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    L'ascendance maternelle d'Héloïse,
    l'éternelle amoureuse d'Abélard

    Sommaire :
    1. L'abbaye du Paraclet fondée par Abélard et Héloise
    2. Qui sont les parents de l'orpheline Héloïse ?
    3. Sa mère Hersende de Champigné
    4. Les grands-parents d'Hersende et leurs ascendants
    5. Héloïse et Abélard dans leur époque et au-delà

  1. L'abbaye du Paraclet fondée par Abélard et Héloise

    Je ne présente pas Héloïse et Abélard, amoureux mythiques aussi célèbres que Tristan et Yseult, Rodrique et Chimène, Roméo et Juliette... Ils ne sont pas des personnages de fiction, mais des célébrités du douzième siècle ayant vécu un amour à la fois très ardent et très contrarié.

    En introduction, voici comment je me suis intéressé à Héloïse. Ma belle-mère est née et a grandi à Saint Martin de Bossenay, commune voisine de Quincey, dans l'Aube, là où se trouve Le Paraclet, l'abbaye dont Héloïse était abbesse, sur la route de Thibaud de Champagne, entre Nogent sur Seine et Troyes.

    Les recherches généalogiques que j'ai effectuées du côté de mon épouse ont à plusieurs reprises fait état des contacts de la population locale avec les nonnes du couvent. Ainsi Claude Garçonnat, cette cousine morte à 72 ans en 1709 au "Fond de la Tavelle" en allant mendier son pain à l'abbaye. ou Louise Nugault, fille du seigneur de Saint-Aubin, qui, à 13 ans, en 1620, devient religieuse à vie au Paraclet avec le soutien financier de ses parents, ou Etiennette Massey, cette autre cousine, qui en 1690 est marraine d'un bébé abandonné devant la grande porte de l'abbaye. L'abbesse du Paraclet se trouve parfois marraine d'une fille de vigneron, comme Anne Marie Caillé, sans que l'on ne sache ni devine pourquoi. Parfois elle se fait représenter. La cohabitation entre habitants et religieuses ne se fait pas sans quelques heurs. Ainsi, "En 1615, les religieuses du Paraclet poursuivent Michel Gallois pour un délit dans leur bois du Tillet. Elles assignent plusieurs habitants de Quincey qui témoignent avoir entendu dire par Michel Gallois, demeurant à Saint-Aubin, qu'il avait vendu 10 pièces de chêne et qu'il s'en trouverait encore 15 à 18 dans le bois".

    De plus le dépouillement des censiers du Paraclet effectué par Yves Beauvillé (page voisine) m'a permis de remonter l'ascendance non noble jusqu'au XVème siècle, ce qui est précieux. Au milieu de ces documents notariaux, on trouve quelques détails comme en 1575, quand "Jehan Somillon, laboureur à Saint-Aubin, prend de l'Abbaye du Paraclet le bail d'une terre. Il signe d'un triangle la pointe en bas, avec une diagonale sur la gauche. Le bail à trois vies, qui semble plus spécifique à la Champagne et à la Bourgogne qu'au seul Paraclet, a retenu mon attention. Il permettait aux habitants de souscrire à une sorte d'assurance sur les années à venir pour eux-même et leurs enfants. En voici une illustration sur deux exemples, l'un sur le début d'un bail, l'autre sur la fin :
    • Colin Simon (ascendant) :"Le 7 avril 1488 , Colin Simon, laboureur, et Agnès, sa femme, demeurant à Saint-Aubin, prennent des religieuses du Paraclet le bail à trois vies d'une maison, grange, étable, cour, jardin, accin, pourpris et terres arrables et en friche,2 prés, saulsois et vignes contre: 20 septiers par quart froment, seigle, avoine et orge, 18 boisseaux de noix lorsque les noyers en porteront, entretenir les bâtiments de toute réparation".
    • Jehanne Hucher (ascendante) : "Le 30 avril 1544, Jehanne Hucher, veuve de Jehan Devignes, en son vivant demeurant à la Chaulme, se déporte du bail à trois vies pris il y a 60 à 80 ans, le 6 avril 1488, par feu Jehan Hucher son père au profit des religieuses du Paraclet d'un gaignage à Saint-Aubin à condition de la nourrir, loger, coucher, chauffer sa vie durant et après son décès la faire inhumer selon sa condition. Jehanne jouit de 30 arpents des terres des Mergers pour la deuxième vie, reconnaissant être âgée de environ 80 ans, ne peut plus vaquer à ses aisances et négoces pour son vêtir, nourrir et entretenir. Elle sera inhumée en l'église de l'abbaye devant l'autel Monseigneur Saint-Jean aprés ledit défunt Jehan Hucher son père étant inhumé audit lieu.


    Ce que l'on voit du Paraclet et de sa ferme, le long de la route "Thibaud de Champagne", entre Nogent sur Seine et Troyes.
    Peut-être est-ce "la grande porte" où des bébés ont été abandonnés ?... (photo de 2005)
    (en complément, ici, page présentant l'histoire de l'abbaye et d'anciennes illustrations)

    Derrière les grilles, le site est agréable, bien entretenu et plus grand qu'il ne paraît de l'extérieur. Les bâtiments du XIIème siècle ont
    disparu faisant place à ce logis abbatial du XVIIème, un cellier aux moines des XVIème et XVIIème et une chapelle de la fin du XIXème.
    Les visites sont privées et limitées. Il est possible de voir le caveau sous l'église avec la pierre tombale d'Héloïse et Abélard.




    La maison abbatiale, le corps de ferme avec le pigeonnier, la chapelle (photos de 2016)


  2. Qui sont les parents de l'orpheline Héloïse ?

    Ainsi par la généalogie maternelle de mon épouse, je m'étais penché sur l'abbaye du Paraclet et donc sur ses fondateurs Pierre Abélard et Héloïse. Mon ascendance étant principalement d'origine tourangelle et Limousine, je ne m'attendais pas à revenir vers le Paraclet. Et pourtant si. Et aussi du côté de mon épouse. Héloïse est une tante d'un de nos ascendants au 30ème ou 31ème degré. Semble-t-il, car...

    Officiellement, depuis des siècles, on ne connaît pas les parents d'Héloïse : elle est une orpheline abandonnée au couvent d'Argenteuil, d'où son nom habituel "Héloïse d'Argenteuil". Avec un tuteur, Fulbert moine à Paris, qui est un oncle, frère de sa mère, dont on ne connaît pas les origines. Tout juste sait-on qu'elle se prénomme Hersende.

    On ne connaît même pas la date de naissance d'Héloïse, on la dit née vers 1101, ce qui lui donnerait une vingtaine d'années quand elle a connu Abélard, qui en aurait une quarantaine. On verra que c'est remis en cause.

    En ce qui concerne le père d'Héloïse, c'est un peu plus clair, il serait Gilbert de Garlande, haut personnage, grand bouteiller de France de 1122 à 1127. Un écrit parle même de sa fille Héloïse (voir ici), sans autre confirmation. D'autres hypothèses ont été énoncées, mais néanmoins, en mai 2015, Wikipédia, Roglo et d'autres habituelles sources de référence se sont ralliés à cette hypothèse. C'est parfois signalé maladroitement, comme sur Roglo et la plupart des sites généanet, qui estiment que la mère est l'épouse légitime de Gilbert, Eustachie de Possesse.

    Comme je m'étais trouvé cousin avec Bernard de Clairvaux, l'abbé de Cluny Pierre le vénérable et Thibaud de Champagne (j'y reviendrai plus loin), trois contemporains d'Abélard qui l'ont bien connu, j'ai eu la curiosité de chercher si j'étais cousin avec Héloïse et Abélard. Je ne le suis pas avec Abélard (son arbre généalogique le plus précis est ici), je le suis avec le père d'Héloïse Gilbert de Garlande. Pour sa mère Hersende, il m'a fallu chercher, remonter son ascendance...

    Ces recherches m'ont amené à privilégier une hypothèse déjà assez largement adoptée, on va voir pourquoi.


  3. Sa mère Hersende de Champigné

    J'ai recoupé deux informations pour trouver quelle est la famille de la mère :
    1. La page Héloïse, une ascendance controversée d'un site consacré à Pierre Abélard. Les dernières recherches en ce domaine y sont exposées. Parmi les hypothèses exposées, l'une d'elle montre que Hersende serait "Hersende de Champagne", première prieure (à considérer même comme abbesse) de l'abbaye de Fontevrault, en Anjou (aussi orthographié Fontevraud). Cette information est reprise par Wikipédia, toujours au conditionnel.
    2. La page Les sires de Montsoreau (1000 - 1600) de Thierry et Hélène Bianco. Cette étude très poussée et inédite de la seigneurie de Montsoreau, aux confins de la Touraine et de l'Anjou, à côté de Candes où mourut Saint Martin, dressait, entre autres, la généalogie de "Hersende de Champigné" (ou "Hersende de Champagné"), dame de Montsoreau devenue première prieure / abbesse de l'abbaye de Fontevrault, lieu très proche de Montsoreau. J'avais déjà étudié cette page qui m'avait permis de positionner mes ascendants (dont le mari d'Hersende et sa première épouse). Ce tableau m'avait été très précieux :
      On y trouve "Hersende", son mari "Guillaume" (de Montsoreau), leur fils "Etienne", le fils de Guillaume d'un premier mariage "Gautier" (marié avec Grecie de Montreuil -Bellay, d'où descendance), son père "Hubert de Champigné", son frère "Hubert" (qui, on le verra, serait le chanoine Fulbert), sa mère "Agnès de Clairvaux", son grand-père paternel "Hubert d'Arneto", sa grand-mère paternelle "Ne de Lude", fille de "Isembart de Lude" et "Ne de Montevrault", son grand-père maternel "Hugues de Clairvaux" et sa grand-mère maternelle "Hersende de Vendôme", fille de "Hubert de Vendôme" et de "Emeline". Que d'informations ! Et si Hersende n'est pas mon ascendante, son père et sa mère le sont (chacun par un autre conjoint). Cet arbre était déjà entré dans ma généalogie, il m'était donc très facile d'y ajouter Héloïse, son père, son mari et son fils Astrolabe.

    Hersende "de Champigné" (commune de la Sarthe proche de Durtal dont Hubert III d'Arnay était seigneur) ou "de Champagné" ou de "Champagne" (zone assez floue en Anjou, proche du Maine) était donc, avant sa fille, une religieuse de haut rang, décédée vers 1114 (elle ne pouvait donc pas connaître le scandale Héloïse et Abélard, en 1116/1117) (la date de 1109 est aussi avancée). Avant d'entrer dans les ordres, elle avait eu deux maris. Avec le premier, dont on ne connaît que le prénom Foulques, elle n'aurait pas eu d'enfants. Avec le second, Guillaume de Montsoreau, elle en eut un, Etienne, devenu chanoine de Candes St Martin puis archidiacre de St Martin de Tours. Et donc, avec son probable amant Gilbert le Jeune de Garlande, elle aurait eu Héloïse.

    Comme les ascendants d'Héloïse étaient les miens, j'ai voulu davantage remonter le temps et j'ai davantage pioché la documentation disponible. Cela m'a amené à trouver des éléments nouveaux que je vais maintenant présenter. L'hypothèse retenue s'en trouvera renforcée.


    L'abbaye de Fontevrault, fondée par Robert d'Arbrissel et Hersende de Champigné, la mère d'Héloïse (photo de 2014)


    Le nom de Montsoreau apparaît pour la première fois dans une charte de 1089 sous la forme "castrum de Monte Sorello",
    autrement dit château de Mont Soreau. Surplombant la Loire. il est alors la propriété de Guillaume de Montsoreau,
    vassal des comtes d'Anjou, mari d'Hersende de Champigné (photo de 2014, sachant que le château actuel date de 1450)
    .


  4. Les grands-parents d'Hersende et leurs ascendants

    Sans entrer dans les explications, que je donne sur les pages de mon site (notamment celles en lien ci-dessous), en m'appuyant sur les dernières recherches, voici ce que j'ai trouvé sur les quatre grands-parents d'Hersende de Champigné, et quelques autres informations :

    • Héloïse serait née vers 1092 (comme indiqué sur Wikipédia) et non vers 1101 (comme indiqué sur Roglo et de nombreux sites geneanet). Elle aurait rencontré Abélard en 1113 (et non vers 1115). Ils ont donc alors 21 et 34 ans.

    • Le second mari d'Hersende de Champigné, Guillaume de Fontevraud est décédé entre 1087 et 1089. Sa veuve est au début des années 1090 soeur converse, suivant le prédicateur Robert d'Arbrissel, avant que celui-ci ne fonde l'Abbaye de Fontevraud vers 1100 / 1101 sur des terres que offertes par Gauthier de Montsoreau, fils de Guillaume et Hersende.

    • Hersende de Champigné, la prieure de Fontevraud est décédée un 29 novembre, un 30 novembre ou un 1er décembre (d'après différentes sources). La mort d'Hersende, mère d'Héloise, était célébrée au Paraclet tous les 1er décembre ("Hersindis mater domine Heloise abbatisse nostre"). C'est la première cause de rapprochement de ces deux Hersende.

    • Du côté de l'amant supposé d'Hersende, le père d'Héloïse (il y a d'autres candidats, comme Robert d'Arbrissel), Gilbert de Garlande, l'arbre était déjà fourni et reconnu par la plupart des généalogistes, je n'ai pas eu à chercher davantage de ce côté.

    • Il en est de même du côté de la grand-mère maternelle Hersende de Vendôme, fille d'Hubert et Emmeline de Chartres. Bien sûr, son prénom Hersende est à rapprocher de celui de sa petite-fille.

    • Pour la grand-mère paternelle Hildeburge du Lude, ses parents seraient ceux présentés sur le schéma affiché au chapitre précédent. Pour chacun des deux parents, l'ascendance est discutée. Pour le père cela se révêle important, puisque l'hypothèse que je retiens permettrait d'expliquer pourquoi Héloïse se prénomme Héloïse, donc cela validerait en partie qu'Hersende est bien la mère d'Héloïse. L'arrière grand-père Isembart du Lude serait Isembart de Broyes et aurait pour soeur Héloïse de Pithiviers et pour mère Héloïse de Bassigny. Plus précisément, on pourrait tracer le tableau suivant qui montre par quatre fois l'attribution du prénom Héloïse :
      • Le haut de ce schéma est inspiré de celui de la page 1000 de la thèse de François Doumerc sur les Rorgonides, avec la différence de considérer qu'Isembart de Broyes est fils d'Héloïse de Bassigny et non d'une deuxième épouse de Renard (car c'est par lui que la seigneurie de Pithiviers passe de sa mère à son fils Hugues ; aussi, il a une petite-fille prénommée Héloïse).
      • Le lien entre les deux Hildeburge (ou Ildeburge) se fait notamment par leur prénom.
      • Héloïse de Pithiviers a aussi une descendante prénommée Héloïse, une arrière arrière petite-fille, donc de la même génération que l'épouse d'Abélard.
      • Elisabeth de Sours, première femme de Hugues "Bardoul" de Broyes, serait fille d'Emmeline de Chartres, arrière arrière grand-mère d'Héloïse (x Pierre Abélard)
      • Dans cette branche familiale, on trouve trois évêques d'Orléans, d'oncles à neveux ; Odalric de Broyes (-1036), Isembart II de Broyes (-1062, fils d'Isembart Ier), Haderic de Broyes (-1067). C'est cohérent avec le destin d'Hersende et Héloïse. Etrangement, par son supposé père, Héloïse a un demi-frère (ou cousin germain) Manassès de Garlande qui est évêque d'Orléans (-1185), lequel a un neveu Hugues de Garlande évêque d'Orléans (-1206).
      Jusqu'ici, aucune des hypothèses sur les parents d'Héloïse n'explique vraiment
      le choix de son prénom (même la théorie de Brenda Cook, à mon avis).
      Selon la logique de l'époque, il est à trouver dans les prénoms de ses ascendantes.
      Même si certains liens présentés ici ne sont pas complètement avérés, voici une traçabilité
      du prénom Héloïse par l'ascendance d'Hersende. Celle-ci a pu connaître Héloïse de Broyes,
      cousine germaine de son père.
      En remontant encore, comme Héloïse se disait alors aussi Helvide, et à croire les généalogies habituellement reconnues, Héloïse / Helvide de Bassigny est arrière petite-fille d'Helvide de Senlis. Cette dernière est fille d'Helvide de Frioul (855-895), elle-même arrière petite-fille d'Helvide de Saxe, mariée en 794 avec Welf 1er de Saxe. Ils furent parents de la "pulcherrima" (très belle) impératrice Judith de Bavière (800-843, bru de Charlemagne), ancêtre d'Héloïse. Après la mort de son époux, Helvide de Saxe était devenue abbesse de Chelles. Célébrité, beauté et religion, c'était quatre siècles avant la naissance de la si belle et célèbre Héloïse abbesse du Paraclet !

    • Toujours pour la grand-mère paternelle Hildeburge du Lude, j'ai considéré que sa mère, Hildeburge de Château du Loir, était une cousine germaine de Hamon de Château du Loir, probable descendant de Hamon de Léon, vicomte de Léon, en Bretagne.

    • Pour le grand-père paternel Hubert d'Arneto / d'Arnet, il m'a fallu comprendre qu'il était Hubert II d'Arnay. Celui-ci est fils d'Hubert 1er d'Arnay et Eremburge de Montmorency, renseignement précieux puisque certains chercheurs se doutaient que la mère d'Héloïse, comme d'ailleurs son père, était en lien avec cette famille prestigieuse. On peut même se demander, si ce n'est pas par ces liens communs que les parents d'Héloïse se sont connus. C'est probablement par ces liens qu'Héloïse a pu grandir dans le prestigieux couvent d'Argenteuil.

    • Toujours pour le grand-père paternel Hugues II d'Arnay, il restait à trouver l'ascendance de son père Hubert 1er d'Arnay. Je me suis appuyé sur le fait que des chercheurs le considéraient comme "Fils puîné des anciens comtes du Maine". J'ai donc suivi les quelques sites genanet qui le désignent fils de Hugues II du Maine et Godehilde de Vermandois. A mon sens, son prénom Hubert serait une contraction de celui de ses deux grands-pères : Hugues et Herbert

    • Il reste le grand-père maternel Hugues de Clairvaux / Clervaux, village situé près de Châtellerault. A cette époque où les noms de famille n'étaient pas encore transmis de père à enfants, il m'a d'abord fallu comprendre qu'il était davantage, par ses autres descendants, Hugues de Mathefelon, le premier des seigneurs de Mathefelon, aussi nommé Hugues le Manceau et Hugues le Mange-Bretons. La généalogie descendante (ici) de ce Mathefelon n'est pas simple du tout. Je pense avoir réussi à la démêler pour les premières générations, en m'appuyant notamment sur des recherches du XIXème siècle. Restait à trouver les ascendants de ce Hugues. Sans en être vraiment sûr, j'ai retenu l'hypothèse de le considérer comme un bâtard du comte d'Anjou Foulques Nerra. Ou bien il serait un fils inconnu ou illégitime d'Adèle d'Anjou, fille légitime (et unique fille) de Foulques Nerra et Elisabeth. A mon sens, le prénom Hugues et le prénom Elisabeth de sa fille vont en ce sens, de même que sa soudaine ascension.

    • N'oublions pas le terrible oncle maternel Fulbert, le chanoine qui a fait châtrer le mari de sa nièce en août 1117. Correspond-il à un frère d'Hersende de Champigné ? Un peu non et beaucoup oui. Non, parce qu'il n'y est jamais question d'un frère prénommé Fulbert, ni d'un frère religieux à Paris. Oui, parce que l'ainé de la famille, prénommé Hubert, comme son père pourrait bien être Fulbert. Il semble s'être effacé derrière son demi-frère (par son père remarié) Hubert IV de Champigné qui deviendra Hubert de Mathefelon. Né vers 1060, il avait 53 ans quand Héloïse a rencontré Abélard. Il semble avoir été marié, peut-être avec Hersende de Château-Gontier, puis on perd sa trace. Aurait-il laissé son prénom à son très jeune demi-frère ? Il aurait alors pris celui de Fulbert qui pourrait être une contraction de Foucher (il a pour grand-oncle Foucher de Vendôme) et Hubert. C'est aussi le prénom d'un religieux alors célèbre, Fulbert de Chartres, qui pourrait être de la famille par l'arrière grand-mère Emmeline de Chartres.
      Hubert, frère d'Hersende, est parfois indiqué décédé en 1116 ou 1121, mais cette date ne peut être qu'approximative et elle est assez tardive pour renforcer l'hypothèse ici présentée. Fulbert le chanoine aurait vécu jusqu'en 1124 au moins.
      Tous les 26 décembre au Paraclet était commémorée la mort d'Hubert, oncle maternel d'Héloïse (comme celle d'Hersende tous les 1er décembre). C'est doublement étonnant : le prénom est Hubert et non Fulbert. Et pourquoi rendre hommage à un oncle si cruel ? L'explication serait simple. Il n'y a rien de plus chrétien que le repentir et le pardon. Fulbert s'est repenti, Héloïse et Abélard lui ont pardonné. Fulbert a voulu se débarasser de la carapace qui l'avait aigri à ce point. Revenir à son nom d'origine l'y a aidé et c'est pourquoi il a été honoré sous ce nom, effectivement moins marqué d'opprobe... A mon sens il y a là une confirmation que Fulbert et Hubert sont la même personne.

    • Une étude de 2006 de Constant Mews ("Negotiating the boundaries of gender in religious life : Robert of Arbrissel anf Hersende, Abélard and Héloïse") montre qu'avant d'être chanoine à Paris, Fulbert est probablement passé par Orléans. En notes ci-dessus du schéma des quatre Héloïse, on a vu que la famille d'Hersende était liée à des évêques d'Orléans. Ainsi, que ce soit du côté du supposé père Gilbert de Garlande ou de la supposée mère Hersende de Champigné, on aurait des connections vers Orléans et les Montmorency. N'est-ce pas de trop ? Ce qui renforce le lien avec Hersende ne diminue-t-il pas le lien avec Gilbert ? Une étude sur la cohérence / incohérence des liens Héloïse - Hersende - Gilbert serait bienvenue...

    Je compte actualiser cette ascendance si des informations complémentaires m'amènent à changer d'avis. Les liens les plus fragiles semblent être ceux vers Foulques Nerra et vers les ascendants d'Hildeburge de Château du Loir.


    L'ascendance de la mère d'Héloïse telle que je la vois en mai 2015
    (la même ascendance, actualisée, avec deux niveaux supplémentaires sur mon site geneanet)

    Je me suis interrogé sur les patronymes (inexistants à cette époque...) à employer : "De Champigné", comme dans l'étude de Thierry et Hélène Bianco, ou "De Champagne", utilisé presque partout ailleurs, voire "De Champagné". J'ai opté pour "de Champigné" pour les deux premières générations (avec une localisation sur les communes de Durtal et de Champigné) puis "de Champagne" pour les générations ultérieures (sur des territoires plus étendus). Le fait de réserver le nom de Mathefelon aux seuls aînés (Hubert IV, Hugues II, Thibaut Ier) a généré quatre couches de Champigné / Champagne : la couche originelle "De Champigné", puis la première "De Champagne" (frères et soeurs de Hubert IV, et descendants), puis la deuxième (frères et soeurs de Hugues II, et descendants) et la troisième (demi-frères de Thibaut Ier et descendants).

    Une semaine après avoir terminé cette étude je me suis rendu compte qu'elle avait déjà été effectuée par Werner Robl (celui qui a été le premier à identifier la mère d'Héloïse à Hersende de Champigné) sur cette page du site allemand d'Héloïse et Abélard. Je suis satisfait de constater qu'il y a une grande concordance entre les deux ascendances que nous présentons. Je suis plus complet que lui (mais avec une prise de risque importante, ce que j'ai précédemment souligné) vers les familles de Château du Loir et d'Anjou (Foulques Nerra). Notre seule divergence est sur Héloïse de Bassigny qu'il identifie comme Héloïse de Blois. Comme je l'ai indiqué, je me suis appuyé sur la thèse récente de François Doumerc sur les Rorgonides.


  5. Héloïse et Abélard dans leur époque et au-delà

    Je ne me suis pas intéressé qu'à l'ascendance d'Héloïse, et cela m'amène à prolonger cette page par des informations et digressions diverses, objectives ou subjectives...

    • Thibaud de Champagne, aussi nommé Thibaud IV de Blois (1093-1151), comte de Troyes, Meaux, Chartes, et de Champagne, ce qui en fait un des personnages les plus importants du Royaume, surtout quand son frère cadet devient roi d'Angleterre en 1135. C'est lui qui en 1122 cède à Pierre Abélard les terres du Paraclet, près de la rivière Ardusson à Quincey. Il sera d'un grand soutien à Héloïse quand, devenue abbesse d'Argenteuil alors que sa congrégation en est chassée, elle s'installera en ces lieux en 1131, sous la houlette d'Abélard. Son fils Henri 1er le Libéral, comte de Champagne, qui est aussi mon ancêtre, fut sauvé d'un assassinat par Anne Musnier, qui est une ancêtre de mon épouse. J'en parle longuement dans une page voisine.

    • Bernard de Clervaux (1090-1153), fondateur de l'abbaye de Clairvaux (en 1115), instigateur de la réforme de Citeaux, prédicateur de la deuxième croisade, canonisé, est considéré, pour beaucoup, comme un ayatollah de la foi catholique. Il fut le pire adversaire d'Abélard et de sa philosophie, celui qui n'eut de cesse de le voir condamné comme hérétique. Pour l'amateur de bandes dessinées que je suis, il est aussi celui qui a tué l'art des enluminures séquencées qui commençait à se développer. Extrait de l'article de référence, paru en 1996 sur "Le Collectionneur de BD" n° 79, par Danièle-Alexandre Bidon) :

      Les XIème et XIIème siècle sont à l'évidence l'âge d'or du récit en séquence. [...] Les exemples de récits en séquence d'images fourmillent désormais à travers toute l'Europe. Les livres sont illustrés de pages divisées en "cases", voire font l'objet de mises en pages nouvelles. [...] Dans les premières années du XIIème siècle, le plus bel exemple de "bande dessinée" avant la lettre est à découvrir dans la Bible de Etienne de Harding (Dijon). [...] Dans le troisième tome, une vie de David s'y déroule sur cinq registres de 17 cases. [...] Le dessin est narratif, plein d'allant, et l'enlumineur n'a pas hésité à pratiquer la sortie d'image. Un court texte s'insère entre les registres. Hélas l'artiste travaillait pour Citeaux, peu avant la période d'iconophobie inspirée par Bernard de Clairvaux. [...]
      C'est un aspect oublié du bouillonnement culturel du XIIème siècle, réprimé par Bernard de Clairvaux.
      Il fallut attendre 1830 pour que, sous l'impulsion du suisse Rodolphe Töpffer, ranaisse le
      "récit en séquence d'images" aujourd'hui appelé "bande dessinée".

    • Pierre le vénérable (1093-1156), neuvième abbé de Cluny, l'abbaye alors la plus importante et la plus influente de la chrétienté, canonisé, élève d'Abélard, fut son meilleur défenseur. Il l'a accueilli quand il était vieux et malade et a permis à Héloïse de le rejoindre dans la mort. Il était aussi l'adversaire le plus résolu de Bernard de Clairvaux.

    • D'Abélard, je retiens en premier lieu qu'il est cartésien avant René Descartes (1596-1650) (qui est aussi mon cousin). Si ce dernier a eu beaucoup de mal à exprimer sa philosophie au XVIIème siècle, imaginez ce que ça pouvait être cinq siècles plus tôt ! Avec en plus un ayatollah à ses basques... Je retiens aussi les deux temps forts qui suivent.

    • A cet époque, tout est écrit en latin. Cela n'empêche pas un ouvrage d'Abélard d'être le premier à être diffusé, de son vivant, à un large public non spécialisé. D'un retentissement inouï, il sera discuté jusque dans les campagnes les plus reculées. Titré "Sic et non", il expose les réponses contradictoires de la Bible et des Pères à 157 questions regardant tant l'éthique que la théologie chrétienne, la liturgie que la conduite de la vie quotidienne. Abélard a l'audace d'y ajouter les avis divergeant des auteurs antiques, plaçant au même rang la pensée païenne et le point de vue des docteurs. Devançant les Humanistes de quatre siècles et demi, cinq cents ans avant Calvin, il invite par là chacun, et non pas seulement les clercs, à se référer directement au texte et non pas seulement à la parole de prédicateurs ou d'évêques trop souvent incultes [texte d'après Wikipédia]. En prologue de "Sic et non", Pierre Abélard a écrit : "En doutant nous venons à la recherche, en cherchant nous percevons la vérité". N'est-ce pas ce qui a guidé toutes les recherches préliminaires à cette page ?

    • Autre fait marquant, quasi révolutionnaire même. Alors qu'il vit en ermite solitaire au Paraclet, Abélard est rejoint par une une foule d'étudiants, fils de familles aisées séduits par le retour à la nature et par sa philosophie. De 1122 à 1126, ils s'installent dans des cabanes, se font maçons pour aménager le dortoir de leur maître de 43 ans et pourvoient à tous ses besoins matériels. Plus qu'une école, une vie communautaire sans règle monastique, laïque, s'organise [texte d'après Wikipédia]. Quand l'expérience prend de la notoriété, l'establishment ecclésiastique s'en offusque et met fin à cette étrange épisode.

    • Quant à Héloïse, elle était une brillante intellectuelle, exégète savante, première femme diplômée, célèbre dès avant sa rencontre avec Abélard pour être l'unique femme ayant osé entreprendre les études des sept arts libéraux (grammaire, rhétorique, dialectique, astronomique, musique, astronomie et géométrie). En 1135, Héloïse, vingt ans après Pétronille de Chemillé à Fontevrault, reçoit le titre d'abbesse. Ce titre remonte à des temps anciens (par exemple Fare de Meaux fondatrice de l'abbaye de Faremoutiers et sa première abbesse vers 650) (ou la mère de la bru de Charlemagne dont on a parlé précedemment).

    • Ce ne sont que quelques uns des aspects bouillonnants de ce début du XIIème siècle, époque particulière appelée "Renaissance carolingienne" ou "Renaissance du XIIème siècle". Un double développement agricole et urbain accompagne un renouveau du monde culturel qui rencontre de nombreux freins. Pierre Abélard, Bernard de Clairvaux, Pierre le vénérable, Thibaud de Champagne en sont des figures marquantes.

    • On connaissait trois longues lettres d'Héloïse à Abélard et quatre longues d'Abélard à Héloïse En 1974 ont été publiées une centaine de courtes lettres inédites qu'ils ont échangées, quelle surprise ! Mais il a fallu une vingtaine d'année avant de vraiment s'en apercevoir... Quelques uns en doutent encore, mais il y a de solides critères de reconnaissance, comme l'explique un article de Constant Mews en 2005. Alors que les sept longues lettres sont tardives (après 1132), celles-ci datent de la période d'amour physique des deux amants, entre 1114 et 1116 : "Exceptionnelle par son ampleur et sa richesse, cette correspondance privée médiévale est presque unique en son genre. [...] Les Lettres des deux amants, au terme de la démonstration, permettent de saisir sur le vif les débuts d'un amour devenu légendaire. Présentées, traduites en français et suivies du texte latin établi par Ewald Könsgen, ces lettres apportent une contribution aussi bouleversante qu'inattendue au patrimoine mondial de la littérature amoureuse" (site Babelio).

    • La page Héloïse, une ascendance controversée fait le point sur les diverses hypothèses émises concernant l'identité de son père et de sa mère. Si, comme Wikipédia et d'autres sites généalogiques, je donne ici priorité à l'étude de Theodore Evergates en 1995 pour le père Gilbert de Garlande et à celle de Werner Robl en 2001 pour la mère Hersende de Champigné (et à celle de Brenda Cook en 1999 pour l'ascendance d'Abélard), d'autres hypothèses émises restent plausibles. Mais les indices qui les sous-tendent ne m'apparaissent pas constituer une trame aussi solide pour mieux comprendre les tribulations et écrits, somme toute nombreux et bien connus, d'Héloïse et Abélard. Avec notamment tous les rapprochements existants entre les abbayes de Fontevrault et du Paraclet, leurs fondateurs à une génération d'intervalle, Robert d'Arbrissel et Hersende pour la première, Abélard et Héloïse pour la seconde.

    • Alors que j'effectuais cette étude, sortait un livre de Jean Teulé intitulé "Héloïse, ouille !" traitant les amours d'Héloïse d'Argenteuil et Pierre Abélard. Je n'ai pas manqué de le lire. Voici quelques une des mes réflexions.
      • Les deux amants n'avaient pas 20 et 40 ans quand ils se sont connus (mais 24 et 37 ans), et Hersende n'est pas décédée à la naissance de sa fille Héloïse. Rien sur le supposé père Gilbert de Garlande alors qu'à défaut de faire l'unanimité, il est assez largement reconnu comme tel par les historiens et généalogistes (bien plus que n'est reconnue Hersende). On ne s'aperçoit pas qu'Héloïse a bénéficié de très forts soutiens dans la noblesse, au delà d'un simple chanoine .
      • Face à ce type de roman historique, je suis à la fois circonspect par la difficulté à distinguer l'avéré de l'imaginaire et attiré par la puissance d'évocation que cela confère.
      • J'ai regretté que l'auteur n'imagine pas comment Héloise et Pierre se sont épris l'un de l'autre.
      • Dans la première moitié du livre, j'ai apprécié le côté érotique débridé, par contre j'ai trouvé des lourdeurs éprouvantes, notamment dans la caricature de l'oncle Fulbert.
      • La seconde moitié s'avère très efficace et à la fin je me suis trouvé submergé par l'impossiblité d'Abélard à gérer ses contradictions et par l'amour incandescent d'Héloïse qui, elle, arrive à tout sublimer.
      • Le peu que l'on sait sur la vie d'Hersende fournirait la matière à un beau roman...

    • Pour ceux qui veulent approfondir le sujet, voici d'abord quelques liens Wikipédia : Héloïse, Pierre Abélard, le chanoine Fulbert, Guillaume de Garlande (le grand-père paternel d'Héloïse), Etienne de Garlande (chancelier de France, oncle d'Héloïse), Foulques III Nerra d'Anjou, La famille De Mathefelon, les lettres d'Abélard et Héloïse, les lettres inédites, la renaissance du XIIème siècle, les arts libéraux, l'abbaye de Fontevrault, l'abbaye du Paraclet, Bernard de Clairvaux, Pierre le Vénérable, Thibaud de Champagne, Robert d'Arbrissel, Pétronille de Chemillé.

    • Et en voici d'autres : une petite biographie d'Hersende de Champigné (ou de Champagne) sur le site de l'abbaye de Fontevraud (la date de décès de 1109 est contestable...), Site Abélard et Héloïse de l'assocation culturelle Pierre Abélard, Les sires de Montsoreau, le site de Thierry et Hélène Bianco (avec d'autres études très poussées), Héloïse sur la page de la base Roglo, Abélard au concile de Sens (et la souricière de Bernard de Clairvaux), L'opinion du pape Benoit XVI sur le conflit entre Abélard et Bernard de Clairvaux (en 2009, avec une surprenante conclusion sur un consensus qui me semble très artificiel), De Robert d'Arbrissel à Abélard (ou de Fontevrault au Paraclet, ou d'Hersende à Héloïse : des liens décryptés...) par Constant Mews 2007, De Fontevraud au Paraclet, une étude sur le même thème par Jacques Dalarun 2003, Une histoire d'amour au moyen-âge par Monique Dessegno, Héloïse, d'Argenteuil au Paraclet par Guy Lobrichon, Recherches du XIXème siècle sur la famille de Mathefelon (Le cabinet historique, tome 11) (en mode texte, chercher "Mathefelon"), Château et seigneurie de Clervaux

    • Des gravures d'époque : le château de Montsoreau au XVème siècle et en 1699, l'abbaye du Paraclet vers 1700 et au XVIIIème siècle, l'abbaye de Fontevrault en 1699, le mausolée d'Héloïse et Abélard au XIXème siècle, le site allemand sur Abélard, de Werner Robl.

    • Juillet 2015. Le site généalogique de Thierry et Hélène Bianco présente une nouvelle page titrée Héloïse et Abélard développant l'ascendance d'Hersende de Champigné et faisant le point sur les parents d'Héloïse et d'Abélard. Sous des angles de vue différents de ceux ici présentés, cela présente quelques variations par rapport, sans qu'il y ait de véritables divergences sur les premiers degrés. Cette étude, après celle de Werner Robl et la mienne (qui, je le rappelle, s'appuyait sur l'étude Montsoreau de Thierry et Hélène Bianco), est donc la troisième allant dans le même sens. Il y a davantage de variations sur les conjoints et enfants, notamment pour Hubert le père d'Hersende...



    Le tombeau d'Héloïse et Abélard en son mausolée au cimetière du Père Lachaise, à Paris.
    C'est en 1817 que les restes de la nonne amoureuse et de son époux moine y ont été transférés.
    Ce fut un évènement et, pendant toute la période du romantisme triomphant, un lieu de pèlerinage.
    (le medaillon du haut de cette page est extrait du décor du mausolée) (photos de 2012)
    (autres photos ici, avec un joli texte de Mulières où Héloïse présente Abélard et leur amour)


    Alain Beyrand, mai 2015
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