ils en ont conscience au coup par coup sans vraiment se rendre compte de la dégradation générale. C'est pareil pour une grande partie des habitants. Ils peuvent parfois s’émouvoir sur le sort de la forêt tropicale, mais acceptent résignés, voire même réclament, des saccages évidents dans leur ville. Ce paradoxe est en bonne part l’œuvre de la comm’ omniprésente dans tous les dossiers techniques du service Urbanisme, en résonance avec d'autres pratiques gesticulées au niveau national.

    J'ai montré de nombreux exemples de rénovations accompagnées d'abattages d'arbres, et même trop souvent de tous les arbres, c'est la méthode Germain* ˜. Le refrain associé "C'est pas grave, on replantera !" est souvent appliqué. Mais on ne replante pas toujours, les exemples du manque d'arbres dans les "rénovations" ne manquent pas, c'est la règle générale entre Loire et Cher et peut-être au delà (je connais moins bien). En voici deux. Place de la Liberté, il n'y a pas même un arbrisseau (ou en pot à certaines saisons), et pas de banc non plus. Seulement des arbustes sur le pourtour. Place de la Grenadière au Sanitas, aucun arbre, seulement des arbustes. Rien pour freiner l'importante pollution. Et plein de voitures, pas de banc. C'est à côté du mail du Sanitas où tout a été abattu.

    Ce n'était pas toujours mieux avant, mais il y eu là de très nombreuses occasions perdues d'améliorer la trame verte. Et le service qui est aux commandes pour de telles opérations gâchées, c'est le service Urbanisme.


    7.1.5 Le déracinement des habitants
    Ce service urbanisme dessine la ville de demain, son activisme anti-environnemental est donc très lourd de conséquences.

    J'ai déjà souligné que déraciner les arbres d'un quartier déracine aussi ses habitants en les privant de repères et de compagnons végétaux de vie. La méthode Germain* ˜ fait table rase pour effacer un espace et en remodeler un nouveau. C'est une méthode de type totalitaire, très tôt repérée par George Orwell quand il écrit dans son célèbre roman "1984" : "Le langage politique est destiné à rendre vraisemblables les mensonges, respectables les meurtres, et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent".


    Rue Dublineau, trois arbustes pour une vingtaine d'autos (2009)

    Jean-Marc Sérékian dénonce aussi cette évolution suspecte et sombre, notamment dans ce texte :
    « Trop romantique ! », trop généreuse en nature, cette conception ancienne de la ville avec des arbres à valeur patrimoniale est devenue incompatible avec la nouvelle optique utilitaire et technicisée pour assurer une gestion optimisée de l’espace urbain.

    Dans l’état actuel du plan de circulation, il n’y avait aucune urgence à la création d’une ligne de tramway dans ce secteur, si ce n’est d’anticiper une dynamique de spéculation immobilière dans ce quartier populaire tranquille [du Sanitas].

    Par le nombre important des arbres arbitrairement abattus ou calibrés sur leur passage on découvre quelques fonctionnalités nouvelles des tramways modernisés. Elles sont identifiables dans les futures villes mégalopoles « bassin de chalandise » de dimension régionale. La disparition des arbres puissamment enracinés dans la terre aggrave insidieusement le caractère « hors sol » de la ville et encercle puis enferme les habitants dans un univers de plus en plus technique, elle construit une invisible captivité où dominent les seules lois de l’économie.

    Les heureux habitants du centre ville élargi de la nouvelle Mégalopole régionale accédant au statut de capitale commerciale, sont invités à se déplacer en Tramway pour faciliter l’afflux automobile de la clientèle en provenance des zones périphériques de la Région Centre… Désormais conçue comme un bassin de chalandise par ses édiles, la mégalopole Tourangelle du XXIème siècle persiste et signe dans sa logique d’élimination systématique de son « inutile » et « très encombrante » strate arborescente…



    7.2 La dérive du service des parcs et jardins


    7.2.1 Un rôle difficile à cerner
    Le service que j'appelle souvent "Service des espaces verts" a actuellement pour intitulé exact "Service des parcs et jardins". Ce libellé restrictif laisserait penser qu'il est chargé de protéger le seul patrimoine des lieux dévolus à la nature. On ne pourrait donc pas le mettre en cause dans l'actuelle dégradation des arbres sur les artères et places de la ville ou dans les cours d'école.

    Ce n'est pas exact. Son rôle d'expertise technique est souvent instrumentalisé à sens unique et s’inscrit dans la conquête de l’espace à bâtir ou à requalifier. Par exemple il décide si un arbre est dangereux et à abattre. Il en est de même pour l'entretien d'élagage des alignements d'un boulevard. Ou, de façon moins évidente, pour d'autres actions que je ne sais pas vraiment cerner. J'ai seulement lieu de croire que ce service censé protéger notre patrimoine arboré donne trop souvent et trop facilement son aval ou apporte sa caution technique pour des abattages irraisonnés et trop systématiques.

    Ainsi pour le mail du Sanitas, on peut estimer qu'il a soutenu l'expertise commanditée au dernier moment par la municipalité. Elle condamnait les arbres et ne proposait pas de plan d'entretien. Je doute toutefois qu'il ait validé certaines opérations parmi les plus absurdes, comme la disparition voulue des jardins Saint Lazare (page 134) ou le remplacement des tilleuls de la place Choiseul par des tilleuls au même endroit (page 81) [ou ici].

    D'un point de vue général, j'estime que le service Parcs et Jardins n'a pas pleinement conscience des bienfaits de l'arbre en ville et plus particulièrement des grands arbres âgés. Pourtant ce sont eux qui abritent une bonne part de la biodiversité urbaine. On entend souvent mettre en avant que les arbres jeunes lutteraient mieux que les arbres âgés contre les gaz à effet de serre. D'une part ce n'est pas vraiment juste (voir page 8). D'autre part, ce n'est là qu'une vision très partielle et limitative, car c’est faire l’impasse sur la biodiversité qui croît avec l'âge des essences implantées. Ca sonne aussi comme une excuse et une absolution face aux dégâts effectués par le service Urbanisme. A Tours on ne laisse pas grandir les arbres, là est le grave problème du point de vue de l’écologie. Les écosystèmes se construisent dans la durée.

    Par ailleurs, il arrive que le service des Parcs et Jardins ait un rôle moteur dans l'aseptisation qui s'opère. C'est clair pour le square François Sicard (voir page 32), où la responsable du service, Christine Chasseguet, donnait le "la" à la politique d'éclaircissement régulièrement menée depuis dans nos jardins (page 146).

    7.2.2 Des chiffrages incomplets et peu significatifs
    Le 19 juin 2009, je présente sur mon blog les premiers chiffres d'abattages et plantations communiqués par le service des Espaces Verts :

    Une fois de plus, en prétendant que "la ville de Tours plante deux fois plus d’arbres qu’elle n’en abat" (propos repris par la NR* du 26 juin), le maire de Tours a sombré dans la désinformation. D'abord, comme je ne cesse de le répéter, il convient de distinguer arbres et arbustes, car trop souvent on abat des arbres et on replante des arbustes (moins de 7 m une fois adultes). Ensuite même avec cette confusion, les chiffres de 2008 indiquent qu'il y a eu sur la ville 390 abattages et 510 plantations. 30% et non 100%...

    Ces donnés ont été présentées au CVL* du 18 juin par le responsable du patrimoine arboré. Il a aussi dit que si on continuait à supprimer des arbres au même rythme que ces dernières années (390 arbres et arbustes abattus en 2008, soit 1,4 % du parc), mais sans en replanter, avec ses 38 hectares boisés, notre ville n'aurait plus d'arbres dans 71 ans... (c'est une extrapolation moyenne sans tenir compte du fait que des arbres vivent centenaires, ça va de soi, mais l'ordre de grandeur est significatif...)

    Tours compte 14.000 arbres "de rue", 3.000 sur les places et les squares, et 14.000 autres dans les parcs et jardins. La ville possède aussi 400 ha de bois et de forêts urbaines ou périurbaines aux Douets, à Montjoyeux, la Bergeonnerie, en forêt de Larçay ou au bois des Hâtes. Les platanes et les érables sont les essences les plus répandues. Depuis la création des quartiers dans les années soixante, plusieurs générations de plantations se succèdent [cette phrase est lourde de sens]. Et depuis 1995, la mairie a replanté 7.435 arbres (cela fait 530 arbres en moyenne durant 14 ans).

    Ces chiffres ont le grave défaut de ne pas mettre en évidence le cas très particulier de Tours Centre. Car il est à craindre qu'on abat davantage qu'on y plante, comme je l'ai mis en évidence pour le tramway (voir page 104). Les arbustes remplacent de grands arbres, les arbres en pot s’y multiplient et les nouvelles plantations se font plus en périphérie. J'ai donc demandé des chiffres correspondant au CVL* Est, je les présentais le 4 novembre 2009 :

    J'avais demandé à avoir des données chiffrées sur les abattages et plantages d'arbres sur Tours-Est ces 5 dernières années. Mon but est de faire un suivi plus ou moins régulier, tous les 2 ou 5 ans. Après relance, j'ai obtenu de la municipalité les réponses suivantes au CVL* du 14 octobre.

    Il n'est pas possible d'avoir de chiffres avant 2007, car les données n'ont pas été prises en compte assez précisément. Par contre c'est possible sur l'année 2008 dans un périmètre recouvrant approximativement Tours Est (Cathédrale + Sanitas-Velpeau). 28 "arbres à grand développement potentiel" ont été abattus sur cette période et 52 ont été plantés.

    Le détail est apporté sur des chiffres voisins (avec des arbres de développement un peu plus faibles) : 34 sujets abattus : 1 Abies : sapin, 14 Acer divers : érables divers, 2 Aesculus : marronnier, 1 Alnus : aulne glutineux, 1 Carpinus : charme commun, 1 Fagus : hêtre commun, 4 Fraxinus : frêne commun, 1 Paulownia : paulownia impérial, 1 Pinus : pin, 1 Quercus : chêne, 6 Robinia : robinier faux-acacia, 1 Ulmus : orme.

    64 sujets plantés : 5 Acer cappadocicum et platanoides : érable de Cappadoce et érable planes, 42 Platanus orientalis 'Digitata' : platane d'orient à feuilles digitées, 1 Quercus ilex : chêne vert, 13 Tilia henryana : tilleul de henry, 1 Zelcova carpinifolia : orme du Caucase. Je ne sais trop que penser des 42 platanes qui à eux seuls font pencher la balance (je ne vois pas où ils se situent - P.-S. : peut-être au bout du boulevard Heurteloup, près de l'autoroute ?), je me contente de prendre en compte ces données qui seront à mettre en perspective avec celles qui viendront par la suite.

    Un an et demi plus tard, je demandais des chiffres du même type et je les présentais sur mon blog dans le chapitre du 25 avril 2011 :

    Le CVL* Est du 9 février dernier m'a permis de poser quelques questions au service des Parcs et Jardins, dans le prolongement des données chiffrées présentées ci-dessus, le 4 novembre 2009. Les voici, avec les réponses en italique (que j'ai eues précisément en ce mois d'avril) :
    En 2008, 390 arbres ont été abattus et 500 plantés sur la ville de Tours. Quels sont les chiffres de 2009 et 2010 ?
    Sur l'ensemble de la ville : Année 2009 :
    • 498 arbres plantés sur l'ensemble de la ville (tiges, cépées et baliveaux)
    • 508 arbres d'alignement ou de parc abattus
    Année 2010 :
    • 947 arbres plantés sur l'ensemble de la ville (tiges, cépées et baliveaux)
    • 200 arbres d'alignement ou de parc abattus (dont 9 suite à la tempête Xynthia)
    • 327 arbres de parcs abattus (dont 74 suite à la tempête Xynthia)
    Cumul 2009-2010 :
    • 1445 arbres plantés
    • 1035 arbres abattus dont 83 lors de la tempête Xynthia

    Quels sont-ils si on s'en tient à Tours entre Loire et Cher ? Sur l'année 2008 dans un périmètre recouvrant approximativement Tours Est (Cathédrale + Sanitas-Velpeau). 28 "arbres à grand développement potentiel" ont été abattus sur cette période et 52 ont été plantés. Quels sont les chiffres pour 2009 et 2010 ? (si possible avec le détail, comme il avait été fait en 2008)
    Détail des plantations pour le secteur Tours Est "Cathédrale + Sanitas + Velpeau" Année 2009 :
    • arbres de 1ère grandeur (+ de 20 mètres à l'âge adulte) : 14
    • arbres de 2ème grandeur (15 à 20 m) : 86
    • arbres de 3ème grandeur (10 à 15 m) : 104
    • arbres de 4ème grandeur (7 à 10 m) : 82
    Année 2010 :
    • arbres de 1ère grandeur : 48
    • arbres de 2ème grandeur : 48
    • arbres de 3ème grandeur : 66
    • arbres de 4ème grandeur : 269

    Si on continuait à supprimer des arbres au même rythme qu'en 2008 (soit 1,4 % du parc), mais sans en replanter, notre ville avec ses 38 hectares boisés n'aurait plus d'arbres dans 71 ans. Que devient ce nombre si on se base sur les deux années 2009 et 2010 réunies ? Et si on s'en tient à Tours entre Loire et Cher ?
    [pas de réponse]

    Je remercie le service des espaces verts pour ces réponses. Elle m'amènent à exprimer les remarques suivantes :
    • ce qui s'est passé avec le tramway est très révélateur. En effet, en ne s'en tenant qu'aux seuls chiffres donnés lors de l'enquête publique, j'avais constaté qu'officiellement sur tout le trajet du tramway 923 arbres étaient abattus et 1406 plantés. Or les calculs précis que j'ai effectués ont montré qu'entre Loire et Cher, 362 arbres étaient abattus et 241 plantés. Cela montre que l'on abat davantage en centre-ville et que l'on plante davantage en périphérie. Or mes constats, certes non chiffrés, de dégradation du patrimoine arboré portent sur le centre-ville, entre et Loire et Cher. J'ai donc tout lieu de croire que ce que j'ai prouvé sur le trajet du tramway est aussi vrai sur les abattages et plantations annuels.
    • Il est donc dommage que la municipalité ne m'ait pas communiqué les chiffres entre Loire et Cher. Certes, ils ne sont peut-être pas tenus. Mais aujourd’hui, après ce qui s’est passé, l’on ne peut être qu’a moitié surpris de ne pas avoir les chiffres 2009 et 2010 des abattages sur Tours Est alors que ceux de 2008 m'avaient été communiqués. Il y a là, pour le moins, une nette régression dans l'information, car j'avais exprimé le souhait de connaître régulièrement les futurs chiffres et cela ne semblait pas poser de problème.
    • Sur les plantations de Tours Est, en ajoutant les 52 arbres de 1ère grandeur et les 46 de 2ème grandeur plantés en 2008 (si j'interprète bien les chiffres communiqués), je considère qu'il y a stagnation dans les plantations des arbres de 1ère et 2ème grandeur que je trouvais pourtant très insuffisantes. Pour ceux de 3ème et 4ème grandeur, je trouve qu'on plante de plus en plus petit. Et je crains que les tailles adultes indiquées soient celles des pays d'origine (par exemple, chez nous, un lilas des Indes atteint rarement 7 mètres).
    • Ma troisième question n'a pas eu de réponse, c'est regrettable... et sûrement révélateur. Si on continuait à supprimer des arbres au même rythme qu'en 2008, sans en replanter, notre ville n'aurait plus d'arbres dans 71 ans. Je crains que cette espérance de vie, déjà courte, ait diminué, surtout en centre ville, expliquant ainsi le manque de réponse.

    Je compte continuer à demander de tels chiffres d'abattages et de plantations, entre Loire et Cher, et sur Tours Est. J'espère bien sûr que les chiffres d'abattages seront à nouveau comptabilisés, et je le demande par l'intermédiaire du coordinateur des CVL (il serait bon de mettre à part les abattages et plantations liés au tramway).

    Ces chiffrages sont importants, notamment dans le fait qu'ils existent et sont communiqués, mais il n'est pas facile d'en avoir une vision claire. En particulier pour les grands arbres en centre-ville, les deux chiffrages délivrés en 2009 et 2011 ne sont pas vraiment comparables… Et avec le tramway, ça va se compliquer. Je ne pense pas que ce soit une volonté de cacher les choses, peut-être de les compliquer un peu, peut-être aussi une gêne d'être ainsi suivi.

    Ce qui est le plus gênant, finalement, c'est qu'il n'y a pas eu un véritable dialogue avec un service qui ait envie d'avoir des chiffrages significatifs. Je n'ai pas senti une volonté d'aller en ce sens, ou alors elle est combattue par une volonté supérieure, je pense à celle du maire. J'ai tout de même eu certaines réponses à mes interrogations, je pense qu'elles sont correctes, et c'est déjà très appréciable.

    Le meilleur révélateur serait sûrement la "surface foliaire par habitant et par quartier", mais nulle part il ne semble que l'on ne soit arrivé à calculer cet indice. Mais, je découvre en fin de rédaction de ce livre que dans "Regards sur l'aggloméraion tourangelle", en 1982, René Perrin présente un autre indicateur :
    Des normes ont été proposées. la plus couramment admise étant celle de 10 m2 par habitant à moins de 500 m de leur domicile. […] A Tours, on a maintenant 15 m2 par habitant (non compris le bois des Hâtes).

    Il serait intéressant d'avoir le détail par quartier en 2011…

    7.2.3 Les méfaits de l'esthétisme paysager


    A gauche, presque pas d'abeilles sur ce joli massif, degré presque nul d'écosystème. (place Jean Jaurès, 2009). A droite, l'arbre du milieu de la place Loiseau d'Entraigues n'est plus là, la soi-disant "vibration musicale des lignes de fleurs" n'attire personne (2009).

    Le 7 mars 2009, j'abordais sur mon blog un reproche fondamental à l'égard de la gestion des espaces verts à Tours, un reproche qui est ancien, c'est la notion de "nature sage" et disciplinée développée sous Jean Royer et accentuée par son successeur.

    Une des graves insuffisances du service des "Espaces Verts" (ce libellé me semble plus significatif que celui officiel des "Parcs et Jardin"), est son soucis constant d'esthétisme du parc arboré. En dehors même des arbres, il y a aussi beaucoup à dire sur la gestion municipale des surfaces vertes, la strate herbacée. Je pense qu'on peut les séparer en trois catégories :
    1. les surfaces herbeuses ou de vivaces diverses
    2. les surfaces gazonnées
    3. les massifs soumis à plantage plusieurs fois par année
    Seule la catégorie 1 constitue un habitat et permet une certaine biodiversité pour la faune des insectes. La catégorie 3 très artificielle est sans valeur écologique, et, comble de légèreté, pour ne pas dire stupidité, elle est celle qui coûte le plus cher. "Sur une année, la ville de Tours débourse près de 400.000 euros pour la production des plans, destinés à fleurir les 230 massifs répartis sur la commune". La nature est considérée comme un habillage immobilier soumis à la mode : "La tendance cet été est de jouer sur les différents feuillages. On travaille pour que ce soit harmonieux et agréable à l'œil" (NR* du 12 mars 2009). Il n'y a presque pas d'abeilles sur ces jolis massifs, c'est le degré presque nul d'écosystème... Il suffirait de diminuer par deux ces massifs "kitch" de ville à touristes pour récupérer 200.000 euros par an, qui permettraient notamment d'entretenir davantage de véritables petits milieux naturels qui laisseraient vivre flore et faune en larges variétés... Tours est désignée ville fleurie avec "Quatre fleurs" et la distinction Grand prix au palmarès 2007 du concours des villes et villages fleuris. Plus fort encore, trois années de suite, autour de 2007, la ville de Tours a reçu la médaille d'or du concours européen de "l'Entente Florale" pour la qualité de ses espaces verts. Et cerise sur le gâteau, elle a même décroché en 2003 le "Grand prix de l'arbre". Cette frime de catalogue touristique explique en partie ce qui se passe... Mais cela vient de bien plus loin. Contrairement au XXème siècle, le XIXème a permis la création de beaux parcs avec des sujets majestueux... On peut aussi comparer les arbres des boulevards du XIXème avec ceux du XXème... Ces derniers doivent pousser vite, ne pas gêner, se contenter d'apporter une touche de décoration... Notre environnement est géré de plus en plus sur le court terme. La tendance est pour l'harmonie de cet été, pas pour le bien-vivre des générations futures...

    Cet entretien intensif des massifs et pelouses nuit à l'écosystème, notamment en n'étant pas favorable à l'existence de petits mammifères. Huit mois plus tard, le 5 novembre 2009, je revenais sur la priorité donnée à l'esthétisme. Depuis que je tiens ce journal sur les arbres de Tours, les choses ont évolué sur plusieurs plans. Au niveau de la municipalité, la démagogie se donne les apparence de la pédagogie en jouant sur la technicité, les évitements et dégagements. Mais sur le fond, les grands arbres ne sont toujours pas les bienvenus.

    L'article de Tours Infos (bulletin municipal) de novembre 2009 titré "L'arbre a-t-il toujours sa place en ville ?" est significatif. On n'y sent aucune volonté de réintroduire l'arbre dans les quartiers où il y en a "très peu". On y voit une priorité donnée au côté esthétique. La place de la Résistance encombrée de parkings avec des arbres réduits à l'état d'arbustes, y apparaît comme une référence. Il est souligné (comme cela avait été fait le 18 juin au CVL* Tours Est) que le bilan carbone d'un grand arbre peut être mauvais. D'une part, ce n'est pas le cas général (voir page 8), d'autre part ce n'est qu'un critère parmi d'autres. C'est une opinion très restrictive, faisant abstraction de la problématique proprement écologique et en particulier de la biodiversité.. Les seuls points vraiment intéressants de cet article sont donnés dans l'encadré sur la lutte biologique contre les maladies et la notule "Préserver la biodiversité, c'est parfois laisser des arbres fragiles ou dépérissant qui servent de refuge". Dommage que ça soit contredit par un propos précédent qui veut qu'on abatte les arbres qui "ont une durée de vie limitée".

    Au niveau national, l'analyse est plus sérieuse sur la place du végétal en ville, illustrée par un article du Monde du 27 octobre. Il y a une prise de conscience que le végétal est le grand oublié des débats sur la "ville durable". Il faut que le végétal cesse d'être une "variable d'ajustement", expression qui me semble s'appliquer à la ville de Tours et à son PADD*. "Le discours sur le paysage a été avant tout esthétique". On retrouve donc dénoncé l'optique démagogique de l'article de Tours Infos. Les bienfaits de l'arbre y sont décrits bien au delà d'une restriction au seul bilan carbone. Par contre, je trouve que la conclusion sur une mise en avant des entreprises paysagères est bien timorée. Certes "Le végétal en ville est trop souvent traité par des gens dont ce n'est pas le métier", mais les urbanistes doivent en priorité faire leur révolution et sortir de leur carcan en béton. Et les experts paysagers doivent sortir de leur carcan d'esthétisme pour considérer les autres bienfaits de l'arbres, avec en premier lieu son rôle essentiel dans la richesse d'un écosystème urbain. Pour que l'enrichissement et le développement de la trame verte devienne réalité.

    L'arbre, et notamment le grand arbre, peut prospérer dans la cité. Par exemple à Berlin ou Tokyo. Une ville comme Paris peut avoir la volonté de changer. A Tours, la municipalité ne sort pas des discours d'autosatisfaction, les reculs des 50 dernières années ne sont pas reconnus et on les accentue...

    A relire cet article de Tours Infos, en août 2011, je suis frappé par les deux sous-titres qui sonnent comme un avertissement de ce qui ne sera pas fait : "L'abattage n'est jamais hâtif" et "Sauvegarder un patrimoine ancien". Cynisme ou inconscience ?

    Par ailleurs, je souligne que cette priorité donnée à l'esthétisme, dénoncée à plusieurs autres reprises dans cet ouvrage, est une cause importante d'abattages. Il suffit que quelques arbres doivent être coupés parce qu'ils sont jugés dangereux, ou pour un prétexte quelconque, et c'est tout l'alignement qui se trouve supprimé pour qu'il reste régulier. Même si d'autre causes s'y ajoutent, c'est notamment le cas des platanes du boulevard Tonnellé (page 39), celui des peupliers de l'avenue St Lazare (page 112), et aussi celui des arbres du mail du Sanitas (page 49). En forçant le trait, n'y a-t-il pas là une dictature de l'esthétisme ?

    Oui, n'y a-t-il pas un totalitarisme à vouloir que tout soit bien cadré, normé, calibré dans un alignement ? Et n'est-ce pas parce que ce calibrage ne résiste pas au temps qu'il faut interdire aux arbres de grandir et régulièrement tout raser pour tout replanter de façon impeccable ? Comment lutter contre cette tendance de plus en plus forte ? C'est ce que nous allons voir maintenant.


    7.2.4 Le manque d'entretien et de planification
    Avoir une vision de l'arbre à long terme, avoir un bon inventaire des arbres, savoir planifier les entretiens d'alignements, cette vieille revendication de l'Aquavit est toujours d'actualité, car je ne crois pas que le service des Espaces Verts procède à de telles planifications. Tout juste lui arrive-t-il, au cas par cas, de boucher quelques vides. C'est ainsi que j'ai vu Boulevard Béranger trois jeunes platanes plantés récemment, début 2011. L'Aquavit* a pointé ce problème à de nombreuses reprises. La NR* s'en fait l'écho le 8 janvier 1999, l'association répondait aux propos de Jean-Patrick Gille, futur député, alors premier adjoint, qui indiquait que l'association s'était opposée à l'abattage d'arbres place Rabelais, trois d'entre eux ayant été déracinés par une récente tornade :
    Ces chutes d'arbres mettent en évidence la nécessité des mesures que l'Aquavit réclame depuis sa fondation, en particulier un inventaire de l'arbre dans la ville, avec repérage des arbres fragilisés par la pollution ou la vieillesse. Sans soins appropriés ou éventuels, renouvelés avec une programmation sérieuse, les platanes de l'avenue de Grammont, un certain nombre d'arbres du parc de Grandmont ainsi que les platanes du boulevard Tonnellé poseront problème tôt ou tard.
    Nous l'avons dit écrit. La prochaine fois qu'un arbre tombera pour cause naturelle, ne soyez plus de mauvaise fois, M. le premier adjoint. Ne dites plus "C'est de la faute à l'Aquavit". Dites plutôt "L'Aquavit vous l'avait dit !"
    Un tel patrimoine se gère à long terme. Nous ne sommes pas systématiquement contre l'abattage d'arbre, bien sûr. Mais nous souhaitons que ce patrimoine fasse l'objet d'une véritable politi–que, c'est à dire que l'on donne aux services des espaces verts, qui savent quels sont les arbres à traiter, à élaguer plus souvent, à soigner, etc., des moyens financiers et humains pour le faire.

    En ce qui concerne les platanes du boulevard Tonnellé, je considère que le refus de s'en préoccuper correspondait à une volonté de s'en débarrasser (voir page 39).

    Hors du centre-ville, sur Tours Sud, il y a toutefois une exception de taille pour un ensemble d'arbres plus conséquent qu'un alignement, les bois de Montjoyeux, on l'a vu page 127.


    7.2.5 La tour d'ivoire municipale
    Mes rapports avec le services Parcs et Jardins ont été contrastés, il y eut des épisodes plutôt positifs, comme les plantations situées derrière l'école Raspail (page 161), comme les indications de données chiffrées (page 180), d'autres mitigés (notamment à propos de la régénération du bois de Grandmont, page 127). Il y en eut d'autres négatifs, ceux nombreux à base de silence et d'opacité, ou celui que voilà. Le 23 décembre 2010, je constate qu'une occasion de se concerter sur les arbres a été gâchée :
    Il était prévu au CVL* Est une réunion sur les arbres. Je devais y participer et j'avais fait des propositions pour y définir des thèmes, préparer des questions, faire en sorte qu'il y ait vraiment dialogue et non pas, comme d'habitude un représentant municipal qui fait sur son estrade son exposé, et répond ensuite à quelques questions et voilà : la bonne parole est descendue des hautes sphères municipales vers les bas fonds citoyens.
    Cette réunion a été reculée deux ou trois fois et elle s'est déroulée après ma démission du CVL*. Même si j'avais signalé vouloir toujours y participer, c'était une bonne excuse pour m'oublier et faire une réunion sur estrade avec le traditionnel diaporama présentant de jolis chiffres de plantation, gommant les abattages. La courroie de transmission municipale (La NR*) pouvait alors faire un joli article qui dispense à tous les Tourangeaux la bonne parole. Publié 16 décembre, il montre une grande similitude avec ce qui avait été dit un an et demi plus tôt, à la présentation du 18 juin 2009. Amen.

    J'ai retrouvé un vieux courriel du 20 septembre 2009 où je faisais ma proposition :
    Comme je vous l'ai déjà dit, je ne souhaite pas que ça se passe de façon traditionnelle, notamment parce que ce sujet a déjà été abordé en juin 2009 avec un long exposé des services municipaux. Je souhaite une réunion préparatoire avec le service des Espaces Verts et qu'il réfléchisse auparavant sur la proposition que voici.
    Je souhaite qu'on travaille par module d'une dizaine de minutes chacun. Pour chacun d'entre eux, la parole serait laissée tour à tour (dans un ordre à préciser) : au service, aux habitants / asso. / conseillers municipaux et à la personne invitée (en espérant qu'elle sera là). Les modules pourraient porter sur les thèmes suivants : Entretien des arbres isolés - Entretien des alignements - Choix des plantations (lieux, espèces...) - Objectifs (trame verte...) - Impacts sur le PLU (espaces publics et privés) - Ce que pourrait être une charte de l'arbre pour la ville de Tours.

    La personne invitée devait être Caroline Mollié, auteur de l'ouvrage "Des arbres dans la ville". J'avais même compris que la réunion avait été décalée une fois à cause de son indisponibilité. Je voulais aussi sélectionner des photos à commenter. Tout ça a été balayé d'un revers de main...

    Cela montre la difficulté d'un dialogue, le citoyen se sent rabaissé face à ceux qui se considèrent comme des experts. Trônant dans leur tour d'ivoire, ils acceptent parfois, avec la condescendance liée à leur rang, de nous éclairer et supportent mal qu'on les conteste. Pourtant, j'estime avoir toujours voulu éviter les procès d'intentions en me basant sur l'étude de faits.

    Mais les interrogations sont telles face à une opacité, non systématique certes, mais entretenue, et les constats sont si souvent surprenants, que je ne peux que faire preuve d'une grande méfiance, laquelle peut être facilement considérée comme un procès d'intention, j'en suis conscient. Et comme je préfère la franchise à la diplomatie, cela ne facilite pas le dialogue aussi.

    Mais en dehors de ma personne, qui est certes souvent montée à l'assaut de la tour d'ivoire, ce que j'ai pu constater lorsque j'étais un citoyen sage parmi les autres, ne m'amène pas à trouver des excuses au service des Espaces Verts, comme à celui de l'Urbanisme. Les exemples de dialogue instaurés très orientés que j'ai décrits à propos de la place Velpeau (page 25) ou de la place Jolivet (page 132) en font foi.


    7.2.6 Le rôle ambigu du responsable du patrimoine arboré
    Le 19 juin 2009, je signalais comme suit pour la première fois l'existence d'un responsable du patrimoine arboré de la ville.
    Ce poste a été créé en fin d'année dernière (c'est la date d'arrivée de la personne, le poste n'existait pas auparavant). C'est indubitablement une bonne chose, cela montre que la ville a un intérêt plus appuyé pour ses arbres. La compétence de la personne aidera à améliorer la situation, par exemple sur le plan d'un meilleur élagage, d'un meilleur suivi des maladies.
    Le fait qu'il n'était pas en poste au moment de l'abattage scandaleux du ginkgo biloba du parc de la Préfecture (page 23) est déjà positif. J'aimerais quand même savoir si sa présence l'aurait effectivement évité... Il avait alors fait l'exposé municipal sur les arbres.

    L'année suivante, le 25 mars 2010, je m'interrogeais sur son rôle :
    Il y a presque un an, dans le chapitre du 19 juin, je m'interrogeais sur l'arrivée fin 2008 d'un "responsable du patrimoine arboré de la ville". Quelle est maintenant mon opinion, à la lumière des nombreux chapitres qui se sont ajoutés depuis ?

    L'évidence n'est plus la même. La ville n'a pas un intérêt plus appuyé pour ses arbres quand on considère le plus important, sa politique d'abattages et de plantations. La dégradation est continue, rien ne laisse espérer une amélioration, à part quelques propos de l'adjoint à l'urbanisme, dont je ne vois guère la concrétisation. Par contre la municipalité a un intérêt plus appuyé pour la communication sur son amour des arbres. Du marketing, de la méthode Coué, du vent. Et là, la prestance ronflante du titre de "responsable du patrimoine arboré de la ville" fait son effet. Sa haute compétence utilisée à sens unique assure l'écoblanchiment des abattages.

    Toutefois, par son rôle très en aval des décisions urbanistiques, ce dit "responsable" ne l'est pas vraiment. Ce n'est pas lui qui décide de rénover des places sans arbres, ce n'est pas lui qui remplace les arbres par des arbustes dans les cours d'école. Tout juste est-il, en grande partie, responsable de l'entretien du patrimoine arboré de la ville (au moins dans les parcs et jardins, peut-être dans les cours d'école), ce qui est différent, mais certes très consistant.

    Je pense donc toujours que "La compétence de la personne aidera à améliorer la situation, par exemple sur le plan d'un meilleur élagage, d'un meilleur suivi des maladies", avec en bémol le fait que ça se fasse toujours de façon aussi opaque, notamment en ce qui concerne l'abattage d'arbres. Donc ce n'est pas le rôle qu'il assume qui rend son poste ambigu et contestable, c'est son rôle d'alibi et de faire-valoir agité par la municipalité.

    C'est ainsi qu'il y eut une opération marketing dans le bulletin municipal Tours-Info n°116 de janvier 2010. Alors que les arbres abattus dans le bois de Montjoyeux (page 124) étaient en majorité sains, une photo traite d'un arbre visiblement malade, si ce n'est mort.

    L'article associé va même jusqu'à prétendre que seuls les arbres morts sont abattus. Au passage, la légende indique qu'il y a désormais deux responsables du patrimoine arboré, je ne connaissais que le premier. C'est étonnant... Il est vrai qu'il y a une lourde responsabilité sécuritaire et qu'il peut-être bon de la partager...

    Le 19 juin 2011, j'ajoutais au chapitre un post-scriptum qui reste valable quelques mois plus tard, à l'écriture de ce livre :
    Depuis les massacres environnementaux du tramway, la mairie ne met pratiquement plus en exergue le rôle des responsables du patrimoine arboré, tout en continuant son baratin sur le développement durable. A moins que ce soit eux qui aient eu la sagesse de s'effacer. L'ambiguïté est donc levée, au moins provisoirement.
    Je constate par ailleurs que les élagages effectués ces dernières années sont beaucoup moins drastiques qu'auparavant et permettent un bien meilleur développement des branches. Comme je l'ai déjà dit, cela diminuera les maladies et pourrissements et évitera à l'avenir un certain nombre d'abattages. Sur ce front là, au moins, les choses s'arrangent.

    "La notion du temps n'est pas la même pour nous et pour les arbres : les arbres adultes d'aujourd'hui ont été plantés par nos ancêtres. La responsabilité de les faire perdurer et de les transmettre aux générations futures nous incombe". Ces propos tenus dans Rustica du 5 octobre 2011 par le "gestionnaire du patrimoine arboré de la ville de Tours" n'ont pas été entendus à Tours même…


    7.2.7 Le rôle ambigu du responsable du patrimoine arboré
    7.2.7 Grandeur et décadence des arbres remarquables Est-il convenable de célébrer la beauté de nos arbres quand on en abat de façon abusive et arbitraire ? C'est la question que je me suis posée le 17 juin 2011.

    Ce vendredi, des membres de l'association A.R.B.R.E.S. sont venus en notre ville pour distribuer des récompenses d'arbres remarquables. Ils ont été accueillis par la municipalité en une cérémonie dans le jardin des Prébendes d'Oé. Comme tous les Tourangeaux, je suis fier de nos jardins du XIXème siècle qui ont donné un cachet à notre ville. On y trouve effectivement des arbres qui méritent grandement une reconnaissance nationale.

    Connaissant le site de cette association depuis longtemps, j'avais regretté qu'elle n'ait désigné qu'un seul arbre remarquable (le cèdre du musée du Beaux Arts, en 2001). Elle rattrape son retard (pas complètement, il reste, notamment le peuplier du jardin de la préfecture), et c'est donc très bien. Que la mairie en soit fière, c'est naturel et la petite cérémonie était de bon aloi.

    Je craignais pourtant que ce ne soit une nouvelle fois l'occasion de vanter la politique municipale de plantation à tout va, justifiant les abattages inutiles trop nombreux. Ce ne fut pas le cas, d'abord par l'absence du maire bûcheron en chef. Ensuite les discours prononcés ont été courts et centrés sur le sujet qui nous rassemblait.

    De plus, j'ai certes des reproches sur la gestion de nos vieux jardins, mais je considère comme des exceptions les deux cas flagrants que j'ai rencontrés, à savoir le ginkgo biloba du jardin de la préfecture (page 23) et le cèdre de l'Atlas du jardin Botanique (page 121). D'un point vue général, les vieux arbres des vieux parcs de la ville sont très bien entretenus par les services municipaux et j'ai applaudi de bon cœur les propos en ce sens du président de l'association A.R.B.R.E.S..

    J'ai eu l'occasion de me rendre compte que certains membres de cette association nationale connaissaient fort bien les abattages massifs que nous avons connus. Ils pensent que célébrer de vieux arbres ne peut aller que dans le sens d'un meilleur respect du patrimoine arboré. J'acquiesce, certes, mais je ne peux que déplorer la terrible dégradation que nous connaissons. A la fin du XIXème siècle, on plantait de futurs grands arbres pour les générations futures, avec de superbes jardins aux hautes frondaisons. Maintenant, on plante des arbustes ou des arbrisseaux, et on aménage des jardins exotiques aux bas feuillages. Et alors que la pollution n'a jamais été aussi forte, on abat par centaines les arbres plus que cinquantenaires en pérorant sur la lutte contre les gaz à effet de serre ou sur une trame verte qui se mettrait en place.

    Au XIXème siècle, on célébrait un Bühler qui savait créer de si beaux jardins propices au développement de futurs arbres remarquables. Aujourd'hui on célèbre un Buren et la "minéralisation" qui appauvrit et enlaidit notre cité. Quelle décadence...

    Notez que l'association aussi appelée A.R.B.R.E.S. à Nîmes (page 205) n'est pas la même. Ce jour-là, à Tours, un séquoia pleureur fut aussi intronisé "arbre remarquable". Dix ans plus tôt, il avait échappé de peu à l'abattage (voir page 36).


    Jardin des Prébendes 2011. Au fond les pneumatophores, racines à l'air libre, telles des stalagmites, des cyprès chauves.

    Extrait d'un panneau du jardin des Prébendes d'Oé, 2010
    Le jardin des Prébendes d'Oé a été créé sur un site marécageux où se trouvaient des jardins potagers dont les revenus (prébendes) étaient versés au prévôt d'Oé sous l'ancien régime. Il était traversé par le ruisseau de l'Archevêque qui a été canalisé par la ville.

    […] La réalisation du jardin a été entreprise de 1872 à 1874 pour employer les nombreux ouvriers au chômage suite à la crise économique due à la guerre. La création du parc a été confiée à Eugène Bühler. […]

    Conformément à la manière des frères Eugène et Denis Bühler, le parc des Prébendes d'Oé se compose de grandes allées sinueuses dont l'une parcourt toujours le tour du jardin. Les arbres sont regroupés par essences, cèdres, platanes, séquoias géants et tilleuls qui forment des semblants de bois contrastant avec de vastes pelouses. Des cyprès chauves agrémentent l'île centrale.


    7.2.8 Galerie de photos de beaux arbres de nos jardins
    Pour le plaisir, et oublier un peu les trop nombreux abattages que nous avons subi, voici ou revoici quelques uns des beaux arbres des parcs et jardins de Tours-centre. Ces photos datent, pour la plupart, de 2003 et 2004, lorsque bénéficiant de mon premier appareil photo numérique, j'ai figé quelques arbres de ma ville.

    ==> Cette galerie, un peu augmentée, est présentée en ces deux sous-pages : 1, 2


    7.2.9 Des espaces verts à usage saisonnier jetable
    La gestion des espaces verts de la ville de Tours atteint des dimensions surréalistes, que l'on n'aurait pas imaginées il y a vingt ans. Jean-Marc Sérékian nous présente le cas de la place de la place Anatole France, et ce n'est pas le seul, on pourrait parler aussi de la place du Palais (Jean Jaurès), de la place de la Liberté (anciennement place Thiers) ou de la place de la Gare (maréchal Leclerc) :
    L’hiver, sur la vaste place Anatole France, des ifs cylindriques dans leur pot cubique trônent, en triste décoration verte de Noël. Au début de l’été, ce sont les oliviers et les bougainvilliers « hors sol » qui arrivent en relais esthétique. Pour leur repos estival, les ifs cylindriques dans leur pot cubique quittent alors la grande place, ils retournent aux entrepôts. Un manège infernal et attristant d’arbres déménagés s’opère sur cette place. […] Dans le microcosme Tourangeau, les employés des « espaces verts » modernisés ne sont plus des jardiniers. Camionneurs ou conducteurs d’engin ils crachent en rythme mécanique des Gaz à Effet de Serre et des décibels.


    Arbrisseaux en pot au jardin des Prébendes (2011). Ils ne remplaceront jamais les marronniers abattus ci-dessous (2003)

    J'ai consacré un chapitre aux méfaits de l'esthétisme paysager (page 182). En s'appuyant sur ses effets les plus artificiels, Jean-Marc Sérékian dresse un tableau très noir :
    Symbole de vie dans toutes les cultures depuis des millénaires, les arbres déchus sont maintenant amovibles et sans racine fixe. Ils marquaient le temps en faisant les saisons, on leur impose le temps des marchés et celui de la mode. Choisis sur catalogue horticole, ils doivent pouvoir être à usage unique et jetables sans mauvaise conscience. […]
    Dans les chiffres, le budget « espace vert » de la ville de Tours est exemplaire : il explose ! De quoi impressionner plus d’un amoureux de la nature… Mais l’envers du décor est malheureusement moins reluisant. Dans le détail des factures, on s’aperçoit qu’il s’agit de plus en plus exclusivement d’un budget « chantier public » où les hydrocarbures et les engins de chantiers se taillent la part du lion. […] Les employés de leur côté ne sont pas dans des emplois de jardiniers. Pour l’essentiel et sous les injonctions de l’administration, ils sont astreints aux abattages de toutes natures, sécuritaires ou phytosanitaires, et aux plantations de réparation. Les travaux de terrassement, piquage et repiquage, les occupent de manière humiliante… A chaque saison, plus de deux cents massifs sont replantés pour être toujours en fleurs et faire honneur à sa triple médaille d'or du concours européen de "L'Entente Florale". Un chantier horticole permanent et réitéré à chaque printemps… Indéniablement la ville engage des dépenses d’autant plus démesurées que vides de sens… En boucle on n’arrête plus d’abattre et de replanter des « arbres », de terrasser et piquer des massifs.

    Effectivement, l’hyper-centre ville de Tours est une caricature de ce qu’il ne faut pas faire, tant l’esthétisme est ici poussé à son paroxysme anti-écologique. Il reste encore des plantes vivaces dans les quartiers de Tours, des arbres en terre. La pelleteuse n'a pas partout remplacé la bêche mais les bouleversements que nous vivons actuellement sous prétexte de tramway ne semblent qu'accélérer et élargir la dérive…

    Qu'on mette des arbrisseaux en pot sur une place, dans une rue, devant un monument, on peut l'attribuer à un service Urbanisme qui n'a pas vocation à avoir une conscience environnementale, mais que l'on voit des arbrisseaux en pot jusque dans nos plus prestigieux jardins, les Prébendes d'Oé et le Botanique (voir page 0), on tombe bien bas et c'est le service des Parcs et Jardins qui est directement en cause. Y verra-t-on bientôt de faux arbres ?

    Ces deux services travaillent de plus en plus ensemble, l'un perd son identité et, sans réticence apparente, s'efface au profit de celui qui aseptise à notre cité. Il lui arrive même d'être moteur, comme dans l'exemple qui suit.


    7.2.10 Début de privatisation de l'espace public des jardins
    S'il est possible que le service des Parcs et Jardins ne soit pas directement responsable de l'ouverture à des intérêts privés du jardin des Prébendes d'Oé, que je constate en cet automne 2011, il est toutefois directement concerné par cette altération d'un espace vert sous sa responsabilité.


    Avant (photo Google Street 2007) et après (novembre 2011)

    En 2011, une buvette et un restaurant se mettent en place à l'entrée nord. Il y avait déjà un lieu de rafraîchissement, c'était un premier pas, mais la structure était légère, comme on en trouve à Paris, au jardin des Plantes. Les bâtiments étaient deux cabanes, couvertes d'ardoises, selon la tradition tourangelle, c'était assez discret. On vient de franchir un nouveau pas. Les deux cabanes ont été supprimées, un ou deux arbres ont disparu (d'après un habitué des lieux, et à comparer les photos avant et après) et un bâtiment d'une surface bien plus importante a été construit, à la mode nordique, sur un large socle en béton. La buvette était sans doute trop ringarde, voici carrément le restaurant. Même si ses murs sont la propriété de la ville, la société de consommation s'installe dans le jardin.


    "Les papilles d'Oé", "Salon de café", "Restaurant". Outre le bâtiment et une large surface bétonnée, une vaste zone publique est mise à disposition de ce bâtiment à gestion privée (novembre 2011)


    7.2.11 Des jardins normés pour ne pas avoir peur de la nature
    Il apparaît indéniable que la première mandature de Jean Germain, 1995-2001, a marqué une rupture, un tournant, dans la politique des parcs et jardins dans la ville de Tours. Ces lieux plutôt fermés qui permettaient un certain repli hors des bruits et de l'animation de la ville sont devenus ouverts sur les artères passantes. La vue s'est trouvée dégagée, des terrains de sports bruyants ont été aménagés (Mirabeau, Velpeau, Beaujardin...).

    Le calme et la tranquillité de jadis ont en bonne partie disparu. Plus d'intimité, on en arrive même à une vidéosurveillance généralisée (Theuriet). Les clochards, du coup, ont disparu, on devine que c'était un des buts. J'ai déjà présenté ces effets dans le chapitre "Des jardins répondant à des normes sécuritaires", page 146.

    Des Tourangeaux s'en sont rendu compte "Regardez là, ils ont arraché les haies, nous sommes directement en vis-à-vis avec la rue, c'est incroyable !" (Sicard, 1999), certains se sont opposés à cette évolution rétrograde pour notre environnement, mais une "machinerie" municipale s'est mise en branle. Oui, l'incroyable est bien arrivé et s'est progressivement généralisé, les jardins d'antan disparaissent au fur et à mesure des rénovations.

    Rétrospectivement, quand il analyse les luttes passées, Hervé Buisson, l'ancien président de l'Aquavit*, acquiesce :
    Le charme des jardins touffus et intimes a été systématiquement éradiqué. Ils sont remplacés par des espaces verts standardisés, ouverts à la vue de tous. A l'inverses le promeneur a une vue imprenable sur les pots d'échappements et les crissements de pneus... Le label ville fleurie y participe. car pour avoir des fleurs, il ne faut pas d'ombre... Le terrain de sport au milieu du parc Mirabeau a signé sa ruine esthétique, bucolique et poétique. J'aimais y passer, ou par le jardin François Sicard. C'était un moment agréable, d'évasion, "d'apesanteur" pendant quelques minutes. J'ai remarqué que maintenant je passe à côté, je ne rentre plus dans le jardin... Les lecteurs solitaires ont disparu, le calme bon-enfant des familles a fait place à la violence d'une partie de foot occasionnelle dans une affreuse cage métallique. Deux trésors merveilleux perdus pour les tourangeaux. Même les panneaux en fonte du règlement des jardins ont été supprimés.

    Cette transformation touche, à un degré moindre mais graduellement accrue, jusqu'aux Prébendes et au Botanique, lieux pourtant conçus pour s'isoler en ayant l'impression de sortir de la ville, effectivement comme en "apesanteur". L'installation d'un restaurant en dur posé sur une large dalle de béton au sein même du jardin des Prébendes d'Oé apparaît comme un nouveau pas franchi. Comment a-t-on pu en arriver là ? Les éléments que j'ai pu rassembler m'amènent à émettre l'hypothèse qui suit.

    D'abord, ce n'est pas un phénomène propre à la ville de Tours, on retrouve cette évolution ailleurs, mais pas partout. Il y a une culture urbanistique qui conduit à ce comportement, celle qui, notamment, sait utiliser la prévention situationnelle. Car derrière cela, il y a une peur, peur des sombres buissons touffus, peur d'une nature trop envahissante, peur des personnes qui ne peuvent que s'y cacher, peur surtout de ne pas tout contrôler. L'ouverture des jardins à la rue est un moyen de combattre cette peur, si facilement communicable aux habitants, qui généralement ne se rendent pas compte des incidences perverses d'un tel système.

    Je me suis interrogé sur le rôle respectif de Christine Chasseguet, responsable du service Parcs et Jardins, de Sylvie Roux, adjoint au maire chargée de l'urbanisme, parcs et jardins, patrimoine, enseignes, publicité, et du maire Jean Germain. Sylvie Roux ne semble avoir été qu'une exécutante, s'accrochant aux principes convenus en plus haut lieu, probablement au niveau du maire, lequel sait bien s'entourer de tels lieutenants dévoués à sa cause.

    Même si elle est restée adjointe jusqu'en 2008, Sylvie Roux s'est trouvée moins exposée à partir de 2000. Il semble que Jean Germain soit alors allé chercher une technicienne plus discrète, apportant une aura d'experte davantage bluffante. Christine Chassseguet, de formation paysagiste, semble avoir eu un rôle moteur dans l'extension de la culture sécuritaire et dans sa promotion auprès des élus, des services techniques et aussi de la population. Elle a aussi accentué la politique prestigieuse de fleurissement basée sur un continuel renouvellement du court terme, au détriment d'une gestion à long terme. En parallèle à cette exposition technique, le maire a un peu temporisé et a appliqué une omerta sur les abattages plus politiques, comme ceux du tramway.

    Hervé Buisson, l'ancien président de l'Aquavit*, s'était intéressé à cette dérive :
    J'y avais réfléchi en tentant une définition : une "néoculture" [voir pages 8 et 9]. Le néoculturel ne supporte pas l'ancien (maisons anciennes, tuffeau...), ni la nature par essence dangereuse, sale ; pour cela on s'en isole par du béton et du goudron ; les plantes sont standardisées et contrôlées par des méthodes chimiques agricoles et si possible mises en pot ; de préférence pour la ligne droite... Cette politique anti-nature, anti-arbre, d'environnement minéral goudronné hors sol, aseptisé et "sécuritaire" est dans l'air du temps et dans les écoles de techniciens comme probablement celle de Mme Chasseguet. Elle m'avait parlé de son projet de carcan métallique pour le cèdre du Liban du Musée des beaux Arts... Elle m'a dit aussi qu'autrefois "les arbres étaient mal plantés", argument donc pour couper ceux du parc Mirabeau. Elle m'a dit aussi: "vous aimez les fleurs"... argument pour couper ceux du Square François Sicard. La maladie était vraiment un argument récurrent....

    Cette peur actuelle de la nature dangereuse et sale en plein XXIème siècle, alors qu'elle régresse partout, a été analysée et développée dans les trois ouvrages de François Terrasson. Le premier, "La peur de la nature", de 1988, a été réédité en 2007 aux éditions "Sang de la terre" avec des compléments, dont cet extrait d'entretien de 2005 où l'auteur déclare :
    On ne peut pas éradiquer la nature extérieure si on n'éradique pas la nature intérieure. Donc, on va fusiller l'émotivité des êtres humains en fusillant la nature.
    Et on s'apercevra, comme ça, qu'on va créer un manque, et à mon avis, il y aura des violences qui naîtront de ça, sans qu'on ait beaucoup de facilité à identifier tout de suite la source.
    Ces personnes qui ne sont pas des naturalistes invétérés, qui défendront leur liberté, leur émotion, etc., ou qui en tomberont malades, sont des personnes à mon avis majoritaires dans la population, qui n'ont rien contre la nature biologique, c'est à dire qu'ils ne sont peut-être pas mordus, mais qu'ils n'ont rien contre. Ils sont même vaguement pour, avec des nuances.
    En fait nous sommes dans une société qui est pilotée par une minorité d'anti-naturalistes. Ce sont eux qui ont tous les leviers de pouvoirs, financiers, politiques, culturels. Et ils s'y sont installés – bon, on ne va pas en faire l'historique, on y passerait notre vie – mais ils s'y sont installés peut-être très récemment. Je dis qu'on vit dans un rêve de technocrate.

    Les anti-naturalistes sont au pouvoir à Tours. Pour longtemps ?
      
    7.3 Une ABF grande prêtresse de la minéralisation
    L'ABF, l'Architecte des Bâtiments de France, a un rôle primordial dans tous les aménagements du secteur historique de la ville. Malheureusement, la personne investie de ce titre enviable a visiblement une conscience environnementale quasi nulle pour ne pas dire délibérément anti-écologique. Les vieilles pierres, oui, et même quand elles ne sont guère vieilles (comme rue Nationale), là ça reste sa préoccupation conservatrice primordiale. En cela, on ne peut pas lui donner tort. Par contre elle ne semble pas capable de concevoir le mariage entre pierre et nature pour la mise en valeur des bâtiments anciens. Pour elle la nature apparaît inutile, elle a même tendance à nuire à l’esthétique des monuments. Sa disparition ou son confinement dans des pots amovibles à volonté au gré des saisons est le modèle à suivre.

    Si elle sait apprécier la pierre tourangelle, elle n'apprécie pas la nature tourangelle. La notion historique de "Jardin de la France" lui échappe totalement, puisque massifs et arbrisseaux exotiques ont sa préférence. Pour cet ABF, le patrimoine ne peut pas être arboré. Une architecture végétale héritée des générations passées ne semble pas appartenir à son domaine de compétence. Les pierres reconstruites de la rue Nationale il y a 60 ans lui sont précieuses au point de ne pas tolérer les fils aériens du tramway, par contre les arbres plantés à la même époque ne lui sont d'aucun intérêt. Cette étroitesse d'esprit de l’ABF en poste sur Tours donne toute liberté d'action pour les projets de "rénovation" de la municipalité. Celle-ci peut même se permettre d'accentuer encore la dérive. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer dans le PLU* les parts faites à chacun des deux patrimoines, bâti et végétal, et les considérations avec lesquelles ils sont traités (voir page 168).

    La responsabilité de l'ABF* me semble avérée pour la "bétonnisation" de la place Choiseul. C'est un mot plus juste que la pompeuse "minéralisation" (j'en parle longuement en page 81). Pour la place Anatole France, cette dame ABF* n'était pas encore en poste, mais son prédécesseur avait des idées assez proches (voir page 155). Il est possible qu'elle soit aussi intervenue pour l'abattage des platanes de la station Jean Jaurès (page 86) et il est sûr qu'elle aurait refusé que la rue Nationale soit arborée (page 101) si on le lui avait demandé. Dans tout son domaine de compétence du centre historique de la ville, elle s’est pliée au fait du Prince et a même pu l'inspirer pour encore plus dégrader le patrimoine végétal.

    On pourrait donc considérer qu'elle est la grande prêtresse de la minéralisation. Mais ce n'est pas elle qui décide. Rien n'obligeait la mairie à passer sous ses fourches caudines (sauf probablement rue Nationale). Le projet consiste à faire passer un tramway, ce qui ne nécessitait pas de nombreux aménagements annexes, comme sur la place Choiseul ou à la station Jean Jaurès. La mairie pouvait y renoncer. Je pense qu'on n'a jamais vu un ABF* empêcher un projet de tramway pour des à-côtés non nécessaires et dispendieuses.

    J'ai remarqué, aussi bien du côté des Verts que des Socialistes, que des conseillers municipaux ont tendance à se décharger des abattages en les attribuant à l'ABF*. C'est une façon non recevable de ne pas assumer ses responsabilités.

    Le témoignage qui suit d'un militant de la Sepant*, en date du 11 juillet 2011, montre bien dans quelle bulle évolue l'ABF*.
    Cet après-midi, il y avait commission des sites. En 10 minutes c'était bâclé. L'ABF*, on ne sait pourquoi, lança alors un débat sur le fait qu'on pourrait lancer une doctrine et des débats à l'occasion de ces commissions peu riches en dossier. Elle a été suivie par un maire de la périphérie : entre gens de bonne compagnie ça baigne ! Sauf que le canard noir était de la partie et préconisa que l'on pourrait bien lancer aussi un vrai débat sur ce qu'est le patrimoine végétal dans les sites et pas se permettre n'importe quoi sous prétexte de travaux. Et de citer la Place Choiseul comme exemple.

    Brouhaha dans la communauté des gens bien.
    • "Mais tout a été étudié !" l'ABF* défendant son dossier de "visualisation" des octrois. Et même que la commission nationale du Ministère s'est déplacée, etc.
    • "Certes Madame, mais ça ne préjuge pas de ce qu'est le patrimoine végétal : détruiriez vous une belle maison dans un secteur sensible pour un tel aménagement ? Non ? Alors pourquoi un arbre ? Ca veut bien dire que le patrimoine végétal est bien déconsidéré, à vos yeux !"
    • Le maire de la commune périphérique : "Mais il est prévu des replantations à équivalence".
    • "Sauf Monsieur qu'on ne fabrique pas du patrimoine mais on en hérite, et qu'avec cette façon de raisonner on n'arrivera jamais à constituer un patrimoine arboré".
    • La personne chargée du dossier : "Oui, mais les arbres étaient malades !"
    • "Ben voyons madame ! Tous les arbres sont malades quand ils gênent. De plus en ville tous les arbres sont malades dans les conditions dans lesquelles ils vivent et surtout le soin qu'on leur apporte. Que faites vous des malades autour de vous, vous les achevez ou vous les soignez ?" Quand on veut préserver son patrimoine on s'en donne les moyens. Les belles maisons que nous venons de défendre sont entretenues, sinon elles tombent en ruine. Pour les arbres c'est pareil !"

    Bref, je suis monté sur mes grands chevaux pour leur démontrer qu'il y avait bien deux poids deux mesures dans leur approche et que ce n'était pas normal. Je passe sur tous les autres détails et enrichissements du dossier. Au bout d'un moment ça fait beaucoup. On pourra conclure qu'il y a eu quand même un raté lors du passage en commission des sites des dossiers Choiseul et consort et c'est bien dommage, car à la fin du débat inopiné il y avait du trouble chez bon nombre de participants.

    Cet échange permet de savoir qu'une étude aurait déterminé que les arbres de la place Choiseul étaient "malades". Cest la première fois que j'en entends parler (comme quoi il y de grosses cachotteries dans le dos des citoyens). Pour avoir vu ces arbres de près, ils me semblaient en bonne santé. Une fois de plus je ne puis que penser à l'adage "Quand on veut tuer son chien, on prétend qu'il a la rage".

    En 2011 et 2012, la rue Nationale est mise sens dessus dessous pour supprimer ses trottoirs à l'occasion du passage du tramway. Ils avaient pourtant été refaits quelques années plus tôt sous le même prétexte d'arrivée future du tramway et d'abord de TCSP*. Le 21 janvier 2010, la NR* montrait le rôle de l'ABF dans ce gaspillage :
    [L'ABF] souhaite, par ailleurs, que des « matériaux nobles » soient utilisés pour habiller la chaussée sur cette portion particulière. Le coût ? « Raisonnable au regard d’un budget de 400 millions d’euros », estime-t-elle. Au passage, elle cite l’exemple de Bordeaux où le réaménagement du secteur sauvegardé a mobilisé 3 % de l’enveloppe globale.

    Ben voyons, 3 % ce n'est rien ! D'abord le coût total officiel du tramway était de 367,7 millions en juin 2010, et non 400. Ensuite 3 % ça fait 11 millions, ce qui est énorme et suffit largement, par exemple, à payer la reconstruction de la passerelle Fournier que la mairie avait promise et qu'elle dit ne peut plus pouvoir financer.

    Le 30 septembre 2011, sous la plume de Christophe Gendry, en une pleine page titrée "Madame l'architecte en chef défend sa vision de la ville", la NR* a dressé un portrait très élogieux de Sybille Madelain-Beau. Madame l'ABF prétend défendre l'intérêt général, qu'elle connaît bien sûr mieux que les Tourangeaux eux-mêmes, par exemple quand ils se sont exprimés dans l'enquête publique sur le PLU*. Fenêtre ouverte, elle pose devant un bel arbre qu'elle n'a pas encore promis à l'abattage. Sans évoquer les palmiers et oliviers en pot, elle pérore en estimant qu'il faut "retrouver une véritable identité ligérienne". Mais c'est en matière immobilière qu'elle se découvre un peu :
    Avec près de 35.000 m 2 de « droit à construire » dans le haut de la rue Nationale, les différents chantiers risquent de durer plusieurs années ! Qu'il s'agisse de la restructuration de la bibliothèque, de la construction du centre d'art contemporain Olivier Debré ou de l'aménagement d'une esplanade devant l'église Saint-Julien, « le ministère de la Culture joue son rôle en participant aux financements », note-t-elle. […]
    Madame l'architecte des bâtiments de France loue aussi la qualité de ses relations de travail avec la municipalité tourangelle. « En ce qui concerne la première ligne de tram, j'ai été associée à sa conception, je le suis aussi à sa réalisation qui doit être à la hauteur de ce beau projet », insiste-t-elle. Elle suivra donc de près les travaux de la ligne, pour veiller au respect de ses préconisations. […] Si les permis de construire ne sont pas encore tous déposés, l'ABF a noté un « frémissement » sensible tout au long du corridor du tram en matière de projets immobiliers. Au nord de la ville, à l'est de la Tranchée, la perspective d'une « densification » urbaine se fait plus particulièrement sentir. […]
    L'ABF suit de près le projet d'une tour d'une cinquantaine de mètres de hauteur, prévu à l'emplacement de l'îlot Vinci, près de la gare SNCF, et confié à l'architecte Alain Gourdon. « Ce sera un bâtiment très fin et pas trop épuré, qui s'intégrera bien dans le paysage », signale-t-elle. Plus généralement, elle se félicite de la qualité des aménagements prévus dans ce quartier, qu'il s'agisse du projet immobilier qui remplacera le tri postal (La Nef) ou de l'ouverture vers le Sanitas.

    Quelle considération pour les projets immobiliers de toutes sortes ! Même pour ce qui est hors de son périmètre (le Sanitas). Les bâtisseurs de béton sont les bienvenus dans la cité. De sa tour d'ivoire loin du bas peuple, sous le vernis de sa très haute considération, madame l'ABF se dévoue aux intérêts privés et à ses serviteurs municipaux. Cela n'a pas nuit, au contraire, à sa promotion à l'ordre du Mérite, belle occasion pour ajouter un article à la propagande municipale.


    7.4 Un maire autocrate délinquant environnemental

    7.4.1 Les dégâts de la "méthode Germain"
    Déjà le 24 mars 2010, en m'interrogeant sur la diminution des arbres dans les cours d'école (page 134) je me demandais qui décide. Peu importe que ce soit le service urbanisme ou le service des espaces verts, peu importe si ailleurs c'est l'Opac* ou le Sitcat*, voire le Centre Hospitalier Universitaire. Le maire en personne chapeaute tout ça, il assume une façon d'agir qui est partout la même, destructrice de notre environnement arboré. Je ne peux donc que ramener le rôle moteur sur lui et la petite sphère décisionnelle, politique et administrative, qui l'entoure.


    Jean Germain vu par Hervé Buisson (2000)

    De toute évidence ce n’est pas la fibre écologique qui anime notre maire, tout reste dans l’exubérance verte des apparences extérieures avec lesquelles il aime se draper. Il a abusé à souhait de l'aura verte du tramway, pour anesthésier les oppositions naturelles. Les Verts s'y sont volontiers soumis, les associations environnementalistes n'ont pas été dupes. Son "écologie" à lui est uniquement marketing, faisant ronfler des jolis mots et formules magiques comme "écoquartier", "normes HQE", "trame verte et bleue", "haut niveau d'énergie". En définitive, avec ce fatras démagogique, il suit et impose une ligne politique d'aseptisation de la ville. Détenant les leviers du pouvoir, financiers, politiques, culturels, il s’active pour réduire la place de la nature, transformant les arbres en mobilier vert amovible et imposant de hautes tours énergivores.

    Revenons à nouveau sur ce que j'ai appelé la méthode Germain* ˜, consistant à abattre tous les arbres, ou presque, des espaces que l'on veut rénover, je la décris plus précisément dans le lexique (page 5). Elle est entrée en action dès sa nomination et a conduit à plusieurs milliers d'abattages dont certains incompréhensibles et totalement inutiles. Probablement quelques milliers d’arbres sont tombés, avec une efficacité impressionnante.


    Jean Germain est président du conseil d'administration du Centre Hospitalier Universitaire. A l'hôpital de Clocheville, il ne reste que le majestueux platane. Place à la minéralisation, aux arbres en pot et à des espèces horticoles basses.

    Les relecteurs de ce livre ont été marqués par cette méthode Germain, ils la considèrent comme la révélation d'un vice caché, si bien qu'ils m'ont incité à la mettre en exergue. Je l'ai fait en lui associant le symbole d'un tronc coupé : [ce signe symbolique nest pas repris dans l'adaption du livre au Web]. La lecture de la table des matières s'en trouve confondante quand on considère que cette méthode n'était pas employée à Tours avant 1995. Chacun des chapitres marqués de ce symbole correspond à des abattages pour la plupart abusifs.

    J'ai aussi utilisé ce symbole dans les légendes de photos, pour signifier "Voyez les dégâts de la méthode Germain ˜". Ces abattages apparaissent particulièrement injustes, car injustifiés et injustifiables, pour le moins très contestables. D'autres villes ont-elles autant utilisé ce procédé barbare, sous son air policé de propagande ? Oui, bien sûr, mais le cas de Tours est assez accablant pour attribuer le nom de son maire à cette façon de détruire le patrimoine arboré d'une ville.

    De belles déclarations et intentions, beaucoup de cosmétique, oui. Il est étonnant, que de 1995 à 2008, à l'exception notable de l'Aquavit* aux alentours de l'an 2000, pratiquement personne ne se soit rendu compte des dégâts provoqués, sous les effets soporifiques du fameux refrain appliquant le baume des replantations. De cette époque là, nous ne connaissons que la partie visible de l'iceberg. Si Google Street avait existé en 1995 et si nous faisions maintenant une comparaison précise des arbres de l'espace public de cette époque avec ceux d'aujourd'hui, le bilan serait terrible. Il est terrible. Toutefois, c'est bien ces 3 dernières années, de 2009 à 2011, que la méthode a été poussée à son paroxysme avec une obstination presque sans faille, au point que les Tourangeaux ont bien été obligés de se rendre compte des dégâts.

    7.4.2 L'emprise du "système Germain"
    Alors qu'à l'occasion de la rédaction du présent livre, je suis l'auteur de l'expression "méthode Germain*", je ne le suis pas pour le "système Germain". Ce réseau caché et cloisonné de relations politiques du maire, tout à son service autocratique derrière le multipartisme de façade, est dénoncé et caricaturé tant en local qu’au niveau national. L'Express du 14 septembre 2006, a décortiqué en quatre articles les principales ramifications du réseau souterrain du maire. On y trouve ce témoignage du secrétaire général de la CGT d'Indre et Loire, très révélateur par sa dernière phrase :
    Le moins que l'on puisse dire, c'est que Jean Germain contraste avec son prédécesseur à la tête de la ville. Désormais, nous avons des relations avec le maire, alors qu'avant ? Je ne suis pas certain, en revanche, qu'il tienne véritablement compte de notre avis.

    La Tribune de Tours du 1er septembre 2011 est plus précise :
    Les amis, les fidèles, les réseaux, les amours, la NR*, les affaires… Depuis des lustres, Jean Germain applique avec bonheur une recette en somme simple comme le monde pour gérer Tours. S’entourer de fidèles et de proches pour travailler sur les dossiers sensibles et faire converger des intérêts économiques avec ses adversaires potentiels pour s’assurer une paix royale. Avec en clé de voûte, de cette gouvernance, un soutien sans faille – ou presque – assuré par le quotidien régional local. Discrétion, efficacité, travail en petit comité, relais puissants : le système a fonctionné à la perfection.
    […] Tout le système Germain est là : tisser avec ses interlocuteurs, amis, alliés, adversaires, un réseau inextricable d'intérêts pour au final faire converger sur sa personne toutes les bonnes volontés.

    Notre autocrate local, vice-président de la région Centre, président de l'agglo Tours Plus, a donc tissé sa toile au point de se sentir tout puissant. Ses multiples fonctions et son vaste réseau de relations lui permettent de mettre dans sa poche ceux qui pourraient le contrecarrer. Ses services et conseillers municipaux lui sont dévoués.

    Il ne suit la loi que lorsqu'il se trouve contraint ou que le risque est trop grand, mais il n'hésite pas à forcer cette loi quand c'est tangent et qu'il n'est pas évident de l'en empêcher. On l'a vu avec le début anticipé des travaux de voirie du tramway (page 53) ou avec son reniement à sauver les tilleuls de la place Choiseul (page 85). La Charte de l'environnement a été de multiples fois bafouée sans le moindre scrupule (voir l'appel solennel en page 218).


    Jean Germain, avec en guise d'oreilles des "sucettes Decaux" vantant "Tours, la ville où coule la sève", par Hervé Buisson (2000)

    Plusieurs personnes hautement placées à la mairie et autour ont eu de hautes fonctions au Tribunal Administratif d'Orléans. Je ne crois pas que leur embauche soit un hasard et il m'apparaît probable qu'une cellule a été constituée pour déterminer les "maillons faibles" permettant de contourner la loi et d'agir au mieux à Orléans. Que ce tribunal rejette les référés-suspensions de TCSP 37 (avril 2011) puis de François Louault (octobre 2011) sur le pont du Cher en estimant qu'il n'y a pas urgence alors que le pont se construit est une pitoyable mascarade de Justice.

    Le réseau est puissant et nous sommes aujourd’hui, nous habitants de la ville, confrontés à une véritable délinquance environnementale en col blanc, avec constitution de bande organisée infiltrant même des institutions publiques. Comme tout voyou de haut vol, l’homme sûr de son maillage et fier de ses titres et fonctions, n'hésite pas à se gausser d'éthique et à donner des leçons de morale. En cela, l’élu omni-président de tout à Tours est aussi responsable de l'écoblanchiment dans lequel nous baignons et étouffons. Il dispose d'escouades disciplinées de journalistes, de graphistes et d’artistes à sa solde dans les divers médias locaux, NR, Tours Infos, et les publications spécifiques du Sitcat/Cité Tram... C'est lui qui a affublé un conseiller municipal Vert du titre ronflant de "adjoint à l'exemplarité environnementale". Sans doute est-ce lui aussi qui a voulu nommer un puis deux responsables du patrimoine arboré. J'y vois là sa volonté de masquer un manque permanent d'exemplarité et de responsabilité.

    C'est à un point tel que Jean-Marc Sérékian assimile sa gouvernance à une tyrannie militaire :
    Pour Tours, la détermination de l’autocrate local est caricaturale et c’est bien raser les allées arborées qui anime sa volonté. Il ne veut pas seulement son train électrique, il veut aussi abattre les arbres. Pourtant ici comme ailleurs un tramway sans massacre à la tronçonneuse est possible. Les requêtes des habitants auprès de la commission d’enquête publique, ont largement démontré que pour avoir l’un, il n’était pas nécessaire d’imposer l’autre.

    Sentant cependant sa crédibilité politique quelque peu chahutée, le maire a choisi, encore une fois maladroitement, la fuite en avant. Après avoir ironisé sur les personnes mobilisées pour la préservation du patrimoine arboré en parlant de « chœur des pleureuses », maintenant désinhibé il promet l’invraisemblable en centre ville : « Si on en abat 600, il faudra en replanter 1200, et pas des arbustes nains », a-t-il lancé, refusant de souscrire à « la sublimation de l'arbre, car un arbre, cela vit et cela meurt » (NR* du 13 juillet 2010). Encore une fois, et en toute innocence, il s’illustre dans ses prérogatives autocratiques : Quand je veux, je rase ! Où et quand je veux, je replante ! Peut-être ! Ce ne sont que des promesses… Depuis la nuit des temps, on sait que le respect du vivant n’a jamais préoccupé les tyrans et la civilisation industrielle n’a fait qu’empirer le désastre écologique en « démocratisant » ou banalisant la tyrannie technique… […]

    Dans son décor d’opérette, le maire a fantasmé son tramway comme le « navire amiral d’un réseau global ». La métaphore est vraie, surtout par ses aspects militaires. La dévastation programmée sur la trame arborée patrimoniale et la « minéralisation » revendiquée de l’espace public impliquant la puissance de feu des engins de chantier représente bien des objectifs mortifères typiques d’opérations militaires.

    Le patrimoine arboré n'est qu'un des terrains de bataille du commandant en chef, son saccage lui importe peu…

    Hors du domaine environnemental, il y a beaucoup à dire sur Jean Germain, sa façon de reporter à plus tard la dette, son emploi grassement payé pour peu de travail, reproché par la cour des comptes, et j'en passe, je l'ai fait plus précisément dans le chapitre 14 du livre "Tours et son tramway rouleau-compresseur".


    7.5 Un préfet inconsistant jusqu'à tout laisser passer
    [Reprise du chapitre 20 du livre "Tours et son tramway rouleau-compresseur"]

    Son rôle n'a eu d'importance que pour le projet de tramway, mais ce fut un rôle primordial. Face au rouleau compresseur municipal, il n'y avait que la commission d'enquête et le préfet pour arrêter le projet ou du moins atténuer significativement ses principaux défauts. Une fois l'accord de la commission, il ne restait que le préfet d'Indre et Loire, Joël Fily. Son rôle était donc essentiel, sa personnalité aussi, son indépendance d'esprit, sa volonté de faire respecter la loi, bref sa capacité à assumer sa fonction, à prendre le dossier en main, à savoir écouter, comprendre, peser... Il a fait la démonstration que les codes et règlements d'urbanisme ne servaient à rien. Avant même les conclusions de la commission d’enquête publique, j'ai eu l'occasion de l'alerter car des travaux dits de "dévoiement de réseau" débutaient dans l'illégalité au Sanitas. Ce passage en force visait à condamner notre demande de modification du tracé.

    Ma première impression fut plutôt positive, j'ai cru qu'on était enfin écouté. Il m'a en effet écrit le 13 septembre 2010 : "Je comprends tout à fait votre démarche et je demande" à ce que ça soit étudié et à ce que j'en sois informé. Puis ce fut me black-out. Je ne sais pas ce qui s'est passé, ce qui l'a fait changer d'avis, car il ne m'a plus jamais contacté. On peut facilement supposer aujourd’hui que le "système Germain" était passé par là… Ce silence prolongé nous a beaucoup mis dans l'embarras. Arrivé fin septembre, le doute s’est installé, il nous semblait que le préfet laissait "pourrir la situation" en espérant que l'on se découragerait. Le temps passait, les engins de chantier étaient déjà positionnés, le massacre se préparait. J'ai alors compris que ce n'était pas clair et que l'issue de notre démarche serait probablement négative. J'espérais tout de même encore un changement d'orientation. Ses conseillers pourraient-ils l'y amener, avec la pertinence de nos arguments ?

    Dans notre premier document de convergence nous avions précisé de nombreux points que la commission d'enquête avait mal traités ou n'avait pas traités du tout. Le préfet pouvait notamment demander une étude indépendante sur certains d'entre eux. Aucun n'a retenu son attention. Nos cinq propositions ont ensuite été pareillement ignorées. C'était désormais peine perdue, lui aussi faisait partie intégrante du rouleau compresseur. Il fit sans cesse la sourde oreille à l'action de notre Front de Convergence* (avec pourtant deux associations environnementales agréées). Par deux fois le ministère de l'écologie l'a chargé d'étudier nos arguments et de nous apporter une réponse, il ne l'a pas fait. Il n'a laissé passer qu'une réunion où sa secrétaire générale nous a écouté.

    Il y eut bien une seconde réunion où nous devions argumenter devant sa secrétaire générale pour qu'il repousse de quelques mois la Déclaration d'Utilité Publique (DUP) afin de corriger le projet de façon significative. En fait cette invitation était d'une rare impolitesse, un camouflet, puisque cinq heures avant la rencontre, il a fait savoir qu'il accordait la DUP. Cette réunion du 21 décembre perdait tout objectif. Nous y sommes tout de même allés, d'abord pour montrer que nous étions davantage polis, ensuite pour savoir ce qu'on avait à nous dire. Pas grand chose, notre dossier de convergence ne semblait même pas avoir été étudié par l'équipe préfectorale, il a été confié à la mairie et au maître d'ouvrage qui ont répondu, et même pas de manière écrite à notre attention. Bref, j'estime que toute notre action, pourtant très sérieusement argumentée, a été balayée d'un revers de main de façon encore plus expéditive qu'avec les commissaires-enquêteurs. Sa réponse du 11 janvier 2011 adoucit certes un peu la manière, a posteriori, mais les résultats restent inchangés. Cette tardive justification confirme sa partialité et son manque d'implication.

    Comment l'autorité préfectorale a-t-elle pu valider un projet si mal bâti dès le départ ? Pourquoi a-t-elle fermé les yeux devant toutes les inconséquences techniques et urbanistiques révélées ? Pourquoi en définitive la préfecture est elle allé jusqu'à la forfaiture (voir page 56) ? Je n’ose pas me prononcer car les raisons m'apparaissent trop opaques et incompréhensibles pour être saines. [J'y reviens tout de même un peu plus loin, page 199]

    La NR rapporte dans son édition du 6 janvier 2011 : "Un préfet que le maire de Tours a remercié à plusieurs reprises, notamment pour sa célérité à signer la déclaration d'utilité publique". Pourquoi n'a﷓t﷓il pas remercié le Sitcat et CitéTram pour la très grande qualité de leur projet qui présente si peu de défauts que le préfet l'a rapidement accepté ? Il fallait effectivement un très gros effort du préfet, il lui fallait être très attentionné aux désirs du maire, ces grands remerciements sont amplement justifiés.


    7.6 Des élus incapables de défendre l'intérêt public
    [Reprise partielle des chapitres 17 et 19 du livre "Tours et son tramway rouleau-compresseur", avec complément]

    Ainsi le maire et le maître d'ouvrage ont foncé aux commandes d'un rouleau compresseur. A défaut de pouvoir l'arrêter, car ils sont du même bord, certains conseillers municipaux de la majorité socialiste, communiste, verte et un peu centriste auraient pu prendre conscience de quelques problèmes ou du moins tenir compte des inquiétudes exprimées par les habitants. Ils auraient pu agir diplomatiquement pour améliorer certains aspects très contestés du projet. C'est ce que je me suis dit au début. Non seulement, ils ont été incapables d’atténuer le désastre, mais en plus ils n'ont pas pris la mesure des problèmes et, pire encore, ils n'ont pas su en prendre connaissance par eux-mêmes !

    Les conseillers municipaux présents à la réunion du 2 juin 2010 ont appris en même temps que moi l'abattage de tous les arbres du mail. Ils ont fait comme s'ils savaient et ont noyé le poisson en affirmant péremptoirement que le projet était exemplaire. Aveuglement ? Stupidité ? Inconscience ? Je ne sais pas, je trouve seulement que c'est un mépris des citoyens que de leur faire avaler des balivernes en se montrant incapable de parler avec pertinence du sujet controversé. Par leur passivité, eux aussi ont fait partie intégrante du rouleau compresseur. D'ailleurs aucun élu n'a jamais su me dire pourquoi sur une artère très large comportant 6 à 8 voies pour les voitures (stationnements inclus), le tramway ne pouvait passer que sur la promenade arborée. Tel n’était pas leur problème.

    Je crois aussi que la plupart des conseillers municipaux de la majorité considère que le tramway n'est pas leur préoccupation parce qu'il est la "chasse gardée" du maire et de quelques autres personnes qui lui sont très inféodées. Toutes les affaires sensibles, sont traitées seulement par le cabinet du maire ! C'est perdre le sens des responsabilités et n'assumer que piteusement leurs rôles de représentants du peuple, car tout cela est bien sûr essentiel pour notre cité de demain.

    Avant de devenir présidente du conseil général, Claude Roiron, alors adjointe à la sécurité, déclarait en 2007 (Le Point du 17 janvier) "Je suis socialiste et Big Brother, ce n’est pas ma valeur. Je suis contre la vidéosurveillance, sauf dans quelques endroits sensibles". Bien plus tôt, avant qu'il devienne adjoint au maire, Pierre Texier (Parti Communiste) déclarait le 3 novembre 1994 à la NR* sur le même sujet : "Il s'agit d'une intolérable atteinte aux libertés que pas un démocrate ne peut admettre". En 2009 l'atteinte est devenue tolérable, la valeur anti Big Brother a été perdue, Pierre Texier et Claude Roiron ont collaboré avec un maire qui a imposé la pire des "vidéosurveillances", celle en temps réel 24 heures sur 24. Il est vrai qu'entre temps, sa dénomination était devenue "vidéoprotection" dans la nouvelle rhétorique du pouvoir. Ce maire de droite étiqueté socialiste a trompé les siens, il a transformé les élus de son camp en moutons obéissants.

    Les dix conseillers municipaux d'opposition UMP et en partie centriste ont bien sûr moins de pouvoir que ceux de la majorité, mais ils peuvent influer, notamment, agir sur les médias, avoir du crédit auprès de l'Etat, du préfet. Ils se sont rangés en trois attitudes, une première de retrait et silence (ou absence), une deuxième d'approbation du projet et de soutien au maire, le plus dévoué étant Bruno Lavillatte, proche du patron UMP du département Philippe Briand, et une troisième en opposition marquée avec trois conseillers, Khadra Mouri, Pascal Ménage ancien bras droit de Renaud Donnedieu de Vabres, et Françoise Amiot, la présidente de TCSP37*. Cette dernière fut la plus constante et la plus en pointe, sur tous les fronts, que ce soit sur le mail du Sanitas, sur le pont du Cher, sur les pavés de granit achetés en Chine ou sur le cabinet "RCP Design Global", lequel s'est vu confié le design du tramway alors qu'il est dirigé par la conseillère municipale Régine Charvet-Pello. Ainsi, au sein du conseil municipal, l'opposition au projet de tramway, pourtant puissante en 2007, s'est réduite comme peau de chagrin en 2010, alors que, paradoxalement, il y avait bien plus de raisons de s'opposer.

    Donc, même sur le versant des élus de Droite, le maire de Tours a réussi à bâillonner en bonne partie la contestation. Comment a-t-il procédé pour aplatir autant de monde ? "L'Express", hebdomadaire national, donne une explication dans un article du 14 septembre 2006. On y apprend en particulier qu'il est difficile de comprendre "les rouages de la politique locale" sans tenir compte du fait que la ville de Tours a une "très forte tradition maçonnique". "Le réseau fonctionne et reste influent", on y trouve assurément plusieurs des acteurs essentiels de cet ouvrage, quelque soit la couleur politique. L'article, sur-titré "Le système Germain", précise que c'est "là que trouverait sa source" la "complicité" entre Jean Germain, le maire socialiste de Tours (fils d'un "frère du Grand Orient"), et celui de la commune voisine de Saint Cyr sur Loire, Philippe Briand, personne aussi très influente, président du puissant réseau d'administration de biens Citya Immobilier et patron de l'UMP sur le département. Complicité, hé oui c'est dit... et elle agit et décide très discrètement, dans les coulisses.

    Je mets à part l'adversaire du maire de Tours aux deux dernières élections municipales, ancien député de Tours, ancien ministre de la culture, Renaud Donnedieu de Vabres. S'il n'a pas été présent lors de ces derniers mois, s'écartant de la vie politique tourangelle, il a été le premier à s'opposer, et vigoureusement, à ce projet qui dès le départ était mal parti. En 2008, il s'interrogeait "Pour qui roule la NR* ?" et déclarait : "Le peuple est seul souverain. Il est adulte et n’est pas dupe lorsqu’il voit se mettre en place un vrai rouleau compresseur". Aux élections de 2008, sa présence plombée par son action ministérielle liberticide sur Internet, n'avait pas aidé à ce que les électeurs perçoivent les dangers, il est vrai bien cachés et très minorés, du projet de tramway de son adversaire.

    Je me suis rendu compte que la problématique écologique perverse posée par ce tramway si peu écologique était comprise de façon très diverse, mieux à droite qu'à gauche finalement, avec parfois un hermétisme complet (du côté communiste, en particulier), avec souvent un aveu d'impuissance ou une compréhension passagère se terminant par un silence gêné. Impossible de stopper ou seulement dévier le rouleau compresseur… Sur son passage, une autoroute a été grande ouverte pour le tramway et la spéculation immobilière.


    7.7 Le cas des élus Verts écolos-traitres
    Le cas des trois élus conseillers municipaux Verts, François Lafourcade (adjoint à "l'exemplarité environnementale"), Caroline Deforge et David Chollet est à part et doit être explicité. Elus pour défendre l'écologie dans notre cité, ils ont activement collaboré à une municipalité qui a provoqué un saccage écologique local avec des centaines d'arbres abattus inutilement en centre ville. Ils ont, à l'évidence, trahi leurs électeurs en donnant leur caution "verte" au maire. En février 2011, j'écrivais dans mon livre "Tours et son tramway rouleau compresseur" (chapitre 18) :

    J'ai bien sûr insisté, et je n'ai pas été le seul, pour que ces trois élus Verts défendent nos valeurs communes. Rien à faire, du mutisme à la résignation, en passant par des justifications de replantations d'arbres et de futures remises en cause pour le tram-train (alors que dans leur déposition à la commission d'enquête le parti des Verts préconisait de remplacer le tramway par un tram-train de 265 cm de largeur... et de sauver le mail du Sanitas). J'ai l'impression que suite à leur opposition au maire de Tours en juin 2009 pour la trouée dans les bois de Grandmont (page 42) où ils s'étaient fait taper sur les doigts, il sont entrés dans le rang le doigt sur la couture, soumis aux votes à l'unanimité, complètement inhibés (sauf pour leur condamnation de la vidéosurveillance), au mépris, bien sûr, de ceux qui les ont élus. Et comment peuvent-ils se plier au discours marketing d'écoblanchiment du maire ? En mettant en jeu leur participation à la majorité, ils auraient peut﷓être réussi à modifier quelques unes des grosses anomalies du projet, surtout en matière environnementale. Ils ont failli.

    Leur attitude ensuite, lors des abattages de mars et avril 2011 a consisté à collaborer complètement avec le maire, allant jusqu’à lui servir spontanément de porte voix pour justifier la destruction du mail du Sanitas (voir page 69), ce qui m'a amené à les nommer "écolos-traitres". Jean-Marc Sérékian développe ce point de vue :
    Il ne faut pas croire qu’un arbre soit une simple entité isolée, gérable et jetable comme un quelconque produit manufacturé conçu avec son obsolescence programmée.
    Un autocrate dans l’exercice du pouvoir peut se permettre de penser une chose pareille, c’est son droit le plus absolu et même sa raison d’être politique. Cependant son aréopage de sbires technocratiques experts en « espaces verts » ou en « politiquement correct » aurait dû flairer l’éventualité d’un problème.
    En toute logique aussi, il aurait dû en être de même pour les alliés « Verts » : signaler à l'omnipotent maire un « dérapage inacceptable du tramway » un saccage incompréhensible dans les plate-bandes patrimoniales de la ville.
    Et, dans l’hypothèse où l’élu suprême persiste à faire la sourde oreille, les élus « Verts » auraient dû au moins avoir la politesse d’être à l’écoute des plaintes écologistes en provenance du peuple et des associations naturalistes, leur base de masse électorale. […]
    On peut facilement admettre qu’un vieil autocrate, les yeux rivés sur sa carrière personnelle puisse dans l’aveuglement de son ambition politique considérer comme futiles ces choses de l'écologie apprises presqu’à la maternelle. Mais des élus « Verts » ? C’est quand même leurs notions culturelles d’origine ! […]
    Pour ce qui est du maire, « c’est pas son problème ! », « il s’en fout ! ». Par contre, le silence politicien des Verts persistant après les dépositions à la commission d’enquête est retentissant. Ils ne sont pourtant pas censés considérer ces notions d’écologie comme tout juste bonnes à remplir les programmes scolaires pour « sensibiliser les enfants au respect de la nature ».

    Enfin pour le PLU*, ils ont poursuivi leur soutien au maire en approuvant sans réserve une densification qui réduit une trame verte censée être développée. Tout cela mène à un fiasco. Ils semblent maintenant le reconnaître en partie, en dénonçant ce qu’ils ont eux-mêmes provoqué (voir page 173).

    Comme un point d'orgue, le 17 novembre 2011, la NR* présentait les propos effarants d'un élu municipal Vert qui justifiait que les pavés de la minéralisation-aseptisation du tramway soient achetés et acheminés de Chine, et pour la somme de 6,5 millions d'euros…


    Pour Europe Ecologie Les Verts, il ne s'est rien passé à Tours en avril 2011, aucune catastrophe écologique, aucun dégât de quelque ampleur. Cette reproduction est extraite de la page des communiqués de leur site verts-touraine.org.


    7.8 Un média dominant servile et sans éthique
    En notre ville de Tours, le quotidien local "La Nouvelle République du Centre-Ouest" (NR), est en position dominante de monopole. Cette omniprésence est notamment renforcée par sa télévision alliée TV Tours et son site web, dont les articles sont souvent repris sur le site tours.maville.com. Ce journal né après guerre, d'inspiration radicale-socialiste, avait eu un rôle de contre-pouvoir à la fin du règne de Jean Royer l'ancien maire. Après plus d’un tiers de siècle au pouvoir, l’homme, jugé trop à droite dans ses certitudes et méthodes, s’était taillé une mauvaise réputation d’autocrate indéboulonnable. La ligne politique de ce journal n’était certes pas très incisive, mais elle a permis à la contestation de se développer contre un pouvoir devenu étouffant pour un grand nombre de tourangeaux. Et même lors de la première mandature de son successeur, la contestation arrivait encore à s'exprimer, je l'ai montré précisément dans un exemple de 1998, en page 27.

    Toutefois, même sous Jean Royer, les rouspétances des administrés et les récriminations de l'Aquavit* n'étaient reprises par le journal que pour les modérer et les vider en bonne partie de leur substance. Le schéma classique d'un article sur une détérioration du patrimoine arboré suit presque toujours ce schéma en trois temps :
    1. C'est terrible, on abat des arbres, les habitants s'indignent !
    2. Ah mais voyez, ce n'est pas aussi simple qu'il ne paraît… les arbres vieillissent ou ça manque de luminosité ou les nouveaux aménagements ou le principe de précaution…
    3. Mais ne vous en faites pas, braves gens : c'est pas grave, on replantera ! La municipalité veille sur vous…

    Jamais, de tous les nombreux articles que j'ai lus, je n'ai vu le schéma inverse montrant une municipalité rassurante, dont les arguments sont démontés pour finir par exposer les récriminations des habitants ou d'une association.

    Sous le règne de Jean Germain, d'inspiration radicale-socialiste aussi, on est arrive à sortir des limites que je viens de présenter, qui avaient au moins l'avantage de montrer l'existence d'une contestation. Le comportement de la NR* s'est progressivement sérieusement ramolli, même sur les autres sujets que les arbres, d'ailleurs. Pour exprimer l’état de déliquescence servile et dégradante de ce journal, des tourangeaux de divers bords politiques en sont même arrivés à la surnommer "La Nouvelle Répugnante". Tout au long de cet ouvrage, j'ai trop souvent eu l'occasion de dénoncer un positionnement très orienté, sous le vernis d'une neutralité de complaisance, laissant de temps en temps percer quelques contestations, soigneusement contenues ensuite quand elle dérangent le pouvoir en place.

    J'en ai notamment parlé à propos de la perverse promesse (page 10), à propos du voisin de ses locaux, le cèdre de Verdun (page 87), et dans le chapitre "Le rôle très ambigu des médias locaux" (page 71). Dans ce même chapitre, j'avais présenté les autres médias, les journaux d'information des collectivités, les télévisions locales TV Tours et FR3, l'hebdomadaire gratuit "La Tribune de Tours", des radios locales. Je n'y reviens pas, leur rôle est accessoire et je vais ici me concentrer sur la NR*.

    Indépendamment de nous, engagés dans la préservation du patrimoine végétal de la ville, la fonction de désinformation de la NR* au service du maire a été pointée par "La Tribune de Tours". Dans un article du 1er septembre 2011, il est question de la "clé de voute" de la gouvernance Germain qu'est le "soutien sans faille – ou presque – assuré par le quotidien régional local", et des "très bons rapports entretenus par Jean Germain et son entourage avec les représentants du groupe de presse de la Nouvelle République" lui "garantissant en local un traitement privilégié". L'article décrit deux affaires louches de "gros sous", la première entre Jean Germain, Philippe Briand (maire de St Cyr, chef UMP du département, dirigeant de Cytia Immobilier) et le PDG du groupe NR*, pour une subvention de TV Tours, contrôlée par la NR, la seconde pour la vente des terrains de la NR (voir page 145) entre les mêmes, Bouygues Immobilier et la société SCI Cocoon dont l'actionnaire principal est Cytia Immobilier.

    Poursuivons par l'opinion de Jean-Marc Sérékian :
    Si les Verts se taisent la presse elle, vocifère. Elle est désormais ouvertement à la botte du maire. Ce n’est pas la mobilisation générale pour la Grande Guerre, mais en face d’un « ennemi intérieur » de l’autorité, la presse sait d’instinct ce qu’elle doit faire et elle le fait bien. Si les élus « Verts » sont contraints à un mutisme complice, la presse elle est non muselée. Libre elle s’exprime, conformément à ce qu’il faut attendre en situation de crise et de tension. S’étant spontanément mise au service de l’état-major, elle vocifère maintenant à sens unique. C’est là sa discipline politique à elle, toujours envers l’état major. Lors du « coup de force » de la municipalité avenue de l’Europe, la Presse est venu lui prêter main forte. En lui assurant son savoir faire en matière de guerre psychologique pour imposer la résignation devant les opérations d’abattage. L’article qui scelle le sort des arbres avenue de l’Europe et qui impose la résignation de la population devant des nécessités techniques est écrit par la NR, comme un « avis à la population » « Europe : pourquoi le tram va couper des arbres » « Une campagne d'abattage d'arbres sera lancée, la semaine prochaine, dans le quartier de l'Europe. La raison ? Les travaux sur les réseaux pour le tram. » « Réseaux et racines ne font pas bon ménage ».

    Pour épargner l’état major de certaines tâches ingrates relevant de sa compétence, la presse a pris à sa charge d’annoncer l’imminence du massacre avenue de l’Europe et de faire tomber la condamnation irrévocable. Elle a présenté le motif, le pourquoi et a donné le détail pour les victimes : « chiffre clé : 111 coupes », « 83 liquidambars, 15 cèdres, 13 prunus », annonce laconique avec des mots choisis pour un saccage puis des promesses de replantations sont signalées pour consoler les habitants dépossédés. Dans cet article manifestement écrit pour neutraliser ou intimider les habitants gérés dans le contexte de crise locale comme un véritable ennemi intérieur potentiel, on signale aussi l’expression de la « grogne » « d’un blogueur tourangeau » qui conteste le bien fondé du projet des autorités municipales. Mais, par le ton général donné à l’article, le lecteur comprend aisément qu’il ne s’agit que d’un élément isolé et turbulent, incapable de comprendre les nécessités élémentaires et techniques d’abattre en masse des arbres.

    Dans mon livre "Tours et son tramway rouleau compresseur" chapitre), j'ai énuméré quelques unes des méthodes de la NR :
    • Imaginez n'importe quelle cité de province, imaginez qu'en son centre ville on abatte sur 600 mètres 170 arbres, pour la plupart cinquantenaires, cela ferait du bruit, le quotidien régional en parlerait tout de suite, surtout quand ce n'est pas justifié. A Tours, rien, silence absolu pendant presque un mois jusqu'à ce que son tout petit concurrent "La Tribune de Tours" y consacre un article et que les témoignages à la commission d'enquête commencent à s'accumuler pour refuser ce massacre gratuit.
    • La rétention d'information s'est poursuivie sur bien d'autres sujets. Ainsi la suspension des travaux au Sanitas pendant trois semaines n'a été vaguement évoquée que lorsque les travaux ont repris. L'abattage des platanes à la station Jean Jaurès a été tu pendant des mois jusqu'à ce que ce la mairie annonce qu'il y aurait des replantations (ce qui permet d'entonner le refrain "C'est pas grave, on replantera !"). Le fait que le préfet doive intervenir, notamment à la demande du ministre, n'a jamais été évoqué... Au carrefour de Verdun, rien sur le cèdre abattu et la très mauvaise correspondance qui s'y dessine... Rien non plus sur le refus d'arborer la rue Nationale et les stations de tram. Comment peut-on mobiliser dans de telles conditions d'évitements et de marginalisation forcée ?
    • Certes, de temps en temps, l'information passait, mais quand elle était vraiment pertinente, elle était généralement comprimée en info secondaire, dans une colonne d'infos diverses.
    • A une exception près (analyse des conclusions de la commission sur le tramway), les journalistes n'ont jamais fait la moindre investigation, n'ont jamais eu une réflexion personnelle, se contentant de rapporter les propos recueillis et les divers faits "convenables".
    • J'ai subi la méthode qui montrait que mon action était celle d'un individu isolé, sans qu'il soit signalé que je le faisais dans le cadre d'une action d'ensemble avec quatre associations. Et me voilà "bouillant blogueur" "vert de rage" qui "ne décolère pas", présenté de façon gesticulatoire (NR du 23 septembre 2010).
    • Un vice-président d'une des associations naturalistes, ancien conseiller municipal, s'en est ému et est intervenu fermement pour que soit publié un communiqué remettant les choses en place, en insistant pour qu'il soit publié in extenso. On le lui a promis, mais le communiqué a été tronqué et transformé "à la sauce NR". Je m'en étais déjà rendu compte : le "droit de réponse" est bafoué, les articles ne sont pas publiés, ou alors triturés. Si bien qu'un représentant autorisé ou pas de la municipalité peut énoncer une énormité sur un des projets, il n'est pas possible de la corriger.
    • A lire ce journal, ce que dit le maire est parole d'évangile. Il a toujours le dernier mot, lui ou un de ses alliés, il est encensé en toutes circonstances on ne peut l’imaginer que comme notre brillant et dévoué protecteur. Honte à ceux qui s'opposent à lui. On se demande d'ailleurs pourquoi ils osent…
    • Il y a des pages entières consacrées à la propagande du projet de tramway, un numéro spécial de 20 pages... Et à côté les magazines municipaux et d'agglomération qui prolongent le matraquage... Et malgré ça, comme je l'ai expliqué ailleurs, il n'y a vraiment pas eu consensus autour du projet. Les Tourangeaux ne sont souvent pas dupes.

    Avant l'installation du "système Germain" (voir page 193), dont il est un rouage essentiel, ce journal n'usait pas à ce point de telles méthodes. En cette fin d'année 2011, il semble un peu plus critique, il est vrai qu'il devenait difficile de continuer alors que monte le mécontentement. Puisse-t-il retrouver d'avantage de neutralité et d'éthique.

    Je reparlerai de la NR*, sous l'angle du rôle de ses correspondants, dans le chapitre sur les communes environnantes (page 201).


    7.9 Une concertation dévoyée
    La méthode de rouleau-compresseur employée par la municipalité oblige à circonscrire au maximum toutes les concertations. C'est effectué avec une terrible efficacité. Les réunions d'information sont intitulées réunions de concertation et lorsque la concertation est vraiment obligatoire, lorsque les citoyens peuvent vraiment s'exprimer, tout est fait pour que leurs demandes ne soient pas prises en compte, elles passent à travers un "laminoir participatif". Ce fut exactement le cas pour le tramway et le PLU*. Nous allons en analyser les rouages.


    7.9.1 L'échec des Conseils de la Vie Locale
    Depuis 2003, les CVL, Conseils de la Vie Locale - il en existe quatre sur Tours Nord, Est, Ouest, Sud - sont les instances de la démocratie participative de notre cité. Par la création de groupes de travail (ou commissions), ils permettent d'établir une concertation avec les services techniques de la ville. La mairie a refusé une telle création, elle a donc écarté la concertation. Il n'y eut pour chaque CVL qu'une réunion d'information, avec à la fin quelques questions.

    Les informations généreusement délivrées avaient pour fonction d’éluder les nombreux problèmes épineux et sensibles pour les habitants, notamment les incompréhensibles abattages d'arbres. J'étais présent à une de ces réunions et je n'avais pas pensé à soulever le sujet, tant je n'imaginais pas qu'on pouvait abattre au delà du tracé lui-même. Il n'était pas alors question de rénovations le long du trajet. J'ai ensuite essayé d'agir dans le cadre du CVL Est lorsque j'ai appris la destruction programmée du mail du Sanitas. Sans aucun succès, personne, du côté municipal, n'a voulu se pencher sur le sujet, encore moins en discuter avec les habitants. Voilà pour le tramway.

    Pour le PLU*, précisément le PADD*, il y eut aussi une réunion inter-CVL* où la municipalité, du haut de son estrade, a déployé son diaporama puis a répondu aux questions. Il y eut deux autres réunions de ce type avec très peu d'habitants présents. Le projet n'en fut pas du tout modifié. fin 2009, le collège des citoyens du CVL Est décida de travailler sur le PLU et le devenir de la ville. La municipalité tenta au maximum d'empêcher la création d'un groupe de travail sur ce thème. D'évitements en évitements, elle finit par accepter une seule réunion avec le service urbanisme qui fut reportée jusqu'à début juillet 2010. J'en parle dans le chapitre "Une parodie de concertation, surdité et déni" (page 136) à propos des jardins St Lazare. Je n'ai jamais vu une réunion de concertation aussi stérile. Le dialogue avec le service Urbanisme fut nul.

    En dehors de ces deux gros projets, le thème des arbres a été abordé à plusieurs reprises au CVL Est auquel j'ai participé. J'en ai parlé dans le chapitre sur le service des Espaces Verts (pages 180). Le dialogue n'a pas été facile, mais il a existé et il y eut la réalisation des plantations situées derrière l'école Raspail (page 161). C'est un maigre résultat à considérer comme assez bon dans le contexte de la municipalité que nous subissons en matière environnementale, une sorte d’exception qui confirme la règle de la méthode Germain*.

    Ainsi donc les CVL ne permettent guère aux citoyens de modifier l'attitude de la municipalité. Par contre celle-ci sait manipuler les habitants pour les amener à conforter sa politique urbanistique. En voici un exemple dont je ne connaît pas l'issue.

    Il n'y a pas de verdure rue Colbert, rue très commerçante du vieux Tours. Quatre bougainvilliers en pot y ont été installés en juillet 2011 "en conformité avec les exigences de l'ABF* attachée au caractère minéral du quartier" (NR* du 13 juillet). Ca ne suffit pas, un habitant travaillant à la mairie a proposé d'en acheter cinq autres lors de la réunion du CVL-Est du 8 décembre 2011. Cette proposition a seulement été évoquée, sans rencontrer ni assentiment ni réprobation, comme une réflexion à venir. Certains habitants ont tout de même été étonnés de la démarche, tant le coût est élevé. Et, surprise, le surlendemain, la NR* présente cette proposition comme un projet, sous-entendu bien avancé. Sous la plume du fidèle Christophe Gendry, elle se fait la porte-parole de la satisfaction du conseiller municipal qui pousse en ce sens :
    Sur le budget d'investissement dont il dispose, le CVL Est envisage de participer, à hauteur de 17.500 €, à l'achat de cinq bacs à orangerie qui seraient disposés tout au long de la rue Colbert, et accueilleraient des bougainvillées. Ambition affichée par Mickaël Cortot, le président du CVL : « apporter de la verdure dans une rue dont l'environnement est surtout minéral. »

    Quelle ambition pour une nature aseptisée, pas du tout ligérienne, au bilan carbone très négatif et en plus très onéreuse (3.500 euros l'unité, sans compter les futurs coûts de transport au bois des Hâtes chaque hiver) ! Si, rue Colbert, il n'y a probablement guère de place pour des arbres ou arbustes, pourquoi refuser de trouer la chaussée pour y planter des arbrisseaux de chez nous ? Doit-on passer sous les fourches caudines d'un(e) ABF* anti-naturaliste ?

    Doit-on continuer à se laisser berner par une municipalité qui transforme la nature en mobilier vert ?


    7.9.2 Les dés pipés des commissions d'enquête
    J'ai participé très activement aux deux commissions d'enquête, sur le tramway puis sur le PLU*, ce qui m’a permis de constater le parti-pris indécent des commissaires-enquêteurs. Je l’ai souligné à plusieurs reprises (pages 55, 136 et 171). D’emblée leur rôle était biaisé car ils s’étaient inscrits dans l'optique d'approuver le projet. Cet "a priori" suspect a été clairement exprimé pour le PLU. Et en conséquence logique ils se sont attachés à raboter les remarques épineuses des habitants. Le peu qu'il en restait a ensuite été arbitrairement supprimé par la mairie qui n'a conservé que quelques "recommandations" mineures pour faire illusion.

    Pour les centaines d'arbres inutilement tués, la commission d'enquête du tramway n'en sauva que 14 (place Choiseul, page 81), qui furent quand même abattus ! Elle ne pouvait pas faire pire.

    Avec une telle méthode de prélavage au service du maire, hormis une exception, AUCUNE des nombreuses demandes de la population exprimées dans ces deux enquêtes publiques ne fut prise en compte. L' exception est celle des jardins St Lazare où la mairie céda au dernier moment, surprise par une forte contestation populaire exprimée sur le terrain, donc en dehors de l’enquête publique. Celle-ci n'avait pas permis de corriger un projet aussi véreux, pourtant clairement dénoncé (voir page 134 et suivantes).

    Ces deux dénis de démocratie furent une véritable humiliation citoyenne que Jean-Marc Sérékian décrit ainsi (pour le tramway) :
    Nous avons tous été réunis en un troupeau insensé et nous nous sommes tous retrouvés orientés vers elle, la commission d’enquête, comme dans un immense piège. C’est ainsi que nous avons tous été pris par une vaste machination administrative, puis engouffrés dans une boîte noire a broyer des doléances sans espoir. Avec son « avis favorable sans restriction » donné à l’unanimité des commissaires enquêteurs c’est en définitive comme si personne n’était venu faire des remarques sur les problèmes du tramway, comme si absolument personne ne s’était déplacé.
    Tout c’est donc passé comme si la commission d’enquête publique avait été faite pour ne satisfaire qu’une des procédures obligatoires nécessaires au dossier. Exactement le même résultat aurait été obtenu, si tout le monde s’était tu. […] En ayant cru pouvoir sauver des arbres par nos remarques auprès de la commission d’enquête nous nous sommes donc doublement trompés et nous avons doublement perdu. Parce que les arbres seront abattus au nom de la « déclaration d’utilité publique ». Plus de mille arbres abattus en toute légalité au nom de « l’utilité publique » dans la ville de Tours : l’humiliation, abattus en notre nom !

    Je signale tout de même une autre enquête, de bien moindre envergure, intitulée "concertation publique" sur le tracé du tramway, en 2009. Elle se passa un peu mieux, puisqu'elle permit de sauver l'alignement des cèdres de l'avenue de l'Europe, dans les faits en partie seulement puisqu'il fut ensuite rogné de presque un tiers, en y ajoutant l'abattage non prévu des arbres voisins (page 46). C'est une exception bien maigrichonne…

    Pour terminer ce déplorable bilan des enquêtes publiques, il convient de rappeler qu'elles peuvent indirectement être contestées par un recours sur l'acceptation du projet. Les revers de l'Aquavit* il y a une dizaine d'années et de TCSP37* plus récemment montrent qu'il s'agit là encore d'une combat difficile avec une issue qui ne peut être que rarement positive (comme à Nîmes, page 205).


    7.9.3 Un si fort mépris des citoyens
    En dehors des CVL* et des enquêtes publiques, en quoi la population a-t-elle pu s'exprimer ? En quoi ses demandes ont-elles été prises en compte ? Je ne connais pas le détail des rencontres entre la mairie et les habitants, j'en ai un certain aperçu à travers les articles de la NR* et mes divers contacts.

    J'ai aussi lu le document du Sitcat* en 2007 titré "Bilan de la concertation" sur les réunions d'information tenues dans divers quartiers, servant principalement à propager la bonne parole municipale. Elles n'ont pas permis aux habitants de faire des propositions structurées, il n'y eut, comme pour les réunions avec le CVL, que des questions individuelles éparses. Cela ne modifia pas le projet. On pouvait seulement deviner quelques points controversés : "Le choix des variantes de tracé pour la liaison Deux Lions - Rives du Cher et Boulevard De Lattre de Tassigny [donc mail du Sanitas, sujet déjà soulevé à l'époque] sera arrêté à l'issue d'études plus approfondies menées lors des avant-projets".

    A ma connaissance, il n'y eut qu'une seule prise en compte de l'avis des habitants, elle se fit par consultation sur Internet. Il s'agissait de choisir le design du nez du tramway, sujet ô combien important dans un tel projet. Il fallait choisir entre trois réponses, comme dans un jeu télévisé, et c'est le nez "Curseur sur la ligne" qui l'a emporté. Voilà où en est réduite notre démocratie locale. Quant aux abattages ponctuels, en dehors des grands projets, la population n'en est pratiquement jamais informée. La NR en montre un exemple le 22 octobre 2011 où les riverains de la promenade de Florence ont eu la surprise de constater l'abattage d'une douzaine d'arbres. La mairie a délivré un permis l'autorisant, pour l'extension de la chaufferie des immeubles des Rives du Cher. Il était seulement précisé sur le tract d'information "qu'à l'issue du chantier, l'espace vert serait reconstitué avec un traitement paysager spécifique élaboré avec les services de la mairie" ˜.

    Il y a lieu de s'interroger sur les droits des citoyens, c'est ce que fait Jean-Marc Sérékian :
    Nous avons le droit de protester, nous avons le droit de contester, nous avons le droit d’exprimer des opinions, nous avons le droit de manifester, nous avons bien sûr beaucoup d’autres droits, celui de nous taire et de nous soumettre et nous avons le droit d’en user et d’en abuser. Nous avons le droit d’être informés en temps utile par des « experts compétents », d’être invités à des réunions publiques et d’écouter des discours politiques, d’approuver des décisions déjà prises. Nous avons le droit de participer à des séances de « démocratie participative » parce que notre participation active ou passive est nécessaire à la « démocratie ». Nous avons le droit d’approuver les justes décisions de nos élus sortis des urnes. Nous avons aussi le droit de les applaudir, de les admirer, de les plébisciter même…Nos droit en démocratie semblent pouvoir s’étendre à l'infini… Mais face à la barbarie, le pouvoir réel de nos droits infinis tend brutalement vers un néant, l’inutilité infinie de nos droits nous afflige tellement et nous croulons sous l’insoutenable légèreté de nos droits infinis.
    Cette croissance infinie de nos droits dans le monde virtuel de « nos démocraties » n’est en définitive qu’une mesure de notre précarisation continuelle dans le monde réel. Par cette annihilation institutionnellement planifiée en bureau d’étude de nos vies, nous n’avons tout simplement plus aucun droit, puisque nous n’existons plus. Oui hélas, face à la spoliation de notre lieu de vie, face à la privatisation de l’espace public nous n’avons réellement plus aucun droit. […] Bien lancées dans leur offensive de privatisation et financiarisation extensive de l’espace public, les autorités régionales et municipales ne nous considèrent pas mieux que des amérindiens ou des cultivateurs africains. Comme partout dans le monde, face aux transnationales, nous sommes traités comme des indigènes, incapables de comprendre leur grand dessein civilisateur. Nous ne sommes pas mieux traités à Tours que des nomades Touaregs dans le Nord du Niger face aux transnationales du nucléaire. Ici comme là-bas les concessions territoriales de bétonnage, de bitumage ou d’extraction d’uranium sont négociées sans se soucier des populations locales.

    Ce dédain envers les citoyens n'est pas récent à Tours. Déjà, dans la NR* du 11 juillet 2002, D. Lemoine, candidat aux législatives du mouvement de Corinne Lepage Cap 21, s'en plaignait :
    Abattre, telle semble être la seule devise du maire et de son adjointe aux parcs et jardins. Après le square François Sicard, l'avenue de Grammont, la place de Strasbourg, c'est maintenant le tour de la place Rabelais. Que font les représentants des Verts élus à Tours, en dehors de leur propre campagne électorale ? Rien ! Aujourd'hui, la coupe est pleine, et la pseudo concertation bidon de la municipalité n'est pas acceptable. Regroupons-nous pour faire valoir une autre démarche environnementale, la concertation par référendum d'initiative locale et le contre-pouvoir citoyen.

    Pourtant, en cette actualité 2002 de la place Rabelais, Sylvie Roux l'adjointe au maire clamait "Alors là non ! La mairie a consulté régulièrement un groupe de travail constitué de vingt personnes ! Des riverains !". Le problème est toujours le même, ce genre de "consultation" n'est que de la comm', même pas de l'information, seulement de la propagande pour ne présenter que le côté rose des choses en gommant tout ce qui dérange, donc sans dire clairement que tous les arbres seront abattus (confirmé par Tours Infos n°31, mai 2002). Que ce soit en 2002 ou en 2010, les municipalités de Jean Germain ont toujours pratiqué de tels simulacres de concertation. Voir aussi le chapitre "Améliorer la démocratie locale", p 214.


    7.10 La gentrification de la ville
    J'ai déjà présenté ce qu'est la gentrification, dans le chapitre "Embourgeoisement du quartier" (page 118), à propos du Sanitas. Le 1er octobre 2011, dans un article de son blog, Vélorution Tours y revient en étendant le sujet sur toute la ville :

    Le mot du jour : GENTRIFICATION.
    Vélorution Tours est inquiet
    Les abattages d'arbres depuis quelques années et leur accélération récente au prétexte du tramway ont mis la puce à l'oreille de quelques tourangeaux sur les visées urbaines, foncières et sociales de Tours dans les prochaines années. Après avoir alerté les Verts, il y a 4 ans, ils ont bien compris à leurs comportements qu'ils ne pouvaient compter sur ces alliés d'un socialisme bourgeois, traditionnel et rétrograde - très forts en manipulation de la communication. (NR, TV Tours, TMV, Tours MAG, Tours+...) Cherchant les effets des politiques de restructuration profonde d'une ville par une poignée de décideurs (Londres, Montfermeil, Marseille, Orléans...), ils sont d'accord pour constater que le choix politique de gestion de la ville est résolument élitiste et encourage la GENTRIFICATION.
    Suivant Wikipédia : "La gentrification commence lorsque des groupes sociaux relativement aisés (re)découvrent un quartier offrant les avantages nouveaux précités et décident d'y migrer. L'embourgeoisement se traduit par la réhabilitation des bâtiments et l'accroissement des valeurs immobilières". Et c'est certainement ce qui se passe en centre ville, en "cœur de ville" comme le présente l'omni-communication municipale.
    ...Et ce n'est pas le récent vote du PLU (Plan Local d'Urbanisme) qui va nous contredire !
    • La densification promise, c'est plus de circulation malgré le tram
    • La réhabilitation des quartiers, c'est la chasse aux pauvres...
    • La requalification et minéralisation, c'est la pollution assurée...
    • La vidéosurveillance, c'est le contrôle continu....
    • L'inflation publicitaire, c'est la surconsommation exaltée...
    Déjà, le m² à l'avenue Maginot Tours nord est en train de flamber...C'est la crise ? Pour qui ? Est-ce dans une ville musée que nous envisageons l'avenir ? Avec les acteurs du Droit Au Logement et des habitants, Vélorution Tours mettra en oeuvre des séquences d'information dans les rues afin de permettre aux habitants de participer activement à leur cadre de vie.


    7.11 Les intérêts financiers en arrière-fond
    Considérer que le maire tire les ficelles, que les commissions d'enquêtes et le préfet n'ont pas assumé leur rôle et se sont aplatis devant la volonté municipale, n'est là qu'une vision partielle de ce que cache l'implacable machinerie mise en marche avec ce tramway et ce PLU*. Jean-Marc Sérékian élargit le champ de vision :

    Maintenus avec constance sur tout son trajet par l’ensemble des instances politiques et administratives de la ville, l’abattage des arbres puis le refus du tram-train, ont été confirmés en totalité avec toutes leurs inconséquences écologiques et techniques. Le préfet n’a fait que se soumettre aux exigences du « marché » et a validé ce qui lui était demandé de valider.

    Répétons le, pour être bien clair sur les acteurs du drame. Si le préfet avec sa DUP* servile s’est si facilement aplati, ce n’est pas devant les mimiques et pantomimes de l’histrion maire, mais face au pouvoir réel, représenté par les transnationales : le mastodonte national « Alstom-Aréva » sur son socle en béton armé « Bouygues-Vinci ». Avec devant lui et derrière lui, trois des puissances industrielles dominant la ville, BTP, transport et énergie, il ne pouvait qu’apposer son tampon…

    Lorsque, début septembre 2010 avant même les conclusions de la commission d’enquête, la municipalité a annoncé la nouvelle qu’Alstom était « choisi » pour livrer les machines fantasmées par le maire comme « Navire amiral d’un réseau global », il était déjà trop tard. A cette seule information on aurait dû humblement comprendre que tout était fini ; le « rouleau compresseur » était lancé sur la ville. Car dans les hautes sphères technocratiques, Alstom-Aréva c’est tout ou presque en France ; un Hydre tentaculaire et pieuvre à plusieurs tête: dans l’énergie et les transports, dans les machines énergétiques dans le high-tech des gros trains électriques énergétivores, et plus que ça encore…

    Si Bouyghes sera le promoteur du gros ensemble immobilier de la gare, des intérêts financiers plus locaux sont en jeu, j'ai déjà parlé de Citya Immobilier (page 195). Cela reste très flou car c'est par nature très opaque. Parfois nous disposons d'informations suggestives, comme celle-ci, écrite le 16 novembre 2009 par Arnoul Maffre sur son blog "Un tram pour Tours" : "Les chances sont maigres pour qu'un autre constructeur qu'Alstom soit choisi, puisque c'est le seul qui propose actuellement le système d'alimentation par le sol figurant dans le cahier des charges". Chacun sait que pour discrètement choisir un partenaire, la meilleure façon est de glisser dans l'appel d'offres une clause qu'il est le seul à remplir. Les constructions d'après guerre de la rue Nationale méritaient-elles l'effacement des lignes d'alimentation aériennes ? Le surcoût en résultant était-il justifié ? Les Tourangeaux n'ont pas eu la possibilité de s'interroger et encore moins de se prononcer sur ce choix.

    Ca tombait bien, l'actuel président de la République, Nicolas Sarkozy, avait été le promoteur en 2004, quand il était ministre de l'économie, du plan de sauvetage d'Alstom. Dans ce cadre, il ne pouvait être que bénéfique d'inciter et aider les villes moyennes françaises à s'équiper du tramway que seul Alstom sait faire. Un préfet n'a pas à s'y opposer. Et tant pis pour les dégâts collatéraux. Le tramway d'Alstom pouvait être mis en place sans provoquer tant d'abattages, il y a donc d'autres raisons soigneusement cachées. Par exemple, on accepte le matériel Alstom et, en contre-partie, on a les mains libres pour transformer la ville à volonté. Un prêté pour un rendu. Que sais-je ?


    7.12 Les grands projets inutiles du partenariat public-privé
    Le 10 septembre 2011, sous le titre "La lutte contre les grands projets inutiles s'organise en Europe", le site reporterre.net a ainsi repris un communiqué de presse de l'ACIPA, Association Citoyenne Intercommunale des Populations concernées par le projet d'Aéroport de Notre Dame des Landes :

    Devant la prolifération de grands projets d'infrastructures en Europe, le mouvement italien No Tav (en lutte contre un projet de LGV entre Lyon et Turin) a organisé en Italie le premier forum contre les Grands Projets Inutiles (Venaus-Busseleno, Val de Susa) du 26 au 30 août 2011. Une délégation de l'ACIPA a été invitée à y intervenir. 300 participants venus d'Italie, d'Allemagne, d'Espagne, de France ou d'Irlande ont débattu de 10 grands projets européens, qui sont à l'origine d'importants mouvements d'opposition (Val de Susa, Pays basque, Frioul, Abruzzes, Marches, Ombrie, Stuttgart, Nantes-Notre-Dame-des-Landes, Barcelone, Florence, Asti, Turin, Mayo (Irlande) et Gênes).

    Les participants ont constaté que dans tous ces pays, des projets de LGV, d'infrastructures ferroviaires, d'autoroutes, d'aéroports, de plateformes pétrolières et de gazoducs sont planifiés sans réelle concertation avec la population. Ces projets servent en premier lieu les intérêts de quelques banques et grandes entreprises privées ainsi que de politiciens. Ce faisant, des milliards d'euros sont gaspillés au détriment d'investissements utiles pour la population. Souvent l'environnement est irrévocablement saccagé, le patrimoine détruit. Partout, les citoyens ont la volonté de s'engager, de proposer des solutions alternatives, mais on ne leur reconnaît pas ce droit démocratique. Leurs manifestations et leurs actions de résistance sont souvent criminalisées (gaz lacrymogène et violence contre les opposants, arrestations, procès en série, etc.) pour les intimider et les discréditer aux yeux de l'opinion. Mais cela n'affaiblit pas pour autant leur détermination et leur mobilisation.

    A l'issue de cette rencontre, les participants ont pris une série de décisions pour se doter d'outils et de moyens communs (site internet et vidéos) pour la convergence de leurs actions, dont la reconduction annuelle de ce Forum dans la perspective d'une participation au Forum Social Mondial de Tunis en 2013 par exemple. Les bases d'une organisation de la 2ème journée européenne contre les Grands Projets Inutiles ont été posées (manifestations et actions simultanées dans différents pays et régions). Des actions de solidarité seront entreprises...

    Peut-être le projet de tramway de Tours n'était-il pas à la base, en 2007, un "grand projet inutile", même s'il était alors déjà très bancal. Il l'est devenu, avec un budget augmenté de 40% et de nombreux "à côtés" inutiles pour un tramway, on l'a vu avec les abattages très excessifs d'arbres, les rénovations de places (Choiseul, Tranchée), de carrefours (St Paul, Verdun, palais des Sports), les dégâts de densification excessive du PLU* (gare, Anatole France, Casernes, etc.). Ici comme ailleurs, les élus ont cédé à l'emprise des multinationales géantes, principalement Vinci, Bouyghes, Alstom. L'intérêt privé a primé sur l'intérêt public.


    En France, en 2011, le refus d'un nouvel aéroport à Nantes cristallise les mécontentements contre les grands projets inutiles (ACIPA 2008)


    C'est en dehors du milieu urbain, mais c'est un cas d'école. Quand la machinerie implacable est en marche, les atteintes à la démocratie et les méthodes d'intimidation semblent sans borne. En 2011, 9 habitants de Montigny le Bretonneux (78) sont assignés en Justice pour un montant de 3,7 millions d'euros. Le "grand projet inutile" en cause est un ensemble de vélodrome, hôtels de luxe et logements sur 15 hectares à l'origine en bonne partie boisés. (photos velodrame.org)

    Ce mélange des genres public et privé est dénoncé par le site stopvinci.noblogs.org quand il met en cause le "PPP" :

    Chaque espace doit avoir son orientation économique, de la zone industrielle à la plaine céréalière centralisée, en passant par la région montagneuse, sa détente pour riches et son énergie bois. Quand chaque région devient spécialisée, un schéma global de transport à grande vitesse s'impose. Le quadrillage des voies de communication garantit la cohérence de l'ensemble. Alors pullulent les grands projets qui relient les pôles entre eux : lignes Très Haute Tension, Lignes Grande Vitesse, autoroutes, ceintures périphériques, métros, tramways, boulevards, tunnels, aéroports, qui alimentent ou permettent d'autres grands projets tels que complexes nucléaires, barrages hydrauliques, terminaux pétroliers, parcs éoliens, zones commerciales, grands stades et urbanisation des campagnes.

    Pour de telles réalisations, la recette est toute trouvée : les partenariats public-privé (PPP) Ils permettent d'allier la légitimité démocratique, la maîtrise de l'ensemble géographique, la finance publique et les forces de l'ordre de l'Etat ou des collectivités locales aux savoir-faire, réseaux et réalisme commercial et sans scrupule de grands groupes privés omnipotents. Ceux-ci proposent de prendre en charge l'ensemble des projets, de la construction à la gestion commerciale. Des entreprises comme Eiffage, Bouygues ou Vinci se partagent un gâteau monumental et sans cesse renouvelé.

    Les grands projets phares y sont des vitrines pour leur image de marques, des actionnaires confiants et du profit boursier. Mais la multitude de leurs interventions sur l'espace (aménagements urbains, rénovations de quartiers, ronds-points, zones commerciales, vidéo-surveillance…) est leur business quotidien. Sous prétexte de progrès et de services rendus à la communauté, ces partenaires vont toujours plus loin dans la colonisation de nos vies. Tout est fait pour que rien ne leur échappe et que chaque geste du quotidien soit rentable et contrôlable. Décomplexés, ils l'affirment haut et fort : « Eurovia aménage votre cadre de vie » !

    A Tours, l'entreprise Eurovia, filiale de Vinci, fut très diligente pour aider les forces policières à juguler la résistance, notamment le 11 avril 2011 en tentant de forcer le blocus des défenseurs du mail du Sanitas (voir page 60 ou suivante).


    Alain Beyrand
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