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    La démocratie locale tourangelle toujours au plus bas

    1. Intro
      Dans mon livre Tours mégaloville (consultation gratuite intégrale), j'ai longuement parlé du Conseil de la Vie Locale (CVL) de Tours Est, complétant ainsi les propos que j'avais entamés sur le présent blog (menu démocratie). Voici l'extrait du sommaire consacré à ce fonctionnement de la démocratie participative locale tourangelle :

      2 Le fonctionnement des Conseils de la Vie Locale.................................... 20

        2.1 Origine et création................................................................................20
        2.2 Les participants ....................................................................................20
        2.3 La désignation des citoyens (démocratie du tirage au sort)..................21
        2.4 Les associations et comités de quartier ................................................22
        2.5 Le bureau, office de contrôle................................................................24
        2.6 Les séances plénières corsetées............................................................24
        2.7 Les groupes de travail, heureusement qu'ils sont là.............................26
        2.8 Le budget annuel, un os à ronger..........................................................28
        2.9 Les questions diverses, à condition de ne pas déranger.......................28
        2.10 La charte et le règlement interne pour mieux corseter..........................29
        2.11 Les deux coprésidents, sur un pied d'inégalité .....................................30
        2.12 Les réunions inter CVL ........................................................................32

      3 Dix ans de CVL-Est ................................................................................... 33

        3.1 2003-2008, le démarrage......................................................................33
        3.2 2009-2010, la rupture...........................................................................33
        3.3 2011-2013, l'étouffement .....................................................................35
        3.4 2013, des vœux comme forces d'interpellation ?..................................35
        3.5 CVL-Est et Sanitas ...............................................................................36
        3.6 CVL-Est, PADD et PLU, l'impossible concertation.............................37
        3.7 CVL et Internet, le site qui a failli être créé en 2007............................39
        3.8 CVL, maire et élus ...............................................................................40
        3.9 CVL, communication et culture municipale.........................................41
        3.10 CVL et services municipaux ................................................................43
        3.11 CVL-Est et habitants ............................................................................43
        3.12 CVL-Est et blog d'un participant..........................................................44
        3.13 Un bilan négatif, avec des réalisations sympathiques...........................45

      Ce livre est sorti avant les élections municipales de mars 2014. L'équipe sortante (PS, Modem, PC, EELV) a été battue par la liste UMP-UDI. Avant son élection, cette nouvelle équipe avait souligné le manque de dialogue de la municipalité précédente et la pauvreté de la démocratie locale. Le déroulement de la séance pleinière du CVL-Est du 10 juin 2015, que je vais présenter, montre que rien n'a changé.

      La nouvelle municipalité procède comme l'ancienne, elle privilégie les thèmes qu'elle traite à sa façon et refuse de dialoguer sur ceux qui la dérangent. Surtout, les habitants n'ont pas à intervenir en amont des décisions et ils doivent être informés en aval du bienfait des décisions qu'ils ne peuvent qu'approuver. Telle est l'utilité de la démocratie locale pour l'ancienne et la nouvelle municipalité. Non seulement, les élus ont une vision réductrice du rôle de ces instances de participation, mais les participants les participant sont confinés à un rôle de sous-citoyens devant s'adapter au moule municipal, on nous dénie le droit d'expression active pour participer au devenir de la cité. De plus, ces élus censés nous représenter ne supportent pas qu'on critique ce qu'ils ont décidé, y compris trop souvent pour des points anecdotiques. Tout est parfait, chacun finira par s'adapter, c'est comme ça, il n'y a pas d'alternative.

    2. Nous sommes tous responsables, vraiment ?

      La première partie de la réunion était consacrée à un exposé nommé "Zéro phyto", entendez par là l'abandon par le service des espaces verts de l'emploi de pesticides, notamment pour désherber. Un communiquant nous a présenté les réalisations méritoires de l'agglo en la matière et aussi pour la défense de la biodiversité. Film, diaporama, et sondage en direct, avec des questions très orientées au public présent. Là, mon voisin en a eu assez et a dénoncé le procédé. On lui a répondu que ce n'était qu'un jeu... Comme si on venait pour jouer, on était en train de perdre notre temps sur des artifices alors qu'on avait des sujets plus sérieux à traiter. Le communiquant a tout de même eu l'intelligence de renoncer à son sondage, mais son exposé avait été démesurément long, sans qu'aucun des deux coprésidents le raccourcisse alors que c'est leur rôle. Une heure et quart d'exposé dans une réunion de 2 heures.

      Le coprésident élu s'est rendu compte de l'heure quand on est passé aux questions-réponses. Nous, les citoyens, nous devions nous exprimer brièvement. Nous n'avions droit qu'à une question courte. Le représentant de l'association "Jardin sur rue", du quartier Beaujardin, a été interrompu et pourtant nous aurions aimé en savoir plus sur cette association récente.

      Alors que je n'avais pas encore dit un seul mot, j'ai même failli ne pas avoir droit de m'exprimer. J'ai repris une phrase du communiquant "Nous sommes tous responsables". J'ai souligné que cette responsabilité est traitée de façon très inégale. Trois exemples. 1) les hypermarchés qui vendent du roundup et autres pesticides. 2) les agriculteurs qui polluent les terrains municipaux comme le lac des Peupleraies sur St Pierre des Corps, obligeant l'agglo à de lourds aménagements biologiques sans vouloir y associer les pollueurs. 3) le maire de Tours qui, après déjà deux demandes, refuse d'écouter le collectif d'associations qui défend l'intégrité de la lande de Larçay, lieu de biodiversité exceptionnelle. J'ai donc demandé si les élus présents pouvaient relayer la demande des associations auprès du maire, ce à quoi on m'a répondu positivement. Mon propos n'a guère été plus long que ce que je viens d'écrire mais visiblement, sans qu'on me le dise encore, cela déplaisait aux élus. Comme je l'ai dit en intro, nous n'étions là que pour approuver en aval les décisions municipales et ingurgiter la comm'.

      J'aurais pourtant pu rappeler qu'il y a 10 ans, en avril 2005, j'avais posé une question à ce même CVL-Est sur les herbes sauvages. A en croire la réponse des services municipaux, le "zéro phyto" était imminent. Bizarrement, ils n'avaient pourtant pas communiqué le coût annuel des produits chimiques achetés, que je voulais comparer avec les 73.000 francs (11.000 euros) de la ville de Rennes. Déjà les questions étaient détournées et des réponses étaient refusées. Plutôt que d'utiliser de tels procédés d'enfumage, la publication annuelle de la dépense municipale des produits chimiques auraient permis d'assurer la transparence sur l'évolution vers le "zéro phyto". Et nous y serions probablement allé plus vite, car j'ai l'impression qu'en dix ans on n'a pas beaucoup avancé, sauf en matière de comm'. Et si le gouvernement ne contraignait pas les municipalités à un objectif en 2017, nous avancerions encore moins vite.

      La séance s'est ensuite poursuivie sur les réunions des groupes de travail. Je ne suis pas intervenu et d'autres citoyens ont exprimé leurs regrets devant le manque de participation des habitants et des élus. Les réunions de groupes de travail se sont en effet espacées. Cela faisait presque quatre mois qu'il n'y avait pas de réunion plénière, pour cause d'élection départementale. A mon sens seules les élections municipales devraient occasionner un tel retard. Mon voisin a souligné la très faible présence à cette réunion des citoyens, des élus et des administratifs. Comme chaque année, pire même, trop de personnes, notamment parmi les citoyens nouvellement élus, se démobilisent.

    3. Les barrières disparues du CVL-Est

      Il fallait ensuite traiter des dépenses sur un budget de 20.000 euros, alors que depuis la création des CVL il est de 35.000. Cette réduction avait été très critiquée lors d'une réunion inter CVL où je n'étais pas présent. Ici personne n'a réagi. Personnellement, j'estime que ce budget - uniquement d'investissement - est un os à ronger pour occuper les habitants à des sujets annexes, même s'ils sont parfois pertinents. Je pense que c'est à la commune d'assumer financièrement, directement, la pose d'un panneau ou d'une structure pour accrocher les vélos. Je ne critique donc pas l'abaissement de ce budget. Par contre il y a eu lieu de s'inquiéter de la baisse de subventions aux associations et de la facturation qui leur est faite de l'occupation jusqu'alors gratuite de salles, alors qu'à côté la mairie se lance dans de lourdes dépenses pour des opérations de prestige, comme le Haut de la rue Nationale. Mais ce sujet n'était pas à l'ordre du jour.

      Quand il a été question d'acheter des barrières pour le jardin Velpeau, j'ai rappelé que le CVL-Est avait déjà acheté des barrières pour un petit jardin collectif au Sanitas, au pied de la passerelle Fournier, et qu'elles avaient été enlevées par les services municipaux pour être mises ailleurs, sans même que le CVL en soit averti. Que n'avais-je osé dire ? J'aurais dû me renseigner, téléphoner à la mairie, et j'aurais alors appris que ce jardin avait simplement été déplacé. Ma question semblait insupportable.

      C'est avec difficulté que j'ai pu dire qu'on aurait pu avertir les habitants avec une affichette expliquant ce qui se passait. Là encore, ma remarque était complètement déplacée. Pas de comm' dans un tel cas ! Je n'ai plus osé continuer, surpris par la violence des réactions.

      Pourtant j'aurais pu dire que j'avais interrogé les ouvriers quand ils déplaçaient la barrière et qu'il n'avaient pas pu m'expliquer ce qu'ils faisaient, sinon qu'ils amenaient cette structure en bois épais, qui avait été très onéreuse, en un lieu éloigné, apparemment en dehors du périmètre du CVL-Est. Auraient-elles pu servir pour le jardin Velpeau ?

      J'aurais pu ajouter aussi que dans une réunion précédente on nous avait dit que la construction de la passerelle ne remettait pas en cause la présence du jardin collectif. J'aurais aussi pu demander si le joli petit sapin qui a été planté doit être abattu. Mon voisin, moins impressionné, a tout de même ajouté que ça fait plus d'un an que les barrières ont été enlevées, qu'il n'y avait eu aucun travaux et que le jardin et les barrières auraient pu rester en place durant ce temps.

    4. L'escamotage des "Questions diverses"

      La réunion de 2 h durait depuis 2 h 10 quand on a enfin abordé les "Questions diverses". L'association AQUAVIT, que je représentais (alors qu'ici je parle en mon nom personnel) avait préparé un certain nombre de questions avec une argumentation précise :

      Le quartier Velpeau est particulièrement concerné par plusieurs importants projets pour lesquels les habitants sont actuellement tenus à l’écart. L‘AQUAVIT souhaite que la prochaine réunion permette d’aborder ces questions.

      1. La passerelle Fournier. Les travaux doivent commencer au début du second semestre, des ajustements restent à faire. Qu’en est-il ? Le dossier n’a pas été présenté aux habitants. Le 19 janvier dernier, nous l’avons souligné à M. Paumier, vice-président de l’agglo aux déplacements et aux infrastructures de transport, et à son équipe, notamment l’ingénieur M. Riffoneau responsable du projet de la passerelle Fournier. M. Paumier et M. Riffoneau se sont montrés favorables à une présentation technique du projet au CVL-EST, à notre sens soit en réunion plénière, soit devant un groupe de travail. Nous demandons au bureau de prendre contact avec M. Riffoneau et de programmer au plus tôt une telle présentation.
      2. Amélioration du franchissement de l’autoroute. Une étude a été lancée par l’Atelier d’Urbanisme (ATU) de l’agglo pour améliorer les passages de l’autoroute A10 entre Tours et St Pierre des Corps. Une cinquantaine d’équipes y travaillent. Sept d’entre elles seront sélectionnées et passeront une semaine à Tours pour finaliser leur projet. Nous avons rencontré M. Baratier le 23 mars dernier et lui avons formulé notre regret d’une absence de participation citoyenne des habitants. Il s’est montré favorable à y remédier en faisant participer le CVL-Est. Nous demandons donc qu’un groupe de travail soit créé au plus vite à cet effet.
      3. La digue de l’autoroute. Le PPRI en préparation est susceptible de déclassifier la digue de l’autoroute A10. Il semble même que ce soit probable. Mais les habitants n’en savent rien et sont écartés de toute information et a fortiori de toute concertation. Pourtant, cette suppression aurait un impact très important sur les quartiers Velpeau et Beaujardin en cas de forte inondation. Nous avons déjà demandé à M. le maire et à M. le directeur de la DDT d’informer le CVL-Est. A notre étonnement, nous n’avons eu aucune réponse positive, M. le maire semblant même irrité d'une interrogation qui nous apparaît légitime. Nous ne pouvons que la formuler à nouveau par la "Question diverse" suivante : "Le Plan de Protection des Risques d'Inondation (PPRI) est en cours de préparation. Il décidera, notamment, de garder la digue de l'autoroute A10 entre Tours et St Pierre des Corps ou de la déclassifier. Cela peut, bien sûr avoir un impact fort en cas de crue exceptionnelle. Les habitants sont-ils complètement mis à l'écart de ces choix ou auront-ils l'occasion de s'exprimer avant que les décisions soient prises ?"
      4. Insécurité pour les cyclistes rue de le Fuye. Avant même qu'un contresens cyclable soit aménagé rues Jolivet et de la Fuye, des citoyens du CVL Est avaient dénoncé l'insécurité que cela provoquerait. Dans un sondage de 2012 du site de la NR, 66 % de plus de 1800 Tourangeaux dénonçaient l'insécurité de tels aménagements. Ces 12 derniers mois, trois cyclistes ont été renversés par des automobiles rue de la Fuye, l'un d'entre eux ayant un traumatisme crânien, alors que de mémoire d'habitant, on ne se souvient pas d'un tel accident auparavant dans cette rue. L'AQUAVIT, estimant que l'insécurité est désormais complètement avérée, a demandé le retour à l'aménagement précédent, sans contresens. M. Massot, adjoint à la circulation, a refusé, indiquant que l'un des cyclistes renversés avait un trop fort taux d'alcool dans le sang. Et alors ? Un autre téléphonait-il ? Le troisième était-il encombré d'un colis ? Peu importe, avant les fautes d'inattention ne provoquaient pas d'accident, la distance de sécurité d'un mètre avec les véhicules à moteur était davantage respectée. Le cas des rues étroites de transit doit être traité différemment, comme c'est fait, par exemple, rue Plantain. Nous posons les questions suivantes : "Faudra-t-il qu'il y ait un mort pour que la mairie réagisse ? Plutôt que de s'appuyer sur un personnel administratif qui a décidé, contre l'opinion publique et à notre sens arbitrairement, cet aménagement, la mairie peut-elle faire appel à une expertise du CERTU (Centre d'études sur les réseaux, les transports, l'urbanisme et les constructions publiques) ?"
      5. Carte scolaire. L'AQUAVIT s'était élevée contre la fermeture du collège Pasteur, obligeant des enfants à se rendre au collège en bus ou en voiture (au collège Corneille), au lieu d'y aller à pied ou en vélo. Cette situation s'aggrave puisque la carte scolaire en cours de modification affecte une nouvelle partie du quartier Velpeau. C'est ainsi que des élèves habitant au pied de la passerelle Fournier (pourtant toute neuve...), à 5 mn à pied du collège Michelet, devront aller au collège Corneille, au loin en périphérie, derrière le stade de football. Question diverse : "Nous savons que la mairie n'est pas responsable de cette carte scolaire. Elle peut toutefois, au moins, s'exprimer et se faire la porte-parole de l'indignation des habitants. Que compte-t-elle faire ? Les collègiens de velpeau, beaujardin, Rives du Cher, sont-ils définitivement condamnés à supporter des déplacements motorisés quotidiens ? En quoi cela est-il conforme au SCOT et au Plan Climat ? "

      Certes, il y avait 5 sujets lourds à traiter, mais il n'y avait eu aucune réunion depuis février, ce qui n'avait pas permis de les étaler. Et l'approche de l'été ne permettait pas d'en reculer. De plus l'AQUAVIT avait déjà abordé certains de ces thèmes (3, 4) avec la mairie sans avoir pu dialoguer. Sur chacun des cinq sujets, la municipalité aurait très bien pu provoquer une rencontre préliminaire avec l'association avant la réunion du CVL. Rien. Et pas grand chose non plus pendant :

      • Seul le sujet 1 a eu une réponse avec une réunion d'information prévue à la rentrée de septembre (en espérant qu'il ne sera pas trop tard pour quelques petites retouches).

      • Puis, en sautant les 2 et 3, nous sommes passés au sujet 4, qui a été éludé à grande vitesse, sans même avoir été vraiment présenté. Comme demander la parole était sans effet, il a fallu que j'élève la voix pour signaler ce qui est pourtant essentiel, à savoir qu'il y a eu trois cyclistes renversés en une année, dont l'un a souffert d'un traumatisme crânien. On m'a immédiatement coupé la parole pour me dire que ça ne comptait pas puisqu'un des cyclistes était en état d'ébriété et sous-entendant que les autres pourraient l'être aussi. Ensuite je n'ai pas pu placer un mot, l'élu avec le micro monopolisant la parole. Mon voisin a lui aussi dû élever la voix pour signaler qu'il y a en plus des accidents plus légers où les blessés ne vont pas à l'hôpital, comme son épouse qui a failli être renversée la semaine dernière. Nous n'étions que des agitateurs qui voulaient interrompre le bon déroulement de la séance.

      • L'élu est ensuite passé à la question 3 sur le Plan de Protection des Risques d'Inondation (PPRI), il a répondu qu'il y avait eu une réunion publique organisée avec la mairie le 23 mai (seulement annoncée par un entrefilet dans le journal l’avant-veille), que presque personne n'était venu, que ça n'intéressait donc personne et qu'il fallait laisser les experts travailler. Le sujet de la digue de l'autoroute n'était même pas présenté. Là encore, il a fallu que j'élève la voix pour signaler ce qui risquait de se passer avec une digue disparue et l'inondation du quartier. Une nouvelle fois, l'élu avec son micro m'a coupé la parole, m'a accusé de vouloir paniquer la population, qu'il fallait laisser le processus se dérouler... Comme j'ai pu, j'ai essayé de dire que si un dialogue ne s'engage pas maintenant, il sera ensuite trop tard pour faire des études préparatoires de simulation et agir sur le document final. Arrivés à ce point, mon voisin et moi avons été accusés d'être des perturbateurs continuels, monopolisant le temps de parole. Nous étions même responsables du manque de participation au CVL ! Quand on a aucun argument crédible à développer, on en arrive à de telles attaques ad hominem.

      • Les sujets 2 et 5 ont été oubliés. J'ai brièvement souligné, là encore en devant élever la voix, que c'est contraire à la charte des CVL.

      J'aurais aussi pu demander, au moins pour les sujets 2 et 3, la création d'un groupe de travail. D'ailleurs c'est la municipalité qui aurait dû le proposer, même pour une seule réunion ciblée sur le thème. C'est d'ailleurs ce qui était demandé dans les questions. Il n'était pas compliqué de faire circuler un papier pour demander qui était volontaire pour participer à un tel groupe. Rien. Visiblement seule la municipalité a le droit de déclencher la création d'un tel groupe, et cela aussi est contraire à la charte des CVL. Il semble que seuls les citoyens aient des devoirs et que les élus n'en aient guère, tout en se targuant d'écoute et de dialogue.

      Je pense que les réactions épidermiques et disproportionnées que mon voisin (aussi membre de l'AQUAVIT) et moi avons subies cachent un sentiment d'infériorité des élus sur des sujets en bonne partie technique qu'ils connaissent peu et que nous maîtrisons mieux. Plutôt que de partir dans des échanges argumentés, ils préfèrent interdire tout dialogue. C'est méconnaître le rôle des "Questions diverses" qui ne requièrent pas des réponses de la part des élus présents, mais qui s'adressent aux personnes les plus à même de répondre dans la municipalité, élus et services techniques. A cet effet, les questions doivent être déposées au moins dix jours avant la séance plénière. Les élus présents ne sont alors que les porte-parole de ceux qui se sont penchés sur les questions posées. Là, il n'y a pas eu une telle étude préliminaire.

      De plus, la moindre des choses aurait été de donner lecture des questions posées, éventuellement d'en faire un résumé correct. Mais parler de la question 3 sur le PPRI sans évoquer la digue ou parler de l'insécurité cycliste (sujet 4) sans parler des trois accidents, c'est carrément du sabotage, une volonté flagrante d'éluder des questions qui ne devraient pas déranger des élus véritablement à l'écoute de la population. Et c'est d'une complète impolitesse de la part de ceux qui ensuite font des leçons de morale.

      Le sujet des risques d'inondation (PPRI, sujet 3) est particulièrement significatif. Alors que ce sont les élus de la majorité et le personnel administratif qui seront chargés d’appliquer la cartographie des risques et le règlement, alors qu'ils seront en première ligne s'il y a une crue à affronter, ils ne semblent pas maîtriser le sujet tandis que, à la SEPANT et à l'AQUAVIT (voir notamment ce dossier), il y a des géographes, anciens de Loire Vivante, qui le connaissent fort bien. C'est l'Etat, avec notamment la DDT, qui décide, ayant obligation de dialoguer avec les municipalités qui peuvent par diverses remarques infléchir les décisions en cours d'élaboration. Dans un tel cas, la municipalité devrait s'appuyer sur les associations, surtout celles-ci agréées par l'Etat, reconnues d'utilité publique, actives depuis plus de 25 ans, pour argumenter de la façon la plus pertinente.

      Pourquoi donc refuse-t-elle tout dialogue ? Pourquoi associations et élus n'auraient-ils pas les mêmes intérêts, au service de la population ? Pourquoi la mairie ferme-t-elle les yeux sur la déclassification d'une digue sans laquelle les dégâts peuvent être extrêmement graves ? Pourquoi ne relaie-t-elle pas certaines de nos inquiétudes comme la non prise en compte des ruisseaux enterrés de la ville ou comme la dangerosité accrue du Cher ? Pourquoi le maire a-t-il préféré quitté la réunion municipale du 23 mai plutôt que d'échanger avec nous ? On va jusqu'à nous accuser de vouloir paniquer la population, comme si elle devait rester ignare de tels problèmes réservés aux seuls experts. Doit-on en arriver à paniquer la population sur l'attitude municipale ?

    5. Un refus de la démocratie participative

      Je ne comprends pas un tel comportement, c'était exaspérant, d'autant plus que, je le redis, car cela explique que nous étions contraints de traduire notre indignation avec une certaine véhémence, nous n'avions pas de micro alors qu'en face, au micro, l'élu développait facilement son discours en nous accusant à de multiples reprises de monopoliser la parole, allant jusqu'à promettre de me la rendre sans le faire : un comble qui consistait à mettre de l'huile sur le feu... Il n'était plus possible de relancer un dialogue qui de toute façon était refusé. Le but était de discréditer les gêneurs et nous avons fini par abandonner, encore incrédules de nous rendre compte qu'on puisse en arriver là.

      Tout de même, auparavant, j'avais remarqué que la coprésidente citoyenne, censée défendre l'expression des citoyens, était restée tout le temps d'un complet mutisme, comme d'habitude dans les autres réunions. J'ai fini par lui demander d'intervenir pour qu'on puisse vraiment parler de ces questions diverses. Elle a repris les arguments des élus estimant qu'il y avait deux perturbateurs qui empêchaient le bon déroulement de la réunion. Cela ne m'a pas vraiment étonné, car on a appris il y a deux mois que cette personne était un sous-marin du Parti Socialiste qu'on a eu la surprise de découvrir comme suppléante lors des élections départementales. Elle n'allait pas critiquer des méthodes que son co-suppléant avait lui-même pratiqué pendant six ans.

      Après la séance, mon voisin et moi voulions réduire la tension, et nos deux interlocuteurs élus aussi, avec quelques difficultés néanmoins. Hors réunion, ils sont tout de même, heureusement, plus sympathiques, à défaut d'être réellement plus compréhensifs. Nous avons appris que la municipalité envisage de réviser complètement le fonctionnement des CVL, éventuellement en supprimant les groupes de travail. Or (relisez ci-dessus le sommaire de mon livre), c'est justement ce qui marche le mieux, le lieu où un dialogue peut s'instaurer, bien mieux que dans ces séances plénières phagocytées.

      C'est se tromper de cible. Ce n'est pas à cause de la structure des CVL que la démocratie locale fonctionne mal, pas plus que ce n'est à cause des perturbateurs qui veulent le respect de la Charte, c'est à cause, on l'a vu sur l'exemple de cette séance, des élus qui bafouent cette Charte (la connaissent-ils vraiment ?) et qui sabotent le dialogue. C'est à cause plus généralement de l'état d'esprit d'une municipalité qui n'est à l'écoute ni des habitants, ni des associations, surtout pas de ceux et celles qui font preuve d'indépendance d'esprit et qui, de ce fait, a priori dérangent.

      Voilà maintenant 13 ans que les Conseils de la Vie Locale existent à Tours. Pendant 6 ans, des débuts un peu tâtonnants ont montré qu'un dialogue pouvait se mettre en place. Les six autres années ont été très mauvaises pour les mêmes raisons que je viens d'exposer. Et alors qu'on aurait pu croire qu'une nouvelle municipalité qui se vante d'être à l'écoute des habitants, allait repartir sur de meilleures bases, nous replongeons dans les travers de l'équipe précédente. On a l'impression que ces instances obligatoires (depuis la loi du 27 février 2002) de démocratie locale sont vécues comme une tâche ingrate que les municipalités doivent subir. C'est tellement plus facile de ne rencontrer la population qu'en période électorale. Et en plus, il faudrait qu'elle participe ! Comme si la démocratie ne pouvait être que représentative.

      Je souligne que la structure des CVL n'est pas figée, elle est évolutive, un "groupe inter-CVL de fonctionnement" y travaille depuis huit ans. Ce n'est donc plus la structure mise en place par la seule municipalité de 2002, c'est devenu celle des citoyens qui ont participé à son évolution. Vouloir faire table rase de tout cela et repartir sur de nouvelles bases, sans participation des habitants (surtout pas moi, on a été jusqu'à me le dire...), est un acte profondément anti-démocratique.

      Le lendemain de cette séance avait lieu l'assemblée générale de l'AQUAVIT. Mon voisin de la veille et moi avons fait un compte-rendu, ainsi qu'une troisième personne qui la veille était restée silencieuse, mais qui partageait notre opinion commune, telle que je viens de la présenter. Une adhérente, faisant partie du CVL-Nord, a signalé que cela se passait beaucoup mieux à Tours Nord et qu'en particulier les élus qui participent à ce Conseil sont beaucoup plus attentifs à l'expression des habitants. Les groupes de travail sont très actifs et il y a de plus en plus de monde aux séances plénières. Cela confirme mes propos précédents : ce n'est pas la structure qui est en cause, mais l’aptitude des élus au dialogue.

      Cela n'infirme pas, pour autant, ce que j'ai dit sur l'attitude générale de la municipalité. Le CVL-Est est avec le CVL-Ouest au coeur de la ville et en cela ses habitants sont probablement plus concernés par ce qui touche le coeur des projets municipaux. C'est ainsi qu'en 2010, le CVL-Est avait été le seul à vouloir participer en amont au Plan Local d'Urbanisme de la ville, au grand dam des élus qui estimaient que les citoyens n'avaient pas à intervenir, même de façon consultative (nous ne demandions pas davantage), dans la définition des objectifs de la cité.

      C'était notre première tentative de participer à un projet d'ampleur. Pour le tramway, nous n'avions pas eu cette ambition et nous ne l'avons pas eu ensuite pour d'autres projets importants, comme celui, pourtant si décrié, du Haut de la rue Nationale (à moitié sur le périmètre du CVL-Est). Mais vouloir intervenir sur le PPRI (Tours-Est est le plus exposé) reste insupportable à nos élus, et d'abord au maire (le premier à sous-entendre, en janvier dernier, qu'on voulait paniquer la population).

      Et certains adjoints ont le don d'être transparents, comme celui à la circulation, qui applique la même politique que son prédécesseur, sous la tutelle d'un personnel administratif appliquant des principes orthodoxes sans vouloir comprendre que des adaptations doivent intervenir dans certains cas particuliers, et refusant de remettre en cause son infaillible savoir-faire. Que sur des sujets moins lourds, des élus aient une capacité plus réceptive, c'est heureux et je le souligne avec soulagement, mais hélas cela ne remet pas en cause ce que j'ai exposé précédemment.

      Pour terminer, je reviens sur les cinq "Questions diverses" posées par l'AQUAVIT. Imaginez une municipalité qui veuille vraiment faire participer les habitants à la vie de la cité. Elle aurait d'elle-même provoqué un groupe de travail sur la plupart des sujets évoqués. Le simple fait que nous soyons contraints de quémander leur création est anormal. Et en plus, on nous le reproche et on escamote nos questions !

      Alain Beyrand,
      le 17 juin 2015
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