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    L'ascendance maternelle d'Héloïse,
    l'éternelle amoureuse d'Abélard

    Sommaire :
    1. L'abbaye du Paraclet fondée par Abélard et Héloise
    2. Qui sont les parents de l'orpheline Héloïse ?
    3. Sa mère Hersende de Champigné
    4. Les grands-parents d'Hersende et leurs ascendants
    5. Héloïse et Abélard dans leur époque et au-delà

  1. L'abbaye du Paraclet fondée par Abélard et Héloise

    Je ne présente pas Héloïse et Abélard, amoureux mythiques aussi célèbres que Tristan et Yseult, Rodrique et Chimène, Roméo et Juliette... Ils ne sont pas des personnages de fiction, mais des célébrités du douzième siècle ayant vécu un amour à la fois très ardent et très contrarié.

    En introduction, voici comment je me suis intéressé à Héloïse. Ma belle-mère est née et a grandi à Saint Martin de Bossenay, commune voisine de Quincey, dans l'Aube, là où se trouve Le Paraclet, l'abbaye dont Héloïse était abbesse, sur la route de Thibaud de Champagne, entre Nogent sur Seine et Troyes.

    Les recherches généalogiques que j'ai effectuées du côté de mon épouse ont à plusieurs reprises fait état des contacts de la population locale avec les nonnes du couvent. Ainsi Claude Garçonnat, cette cousine morte à 72 ans en 1709 au "Fond de la Tavelle" en allant mendier son pain à l'abbaye. ou Louise Nugault, fille du seigneur de Saint-Aubin, qui, à 13 ans, en 1620, devient religieuse à vie au Paraclet avec le soutien financier de ses parents, ou Etiennette Massey, cette autre cousine, qui en 1690 est marraine d'un bébé abandonné devant la grande porte de l'abbaye. L'abbesse du Paraclet se trouve parfois marraine d'une fille de vigneron, comme Anne Marie Caillé, sans que l'on ne sache ni devine pourquoi. Parfois elle se fait représenter. La cohabitation entre habitants et religieuses ne se fait pas sans quelques heurs. Ainsi, "En 1615, les religieuses du Paraclet poursuivent Michel Gallois pour un délit dans leur bois du Tillet. Elles assignent plusieurs habitants de Quincey qui témoignent avoir entendu dire par Michel Gallois, demeurant à Saint-Aubin, qu'il avait vendu 10 pièces de chêne et qu'il s'en trouverait encore 15 à 18 dans le bois".

    De plus le dépouillement des censiers du Paraclet effectué par Yves Beauvillé (page voisine) m'a permis de remonter l'ascendance non noble jusqu'au XVème siècle, ce qui est précieux. Au milieu de ces documents notariaux, on trouve quelques détails comme en 1575, quand "Jehan Somillon, laboureur à Saint-Aubin, prend de l'Abbaye du Paraclet le bail d'une terre. Il signe d'un triangle la pointe en bas, avec une diagonale sur la gauche. Le bail à trois vies, qui semble plus spécifique à la Champagne et à la Bourgogne qu'au seul Paraclet, a retenu mon attention. Il permettait aux habitants de souscrire à une sorte d'assurance sur les années à venir pour eux-même et leurs enfants. En voici une illustration sur deux exemples, l'un sur le début d'un bail, l'autre sur la fin :

    Ce que l'on voit du Paraclet et de sa ferme, le long de la route "Thibaud de Champagne", entre Nogent sur Seine et Troyes.
    Peut-être est-ce "la grande porte" où des bébés ont été abandonnés ?... (photo de 2005)
    (en complément, ici, page présentant l'histoire de l'abbaye et d'anciennes illustrations)

    Derrière les grilles, le site est agréable, bien entretenu et plus grand qu'il ne paraît de l'extérieur. Les bâtiments du XIIème siècle ont
    disparu faisant place à ce logis abbatial du XVIIème, un cellier aux moines des XVIème et XVIIème et une chapelle de la fin du XIXème.
    Les visites sont privées et limitées. Il est possible de voir le caveau sous l'église avec la pierre tombale d'Héloïse et Abélard.




    La maison abbatiale, le corps de ferme avec le pigeonnier, la chapelle (photos de 2016)


  2. Qui sont les parents de l'orpheline Héloïse ?

    Ainsi par la généalogie maternelle de mon épouse, je m'étais penché sur l'abbaye du Paraclet et donc sur ses fondateurs Pierre Abélard et Héloïse. Mon ascendance étant principalement d'origine tourangelle et Limousine, je ne m'attendais pas à revenir vers le Paraclet. Et pourtant si. Et aussi du côté de mon épouse. Héloïse est une tante d'un de nos ascendants au 30ème ou 31ème degré. Semble-t-il, car...

    Officiellement, depuis des siècles, on ne connaît pas les parents d'Héloïse : elle est une orpheline abandonnée au couvent d'Argenteuil, d'où son nom habituel "Héloïse d'Argenteuil". Avec un tuteur, Fulbert moine à Paris, qui est un oncle, frère de sa mère, dont on ne connaît pas les origines. Tout juste sait-on qu'elle se prénomme Hersende.

    On ne connaît même pas la date de naissance d'Héloïse, on la dit née vers 1101, ce qui lui donnerait une vingtaine d'années quand elle a connu Abélard, qui en aurait une quarantaine. On verra que c'est remis en cause.

    En ce qui concerne le père d'Héloïse, c'est un peu plus clair, il serait Gilbert de Garlande, haut personnage, grand bouteiller de France de 1122 à 1127. Un écrit parle même de sa fille Héloïse (voir ici), sans autre confirmation. D'autres hypothèses ont été énoncées, mais néanmoins, en mai 2015, Wikipédia, Roglo et d'autres habituelles sources de référence se sont ralliés à cette hypothèse. C'est parfois signalé maladroitement, come sur Roglo et la plupart des sites généanet, qui estiment que la mère est l'épouse légitime de Gilbert, Eustachie de Possesse.

    Comme je m'étais trouvé cousin avec Bernard de Clairvaux, l'abbé de Cluny Pierre le vénérable et Thibaud de Champagne (j'y reviendrai plus loin), trois contemporains d'Abélard qui l'ont bien connu, j'ai eu la curiosité de chercher si j'étais cousin avec Héloïse et Abélard. Je ne le suis pas avec Abélard (son arbre généalogique le plus précis est ici), je le suis avec le père d'Héloïse Gilbert de Garlande. Pour sa mère Hersende, il m'a fallu chercher, remonter son ascendance...

    Ces recherches m'ont amené à privilégier une hypothèse déjà assez largement adoptée, on va voir pourquoi.


  3. Sa mère Hersende de Champigné

    J'ai recoupé deux informations pour trouver quelle est la famille de la mère :
    1. La page Héloïse, une ascendance controversée d'un site consacré à Pierre Abélard. Les dernières recherches en ce domaine y sont exposées. Parmi les hypothèses exposées, l'une d'elle montre que Hersende serait "Hersende de Champagne", première prieure (à considérer même comme abbesse) de l'abbaye de Fontevrault, en Anjou (aussi orthographié Fontevraud). Cette information est reprise par Wikipédia, toujours au conditionnel.
    2. La page Les sires de Montsoreau (1000 - 1600) de Thierry et Hélène Bianco. Cette étude très poussée et inédite de la seigneurie de Montsoreau, aux confins de la Touraine et de l'Anjou, à côté de Candes où mourut Saint Martin, dressait, entre autres, la généalogie de "Hersende de Champigné", dame de Montsoreau devenue première prieure / abbesse de l'abbaye de Fontevrault, lieu très proche de Montsoreau. J'avais déjà étudié cette page qui m'avait permis de positionner mes ascendants (dont le mari d'Hersende et sa première épouse). Ce tableau m'avait été très précieux :
      On y trouve "Hersende", son mari "Guillaume" (de Montsoreau), leur fils "Etienne", le fils de Guillaume d'un premier mariage "Gautier" (marié avec Grecie de Montreuil -Bellay, d'où descendance), son père "Hubert de Champigné", son frère "Hubert" (qui, on le verra, serait le chanoine Fulbert), sa mère "Agnès de Clairvaux", son grand-père paternel "Hubert d'Arneto", sa grand-mère paternelle "Ne de Lude", fille de "Isembart de Lude" et "Ne de Montevrault", son grand-père maternel "Hugues de Clairvaux" et sa grand-mère maternelle "Hersende de Vendôme", fille de "Hubert de Vendôme" et de "Emeline". Que d'informations ! Et si Hersende n'est pas mon ascendante, son père et sa mère le sont (chacun par un autre conjoint). Cet arbre était déjà entré dans ma généalogie, il m'était donc très facile d'y ajouter Héloïse, son père, son mari et son fils Astrolabe.

    Hersende "de Champigné" (commune de la Sarthe proche de Durtal dont Hubert III d'Arnay était seigneur) ou "de Champagné" ou de "Champagne" (zone assez floue en Anjou, proche du Maine) était donc, avant sa fille, une religieuse de haut rang, décédée vers 1114 (elle ne pouvait donc pas connaître le scandale Héloïse et Abélard, en 1116/1117) (la date de 1109 est aussi avancée). Avant d'entrer dans les ordres, elle avait eu deux maris. Avec le premier, dont on ne connaît que le prénom Foulques, elle n'aurait pas eu d'enfants. Avec le second, Guillaume de Montsoreau, elle en eut un, Etienne, devenu chanoine de Candes St Martin puis archidiacre de St Martin de Tours. Et donc, avec son probable amant Gilbert le Jeune de Garlande, elle aurait eu Héloïse.

    Comme les ascendants d'Héloïse étaient les miens, j'ai voulu davantage remonter le temps et j'ai davantage pioché la documentation disponible. Cela m'a amené à trouver des éléments nouveaux que je vais maintenant présenter. L'hypothèse retenue s'en trouvera renforcée.


    L'abbaye de Fontevrault, fondée par Robert d'Arbrissel et Hersende de Champigné, la mère d'Héloïse (photo de 2014)


    Le nom de Montsoreau apparaît pour la première fois dans une charte de 1089 sous la forme "castrum de Monte Sorello",
    autrement dit château de Mont Soreau. Surplombant la Loire. il est alors la propriété de Guillaume de Montsoreau,
    vassal des comtes d'Anjou, mari d'Hersende de Champigné (photo de 2014)
    .


  4. Les grands-parents d'Hersende et leurs ascendants

    Sans entrer dans les explications, que je donne sur les pages de mon site (notamment celles en lien ci-dessous), en m'appuyant sur les dernières recherches, voici ce que j'ai trouvé sur les quatre grands-parents d'Hersende de Champigné, et quelques autres informations :


    Je compte actualiser cette ascendance si des informations complémentaires m'amènent à changer d'avis. Les liens les plus fragiles semblent être ceux vers Foulques Nerra et vers les ascendants d'Hildeburge de Château du Loir.


    L'ascendance de la mère d'Héloïse telle que je la vois en mai 2015
    (la même ascendance, actualisée, avec deux niveaux supplémentaires sur mon site geneanet)

    Je me suis interrogé sur les patronymes (inexistants à cette époque...) à employer : "De Champigné", comme dans l'étude de Thierry et Hélène Bianco, ou "De Champagne", utilisé presque partout ailleurs, voire "De Champagné". J'ai opté pour "de Champigné" pour les deux premières générations (avec une localisation sur les communes de Durtal et de Champigné) puis "de Champagne" pour les générations ultérieures (sur des territoires plus étendus). Le fait de réserver le nom de Mathefelon aux seuls aînés (Hubert IV, Hugues II, Thibaut Ier) a généré quatre couches de Champigné / Champagne : la couche originelle "De Champigné", puis la première "De Champagne" (frères et soeurs de Hubert IV, et descendants), puis la deuxième (frères et soeurs de Hugues II, et descendants) et la troisième (demi-frères de Thibaut Ier et descendants).

    Une semaine après avoir terminé cette étude je me suis rendu compte qu'elle avait déjà été effectuée par Werner Robl (celui qui a été le premier à identifier la mère d'Héloïse à Hersende de Champigné) sur cette page du site allemand d'Héloïse et Abélard. Je suis satisfait de constater qu'il y a une grande concordance entre les deux ascendances que nous présentons. Je suis plus complet que lui (mais avec une prise de risque importante, ce que j'ai précédemment souligné) vers les familles de Château du Loir et d'Anjou (Foulques Nerra). Notre seule divergence est sur Héloïse de Bassigny qu'il identifie comme Héloïse de Blois. Comme je l'ai indiqué, je me suis appuyé sur la thèse récente de François Doumerc sur les Rorgonides.


  5. Héloïse et Abélard dans leur époque et au-delà

    Je ne me suis pas intéressé qu'à l'ascendance d'Héloïse, et cela m'amène à prolonger cette page par des informations et digressions diverses, objectives ou subjectives...




    Le tombeau d'Héloïse et Abélard en son mausolée au cimetière du Père Lachaise, à Paris.
    C'est en 1817 que les restes de la nonne amoureuse et de son époux moine y ont été transférés.
    Ce fut un évènement et, pendant toute la période du romantisme triomphant, un lieu de pèlerinage.
    (le medaillon du haut de cette page est extrait du décor du mausolée) (photos de 2012)
    (autres photos ici, avec un joli texte de Mulières où Héloïse présente Abélard et leur amour)


    Alain Beyrand, mai 2015
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